BEAUX-ARTS
• L'art, pas^lus que la .société, pa!« plus qup l'homme, les minéraui ou les fleurs, n'est un produit du hasard.»
C A. Micinu >.'
Une des opinions les plus généralement aecrédîtéeSf
veut que le peuple anglais soit rebelle par nature à la poésie des beaux-arts. On lui refuse l'habileté et le sentiment qui caractérisent si bien la nation française.
En mettant de c6té tout ce qu'il y a d'exagéré dans le jugement trop entier des étrangers, il faut convenir qu'à l'égard de la sublimité du ^beau et do sa charmante expression^ on ne saurait établir un parallèle entre les deux peuples , et qu'ici un avantage incontestable nous reste. Je dis ceci , sans prétendre blesser la nation brîtaiiaiquc, mais j'écris si peu une nouveauté qu'il n'est pas un anglais, homme d'état, qui ne sente combien sa nation régnerait sur le monde, et par la force et par l'esprit, si la nature avait daigné lui accorder spécialement le génie de l'art. Autre preuve de 4a vérité fin cette assertion, les efforts inouïs que les hautes classes et le gouvernement ont tentés depuis quelques années pour
stimuler le goût de la peinture , de la sculpture et de la
musi([iic.
Reprenons les choses d'un peu plus haut et donnons un spécimen des progrès de la tendance artistique dans la Grande-Bretagne, puis comparons cette tendance avec celle des autres nations de l'Europe. Quant à la France, si elle est tenue de confesser la supériorité de sa rivale en maintes occasions, elle a le glorieux privilège de briller au premier rang des nations qui possèdent le génie des beaux-arls, surtout celui de la peinture. On pourrait aussi lui assigner une position avantageuse dans la littérature, mais elle aurait, sur ce terrain, à soutenir de rudes assauts contre son adversaire, et tel n'est point le but de ce chapitre oii nous traitons principalement de la peinture.
A première vue , le savant ou Tamateur ne peut s'empêcher de remarquer combien l'Angleterre a été pou productive en peintres; il est d'autant plus frappé de cette pénurie que le nombre des artistes de ce genre est très^ important on Il;ili(3, en Flandre, en Hollande et encore^ assez coDsiderabie en France, en Espagne et en Aiicmagne. A quoi tient cette différence? A des causes majeures, aux conditions favorables de la nature, du mouvement de Tesprit humain, jiux chances , peut-être , des révolutions. Il y aurait matière à un livre bien détaillé , séduisant, instructif à la fùis^ si l'on prenait à tftche de rechercher les origines de la peinture en Europe , sa transmission de peuple à peuple, les phases par lesquelles elle a passé , les modifications qia'alle a subies , las événemnte auxquels ette a été utile ou nuisible , en un mot l'influence qu'elle a exercée sur la civilisation et le rdle qui lui est réservé dana revenir. Sans contredit , la lâche, quoique laboorieuse, serait profitable, mais je orois devoir laisser a d'autres les honneurs d'un travail qui
excéderait mes forces et qui d'aiUeurs serait mal pla« cé ici.
Sommairemeat, je citerai comme principal motif de rexelttsioii des Anglais à la participation des fastes de la peinture au moyen-àgc, la situation topograpliique de leur patrie. Les insulaires n'étaient pas propres com* me les oontînentavs à t^emnt le souffle inspirateur de cet art.
En héritant de l'esprit évangélique que les prédications répandirent à la surface de l'Europe, aux premiers siècles du christianisme, Part arcbiteoUti^l avait pris chez eux un essor rapide, et enHuité comme partout des merveilles, des monuments qui, à défaut de livres, serviraient à reconstruire Tliistoire du passé; mais la peibtore qui ne Ait, par rapport à l'architecture, qu'un second moyen du christianisme et de la civilisation qu il a universellement propagée, éprouva des lenteurs à pénétrer chez nos voisins ; et puis Tltalie, disciple naturelle de la Grèce et de rfimpire romain, ensuite la FlaU'dre, heureuse héritière de la tradition du Midi, poussèrent l'art avec tant de vigueur, l'cxa Itèrent tellement par la foi et lui donnèrent une si grande perfection mécanique et sentimentale , que le reste de i'£urope, de^ roearant comme stupé&it, ne prit garde à imiter et se borna à l'admiration. Aujourd'hui que les études historiques sur le moyen-âge nous en oui révélé le caractère saillant, la naïve crédulité, la ^jiontanéité de la foi sans les obstacles et les lumières de la raison, nous apprd-* cions justement le choc des idées, tel qu'il fut.
Tout l'honneur de l'initiative semble appartenir à la poétique Italie, et les héros de ce mouvement spirituel si fécond, sont, comme chacun sait, Gimahué et Giotto de pieuse mémoire. Dûs lors la comme Lion devient sensible en Allemagne , dans tous les pays qui relèvent de
l^aulôriiégermanhiaef l'iadudtrie achève C6 que la foi «chrétienne a commencé, et au sein de Bruges, de Topu-
iente cité du Nord se place digncnienL Técolc des Van- Ëycketd'Uemling*, dès cette époque si intéressante, l'Europe de l'Occident éclairée par les meilleurs procédés, inspirée par un génie puissamment créateur, travaille sans relâche à ces merveilles qui feront toujours l'orgueil de ses Musées.
Quelques critiques, objectant les difficultés naturelles du sol et de la température qui commandaiciU impérieusement aux premiers hesoins de l'homme , et les bonnes chances artistiques que i'énchathement des faits a refusées à l'Angleterre, voudront conclure par l'incapacité de ses propres enfants, incapacité attribuée à l'inerUe du tempérament ou à la tristesse d'un ciel brumeux. Je ne saurais m'associer à une conclusion ainsi motivée, car l'iiabiloié prali({ue des graruls-bretons nous a été si souvent démontrée, qu'on serait mai fondé à la contester. L'objection d'un climat brumeux et froid serait, la pire de toutes, puisque les Flandres et la Néerlande situées sous la même latitude que l'Angleterre , se sont illustrées d'une gloire impérissable, et ont fait naître une grande école qui , dans la hiérarchie du très^noble nrt de la peinture, s'est placée au second rang et selon quelques-uns même, ennemis de toute comparaison, au même rang que l'école italienne. Soutiendra-t-on que les Pays-Bas avaient une poésie mystique que la capricieuse Angleterre avec ses coUines et ses vailous n'avait pas ? Ce serait puérilité vraiment^ comme si le plat pays de l'Escaut, de la Meuse et du Rhin, avec ses canaux et ses moulins à vent, possodaiL le spécifique par excellence de l'inspiration et du génie.
