‹ D'Homère à nos jours; histoire, écriture, prononciation du grec. --Chapitre 32 sur 65 · PO ΝΠΕΙ · texte numérisé non relu

PO ΝΠΕΙ

ment. Vers cette époque, l’r et le, brefs tous deux, ne différaient que par leur timbre et, pour certains graveurs cette différence était insignifiante : 115 confondaient donc les deux lettres. Or, on trouve des exemples de cette confusion jusque vers l’an 250 de notre ère. Comme d’autre part il y a aussi, à partir d'environ 150 après J.-C, des confusions non équivoques de ἡ et de :, il est logique d’en conclure que c’est approximativement entre 150 et 250 que s’est produite la transformation.

Mais la bonne tradition s’est maintenue plus longtemps encore. Dans deux manuscrits de la Bible, le Sinaiticus et le Vaticanus, tous deux du iv° siècle, on voit permuter ε et αι, τ et εἰ, υ et οι. mais non pas et . Dans le Psautier de Vérone (v°-vi‘ s.), dont le texte est écrit en caractères MB == ἢ ἢ Ξε ὑ οἵ οὐ, € — €, ἢ et αἱ:

En résumé, le timbre de l’e parisien dans téte, que nous donnons à l’ classique, est probablement trop ouvert; celui de l’e parisien dans péril: se rapproche plus de la vérité.

D° — La voyelle I.

Le nom de cette lettre était ἰῶτα, pron. 20'ta.

L’, ancien pouvait être bref ou long; en fait il était plus souvent bref que long. On ne marquait pas cette nuance dans l’écriture !.

4, La phonétique grecque moderne permet de croire qu’anciennenement l’« bref avait un timbre moyen et lt long un timbre fermé.

Son articulation était ?. Elle a persisté en grec moderne.

Iota souscrit. Les Anciens n’ont pas connu l’iota souscrit : x, ἡ. w. L’: précédé d’une voyelle brève a donné naissance à divers changements phonétiques combinés, qui seront étudiés en leur lieu. Précédé d’une voyelle longue, ἃ, ἡ, ὦ; il est resté plus longtemps intact; c'était une voyelle formant diphtongue avec la précédente, et on écrivait en conséquence ΑἹ, HI1, QT. Mais un jour vint où ces groupes se contractèrent. Le résultat de cette contraction fut 3, ἢ. ὦ, qu'on écrivit alors A, H, ©.

Il est très douteux que cette contraction remonte jusqu’à l’époque classique. En tout cas les exemples d’omission de l’: dans les groupes de ce genre sont alors en nombre trop minime pour qu'on en puisse rien conclure de précis. En Attique, cette disparition n'est attestée par des exemples fréquents qu’à partir du τὴ" siècle avant J.-C. À la même époque, Strabon (66 av.-24 ap.) ? constate que « bien des gens, renonçant à une habitude qui n’a pas de raison naturelle, écrivent les datifs sans : » (AYAH pour AYAHI). Ceci prouve assurément qu’il ne s'agissait pas là d’un fait récent de prononciation. Mais les données des papyrus eux-mêmes ne permettent pas de le

4. On ἃ vu, page 198, que Ὧι passe de bonne heure à et en attique. 2. STRABON, XIV, 1, M.

DE

tenir pour courant au 11° siècle avant notre ère !.

C’est seulement aux environs du ὙΠ΄ siècle de notre ère qu'on nota l: en question au moyen d’un caractère plus petit, placé à droite de la lettre, soit en haut, soit en bas (χ᾽, z,): et au x11°, qu'on le souscrivit (x).

Rien ne s’opposerait donc à ce que, dans les éditions, on adserivit l’, au lieu de le souscrire. De toute façon, l'usage classique demande qu'on fasse sentir cet : dans la prononciation : ἄξω, ἡμέρᾳ, χρήζω, δόξῃ; dr, λόγῳ doivent se lire ἄιϊξω,

ἡμέραι, χρήιζω, δόξηι, ou, λόγω! avec diphtongues.

