ESPRIT REU6IEUX
« 11 n*y a opinion qnf s'Iniirime plus profondémeiK
dans ]f' ( O'nr des hummes, que rupiiiiim cJo rf-litiinn ni qui lunt les sépare les uns des autres. Nou^ l'expé- Timeniont •ujourd'bui, et voyons que deux François «t Anglcb (jui sont d'imo luf^^me religion ont plus d'affec- Uou eta'umitiéentr'euxque deux cifoyens d•utI^ nièsnic ville, subjects k un mèsme seigneur, qui se raieiu de diTersM Klii^Qiii, téHomont que la eonjonctton d« rcli^rinn pD<;<çp roîtc qui psI t\ laiii^e du iiriys ; pt pour culilraire, la division de religion esl plus grande que nulle antre ; c'est ce qui sépare le père du BU* le frâre du frère, le mari de la femme * (an l'Hmpital).
La vérité qu'énonçait le vertueux chancelier est encore vraie et le sera de tout temps. Ce qui prouve la force du jugement de cet homme illustre, génie sublime de impartialité magistrale , généreux enfant de notre France dont la philosophie est plus que française, mais bien universelle. Le xvi« siècle, au miiieu des ora^'os qui 1 agitèrent tant, vit éclore ces belles àmos, ces lumineuses intelligences, ces esprits sensés qui affirmaient avec certitude et d'un ton solennel, que le choc de la pensée religieuse avait une violence double de celui de toule pensée simplement politique, et que celle-ci était presque toujours le reflet de la première. L'expérience de
cet aphorisme rigoureux s'est féite plusieurs fois et tou-
jours accompagnue du lanucs cl do dotliiremeuts. Aujourd'hui , nous aspirons tous à une meilleure fin , et pourtant cette époque de paix et de tolérance n'est point absolument venue. L'œuvre est avancée , le travail des derniers siècles n'a pas été vain ; il n'y a rien d'inutile au monde, puisqu'on a toujours sujet de dire : Dieu le veut. C'est surtout au xvi* siècle, celui du mouvement par excellence, cette période à la fois si terrible et si séduisante que j'aime avec passion, c'est là qu'il faut le plus reporter sa mémoire, si l'on cbercbe une solution aux choses contemporaines.
J'engage touLo personne qui prend au sérieux un voyage dans les Trois-lioyâumes à étudier riiistoire de cette contrée au point de vue moral et philosophique , avec intelligence et réflexion, non pas comme on le fait au collège, mais comme on ne le fait jamais ou qu'une fois en la vie lorsqu'on a presque vécu. Je Texhorte à mettre du jugement dans l'histoire , et Thistoire dans le jugement. Travail nécessaire à l'explorateur du monde.
Allez-vous en Angleterre, sachez la date et le lieu de la descente de Guillaume, la croisade du roi Richard , le tempérament d'Henri VIII , le démêlé d'Élisabeth et de Marie, le rigorisniu cimbitieux de Cromwell , la révolution utile de 4(i88, la tactique de Walpole, de lord Ghatam , de Pitt, de Burke, de Fox , de Peei, de Palmerston, de Gobden, d'O'connell. Sondez le cœur d'un ami , si vous devez en user. Expliquez-vous la cause première des événements, si votre bon plaisir est de les juger* Ne courez pas en Angleterre, même la poche pleine, si la
tête est vide. A (jiioi bon eus amas de maisons, ces toufies d'arbres, ces bâtiments, ces machines, ces troupeaux de vaches , ces vols de corbeaux même, si , véritables énigmes, vous ne les comprenez point ?
Il est essentiel de se pénéti*er de l'esprit du peuple qu'on doit étudier, et co travail préliminaire de tout voyage a cet immeDse avantage d'en rendre les fruits plus savoureux et plus nourrissants. Il faut procéder, par une initiation conliaute > presque aveugle. Ainsi le commande ce fameux proverbe arabe : « Si vous passez par le pays des borgnes , faites-vous borgne. » Les hommes à systèmes, pour engager le public à user de iours inventions, réclament une espèce d'appétit bénévole, et ils espèrent, avec raison, que ceux qui en goûteront en voudront goôter encore.
Pour nia part, je conseille fortement une entrée en matière faite à domicile, en compagnie de livres non menteurs, ou en société d*amîs éclairés et impartiaux.
Ainsi ai-ju lail.
Quand j'ai voulu deviner le secret psychologique do la Grande-Bretagne, j*ai recberché la compagnie de ses enfants les plus éclairés, et Fétudedu cœur humain, combinée avec celle des habitudes domestiques, m'a révélé, en peu de temps , tout ce que l'inexpérience m'avait caché.
Aux yeux de tout le monde, un anglais est un homme obèse ou étique , chéri des aubergistes dont il fait la fortune, ayant réputation de beaucoup de richesses et d'un peu de folie, type d'une nationalité entière et superbe, excitant 1 luinioup ombrageuse de l'étranger, quelquefois sottement copié par ceux qui le détestent, tant est extensible la diffusion du génie britannique.
Pour l'observateur impartial et moins haineux , l'anglais est plus qu'un être de raison, un fantôme sans éclat qui ne laisserait que de l'or pour trace de son passage ; c'est un homme dans toute l'acception du mot , c'est un citoyen; c'est un asseinlilage li ulces aussi intéressantes qu elles sont originales, c'est réchantillou
d^ufi peuple séparé par de profondes Hmitos naturelles du reste de rhumanitcpostcdans un re(i'aiichom(;iU pour épier les mouvements du monde et digne en cela d'être notre point de mire.
Deux traits baillants earactérisent Tanglais : le traivail du mélange des races caucasiques et Tagitation de la réforme religieuse. En lui se personnifie chaque tribu de la fondation européenne, chaque secte du christianisme. Il vous donne à penser et son individualité exige une certaine finesse pour être parfaitement saisie. Il faut convenir que l'histoire du peuple anglais devait présenter plus que tout autre un intérêt particulier, et le peuple héros de tant d'événements si variés, se prétait à mer* veille à la description. Après Tétude des races, celle du mouvement religieux devait dominer toute espèce d'investigations.
J'ai tâché de coordonner sur ce dernier sujet quelques
idées que j'indique ici , sans prétention, telles qu'elles sont venues s offrir à mon esprit. D'abord un aperçu historique, puis un essai critique.
C'est remonter assez haut dans le passé de la Grande- Bretagne , que de faire figurer comme premier jalon de son histoire, la conquête de Jules-César, son débarquement à Deal, l'an ëDavant l'ère chrétienne. Les Celtes, ces premiers envahisseurs de notre Europe, se mêlent aux Romains victorieux. Le druidisme se lie plus intimement au paganisme avec lequel il avait déjà bien des rapports. Le pictisme est modifié pour tomber en désuétude , et avant la fin du Ih siècle, d'après le témoignage de Terlullien, le christianisme avait pénétre dans certaines contrées de la Bretagne inaccessibles aux Romains. Dès lors les lois évangéliques sont exposées à toutes les fluctuations qu'elles subissent sur le conthient, tantôt dominées par rauiucratie du pape, quelquefois televces
de celte obéissance aveugle par de fières intelligences
telles qu'AIfrod-le-Grand, Duns Scott, Occam , Roger Bacon. Au moyen-ùge , alors que la papauté prenait avec une énergie louable la causa de ravancement des scien** ces, s'élèvent les universités d'Oxford et de Cambridge.