Il me souvient encore d'une conversation que j'eus , Il y a peu d'années, avec un anglais de distinction, d ua
esprit à la vérité plus superficiel que profond, mais pénétré de cette générosité qui sied bien aux hommes de son pays, hommes d'un rare talent de narration, aptes a louL discuter et à prononcer en dernier ressort. Eh bien l cette personne prétendait que la nature des événements politiques au XVII« siècle avait revêtu un tel caractère de positivisme , que Tart en général et la peinture en particulier avaient été çomme asphyxiés dans leur germe.
Je ne nie pas tout ce qu'il y a de spécieux dans cette
iiUorprétation , qiioiqu'à vrai dire, elle me paraisse ne pas mériter tous les éloges d'une proposition résolue. Il entre trop dans les habitudes de mon intellect de comparer les prémisses, pour ne me pas presser d'en tirer les conséquences. Ainsi me paraît-il que les Pays-Bas sous le trop fameux duc d'Albe, comme au temps du Taciturne, que Tltalie même pendant la querelle de»
Guelfes et des Gibelins, ont été plongés dans une agitation qui équivalait bien aux troubles des Stuarts et du Protecteur. Les événem^its et les révolutions ne sont pas la seule cause de cette infériorité. Établissons en terminant, que le peuple anglais n'a pas eu la til)re de limitation de la nature, le génie de son interprétation, au môme degré que les Italiens, le peuple flamand et hollandais j qu après la réformation, le caractère inquiet, un peu trop féodal de sa noblesse u a pas été un encouragement, et qu'enfin on a vu s'opérer une espèce de déplacement moral, lorsqu'au lieu de se passionner pour l'idéal des beaux-arts, il s*cst tourné avec un fiévreux empressement vers le culte de la politique d'accaparement et de tous les intérêts profondément domestiques. Le souci exclusif do faire fortune et de garder ses côtes a distrait l'Angleterre des charmes de la peinture. La Hollande lésait des digues et des tableaux, TAngieterre
armait des vaisseaux contre la Hollande et nôtre France,
plus chagrine de ravir le sceptre de l'Océan que celui de Rembrandt et de Poussin.
Le résultat a été tel qu'on pouvait le prévoir après ccUo luUc de trois siècles. Le continent a opéré des merveilles avec la palette et les pinceaux , et les insulaires ont amassé Tor pour les payer et se les approprier. B^ns un ordre d'idées opposé, le mérite a été égal , mais au point de vue de la science artistique, TAngieterre a été laissée en arrière , l'utile seul lui est resté. Bientôt , si les gouvernements du continent n'y prennent garde, nos chefs- il œuvre auront passé le détroit et il nous fàudra le franchir ce maussade détroit pour égayer nos yeux des ouvrages de nos ancêtres du continent. Il y a quelques jours encore , qu'à une vente publique , le marquis d'Hertlord, un noble lord à la vérité, mais un homme tout seul poussait jusqu'au-dôlà de 500,000 francs , une toile de MuriUo que le gouvernement français a fini par acheter pour satisfaire un juste amour-propre; cependant tous les chefs-d'œuvre n'ont pas le même sort et en s'échangeant contre l'or de l'étranger , ils disparaissent sans espoir de retour. Ainsi s'avance ce travail d'usurpation auquel nous assistons, le plus souveut frappés d'admiration pour les efforts des modernes Titans. On dirait que pareils à des vautours orgueilleux de leurs captures, les opulents bretons entassent dans leurs sombres donjons les dépouilles de l'Europe , pour mieux les dérober à nos regards. Certainement les Musées publics du Royaume-Uni n'exposent pas une foible portion des richesses arlisliques laissées al exportation, et en vue de cette considération , il faut se résigner aux libéralités d'un gouvernement qui ne patrone pas sufBsamment les arts parce qu'il ne se mêle de rien , et à la galanterie privée nullement accessible a tout venant. Le
I^alronage de l'Étal et ses lîJ^éralilés se boraent, auUai que je pois me le rappeler , aox galeries aaiiooales de
Londres cl d'Edimbourg, à la galerie royaled lIaiii[)ton- Court qui presque du domaine public. Je n'ose qualifier de largeese, la faculté qu'on a de visiter moyennant le shelling, les exhibitions annoelles de TAcadémie de Somerset , les marbres funèbres de WestuiiiibLur-Abbey et ceux de SainWPaui. Qoani aux collections privées, il faut en solliciter l'entrée, et il n'est pas donné à tout étranger d'être introduil la où il lui i^iairait. Pour ma part, mon exploration s'est bornée à quelques cbàteaux et à un nombre très-restreîntde collections.
J'entre d'abord au palais de Trafalf^ar qui borne au nord la placedu mémo nom. Ce n'est pas le Louvre, mais c'est justement le rapport du sentiment artistique qui sépare la France de l'Angleterre. Autant notre Louvre est immense, majushieux, orné, fier de souvenirs historiques, autant le temple de Ïralalgar-Square rappelle une besogne expédiée économiquement, en vue de l'effet qu'elle produira; c'est quelquechose comme une bfttisse d entrepreneur où Von a tiré parti de l'emplacement et donné beaucoup à la façade, manière de tromper l'œil sur la profondeur de l'édifice. Mais visitons la galerie Nationale, iVafiOTîai Ga?/^n/ { ancienne collection Anger&tein ) , où rien ne se pratique comme à Paris : si rentrée en est libre tous les jours de la semaine à Tex-* ception du dimanche , en revanche les plus ridicnles entraves sont apportées à la copie des tableaux.
D'abord dans un petit cabinet un peu* sombre , je salue Annibal Carrache , le dernier des peintres de la grande école italienne, le décorateur du [lalais Farnèse, le génie le plus puissant qui ait clos la série de cette multitude d'autres génies , à qui Venise, Florence, Bologne et Rome doivent l'immortalité. Sa patrie lui doit
une statue, elle lui eftt payc^ ce tribut d'hommage et do reconnaissance, si elle n'élail sous la domination étrangère. On voit en entrant , d'Ânnibal Carracbe , deux cartons habilement crayonnés comme des esquisses,^ puis quelques peintures répaiuiuei> dans les deux ou trois salons qui viennent après l'antichambre ou la chambre obscure.