6° — La voyelle Ο.

Τὴ. donne lieu sensiblement aux mêmes remarques que l’: (page 119).

Le nom de ὃ μιχρόν est byzantin. ἃ l’époque classique cette lettre s'appelait o, comme en fran-

Τ, 9 était à l’origine, un o bref fermé : la contraction de deux + donne un o long fermé (orthographié ou) : ποταμοῖο (Homère) + ποταμόο -» ποτα-

4. On trouve des traces de cette disparition de l’: dans les mots grecs passés en latin. Aux formes anciennes χιθαρωιδός « chanteur qui s'accompagne de la cithare », χωμωιδία « comédie », τραγωιδία « tragédie », Θρᾶιξ « Thrace », correspond le latin citharoedus, comoedia, tragoedia, Thraez (d'où, en latin même Threx). Aux formes plus récentes ὠδή « ode, chant », μελωδία « mélodie », προσωδία « prosodie », Θρᾶξ « Thrace » correspond le latin oda, melodia, prosodia, Thrazx. — Les papyrus attestent que la contraction s’est faite d'abord dans #1, wt, puis dans αι.

μοῦ « de la rivière »; de même ες se contracte en un o long fermé, écrit οὐ : ποιέομεν + ποιοῦμεν « nous faisons ».

Cet : s’est ouvert de bonne heure (11° 5. av. ; voir p. 135). En grec moderne il a le son d’un ὁ assez ouvert à l’atone, très ouvert à la tonique. Ainsi, dans λόγος « discours », le premier + sonne à peu près comme l’o parisien de or, et le second comme l'o parisien de oreille.

En résumé, pour l’époque classique, il faut donner à l’: un son bref et un timbre moyen.

7° — La voyelle 2.

On ἃ vu plus haut, page 119, que la dénomination © μέγα date seulement de l’époque byzantine. Les Anciens désignaient l’o par le son même qu'il avait.

Ce son fut d’abord noté O: ex. AYO (= λύω) « je délie ». Quand les Athéniens introduisirent chez eux l'alphabet ionien, ils adoptèrent le signe Q, qui n'était autre chose qu’un O modifié; voir page 70.

Pour qu'en 403 avant J.-C. on éprouvât ainsi le besoin de distinguer graphiquement ὦ de 5, il fallait qu'il y eût une différence de prononéiahion- On sait, par la métrique notamment, qu'o était long. Quel était le timbre de cet o long? Évidemment un timbre ouvert, puisque τιμιάομιεν + τιμῶμιεν

s'oppose à ποιέομεν -» ποιοῦμεν, AVeC οὐ —= O0 VOng

fermé. Cette constatation se trouve confirmée par les destinées mêmes de l’o.

Les autres voyelles longues anciennes (x, εἰ, cv) ont toutes abouti, en grec moderne, au maximum de fermeture : ὦ et ou. Seul l’w fait exception ; 1] s’est identifié avec < : on prononce aujourd’hui ὅμως « cependant » comme ὦμος « épaule » ;. c'est un ὁ assez ouvert à l’atone (fr. orerlle), très ouvert à la tonique (fr. or). Cette exception suppose que l’w ancien était un o long très ouvert.

Des le rr1° siècle avant notre ère, on trouve sur les inscriptions attiques des confusions de w et de ο : πος pour ὅπως « afin que », ᾿Αντιγώνωι pour ᾿Αντιγόνωι « à Antigone ». Ceci-prouve que lo prenait alors un son de plus en plus ouvert (p. 134), et non pas que l’w se fermait.

En résumé, la prononciation ὁ long fermé qu'on donne à l’w dans nos écoles n’est nullement justifiée. L’o classique athénien était un ὁ long bien ouvert, comme l’o français de or, corps.