C'étnit le beau tem])s des discussions stériles de la scholastique, des arguties et des subtilités , et l'art de toujours chercber la vérité sans jamais la trouver, recèle déjà, sous des formes ou sous des causes occultes, un léger venin contre l'orthodoxie romaine. Le réaliste Âlcuin était en France discuté par Abeilard et la théo« logie faisait ainsi alliance avec la philosophie aristotéli-» que, doctrine condamnée quelquefois par les conciles du tenaps. L'avantage dans la lutte resta au parti des nominaux, et cette fois la théologie séparée des docteurs subtils, n'eut pas la force de repousser les violentes ailaques de la réforme.
Gomme Ton voit, le moyen^ge anglais eut ses vicissitudes d'agitation dans le domaine de la pensée ; mais l'agitation réformiste qui prit la place des querelles philosophiques vint du dehors. D'abord, les mécontents de l'autorité se groupèrent en France, oh les Yaudois et les Albigeois luttèrent en vain contre une force et des éléments qui les domptèrent pour un temps. Eu Angleterre, l'esprit de discussion ne fut jamais aussi sérieusement comprimé, et soit que le joug de l'autorité fût plus uiiolci abli^ dans les pays du Nord , à cause des besoins de la vie matérielle, soit Theureuse séparation du continent, ce qui donne toujours aux insulaires une raison d'indépendance qui leur devient propre, le clergé romain n'eut point, sous le ciel brumeux, cette fierté d'allures et cette omnipotence qu'il a conservées de nos jours dans l'Europe du midi* Quand on étudie avec soin les différents points de départ du mouvement réformiste
en Europe, et la physionomie des peuples chez lesquele
il crût et grandiL avec chance de succès, on les rencontre compris dans cet arc de cercle qui passerait par la Hongrie, la Pologne , TAlleaiagne du Nord, les Pays^ Bas et la Grande-Bretagne*
L'Angleterre donc, selon la physiologie ethnop:raphique, a de bonnes dispositions à ra^Tranchissemeni.
Les premiers réformés de l'Europe, ne sont pas des sectaires, mais plutôt des mutins, des fanatiqnes. Ils ne disent pas clairement ce qu ils veulent, iis se plaiguent vaguement de ce qu'ils ne veulent pas. De cette manié* re, on voit apparaître sous Edouard III , les flagellants, et sous Richard II et ses successeurs, les loilnrds. Les premiers, originaires de la Hongrie, expédièrent une bande de colons, qui parvint à franchir le détroit , san» passer par la France, d'oii les excluaient les fermes ordonnances du Saint-Siège. Ces malheureux s'assemblaient dans la rue, se fouettaient les épaules nues, pendant trente - trois jours, nombre correspondant aux années de la vie de Jésus-Christ, et se prétendaient purifiés du péché par ce baptême de sang. Comme cette macération était trop homicide, ils ne Ûrent pas un prosélyte, et furent contraints de regagner leurs foyers. Ceci se passait en 1350, probablement au milieu delà Cité actuelle de Londres (City), dansCheapside, tout près de la Banque (Bank) ou de la Bourse {Eœehangé) , ce qui est bon à noter. Quant aux lollards, on a pu les assimiler bonnemeut à des politiques aiveieurs , je n'en persiste pas moins à les considérer comme des masses d'esprits révoltés contre la domination abusive de PÉglise , et d'ailleurs, ils ne dissimulèrent jamais leurs griefs contre les richesses et Toisivilé du clergé, vices d'autant plus graves aux yeux du peuple , déjà dominé par le régime féodal. 11 ne faut pas oublier non plus, la
pari d iuaiituce qu'a eue sur i'ambiliuu de ia iiberlé, le mouvement démocratique qui agita ai fort lequatorsième siècle, et chose înoule , les misères de iindostrie ne fùrent pas étrangères ù ces débordements d idées neuves. Tout le monde a remarqué combien le travail manuel , alors qu'il se reproduit chaque Jour le même, invite à la réflexion , et combien l'homme réfléchi , quoique dépourvu d érudition, a la pensée hardie, indépendante. Les tisserands du moyen-âge loilaienti c'est-à-dire , chantaient ou mieux Aredonnaient en lançant la navette, et la complainte égayait la monotomie ùo leur vie sédentaire.
Le loliardisme se répandit avec une efllrayante rapidité, et le roi et le parlement prirent des mesures violentes pour arrêter l'incendie. On alla jusqu'au sacrifice selon les uns et au martyre même selon lesautres.C'estea parcourant Froissart , Walsingham , Rymer, Monstrelet et autres historiens , qu'on est frappé de Timporlance des masses d insurgés et de leurs menées audacieuses. La fameuse émeute de Tyler , disciple de Bail et de Wycliffe, embrasa les comtés du sud et ceux de Test, jusqu'à la rive droite de l llumber , et l'esprit du i!cuj)le s'échauila tellement sous l'inspiration des révolutionnaires, qu'il improvisa des armées capables de &ire face aux plus formidables coalitions. Nos guerres civiles contemporaines n'ont jamais eu ia sinistre énergie des bandes du X1V-* siècle. Ët pourtant au milieu de cette lutte sauvage, Ton voit poindre de nouveaux rayons de civilisation. L'olij,Mi'chic brîLanoique peut médirt: ii sua aise, du mauvais goût, de la rudesse de ces agitateurs ; mais , sous peine d'une impardonnable inconséquence , elle ne saurait les répudier absolument. Wydiffë qui ftii comme initiateur un second Valdo, se distingua par l'austérité et le coui'age, caractère spécial à la plupart
des rciormaleurs. Las adversaires syslémaliques lui ont reproché l'IiésitatiaQ dans la conduite et i obscurilé dans tes principes, reproche que ia simple équiié repousse, attendu qu*il n'y a pas plus de clarté et de fixité dans la théologie du moyen-âge que dans la philosophie scholastique, dans les arts naissants que dans une politique oii les partis vivaient seulement de rapines* Soit que Ton compare le moyen-âge à un enfant en sevrage ou à un malade en convalescence, on lui doit la protection que commande la faiblesse , et l'admiration qu'inspire la tendance au progrès de l'humanité. La nouvelle doctrine fut si peu une absurdité, qu elle s'étendit indéliniment , séduisant l'amour-propre des basses classes, à qui la liberté de penser donnait un royaume inattendu, et celui des riches et des lettrés qui placèrent avec beaucoup de sens le patronage, au ranf? des avantages do la fortune et de la naissance. La masse donna , têterbaissée dans la nouveauté , et en fait d'oi^iginalité les anglais sont passés maîtres.