Le chef de Técole primitive bolonaise, le pieux orfèvre Francia, le rival de Lorenzo Costa, est dignement représenté par un de ces grands panneaux dont l'ordonnance de la composition est si imposante, je veux parler de ce genre assez fréquent dans la haute Italie, que les dilettanti nomment une Incoronazione. — La Vierge est assise sur le trône de la Gloire , en compagnie d'anges, de martyrs ou d'apôtres qui l'assistent; Saint Sébastien avec son torse nu, percé de flèches, est toujuurs présent à celte espèce do triomphe de la mère du Seigneur.
Corrége, l'auteur si fécond de la coupole de Parme, le suave peintre de la grandeur morale du christianisme aussi bien que des voluptés payennes, compte quelques œuvres où l'on retrouve bien toute roriginalité de sa manière. On ne saurait trop louer les acquéreurs de ces œuvres de Corrége , parce qu'elles deviennent chaque jour plus rares et plus coûteuses.
Je remarque du Guide , une chaste Suzanne. Que penser du contraste des vieillards avec le ton gris du corps de Suzanne ?
Jésus-Christ disputant avec les docteurs, de Léonard' de Vinci , est^ admirable , comme tout ce qui émane de ce maître savant et habile.
La Madone de Pérugin pécherait par un peu de sécheresse et de froideur.
La Sainte Catherine d'Alexandrie, de Kaphaël , que 1 on pourrait confondre avec la Vierge en extase , a le
môme défaut; son Jules H a la tète préférable à la main, el doit paraître très-suspect d'authenticité , à Tamateur qui connatl les portraits du belliqueux pontife , si nombreux en Italie , surtout ceux de Florence, de beaucoup supérieurs aux autres.
La peinture du Massacre des Innocents, Murder of Innocents^ est ti*ès-large.
Le Soiigo de Michel-Ange ne m'a arrêté que par le presti^^'e du nom de Tauteur. H y a loin de là, pour l'authenticité , aux œuvres de Florence et au tableau du palais Balbi : Jésus sur là montagne des Oliviers.
La Sainte Famille , d'Andréa del Sarto, est une œuvre incomplète. .
On voit, de Sébastien del Piombo, un noble portrait de Julîa (iuii/iiLiua et une jurande cumposition noire; de Garofaio, une Sainte Famille et une Vision de Saint Augustin ; un Tintoret) oii Andromède porte des étoffes à désespérer les plus fougueux coloristes ; de Titien , un Chasseur et une femme nue , une Sainte 1 amille , puis des Musiciens, d'une touche délicieuse , rappelant un peu la manière anglaise ; de J. Bellini j un portrait de (loge ; un iiiLùricur de Venise par Ganaletti; un magnifique Salvator Kosa.
Les œuvres de Claude Lorrain , de l'artiste qui a tant illustré l'école française . parce qull est lui-même le plus français de tous nos peintres , sont dignes de leur valeur au musée des anglais. Elles sont variées et souples comme le talent du mattre de la nature , tantôt resplendissantes do la clarté du soleil, tantôt froides, pleines de calme cl de sérénité.
Nicolas Poussin a eu sa bonne part ici. On peut l'étudier sous toutes ses manières , depuis la plus parfoite jusqu'à la manière plate et incolore. Guaspre Poussin compte quelques bons cadres.
Si nous passons à la série dos flamaods , nous trouvons on première ligne , conservée religieusement sous
une vitre, une œuvre de Van Eyck, mais une œuvre du genre profane, comme le peintre de l'Agneau mystique n*en produisait pas abondamment , et comme je n'en avais point encore vu, à l'exception de quelques portraits qu'on ne peut appeler tableaux de genre. Le sujet quoique banal est traité avec celte maëstric , cette science dont a toujours fait preuve, sinon l'inventeur de la peinture à l'huile , du moins Thomme qui Ta placée dans une saine voie, en amâiorant les procédés des huiles et des vernis siccatifs. Un bourgeois ou bien un homme de qualité , en tunique fourrée, couvert d'un chapeau noir, donne la main à une dame enceinte, vêtue d*une robe verte. On distingue un chion jj^riffon entr'eux deux , des pantoufilus sur le parquet du saioii , un miroir réflecteur dans le Umd , au-dessus duquel se trouve l'inscription Y. Eyck. L'exécution atteint lesder* nières limites du fmi et ne le cède en rien , sous ce rapport, à tout ce que Ton connaît de ce génie si fécond en ressources et si hriUant par le coloris. La fraîcheur de l'ouvrage es4 telle qu'on le croirait sorti de l'atelier, si on ne le savait terminé depuis quatre siècles. Le dessin , ainsi que le sentiment dos physionomies est irréprochable. C'est bien la nature macérée , amaigrie des naïfs dévots, aux premières années du quinzième siècle, et Van Eyck, quoique fort réaliste, s'y entendait à peindre le caractère ascétique de la religion du sacrifice.
Les Anversois ont leurs plus fermes champions dans Van DycketRubens.
Le premier attire ratlention par un portrait d'homme d'un ùge assez avancé et d'une expression de vie tellementrendue, que, sans le cadre, la nature se mon-
trerait presque telle qu eiie a été imitée. L'œuvre est plus qu'attrayaat6 ; elle a tout le prestige d'au tour de force. Je coonais à peo près tous les portraits qu'a fttits Van Dyck et j'alïinac qu il n'en est qu'un seul dij^ne d'ôlre mis en parallèle avec celui-ci pour la vivacité du Daturalisme , je veux parier de deux têtes d'homme réunies sur la même toile que possède le Capitole à Rome.
J'ai été vraiment charmé de reueoutrer à la galerie nationale , deux portraits de Van der Heht , œ peintre
que j'eslime tant , dont les œuvres mnlhcureusement trop rares , ont acquis ai^ourd'hui une valeur bien méritée.
Rubene est représenté par une réduction de Saint
Bavon distribuant les aumômes, dont on udmire la colossale composition derrière le maître-autel de i église du môme nom, à Gand. On voit , du mémo , Moïse et les serpents, tableau dont le centre est magnifique; un Coucher du soleil; sou Ciiàteau , ouvrage bâclé , sans dessin , dont le fond seul du paysage à droite est habile ; puis , la Paix chassant les Horreurs de la Guerre.