Remarque. Il ne faut pas dire, comme on le fait couramment, que les noms du type ῥήτωρ forment leur nominatif singulier en allongeant la voyelle du radical : ῥήτορ-ος, ῥήτωρ. Un o allongé serait un ὁ fermé long, noté ov. On doit dire « en ouvrant la voyelle du radical »; c’est en effet d’un ὁ ouvert qu'il s'agit, et il est nécessairement long, puisqu'il n’y a pas en grec d’o ouvert bref. Il en est de même des mots comme πατήρ (rad. πάτερ-), τριήρης (rad. τρίηρεσ-), etc.; un € allongé serait noté et et non ἡ.

8° — La voyelle ΟΥ.

Cette voyelle (— fausse diphtongue) est le pendant de la voyelle (— fausse diphtongue) ει, étudiée page 1211, |

᾿Διδόντ-ς (part. prés. de δίδωμι « je donne ») aboutit, par disparition de consonnes et allongement compensatoire, à une forme qu'au début on note AJAOŸ, Pareillement le gén. αἰδότος « de pudeur », une fois contracté, est d’abord écrit ΔΙΔΟΣ. Les derniers exemples épigraphiques de cet O appartiennent au 11° siècle avant notre ère.

Ces évolutions phonétiques prouvent qu’à l'origine, tout au moins, le son ainsi transerit fut un o long fermé : 5.

Vers l’an 500 avant J.-C., on voit apparaitre en Attique des exemples de OY correspondant à un o long fermé (types ΔΙΔΟΥ͂Σ, ΑἸΔΟΥ͂Σ), et au iv* siècle, cette graphie devient, sinon exclusive, du moins courante. [οἱ encore, comme pour εἰ, 1l y ἃ eu coïncidence phonétique entre la fausse diphtongue οὐ et la vraie; d’où l’identité orthographique.

Cette coïncidence est prouvée, pour le v° siècle, par l'existence du génitif θοῦ « de bœuf » (au lieu de £c£:) chez Eschyle et Sophocle. Ce génitif implique en effet l'identité phonétique de "βῶυς > £

βοὺς (avec vraie diphtongue) et du type νόος — veÿs

1. La voyelle οὐ a probablement été, comme la voyelle εἰ, désignée par le son même qu'elle avait.

étend à

« esprit » (avec fausse diphtongue) : d’où ῥοὺ sur le modèle de νοῦ (— νδου).

Mais que cache au juste cette coïncidence? Un o long fermé, ou déjà un ou ? En théorie, l’un et l’autre sont possibles. En fait, c'était très probablement un ou, car, lorsque les Béotiens ont adapté, cent ans plus tard, l'orthographe attique à leur dialecte, un mot tel que τύχη « hasard » ἃ été transcrit par eux TOYXA. Ils n’ont pas écrit τύχα, parce que lv attique, alors identique à [ὦ français (p. 140), ne correspondait pas à leur v. qui sonnait ou; c'est l’attique οὐ qui leur a servi pour cela.

Le grec moderne ἃ conservé cette prononciation oO : οὐρά, oura « queue », τούτου τοῦ ποταμοῦ, tou'tou tou polamou « de cette rivière ».

En résumé, notre prononciation de l' est exacte, aussi bien pour la fausse que pour la vraie diphtongue, avec cette seule réserve que l’2 devrait être long.

Remarque. Comme pour εἰ, la distinction entre la fausse diphtongue ov et la vraie ἃ de l'importance au point de vue grammatical, Il y ἃ fausse diphtongue :

l° Par contraction : ποταμοῖο > ποταμόο — ποταμοῦ « de rivière »: μισθόομεν —> μισθοῦμεν « nous louons »: μισθόετε <— μισθοῦτε « vous louez »: λοετρόν —> λουτρόν « bain »; ἔθνεος — ἔθνους « de nation »; etc.

2° Par suite d’allongement compensatoire : διδόντος — διδούς « donnant »;:; λύοντι —> ᾿λύοντασ: — λύουσι « ils délient »; τὸν-ς λόγον-ς -» τοὺς λόγου: « les discours » (acc. plur.); etc.

3° Dans des mots comme βουλή « volonté », χουρεύς « coif-

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