Ces dernières luttes laissèrent une profonde impression dans Tesprit du peuple et du gouvernement; elles avaient atteint des proportions colossales, aussi n'étaitce plus dans les rues de la Cité seulement , mais dans les vastes champs de Saiut-Gilles et de Mile-End, aujourd'hui eneombrés de maisons et d'habitants , qae s'étaient donné rendez-vous les rêveurs et les turbulents.
Les dernières expéditions contre la France, et la rivalité des Yorkistes et des Lancastriens , absorbèrent assez le XV* siècle pour l'éloigner de la controverse,
jusqu'à cequcHeni-i VIIK soit p:ir lui-même, soil par ses agents, la vit renaître munie do nouvelles forces et secondées par un concours de circonstances souvent plus politiques que religieuses.
Le luthéranisme , la proteclion que lui accorda l Ai-
— \io —
lemîigne, particulièrement Pélecteiir Frédéric, son expansion en Angleterre, la résistaaca que lui opposa Woisey , rintérôt des Tudors dans la cause aati-romainef le souvenir enfin des orages passés, furent les causes du mouvement qui devait aboutir à rorgauibution de 1 éj^iisâ ollicieile et nationale.
On sait les débuts d'Henri Vlil, ses répugnances non déguisées pour les novateurs, ses ménagements envers le roi de France et l'Empereur, et ce qui n'est ua pro- Lleiuc pour personne, c'est que sans être sceptique ou athée, comme on l'a écrit, le roi d'Angleterre avait la foi politique beaucoup plus vive que la foi et le sentiment religieux. Je crois qu'il a été mené en matières d'essence religieuse, par la fermentation de l'esprit de 80O peuple, par ses serviteurs au pouvoir, par le vicaire-général Gromwel et Tarchevéque Granmer, tandis qu'il a liiciic ses sujets, pour tout ce qui intéressait le plus son affermissement personnel et la prépondérance britannique qu'il inaugura et qu'Ëlisabeth perfectionna, à Talde des cachots de la Tour et de la hâdie des bourreaux. — Voir ]»nr mesure de distraction l'ouvrage de M. Bailey. Cette époque peut être signalée comme i*apogée du despotisme barbare, de cette tyrannie arbitraire qui bouleverse le monde, lui lègue des ruines pour le présent et une civilisation toute neuve , puissante et robuste dans l'avenir. Pour tendre à ce but, il avait fallu un roi , Henri YUl, qui abusa du pouvoir royal, et une reine, Ëlisabeth, qui se fit pape : il est vrai
que ccttereinc valait deux rois.
Ainsi le peuple anglais rompait ses liens spirituels avec le pape au profit, disait-il, de sa liberté, de sa grandeur, et il s'empressait de reconnaître la tyrannie
de ses propres souv( i iiiiis , parce qu'ils représentaient mieux son esprit national. Ën cette occasion, plus qu'en
aucune autre , le peuple anglais montra le prix qu'il ïittachalt à son intégrité, à cet ainour-propre, à cet orgueil patriotique qu'il a toujours couservé comme le dé^ p6t le plus préciettx confié à sa garde.
Il m'apparatt qu'il y avait dans la race anglo-saxone insulaire, plus qu'un intérêt à ne dépendre d'aucune force, môme delà suprématie ponlilicalo, mais une aptitude toute physiologique qu'elle puisait, dans son ex* traction de la contrée germanique ob le libre examen croissait comme une plante indigène, et dans son adoption par la mère-patrie, oii les éléments naturels imprimaient à ses enfants un caractère d'élévation et de fierté. Je tiens d'un savant phrénologiste, que les courants atmosphériques des îles Britanniques contribuent puissamment au développement du cerveau et à l'élévation des parties supérieures de la tôte, surtout chez l'homme studieux, méditatif. Les habitants limitrophes de la mer du Nord et de la Manche posséderaient par excellence ce sens de religiosité. Y croira qui voudra.
Gomme il arrive en toute circonstance, on dépassa le but, et malgré tant de talens et de rigueurs déployés pour fonder l'épiscopat anglican , les rois intolérants et systématiques depuis le nouveau code religieux, et le peuple mettant lallcenceauniveau de la ferveur, préparèrentle triomphe momentané d'une République et d'un parvenu. L'inqaisilion anglicane devint une anomalie; le catholicisme seul aurait eu le droit de se défendre par la force. Olivier Gromwel naquit de l'exécution de Charles Stuart (Stewart et celui-ci périt ainsi que sa race, parce qu'il était secrètement catholique, alors que les protestants formaient le parti national. Ce moment fut celui du paroxisme de la controverse et de Teathousiasme biblique. Le principe d'égalité contenu dans ce mysticisme concourut à la formation du gouvernement représentatif
anglais, qui lui-même prépara l'explosion de la ilcmocratie pendant la Révolution fraaçaiâe.
La Restauration apparut sealement comme on simple événement de passage , et quand Guillanme d'Orange se prêta au dernier coup de main , la lutte spiritualisto en Angleterre n'eut une solution qu'en forçant la poiiiiiiuc à s'allier à la théologie, et l'on peut affirmer que de cette union solidaire date tout ce qui s'est fait de bien et de mal depuis ravènement de la maison de Hanovre.
Telles furent les vicissitudes du chrislianisme dans les trois royaumes. Le mouvement religieux pour ne pas être le même qu'en France lui ressembla en deux points^ prt'niiùrcment en ce qu'il fut la source de beaucoup d'hypocrisies et de cruautés , ensuite parce que le parti intolérant conserva le plus la domination. Ce qui prouve que la révolution sérieuse, celle de la liberté morale , après laquelle le monde aspire sans cesse, n'est pas accomplie eL i.e le sera peut-êtrejamais. Pourtant l'Angleterre puisait dans le fond de son culte favori, un caracractère de liberté qui lui a profité d'une manière incontestable , et Va élevée au point de vue pratique au-dessus de toutes les nations du globe. Le schisnii d'Henri VIII, le civisme de Knox, l'expulsion desStuai ts, 1 habile traité d'union avec l'Écosse (4707), ftirent de bonnes fortunes pour elle. Si le protestantisme dont elle est devenue le type-mère, la servit en indépendance politique et en moralité domestique, il lui légua l'agitation incessante de la pensée que les partisans des dogmes d'autorité absolue espèrent refréner, et qu'ils ne parviendront probablement jamais à contenir, à moins de bupposor que le monde à bout d'efiforts et d'arguments revînt aux ténèbres des premières périodes de la création. La ii* berté humaine pas plus que la lumière ne s'eflfecera du monde; en rêver le néant, c'est tomber au milieu du
conjectures oiseuses; il est plus sage de désirer son triomphe et de servir à le diriger , à le tempérer. Après cela, il est des problèmes qui n'appartiennent plus à notre compétence, et pour ma part, après un progrès constaté, je n'en connais qu'un de possible, celui qui vient ensuite. Ma vue ne s'étendra jamais plus loin et comme je me défie déjà un peu de ma seconde vue, je nie résolument les vues ultérieures des novateurs qui , abusant de la symétrie et du calcul, vous assignent des événements pour chaque siècle de ravenîr.