La Femme au bain , de Rembi^andt , n'c^t qu'une esquisse.
Du même, la Femme adultère; un Crucifiement, sans
couleur; un Juif ; uuu Adoration, bien originale.
Mes yeux se sont encore recréés à la vue d'un Albert CuypY d'un Jean Both , d'un joli Storck^ figurant la ville de Rotterdam, d'une soirée par Van der Neer et Cuyp, enfin par un grand Muriiio.
S'il est vrai que les Anglais ont des préventions contre Ribera, qu'ils aillent à la chartreuse de Naples , et la Déposition de la Croix qui est non-seulement le chefd'œuvre du peintre f mais un des chefs-d'œuvre de la
peinture, les ramènera prompiemeni de leur tiédeur à
l'admiraiion.
Quant à l'école anglaise, le musée deTrafalgar-Square compte des échantillons du savoir faire de Wilkie, de Lawrence, de loshua Reynolds, de West, et d'Hogarth,
qui nu donnent qu'une idée très-imparraiio de ees artistes en renom. Est-ce que maître Reynolds doit se juger par une Sainte-Famille où le type des figures semble tiré des rues de Londres ? Outre que cette œuvre est inférieure au talent ordinaire de l'artiste, elle prouve par sa présence à la galerie nationale que les administrateurs se sont peu préoccupés du risque encouru pour la réputation de l'artiste , el qu'ils ont commis une faute de goût , en recherchant un tel sujet comme plus académique y plus digne d'un musée public et officiel.
Puisqu'il s'agit de Reynolds , analysons Técole anglaise.
Holbein , le roi des portraitistes , est le premier qui
ait reçu des encouragements en Angleterre. Henri VIII et Thomas More le prirent en affection et Tamitié du royal hôte et du chancelier a valu à la postérité des témoignages irrécusables du talent de cet artiste. Hais
Holbein n'était point anglais , et comment l'Angleterre serait-elle ûère des illustrations qu'elle n'a pas enfemtées?
Sous Charles I**, Van Dyck s^uisa en portraits de tous genres; son pinceau créa, comme une seconde fois l'aristocratie des Anglais; mais ce fut surtout à la cour qu'il multiplia ses œuvres, et les images de Charles I*', de lady Henriette, de leurs enfants et même de leurs chiens [kirufs Charles race) , ne manquent pas. Van Dyck non plus, n'était pas né sous le ciel de la Gran* de-Bretagne.
Plus tard, sous la Restauiation, uu hollandais, Pierre
Lely, s'adoni» de nouTdftu au portrait, genro sympathie que, à ce (ju'il paraît, chez nos voisius. J ai toujours jyeosé que la mullituiie de portraits qui enooiiibreiii les salons des Trois-Royaoïnes , el Tapiitade des anglais à peindre ce genre, provient de rindividualismc, de l'orgueil qu il amené fatalement, du désir qu ont les classes Aobies de transmettre leurs images avec leurs noms et leurs richesses, enfin de la beauté aristooraiiqtte si ai* trayante et si instructive pour le génie et le caprice du peintre.
' U faut donc arriver à Uogartb, pour trouver les origines de l'art national. Â coup sûr rorîginaltté, la philosophie humoriste, la verve ne manquent pas à celui-ci ; toutes
ces facultés se rencontrent dans le Mariage d'un fils do famille ruiné avec une vieille femme riche» Néanmoins, je place les dessins gravés d'Hogarth bien auniessus de ses peintures , et encore , ces dessins ont-ils plutôt le mérite d'une exactitude de sens historique que celui de l'exécution , c'est-à-dire qu'Hogarlh est aussi bien le chroniqueur de Georges II que tous les faiseurs de mémoires de ce temps-là. Voir son œuvre gravée au cabinet des estampes , lllogarth iUustrated John Ireland,
Hogarth peut , à bon droit, être décoré du nom de père de la caricature. Jusqu'à lui, les caricatures n'étaient autres que dos proverbes; mais, au dix-huilièmij siècle, alors que le gouvernement se fît très-raisonneur et constitutionnel, le dessin devint une arme redoutable entre les mains des malicieux observateurs de la société. C'est surlouL à Bunbury, Seyaiour, Âlken, que Ton doit les progrès de cet art moderne. Gillray, surnommé l'Aristophane peintre, eut des poses etdes surnoms pour tout ce monde du temps de Pitt. Rowlandson a^ comme Ton sait) mis au monde le docteur Syntaxe. Comme si aoli c
époque était plus réfléchie , elle a donné naissanee à
Georges Cruikshank, dont rhaliilLiô pratique et le ç^éme spéculatif indiquent du jugement, de la pénétration. Dans ses Leçons de phrénolo^^ il s'eai révélé savant physiologiste, penseur délicat.
Pour avoir une notion complète, éclairée, de la capacité des anglais^ en mati^ de peinture, il £aut en demnder le secret aux œuvres de Reynokls. On peut affli^ mer , sans trop de témérité , que Sir Josliua a été un habile praticien, s'inspirant, avec raison, aux sources intarissables du passé , et conservant , avec esprit , le type moderne et national qui frappait le plusson imagination. Reynolds, a Icplus emprunté à Rubens,à Van Dyck, aux Vénitiens, et en cela il ne pouvait mieux lairo, parca qu'il y a toiqours folie à renier les bons principes , deux qui sont éternellement l'exemple, le guide inraillible de la postérité. Ce qui contribua le plus à la renommée de Reynolds, ce fut une sorte de couleur locale dont il livra le premier le secret à ses contemporains et à ses élèves. Ses compatriotes furent séduits, irrésistiblement entraînés vers l'homme qui, nouveau devin, avait fait cette précieuse découverte de les traduire idèlement , tels qu'ils étaient, tels qu'ils se comprenaient. Le tort de Reynolds fut de trop rester dans la limite du portrait et de ne point franchir avec aiMUàce la barrière qui lui fermait impMeusement le passage. Il eût réussi dant les grands sujets, et les peintures de Petworth, château de lord Ëgremont, témoignent de son talent. Qui niera quti la Mort du cardinal de Beaufcurt et la Jeune Fille à la fraise, ne soient deux œuvres capitales? Dans Tnne^ la pfrandeur sévère, dans l'autre les grâces enfantines avec cette finesse et cette transparence britannique qui, plus tardf inspira le jeune Lambton àLavrrence. Il était donné à cet homme éminent de conquérir le premier rang en-
tre sesconfirères, ettonten demeurant un puissant g^énie national, envers lequel le pays doit admiration et reconaaissance, il m posséda peut-être pds Tétoife d'un maître supérieur. Pourquoi Reynolds ne fut-li pas nn maître dans la force du terme? Parce que, ne réunissant pas cette qualité suprême qui immortalisa pour toujours ses aléax dans Tart de peindre, Raphaél, Titien, Rnbens, Velasqucz, il eût été incapable d'enfanter toute espèce de sujets avec un mérite égal, et il manqua d'originalité absolue et d'un peu de souplesse d'esprit, défaut inhérent aux Anglais, ieur pins grand peut^tre, parce que les Fi'ançais m l onlpas. Reynolds ftit constamment anglais. Les glorieux noms que nous venons de citer appartiennent ausst bien au monde qu'à leur propre pays. Il me semble plus exact de proclamer Reynolds, le chef de l'école anglaise, et je lui décerne volontiers ce titre, nonseulement à cause de son imitation qui a été si profitable à ses suoeesseurs , mais on raison de sa manière toute spéciale, soit de concevoir les objets, de les fi^-rouper avec habile Le, de les poser sous mille formes différentes, soit de les animer par une couleur généreuse, un peu trop empètée et beurrée même, je demande pardon de cette expression si juste, d'être resté vrai, naturel, réaliste enfin, sans être servile et trivial.
L'héritage du génie de Reynolds frrt heureusement recueilli par un homme qui sans avoir les miMes qualités de son maître, a fait preuve d'une grâce parfaite et d'une modestie élégante. Thomas Lawrence fut éminemment portraitiste et ses œuvres peuvent passer à bon droit pour des études historiques aussi profondes que ne le seraient les pages écrites d'un historien en renom. Au contraire de Reynolds qui sacrifia dans ses emportements le dessin au coloris , Lawrence mettait de la conscience à arrêter ses contours et il péchait par la teinte
grise ûu argentée de ses couleurs; ce qui n'empêcha pas{ l'aristocratie de son temps, les ambassadeurs et môme les têtes couronnées deTEuropo, princes et rois, de se succéder dans son atelier pour y laisserla rcproductioude leurs flères personnes. La critique pourra bien trouver à redire • à la teinte pâle, mélancolique de ses figures, à l'afféterie quelque peu maniérée de ses costumes et de ses ornements, le peintre n'en aura pas moins conquis Testime des hommes de goût, et si je ne craignais de blesser bien des susceptibilités, j'sgouteraia qu'il a eu un certain talent de prévision, qu'il a influencé une partie de l'école de ce temps-ci : beaucoup de faiseurs à Paris, rôvent Lawrence en copiant le monde de la fortune et de la mode.
En un mot, Lawrence eut tout le succès, toute la vogue de son époque. Allan Cuningham n'estime pas à moins de deux cents le nombre de ses portraits, et l'ingénieux artiste créa , à l'aide de la palette et des pin-' oeaux, une seconde société anglaise: révolution calquée sur celle de Van Dyck, un siècle auparavant. Ni Gainsboroug le chaleureux, le fantastique, ni Bonjnniia West ce pseudo-David, ce quaker qui osa se mêler de peinture anecdotique et qui aurait dû s'en tenir aux marines et aux batailles , témoins le comîjat de la Hogue et la mort de Wolf, ses meilleures inspirations, ne parvinrent jamais à éclipser son astre*
Il faut arriver à Wilkie, pour toucher de nouveau à une renommée solide et nationale. Celui-ci dut, à son origine écossaise, le sentiment des grandeurs de la nature et l'intelligence des habitudes de la vie d'intérieur. Il sut charmer et amuser par un esprit que je nommerai antrlo-fl;irn;ind , puisque ses compatriotes dès le principe le couronnèrent du double génie d'Hogarth et de Téniers. Son talent se réveilla de bonne heure, il fit naître la
Lecture d'unioumal réooiuHomudrê , composée à dîx«
sept ans sur un carton et transfoi aiLo jitus tard en son fameux tableau des PolUiques^ où brillenl ses qualités ordinaires f l'animation des physionomies, la simplicité natareliedes attitudes, la vérité delà mise en scène, la finesse des détails, la curiosité patiente dansl'expresbion des ligures, où manquent ses défauts les plus fréquents , tels que manière timide, lente , sans richesse et abondance, absence de largeur et de concentration dans Teffet. On raconte qu'il eut deux phases bien distinctes dans sa vie et par suite deux manières. Dans sa première période, tant qu'il fut de son pays, il trouva dans Sir G. Beanmont un royal protecteur; il devint rapidement illustre et ses productions comme toutes celles des grands peintres modernes, furent payées très-genéreusement. Le duc de Wellington lui paya douze cents guinées sa Lecture à Chelsea du bulletin de W^Uerloo. Enfin, il voulut visiter FItalie et l'Orient, et il paraît que ses dernières œuvres étant moins du goiit national, furent accueillies avec un peu de froideur.^Ueureusement Georges IV qui eût dépensé ce qu'il n'avait pas et qui n'eut jamais rien de ce qu'il dépensa, lui acheta tous ses tableaux à son retour d'Italie et le sauva dans sa nouvelle manière. Gomme l'on voit le grand artiste eut be* soin d'un illustre patronage , et c'est un fait avéré que la difficulté qu'ont les peintres modernes de vendre leurs œuvres, contribue bien un peu à l'infériorité artistique de l'Angleterre. La France fliit aigourd'hui un très-bon commerce de la peinture; les artistes y sont mieux appréciés , mieux compris , mieux payés. L^Anglais paye beaucoup les tableaux anciens, il ne paye pas si favorablement les modernes, parce qu'il y va de ramour-i>i'opre national. Aussi la question de mérite à part, les peintres anglais n'ont jamais rivalisé de luxe ct^de confortable
avec les nobles membres du parlement, taudis que nos iauBtrationSf H. Horace Vernet, par exemple, a toiyours vécu à Paris bien autremenl que nos pauvres hommes d'état , et a déployé à Romu, un fubLe écrabauL aux yeux même des ambassadeurs.