Je ne terminerai pas ce chapitre sans donner une idée des priacipaux sectateurs du christianisme libre, ainsi que de leurs rapports mutuels, parce qu'ils sont le sujet d'une étude profonde , intéressante pour Tétranger, pour celui qui juge les peuples diaprés leurs caractères moraux et leurs institutions religieuses. On peut les comprendre sous trois divisions : les catholiques romains, les anglicans ou conformistes, les dissidents ou non conformistes [dissenters).
Quoique le nombre des catholiques romains soit relativement inférieur à celui du reste de la nation, il n'en a pas moins une haute importance, à cause des rapport» du catholicisme avec les autres sectes, de sa vaste influence sur le continent et dans le monde entier. Si le philosophe n'avait pour mission à l'étranger que celle de décider de l'esprit de la majorité, il ne serait pas la peine d'entretenir le lecteur du culte catholique, dans les Iles britanniques, à moins qu'on n'étudiât la question spéciale de l'Irlande. Différemment, et c'est le propre d'un esprit ii)ip;irtial de décider ainsi, en ne recherchant dans le cuite de la minorité que 1 intérêt qu il inspire, sa propre valeur, son succès chez d'autres peuples et ses péripéties historiques, le catholicisme romain vaut bien la peine qu'on rétudio à Londres , à Édim-
bourg, à Dubiiu et plus encore dans le royaume-uni qu'eu aucun lieu de la chréiieuté.
Au nombre des principales mesures révolutionnaires
et nnturellenienl intolérantes qui |)ortcrent un coup niaiih iul a l'organisation catholique, il faut compter la spoliation des couvents et bénéfices ecclésiastiques, sous Henri VIH, el plus tard la loi du teêt qui excluait les lidèles de l'é^'lise romaine de la généralité des charges et emplois publics. Dès lors , la suprématie catholique fut réduite aux proportions d'une secte , dominée constamment par ranglicanisme, la religion de TÉtat, et vi* vant côte à côte, laulùt hostile, tantôt favorable avec les diverses sectes de la réformation. Sous les tories, le catholicisme fut persécuté, quand l'intérêt de la politique d'autorité , dont ils se prétendent les vrais soutiens, dépendait do l ani^dicanisme; ou bien il futménaj,'é, soutenu, quand la monarchie ei la nobiese avaient besoin de la prépondérance catholique pour tempérer les sectes démocratiques et calmer reilërvescence révolutionnaire. Tel est le cas, par exemple, de la situation du XIX* siècle. — Les whigs, quoique politiques plus généreux , semblent redouter, avant tout, Vomnipotence catholique, et tout en élevant bien haut les sentiments de la tolérance ils Irouvcnl dans l ol^éissance passive, cette force de discipline suprême, des inconvénients tels qu ils repoussent systématiquement tout ce qui ressemble, de la part du pape, à une invasion, à une agression : ainsi la division récente à la fois spiriLuclle et quelque peu temporelle dcscomtés enévôcbés, archevêchés, présidée par un cardinal.
L'Irlande , traitée en pays conquis , au point de vue politique , eût mérité plus d'égards, sous le rapport de la tolérance religieuse. Si l Angleterre jouit librement de sa religion d'État et profite des largesses du culte do
la majorité , pourquoi llrlaode ne jouirait-elle pas des bénéfices du culte de sa majorité? Mais elle est pays conquis, et, au dire des anglais conquérants, elle diffère esssentiellement de l'Écosse qui est un pays annexé.
Après tnnl de contrariétés, on conçoit la spirituelle fougue d'Henry Grattan, et tes boutades d'O'connell qui épuisa sur ce thème fécond du rappel de l'Union, toutes les variations de sa verve ironique et niordante , sans excepter les sarcasmes rud^ ^ quelquefois grossiers qui coloraient ses prédications ^ plein air« Aussi ^ de* puis Tapparition de ce robuste fMitriote, Témancipation des cathûli([ues a-t-elle fait plus d'un pas, et leur admission aux chambres est-elle w précieux garant de liberté et de justice. Espérons que le temps fermera bien des plaies et ouvrira môme un^ voie nouvelle aux satisfaclions pieuses de toute nature. Les juifs eux-mêmes ne tarderont pas à francliir l'impénétrable barrière du Parlement. Là se pose la question la plus ardue, la plus délicate que présentent les (testes Ustoriques de tous les peuples, sans exception, à savoir s'il est facile et naturel à des hommes civilisés, confiants et intéressés dans leur foi commune , d'être aussi libéraux envers leurs frères d'une autre doctrine inférieure en nombre, qu ils le sont entr'eux. Certes, celui qui a lo cœur bien placé décidera la question en faveur de la tolérance illimitée, puisquela liberté absolue,eû tant qu'elle n'est pas contraire à Tordre public, est le critère de la justice. C'est bien ainsi ou à peu près que les choses se passent dans notre Europe policée oii chaque nation admet, dans son sein, toutes espèces de religion à vivre communé* ment en paix. C'est le fait de l'Angleterre qui voue à l'oiilili ({Ut i(|iies violencesde sa vieille intolérance par le développement majestueux de l'individualisme, de la liberté personnelle. Il est dommage d'avoir à enregistrer
un regret, cfui ressemble à un blftme, que la religion
catholique romaine, par la nature de son dogme qui est prépotenl, universel, fortement ultramontain au milieu des peuples protestmls^ ait, jusiiu'à ce jour., rendu la tolérance et la liberté impossibles , puisqu'elle répugne virtuellement à la liberté, alors que la liberté seule mène à la tolérance. Et ce serait bien îa peine d'en appeler au rigide tribunal de Tbistoire dont les jugements émanés de sources différentes, et partant impartiaux, nous retracent les hunours de l'intolérance roinainc, plus nombreuses et plus horribles que celles de tous les cultes chrétiens. Sans avoir à exprimer toute notre foi per* sonnelle et à prononcer sur des faits quMl nous apparu tient seulement de citer, nous concluerons en souhaitant de toute la force de notre âme que le règne de la tolérance soit le plus proche possible, et que le catholicisme, cette sublime école du respect , comme l'a sagement écrit M. Cuizot, cet allié nécessaire do la liberté, comme l'ont affirmé MM. do Chateaubriand et de Montalembert, fort de son indépendance spirituelle, consente, de bonne humeur, à laisser croître auprès de lui toutes les tendances, toutes lesinnovations que Tesprit humain tire du christianisme, de même que les plus vieux arbres de la forêt ne jalousent pas les nouvelles essences de bois qui les entourent. Cependant depuis l'origine de notre siècle, depuis que la philosopliie dissolvante du déisme s'est heureusement perdue dans roubli,la tendance catholique a foit des progrès incontestables. Ce néo-catholicismeest- 11 issu d'une foi fervente, d'un besoin de croire ou d'une ardeur militante; est-il réellement une régénération religieuse ou un expédient politique? L'avenir prononcera.