L'école paysagiste, un peu trop ignorée en France et révélée seulement par des gravures ou des eaux-fortes , mérite une attention spéciale. Dans Tétude du paysage, dans cette partie de Tart (dus qu'en aucune autre , les artistes anglais ont conservé leur naturel , ils sont restés eux-inOinc-s, et de riiveu de tout le monde ils ont souvent réussi. Toujours comme dans tous les genres artistiques , le génie s'est développé tard , au milieu seulement du dernier siècle.
Gainsbui ough excelle à la fois dans le paysage etdans le portrait; sa touche est légère , facile, et son coloris transparent Mais il faut voir Gonstable et Tumer pour juger sainement de la charma uLe nalurc anglaise et de rhabiieté de ceux qui l'ont reproduite.
Constable, fils d'un meunier, doit à cette extraction la facilité du mécanisme pittoresque de ses moulins. Il rendait le caractère particulier à chaque ciel, les influences variées des heures et des saisons, et sous ce rapport Tun»r, Galcoit, Fielding l'ont peut-être égalé, mais aucun paysagiste ne s ci>L monU'é supérieur à lui : il voulait être naturel , il aspirait à l'héritage do Gainsborougb qui 4e premier avait su donner quelque vérité , quelque vie à la reproduction des sites nationaux. Passionné pour le dessin, il étudia tous ses plans et les arbres surtout avec conscience. Dans les mémoires qui nous restent de lui , il écrit : que la peinture est pour lui le synonyme du sentiment ; puis il ajoute : Tartdu peintre est de réaliser et non de contrefaire le site. £n véritable . anglais , il préférait la fraîche verdure du printemps à
la tei&td ronsseftlre de ravtomne ; oe qui lui plaistU pi»
dessus tout, c^était Tétode assidue des effets atmosphériques. Enfin , sa manie du naturalisme exigeait que sa peinture n'émll&t dans l'esprit de celui qui la contemplait , me impression autre que celle qu'on éproute en face de l'objet représenté.
Pour le mieux apprécier , il faut le rapprocber de Turner , son supérieur en oe qu'il décompose moins. Tttmer a eenlement exagéré son ftiire et les tableaux de ce merveilleux coloriste de la campagne, n'offrent dans leurs bizarreries que traits confus, chaos de couleurs. Il feut s'éloigner de quelques pas, pour qu'une Ttsion magnifique vous apparaisse. La vérité est presque toujours obtenue avec peu de couleur, mais rindépcndance ou le despotisme du peintre sont tels qu*il métamorphose les points de vue semés sur sa route. Tout en se tenant dans uno gamme élevée, il a été d'une focuiidiLc abusive. £nûQ, ii a eu tort de commencer par où les autres ont ini^c'est-àHiiref par une trop grande liberté de manière et d'exécution, et de n^avoir jamais su être précis. Tout en consultant la nature, il eût fallu éviter l'à-peu-près.
Bonington a rinteiUgence des vagues de rooéan; l'emboucbure de la Tamise semble s'ouvrir pour lui , et sans contredit, la France serait fiôrc d'un tel cufaiU, uiâigré l'habileté consommée do Gudiû, de Barry.
Landseer a la spécialité des animaux et surtout des chiens , il en est le peintre et le poète ; le grand cerf des Highlauds, au bord des lacs, n'a p:i s de plus spirituel interiH^te que Landseer. On lui reproche quelquefoia les teintes grises dont les anglais semblent avoir abusé, mais il ne faut pas oublier que le peintre l'eproduit la nature telle qu elle s offre à lui.
Un genre dans lequel excellent les anglais, c'est Taquerelle (waier^olour painting ]. Les aquarellistes sont
devenus si nombreux que depuis l'origine de œ siècle , les salons de l'Académie ne leur suffisant plus , ils ont funiié, à cause des rivalités ou de l'exiguïté du premier emplacement , trois sociétés qui ont chacune son exposition annuelle. Gomme je me trouvai à Londres à Fépoqued'uneeorftt&f'fion, jeme rendis an sanctuaire de Pall-Mall où se trouvaient réunis les ouvrages enrouleur à l'eau. MM. Harding et DuQcan me parurent remporter la palme, je demande pardon aux plus habiles, si la rapidité de ma tournée ne m'a permis de les distinguer. Indépendamment de la visite à Pall-Mall, i*aî eu bien souvent ^occasion de compléter mon éducation à la vue des ouvrages de ce genre répandus dans le public, et je me plais à rendre justice au talent deStanfield, de Prout, de Callunnolo el de Copley Fieldinpr. On ne saurait trop encourager Taquarelle , et la France qui compte des aquarellistes de talent , a le tort de ne pas en compter un aussi grand nombre que l'Angleterre, où cette ma-^ nière si plaisante el si rapide d'enlever la nature est devenue commune dans l'éducation des jeunes gens des deux sexes. Si j'étais homme d'influence, je m'empresserais de composer une société en vue de propager une mode si profitable ; nuiis la France céderait-elle à l'entrain des sociétaires ?
Venons à la gravure, à cet art que nos voisins ont poussé si loin et dans lequel ils semblent avoir versé les prodigieuses ressources de leur génie industriel. Remarquons à leur honneur qu'ils ont rarement cessé d'être graveurs coloristes, ayant cela de commun avec les HoUandais, probablement parce que les graveurs sont coloristes dans les pays oh la lumière n'est pas assez vive pour absorbti la couleur.
A part les bouffonneries d'Hogarth, indiquées presque toujours par un trait grossier, analogue ft la farce
ou au drame tout plébéien d'un carrefour, il faut signa» 1er la finesse du contour et la délicatesse du trait buriné chez les graveurs. Rylaud 1 ( nipory3 par la pureté du dessin et meurt singulièrement par i'al)us qu'il fait de son art. Avec Strange , je devine la blonde dlievelure de Charles-Stuart , les chatoyans rellets de son pourpoial de satin, l'air qui se joue à Iravers un feuillage, le pelage d'un cheval ou d'un chien. Et Berwicli, le maître de la gravure sur bois! El Hopwood, si habile dans le pointillé! Et WooHet ! l'aimable Woolîet!
Aiyourdhui la gravure de genre, 1 intérieur ou le paysage, atteint les bornes du style le plus gracieux. Comme l'Ecosse est aimable, ainsi reproduite ; elle vous invite du meilleur ton possible à 1 aUer voir , à visiter ses lacs, ses montagnes, ses bruyères, ses mélèzes embaumés I Quel succès ont aussi à l'étranger les Keepsakes où le po in Lille du burin nous permet do toucher le tissu velouté de la peau des plus nobles dames du monde I Quelle vogue ont à Paris les études coloriées de chevaux, d'attelages, de chasses au renard 1 Si nous considérons la gra vu sur i>oi s, nous constatons des progrès surprenants, et bien que la France opère des merveilles, l'Ans^terre n'est point en arrière si elle n'est pas en avant.
La manière noire, dite aqua tinta ^ est d'origine anglaise ; cette manière a pour elle l'économie et un charme particulier dans l'eflét du clair-obscur.
Avez-vous pour la statuaire uno passi(3n dominante, le moyen le plus certain et le plus expéditif de la satisfoire est d'entrer à Westminster-AMiey et à Saint-Paul de Londres, puis d'accorder en passant quelques coups d'œil aux illustrations des parcs et des squares.
C'est par une porte latérale, celle dite du coin des poètes rpoet'tf corner; , que l'on est introduit dans la
Vieille basilique de Westminster, la nécropol6 de bien des gloires de la vieille Angleterre, OldEn^latid. Pour llimnine qui visite ce monoment la première fois de sa vie, il y a une surprise, une impression telle qu'il demeure un instant suspendu dans le doute d'un Muséum consacré aux arts ou d'an temple consacré au IMeu des chrétiens. Rien de plus naturel qne des hommes qui ne professent pas le même culte ne se comprennent pas. Aussi, doit-on avant d'entamer un voyage étudier à fond le caractère moral et religieux de la contrée qu'on se propose de parcourir, et le premier venu qui aura pris la peine de rechercher les principes fondamentaux du protestantisme, celui-ci entre autres, la négation de la présence divine que les catholiques romains aocordent aux lieux saints , ne ressentira plus ici ce profond étonnement qui , pour quelques-uns , se métamorphose en scandale. Ce n'est pas le cas pour nous de décider si l'on a tort ou raison d'allier le sacré au profane, et convaincus de cette maxime qu'il ftiut étudier chaque peuple dans l'inlégrilé de son autonomie, nous avons pour les choses de l'étranger un respect aussi profond, peutêtre même plus absolu que pour celles de la patrie» le taxerais de stupide le conteur qui, après une exploration de rOrient, trouverait plus de railleries sur les simagrées des marabouts que de compliments sur les mosquées et leur ornementation arabe ou byzanUne.
Sous les ms^estuenses voûtes de la gothique ca^ Ihédrale de FOuest, nous passerons en revue les produits de la sculpture appliquée aux fastes de la grandeur britannique. Laissons achever le service quotidien, eni^ vrons-nous des sublimes élans de la musique, des accents harmonieux des voix humaines, du plein-chant à qui le marbre donne des vibrations si pures et que les piliers de Tédifice transportent si rapidement de la base
au Bomnei. li n'est pas «ne paroiese en France qui
compte (Ils desservants aussi habilt s dans lo chant , et pourlant nous sommes ici sous un ciui brumeux U peu inspirateur. Quels eièis on obtiendrait dans nos contrées où le soleil verse, dans Tâme de chacun, tant de
poétique mélodie 1 Mais aouâ sonuoes négligents, insoucieux I
Une fois la consigne levée , dès qu'il est impossible d*offeRser le Dieu qu'on ne prie et qu'on n'adore plus ,
dès que le maître des hommes seiiible avoir déserté une demeure oh il n est plus invoqué, alors le sacré cède le pas au proCiMie et les clercs se transliomiant en cicérones sans dépouiller leurs vêtements ecclésiastiques , nous accoiiipagnent partout et nous donnent le sens de chaque obiet avec cet aplomb et cette conscienoe ôm nom* bres qui est le propre de leurs confrères en tout pays.
Les monuments ftanéraires de ce Pantkéon semi-religieux ou du Saint-Denis anglais, comme dirait un parisien , sont élevés à la mémoire des hommes illustres de toutes les castes, depuis la royauté jusqu'à la bourgeoise industrie. Le marin est en sodétédu poète , le poète près do mécanicien , celui-ci voisin d'un acteur et l'acteur non loin d un roi ou d'une reine. Savez-vous quel est oet espiègle à la joyeuse face, qui sort du linceul ou qui plutôt soulève un rideau pour se montrer au public en costume de Lin dur , cette mine plaisante est celle de 4;arrick, de 1 inimitable Garrick ?
Parmi les poètes , Shakespeare attire le premier l'attention, puis viennent Thomson, Chaucer, Addison, Hœntiel et autres.
Deux bustes vivants, de Ry&brack et Waisb.
La douairière barome de Leehmere a une robe dont les plis sont bien eompris , et près d'elle le baron se fait remarquer par une graude expression de physionomie.
Nuub déliions devant Dryden, Thomas Richardson, et on descendant 8ur la droiL6 devant le corse Pascal Paoli.
William Margrave sort du linceul et se dévoile ; pour
compléter la scène , le Temps personnifié repousse la Mort, c'est bienPœuvre d'un fantaisiste. Isaac Newton est représenté sur un médaillon , c'est
plus qu'il 11 en fant à un génie imnioi lul; a Aix-la-Chapelle, Charlemagne n a bien que son nom pour orner sa pierre tumulaire 1 Le môme Newton se voit plus loin reproduit en corps par Kent ou Rysbrak, ce flamand qui a laissé à Westminster des œuvres de mérite, dont le défaut me parait le manque d'expression et de légèreté.
Pittpose bien en orateur, homme d'État.
Le monuiiiLiU du comte d'Halifax, un des chefs-d'œuvre de Bacon, montre que ce sculpteur avait plus de savoir que de génie.
Kneller.
Wilberforce, le bon négrophile. a quelques rapports de physionomie avec notre malicieux Voltaire , du moins pour la finesse de Pesprit , car il a plus de bonho* mie.
Horner et Canning, par Ghantrey.
John Kemble est sans inscription ; Fox et Perciv^ sont de môme. Ces derniers sont l'œuvre de Flaxman.