Pour quiconque répugnait à la double suprématie du pape et surtout à sa qualité spirituelle, pour celui qui attachait un grand prix a la sainLe-alliance entre la hié-
rarchie cléricule et le pouvoir aristocrntiquc, l'anglicanisme devenait le sujet de nombreuses sympathies. Henri VIII, secondé par le docteur Martin Bucer, le lu* thérlen, par Tarcfaevéque Cranmer, astucieux homiiie d'état; puis l'altière Elisabeth avec ses agents, Cécil, Randolpb, Leicester et autres, s'étaient chargés du soin de le créer, la postérité devait prendre à tâche le succès d'une telle entreprise. Avec des vices radicau)c et des avantages sérieux, la religion nationale a traversé bien des orages pour arriver intacte jusqu'à nous. Les détracteurs et les partisans n'ont négligé aucun effort pour ranéantîr ou la conserver. On peut généralement affirmer qu'elle a puisé une grande force dans sa propre valeur, puisqu'elle»n'a compté des partisans qu'au sem de TAngleterre et qu'elle a des adversaires au dedans et au dehors, car les catholiques du continent et les ultramontains surtout lui tendent des pièges constants ut s'empressent de miner Tédifice par la base. Le plus vif reproche qu'on puisse lui adresser, c'est d'avoir maintenu d'une feçon mesquine ce qu'elle voulait répudier^ c'est d'avoir transporte sur la personne du souverain breton une quasi-infaillibilité qu'elle contestait au souverain pontife romain. Cette reconnaissance du pouvoir discrétionnaire du souverain, qui est devenue un principe d'orthodoxie chez les anglicans, a naturellement entraîné avec elle tous les défauts qui lui étaient inhérents; ainsi, en instituant comme une papauté nationale, on est tombé dans un système rétréci et ridicuie qui ne permet, à la rigueur, qu'aux sujets de la couronne britannique, d'embrasser le culte national , et l'on a présenté le flanc à la critique catholique qui n'a jamais eu grand'peine à triompher d'une piteuse argumentation qu'elle brise avec ses propres armes. Pour accuser le pouvoir temporel du pape , qui est une énormité acceptée de notre
temps par des âmes irréfléchies ou mal convaincueB, il
eut fallu se i^nrcler d'un pire défaut, et je n'hésite pas à penser que i Angleterre opiscopalc pui&ora uo jour ses meilleures conditions de vitalité dans la grande réforme signalée et sollicitée.
fl suffit, pour vérifier rimporlance de In question , de considérer attentivement les agitations do i angiicanismOt et au train dont marchent ses affaires intimes, les querelles et les tiraillements ne paraissent pas sur le point de s'apaiser. Il est arrivé ec qu'ont prévu les hommes qui étaient en dehors de la question et qui n'y figuraient pas comme parties intéressées, c'est-à-dire, qu'une division, quoique latente et sourde, s'est déclarée au sein de In société des évéques ani^dicans; les uns, partisans fougueux de la vieille doctrine , les autres , passionnés pour les réformes et les modifications dont les anciens statuts semblent susceptibles. Alors la théologie et la politique, qui se résument toutes deux dans l'esprit des universités anglaises et plus particulièrement d'Oscford, se sont coalisées et ont fait naître des discordes toujours regrettables au milieu de gens sérieux , bien intentiuijués, amis du bien, animés par-dessus tout du plus pur patriotisme. Le parti wbig , une fois au pouvoir, a appuyé de tout son crédit les évéques rationalistes, puisque tel est le nom qu'on a donné à tous ceux qui voulaient faire un pas en dehors de l'ornière du passé , et de cette manière a éclaté la lutte entre les docteurs libéraux et les docteurs conservateurs , plus empressés que les premiers , quand il s'agit de maintenir dans son intégrité la tradition quelle qu'elle soit. Tout ce vacarme , apaisé en ce moment , n'est que la reproduction de scènes passées, et je suis fermement convaincu qu'il se reproduira au jour où l'on y songera le moins.
Voici comment la prérogative royale pèse d*un trop
grand poids dans la question religieuso : On sait que la nominalion des évôques a lieu par les sulfrages du Conseil, ratifiés par le chef de l'état ; mais, dans le cas où rélection déplaît au chef de l'état , celui-ci peut casser le jugement des évôques et faire ainsi prévaloir le sien. Or, ce droit, nomme en style thôologique prœmunire, qui fut infligé, par la cauteleuse prudence d'Henri VIII, à la société des évéques (dactors oommon ) et autres ecclésiastiques électeurs , est une sorte de veto , qui remet rélection aux mains du Roi ou de la Reine; et cette élection lui revient toujours, puisque la primitive élection , dans le conseil des évôques , doit , par une bizarrerie assez despotique, avoir lieu à Tunanimité des sulfrages, de sorte que la minorité finit, au second ou au troisième tour de scrutin, par voter avec la majorité qui marche sous l'inspiration et la volonté royale. La force tyrannique du prmmunire ravit donc au conseil des évôques , à leur Convocation ^ toute énergie , toute initiative, et sans conirodit, cette intervention ressemble peu aux libertés protestantes. Je sais bien que Tautorité royale doit se faire sentir de manière à rallier le plus possible autour de soi l'opinion publique et l'opinion religieuse avant toute autre , et tel est l'argument des partisans de l'entière autorité spirituelle de la couronne; mais cependant il faut trouver le moyen de ne pas jouer une comédie publique qui nuit assurément à la vitalité d'un dogme, qui ne demande pour vivre que d'être rendu raisonnable , logique et surtout conséquent.
Ce qu'il y a de plus signiOcatif, c'est que les idées de tolérance et de liberté des cultes progressant chaque jour au parlement, le cumul du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel cessera d'être praticable.Siies évêques n*avaient pas peur de pousser jusqu'au bout cesdélicates
questions, sMls ne craignaient pas le schisme tel qu'il a
éclaté en Ecosse, ils auraienl déjà accompli leur projet.
D'ailleurs, que 1 Angleterre y prenne bien garde, car elle sentirait son astre pftlir et son influence crouler , le jour que la papauté romaine, de gré ou de force, renoncerait à la puissance temporelle , révolution utile, nécessaire, à laquelle je crois de toute la force de ma conscience, qui serait reconnue salutaire par tous les hommes, s'ils n'en craignaient les premiers dangers.
D'un autre côté , l'anglicanisme mérite l'estime des hommes impartiaux qui savent apprécier le bien immense qu'il a rendu à la nation, à ce composé d'éléments si nobles et si libéraux. Ce sera une éternelle gloire pour ce code des trente-neuf articles , si petit en apparence, d'avoir maintenu en commun la hiérarchie, qui a doté l'Angleterre de toute sa grandeur, et le dogme protestant, qui lui a inspiré son génie pratique ; il a consacré ce que les hommes de ce pays curieux chérissent le plus, l'esprit de conservation et l'amour de la réforme. A cette double combinaison, l'Angleterre doit cette force d'expansion civilisatrice, qui n'a pas eu d'égale dans les temps modernes et que l'antiquité seule peut rappeler avec la prépondérance des Grecs et de l'empire romain.
C'est le propre des pays dits protestants et schismatiques d'avoir une religion nationale. Genève a la sienne; l'Angleterre, la Prusse, la Suède , ont les leurs. Le schisme russe et le schisme grec ne sont-ils pas particulièrement adoptés en Russie et en Grèce ? Et, comme si ralliance de la politique et de la religion était une condition obligée de la vie des peuples, le catholicisme lui-môme, si scrupuleux de son entité universelle, n'a-t-il pas eu la faiblesse de condescendre aux> limita* tiens nationales et de s'appeler gallican, lusitanien ^
ibérien, etc., etc.? N'eât-ii pas toigours inconséqueDt, alors même qu1l prétend à ruUramoatanisnie et qu'il
reste romain? Les pays prolestants ont en cela plus de logique et de conformité avec leur dogme libre , loujoars affranclài ; mais il est très-regretuble que cette liberté de penser se laisse dominer par des considéra- lions poliLiqiies. Ainsi nous avons vu l'Angleterre tenir cordialement à Tégiise établie et rendre impossible Textension de sa propagande aux nations déjà civilisées; de môme nous voyoosl'Ecosserepousser^par larébellion, la propagande, l'émigration même, par tous les moyens, rétablissement de l'église anglaise, et procéder à un culte national, comme pour mieux résister à Tinvasioa de sa puissante voisine. Le presbytérianisme, importation toute calviniste, prêché cl propagé par Knox, n'c.st pas seulement devenu le culte préféré des Ecossais , parce qu'ils sont plus radicaux et plus métaphysiciens que les Anglais, mais bien, et telle est la raison dominante, parce qu'ils voyaient d un o il jaluii\ l'Anglclci re forte et conquérante eilacer do plus en plus les traces d'originalité de l'Ëcosse, et qu'ils trouvaient, tout en étant aussi aristocrates que les Anglais, un code démo^ cratique religieux , une philosophie approi'i icc aux. mœurs , à la nature du pays , pour servir dû barrière morale entr*eux et l'Anglet^re.
Le presbytérianisme a donc été, comme beaucoup de sectes importantes, une satisfaction donnée a 1 amourpropre national. Comme l'anglicanisme, ilest le culte patroné; cependant le culte presbytérien s'est partagé en deux camps : Tnn conservateur, docile, ftivorable aux intérêts de la noblesse, de la grande propriété et do la couronne, secrètement allié aux débris du jacobiliâme des Stuarts ; l'autre progressif, indépendant, démocratique, partisan du suArage universel, mêlé aux formes radicales
— larda puritanisme , repoumnt la tradition. Soit que le
dogme fCiL moins d'autunie que celui de Tépiscopal anglais, sait que l'esprit de l'écossais fùi plus méditatiT, amoureux de rechercbes et de disputes, l'Ëoosse a constamment marqué de la prédilection pour la controverse, et c'est eiicui'u dans ce romnnlique pays une habitude , un besoin que la controverse. C'est principale^ ment dans les petites villes, qu'il faut entendre ces braves gens , avec leur accent guttural, discuter sur tel ou tel verset de la Bible. Que do soirées d hiver, au coin du ieu, sont consacrées à l approfondissement des maximes évangéliquesl Combien de> fois le maniement du poker ^ qui tisonne la houille du foyer, suit les diverses péripéties d'une dissertation 6ur la grâce ou sur les œuvres! C'est une passion générale; tout le monde, de toute condition , parle sur les points les plus épineux de la théologie ; lingères, maîtres d'études, écoliers, ciiacun a sa petite UeiésiC destinée à suii amusement personnel.
Le clergé presbytérien plus humble que le clergé an^ glican , par suite de son organisation démocratique , ne
lui est iiullement inférieur , et passe à jublc Litre pour modèle d'une érudition solide et d'une éducation simple et pieuse. De la différence dans les cultes, est née la dif- . férence entre Tesprit public des deux peuples; ainsi l'écossais tout en chérissant sa noljlesbeetl'arisLucratie des grands propriétaires de la contrée, a des mœurs plus naturelles, plus affectueuses, plus cordiales que l'anglais. Je crois que les sympathies entre la France et rÉcosse seront toujours plus franches qu avec l'Angleterre.
Au nombre des sectes qui ont dé nos jours atteint une importance digne de Oxer rattention, il &ut compter en première ligne, celle des méthodistes. Son origine date
du milieu du dernier siècle, et ses fondateurs ou plutôt ses organisateurs, Withfield et Wesley, l'un orateur fougueux, raatre théologien d'administration, ont déployé tant de sèle et de talent, qu'ils ont assuré à la secte un avenir susceptible d'une longue durée. Leur but a été de relever la foi par une sorte d'enthousiasme mystique, de préconiser la grdfee (si bien que Wesley, surnommé, pour ses pressantes insinuations, le Loyola du molliodisme, reconnut môme l'inutilité des bonnes œuvres) , de pousser aux pratiques les plus minutieuses, de remonter enfin le moral des sectaires abattus ou décourages par Timpitoyable prédestination calviniste , et bien qu'ils aient donné lieu à des hypocrisies, bien qu'ils aient par la stricte observance des règles , sacrifié quelquefois plus à la méthode qu'à la vraie foi , bien qu'ils aient encouru le reproche de piétistes de la part du clergé anglican, ils n'en ont pas moins rehaussé l'esprit religieux en Angleterre et contribué au mouvement spiritualiste de notre époque. Quelques-uns d'entr'eux s'intitulent ro/on^aîm en ce sens qu'ils réclament une sorte de liberté absolue des cultes, qu'ils ambitionnent cette mesure, que le clergé soit rétribué par ses propres fidèles; ils aiment mieux , dit-on, de bons ministres paroissiaux que de bons évêques.
Tout le monde connaît les vieux puritains, les quakers, les moraves, sans qu'il soit utile d'expliquerlonguement ici les fondements de ces sociétés, leurs mœurs et les non&s de leurs créateurs, dont quelques-uns honorent plus que leurs propres sectes , mais le peuple anglais tout entier.