Le chœur de la basilique, ia chnpcîlc d llcnri VU est encore un musée historique des plusprécieux.Les scul[>tures tant sur pierre que sur bois y sont admirables d'élégance , de bon goût et môme d'une certaine originalité attrayante. On nous montre encore quelques monuments fameux, celui d'Henri VU par le florentin Torregiano, et ceux d'Ëlisabeth et de Marie Stuart, rapprochés comme enseignements des vicissitudes humaines ^ la statue de Watt, par Chantrey , œuvre prodi-*
lieuse de finesse et d'esprit ; lady Walpole , en costume l'iuiiain; le dur dc' Montponsier , pni* Woslniacotl; onfln^ l'excenlriquo luuiboau ctevé par lo français Koubillac, à la mémoire de lady Nighliogale où la comtesse est do^ fendue par son époux contre la Mort qui n'est autre qu'un cadavre d'imeexactitudc effrayante. Co Houbillae, sans posséder la force de Rysbrak dont ie style tlamand était devenu français, avait de plus que lui de Télégance et de rimagination.
Nous laissons un tnstanl lo gothique frisé et denlelé pour ie rococo, ie styie arrondi de la philosophie, c'est dire que nous passons de Westminster à Saint-Paul. Ici la société seule des morts est changée , et la vue de leur séjour ne moflitie on l'ion nos premières impressions ; ce sont toujours des l>usies, des statues allégoriques ou non dans un temple oU Ton rend un culte au Dieu obrétîen. L'église de Saint-Paul est, comme l'on sait, le pendant do Siiinte-Geneviove ou de l'ex-Panthéoii de Paris ; niùine formai, même sentiment; des payens seuls ont bâti cet échafaudage , mélanges de galeries et de colonnades empilées les unes sur les autres, modèle d\'irchitocture nullement Jtjpourvu de grâce et de grandeur, mais oii Télévation est moins dans la pensée que dans la masse de Tédifice. À l'intérieur , mon attention se porte sur les mausolées, sur la statue équestre du général Abercromby , par Westmacott, sur celle de lord Uowe, par Fiaxman; sur les généraux Piéton et Hough-* ton, par Ghantrey ; sur le buste du philanthrope Howard, par J. Bacon. Flaxman est Tauteur du monument élevé à la mémoire de Nelson. Le héros est hiun posé; sa main s'appuyesur des cordages et on lit tout autour les trois mots sacramentels, accessoires obligés de la gloire de ee marin : Coppnhagen, NUe, Trafalgar,
Ponsonby tué à Wateriuu , a le défaut de tomber uu ,
en sauvage ou en romain, comme il vous plaira et comme le veulent les classiques.
Flaxman a eu le ridicule de faire porter la main de Reynolds sur la téte de Boonarotli. Quoi de commun entre la prose toute locale de Tartiste anglais et la vigoureuse poésie du divin Michel-Ange ! Que ce soit orgueil britannique ou flatterie de confrère, en tout cae c'est une maladresse*
A part quelques fautes contre le bon goût, qu'un artiste anglais est plus susceptible qu'un autre de commettre, on ne tarde paa à reconnaître la virilité du talent de Flaxman. Un liomme seul, qui a bien sa portion de lîie, Chantrey, est demeuré son rival; John Bacon, Westmacott , avec un talent formé ne sauraient entrer en lutte avec ces deux derniers , dont j'analyserai la vie et les œuvres plus au long.
Flaxman dut peu^-ôtre à la passion de son époque pour Fantiquité grecque ou romaine tout l'esprit de son faire et la durée de son illustration. Non-seulement il dessina des sqjets tirés de Tantiquité, mais il apporta dans ses œuvres crayonnées ou sculptées cet amour des plans rectiligfies, cette religieuse observation delà sobre pureté des contours qui marquent les œuvres de la Grèce et de Rome. Son début dans la carrière fut modeste , et comme Agathocle il fît son apprentissage dans la poterie. La sculpture pour lui avait bien voulu remonter à l'eniànce de l'art; aussi ses premières ébauches dont j'ai été assez heureux pour voir quelques échantillons , sont excessivement recherchées. Comme les stauiottes et les pétrissures d'argile ne mènent guères à la fortune, l'artiste , après avoir enflanté quelques statues telles que celles de Gollins à Ghîehester et de Histrtss Morley à Glocester, se résolut à faire le grand voyage , celui des hommes de cœur et (1 imagination. L'Italie lui inspira,
dit-on, ses dessins de rriiade et de l'Odyssée , puis conx du Dante. A son retour dans sa patrie, il comprit toute sa mission et il tira da marbre ces nobles compositions que Ton rencontre en parcourant les villes et les châteaux de la Grande-Bretagne. On croit généralenioiit que ses œuvres poétiques et religieuses sont supérieures à toutes ses productions. 11 n'est pas douteux que Flaxman qui aimait TÉcriture sainte comme un pasteur, n ait imprécrné ses ouvrages de son génie si sage et si recueilli ; il a pourtant brillé dans ses œuvres profanes , et à part un peu de convention dans Tanatomie et de négligence dans lo costmae ou la draperie, il a poussé l'art magique de la sculpture assez loin pour faire le plus grand honneur à l'Angleterre.
Après Flaxman^ Thomme qui est le plus justement admiré, est Francis Chantrey. Pourtant avec des qualités plus aimables, l'oubli du classique, moins de raideur, de rei^ouement dans la forme, Chantrey n'a pas été supérieur à son prédécesseur ; il Ta seulement égalé dans ses œuvres parfaites comme les statues de Watt et de lady Russeli. Le grand mérite de Chantrey est d'avoir créé une seconde fois la sculpture de l'homme civilisé, le buste , dans lequel genre d'ailleurs les artistes anglais paraissent exceller. Doit-on cet avantage à leur jugement si i^fsiologiste? C'est possible. Quoi qu'il en soit, les œuvres de Chantrey depuis le buste d'ilorne Tooke, le radical, jusqu'à celui du duc de Sussex, respirent un tel sentiment exquis de naturel , d'animation , que la critique étrangère même s'est vu foçcée à l'impartialité. Je voudrais bien assimiler le ^enre de Chantrev à celui de quelques-uns de nos sculpteurs modernes, et j'avoue franchement que mes compatriotes avec beaucoup de mérite, de science et d'étude, sont rarement api»\s à animer une figure de marbre comme Ta fait Chantrey. 11