J'ajouterai cependant quelques mots pour donner une idée précise de la secte des quakers, autrement appelée société des Amis , qui a en l'immense mérite de se maintenir à travers les difficultés politiques les plus ardues
et qai a laissé dans le monde des (races de ses bienfaisantes inslilulions. On peut dire des quakers, qu iisonL une doctrine périssable^ mais ii est frauchement regrettable pour rbumanité qu'elle puisse périr. Jusqu'à présent elle senible encore viable malgré les ditTércnts qui ont queiqueiuis divisé la secte, et elle compte assez sérieusement en Angleterre et en Amérique, pour qu'on daigne s'en occuper. Ce que je tiens à constater, c'est que In secte a toujours été essentiellement anglaise ou américaine, et s'est universalisée moins que toutes les autres sectes du protestantisme; alors que le protestantisme sous raille formes diverses envahissait le monde, le quakéfisme s'était en quelque sorte inféodé à la race anglo-saxonne. La doctrine du sens propre serait-elle plus dans le naturel des anglo-saxons que dans celui des autres peuples , ou bien, l'Angleterre n'aurait-eiic compté des quakers, que parce qu'elle a compté plus que toute autre nation toutes espèces de sectes, et qu'elle est le type-mère du protestantisme? Là est la question.
On connaît aujouid'liui loutes les phases de la secte, sans qu'il soit nécessaire de les expliquer une à une. L'origine du XYII* siècle est dans toute l'Europe chrétienne, marquée par une effervescence religieuse et un besoin de controverse sans égal dans I hisloire générale du monde. De déduction en déduction, l'esprit humain , dans sa fierté et dans son besoin d'affranchissement, en était venu au poritanisrno, sorte de dogmatisme radical, ennemi des religions d'état et particulièrement de l'anglicanisme intolérant et encore mal assis d'Henri VIII et d'Ëlisabeth. Mais les puritains sont des dogmatistes et à ce titre ils rentrent dans la catégorie de tous sectaires, portés à faire la loi et à l'imposer à ceux qui ne la suivent pas. Rien de plus naturel, que l'esprit humain n'ait éprouvé le besoin de combattre le dogmatisme quel
qu*il lûl, afin d'être conséquent, logique, rationnel.Âlors
apparaît Georges Fox, le berger duLancashire . cet honnête martyr de son idée. Maltraité de cliacun , victime de son audacieuse tliéorie du sens propre, il e»i encore assez heureux pour assister au triomphe de sa philosophie chrétienne; il inspire le Milion des indépendants, prépare Tavénement d'Olivier Cromvvell et de toute cette politique traduite au milieu du siècle par une série de révolutions. Dès ce temps là, la secte grandit avec une fermeté de convicUuu, une modéra Lion de conduite que les plus atroces souiTrances n'ont jamais ébranlées. Deuxesprits d'élite, Penn etBarclay, contribuent successivement à raccroissement de la société des Amis , qui , transplanU 0 dans l'Amérique du Nord y pousse de profondes racines. Penn a montré le chemin à suivre, Barclay a formulé comment on y pouvai marcher. Ce dernier a eu le tort grave de tomber un peu dans le dogmatisme que la secte repousse, et il a été taxé d'inconséquence. De là des divisions entre les quakers, plus ou moins dogmati8tes,le8secs etleshumides (drff and wetj^ comme ils se sont nommés, et d'autres divisions encore à propos du plus ou moins de rationalisme qu'on devait accorder aux mystères ou aux impossibilités apparsntes contenues dans la Bible.
Âujourdliui lesquakers possèdent à Londres quelques lieux de réunion , et c'est avec le plus vif intérêt que j'assistai à un de leurs meetings entre Pentonviile et Islington. La simplicité des manières, Puniliormité des costumes, le tutoiement de tous les hommes sans distinction, la charité constante, le respect de soi-même, la conflance en soi ( self-reliance ) , la non-résistance absolue, sont les qualités solides de ces honnêtes ci«toyens , qui de tous les radicaux qu'a enfantés la terre , sont les seuls qui n'aient causé aucun mal. Non-^eule-
ment ilb n'oai pas ete nuisibies, m;àii» iU &6 sont signalés par l'exemple des plus nobles vertus. Nul doute que le christiaDisme est en eux , et qu'il est la source de tous ces mérites mondnhis que nuliu secte l'Mdicaiu politique n a pu produue jusqu'à ce jour. Due exceptioû a été faite en faveur des quakers. H.'ils payent la taxe et la dtme foncière , Us n'acquittent aucunes dîmes ecclésiastiques par la simple raison qu'ils se sont toujours refusés à les payer, et qu'ils oe payent pas un clergé qui n'existe pas chez eux : opposition qu'ils n'ont jamais exercée par les armes, mais bien par la résistance pacifique et la résiguaiiuii opiniâtre h toutes les peines, à tous les sacriiices. Cette docilité, celte résignation, sont si entières chez eux, et ils sont si généralement pénétrés de la foi chrétienne, qu'ils ont souiTert tous les sacrifices sans murmurer , sans fuir le danger. Sous le règne d'Élisabeth, comme plusieurs d'entr'eux avaient vu renverser leurs maisons de réunion, sous le prétexte qu'ils étaient des puritains ou des indépendants dangereux pour la religion de l'État, ils furent contraints de s'assembler en plein air, malgré les rigueurs de la mauvaise saison; là, le fanatisme vint encore les poursuivre, et on raconte qu'ils périrent tous à leur poste sans opposer la moindre violence a la férocité do leurs adversaires. Ce parti pris , en s'iulitulant amis de la paix, de conduire le monde à ce magnifique et difficile résultat de la paix universelle, est devenu chez eux une obligation, et depuis que les quakers se sont donné une oi*ganisation administrative et disciplinaire, ils s'interdisent formellement, sous peine d'exclusion, tout port d'arme , toute feibncation de projectiles et d'objets nuisibles à la vie huiuaine. Ainsi, il y a quelques années à Liverpool, M. Favvcett, col illustre mécanicien connu dans le m3nde industriel pour sa spé-
cialilé des machines à vapeur et des locomotives de raîlway, fut sérieusement réprimandé en sa qualité de
quaker pour avoir fondu 400 canons desliaés tiiix états de Hollande; celui-ci s'cKcusa d'abord sur la nécessitô d'employer des matériaux dont il était détenteur et qu'il ne pouvait employer différemment. Enfin , îi fut rayé du cntalo^uui des membres de la réunion, pour cause de reeiiiive. On voit par là quelle importance les amis de la paix atlacbent à tous les moyens de la rendre durable et universelle, sll est possible. Rien n égale aussi le calme de ces vénérables citoyens, dont la bienveillance et la sérénité sont telles que les observateurs politiques et statistiques ont prétendu que leur vie se prolongeait bien au-delà de Tordinaire. Il est incontestable qu'une vie sage, pieuse et réfléchie , doit atteindre une durée supérieure à celle de la plupart des hommes qui s'agitent beaucoup dans le vice et toutes les passions. Si les quakers prennent un soin scrupuleux de leur personne, au dedans comme au dehors, c'est qu'ils sont tous un peu^méUecms et grands partisans de 1 hygiène qui prévient les maux. En somme, ils forment une des plus respectables corporations qui se soient élevées dans le monde, et la plus digne et la plus honnête que l'esprit humain dans son active lecondité ait jamais créée.
Maintenant pour nous résumer, quelle induction fautil tirer du mouvement religieux en Angleterre? C'est que, foyer principal du protestantisme, la Grande-Bretagne donne au monde catholique romain , aux fidèles de l'unité disciplinaire* le spectacle de la plus désolante division, d'une anarchie qui entraîne tous les désordres de l'humanité abandonnée à elle-même, d'une quasi-civilisaliun, source des vices passés , présents et futurs ; aux protestants, aux esprits amoureux de l'indépendance, aux chrétiens méthodistes aussi bien qu'aux ra*
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tionalistes, elle montre le prot^i ès scientififiue né de In liberté de In pensée et de Tétude, le succès moral par le chemin de la foi et de la raison, une civilisation brillante, rapide et le triomphe définitif du bien, malgré la résistance filiale du mal. Rien n'est plus naturel qm; la multiplieitc de ces impressions, et je prends bien garde d'en condamner aucunes. Que si l'on néglige un instant tout esprit de parti, toute liaison de secte ou de coterie, on sentira que le bien on le mal apparent à certains hommes, n'est le plus souvent que l'expression d'une sublime volonté non perceptible à la faible humanité, que les décrets de la Providence tombent rarement sous l'intelligence d'une même génération, et qu'il nous a été donné, avec um: parcimonie louable, de ju^^T seulement le passé , parce que daris ce champ si vaste, Tesprit humain compare et a quelque droit d*affirmer. Cependant, il mesemble qu'au milieu de la lutte manifeste à laquelle nous assistons en Europe, entre les régimes de liberté et d'autorité, bien qu'ils se servent mutuellement et se secourent au besoin, la tendance libéra le influe puissamment surla tendance autocratique, et en matière reliiîieuse, le mouvement réformiste gagne chaque jour du terrain sur le dogme de l'immobililé.
Tout ce qui pouvait nuire le plus à la cause de la liberté , c'était la division parcellaire, infinitésimale de l'esprit publie, sorte de mal nécessaire, conséquence de l'émancipation individuelle. M is n oublions pas que nous sommes sur le terrain du christianisme; et comme le christianisme est sans contredit la plus vraie et la plus féconde des théories religieuses , il est bien permis d'espérer que l'unité se formera toujours et qu'elle existe même à L'état permanent, malgré des interprétations diverses. Je veux parler ici de cette unité symbolique personnifiée en quelque sorte dans la Ivadiiion,
ti^ansmission réoHe de la grAce du divin Maître. Je
m'empresse tle signaler, à l'égard de runitc- chrétienne chez les libres penseurs et principalement ehez les anglais, puisque ee tivre s'adresse à eux, une excellente mesure prise depuis quelques années pour relier en un seul faisceau toutes les fractions du chrisLianisme réformé. L'alliance évangéijque , tel est le nom de cette sublime entreprise, est appelée à rendre des services écla-tants à la cause de la conciliatton et du ralliement ; et à ne ju^er le mérite de cotte onivre que par les résultats auxquels elle donne lieu chaque jour , il est permis aujourd'hui de féliciter les quelques hommes à qui revient rhonneur d'une création si pieuse et si philanthropique. Une grande assemljléu religieuse nuinissant à Londres des chrétiens de toutes les parties du monde, dans un but de fraternité et de pacification, n'est-ce point là une des fêtes les plus émouvantes et les plus majestueuses auxquelles l'homme du XIX»* siècle puisse participer ? Si le protestantisme , en Angleterre comme en tous les pays 0(1 il a germé rapidement et s'est ramifié avec vigueur , a trop consacré rîmmobilité dans les formules du dugnie chrétien , formules qui ne sont après tout qu'une œuvre d'homme, sous le prétexte que la vérité est immuable, il doit faire un retour sur sa propre doctrine et réfléchir que la vérité tout en restant la même change quant à nous, et que nos efforts doivent tendre à la mieux pénétrer, à nous l'approprier toujours davantage. A ce prix seul, le protestantisme réalisera sa mission. L'alliance évangélique , cette organisation fé~ eoiide que je préconise tant, doit être considérée connutun progrès sérieux : véritable église vivante, elle aidera toutes les sociétés religieuses à cultiver un vastechamp, malgré leurs différences de principes, soit dogmatiques, soit ecclésiastiques.
Quant au oaihoiicisme romaio, sa marche el aa situa-^ tien indîqueut plutôt an vague besoin religieux, qu'une
jiréférence quelconque altnchcc au du^'me de l'infaillibilité. CepenciaQi,en Angklerre, moins ({(te auv ic couU«neot , il e$t permis de constater sa décadence morale ; les efforts des catholiques n'y ont pas été vains, et le catholicisme a conquis du nus jourà une pi'osporité uiaténuilo qu'il o'avaitpoiiU oocore acquise depuis [ époque de ses premiers revers, depuis le XVJ»* siècle.
Maintenant que nous avons sommairement exposé le UiOuvement exlérieur, npjiarent, des deux \)\u^ -:rand(;s écoles théoloi;iques qui aient brigué 1 honneur d enseigner le monde, il serait utile d approfondir quel est leur degré relatif de sincérité. Seulement, pour juger toute la question avec désintérossenienl, il faudrait sortir des lilû i tes (ie notre cercle, regarder un dehors de TAugleterre, sur de vastes continents où les deux écoles toujours en présence, prennent une attitude aussi hostile, sans cesse, rivale. Lne pareille excursion serait condamnable. Nous ^mmes venus en Angietevre, il n est point temps encore d'en sortir.
Et, s'il est malaisé, je ne dis pas dans l'Angleterre seule, mais dans le monde chrétien, de préciser de quel côté se trouve la plus forte dose de conviction, il ne l'est pas autant de montrer le côté fâcheux des inconséquences. Ainsi, entre protestants et catholiques, il n'est pas douteux que les seconds pactisent le plus souvent avec les premiers pour ce qui est de l'éducation domestique et politiqfie, qu'à leur insu ils cèdent à un courant irrésistible, qu'ils sont plus indifférents puisque les hommes pratiquent peu ou point, ce qui est un sujet de scandale; car ils devraient avoir le courage de nier et de se réfugier dans un dogme quelconque, plutôt quede faire eux-mêmes les lois morales et conservatrices de l'esprit
religieux, pour s'en affranchir et en laisser l'observabon au sexe de la foiblesseet de rimagtnalion.En Angleterre
et dans tous les pays mixtes, les catholiques hommes et femmes sont également pratiquants, ce quis'e&piiquepar le lait d'une concurrence et d'un rapprochement cons* tant; mais, hors delà, on peut affirmer sans hésitation, que les pays protestants sont plus convaincus que les pays exclusivement catholiques, parce que les premiers se montrent moins indifférents et plus sélës. Les états protestants ont le tort de tenir quelquefois aux religions d'état, aux églises nationales et telle ne devrait être leur prétention, à cause de rinconséquece des principes et des faits. Mais généralement, on voit les protestants donner dans le inonde l'exemple de la tolérance et môme certains états, comme TAmérique du Nord, d'essence anglaise et protestante , ne pas avoir de religion d'état. En attendant, les révolutions se pressent les unes les autres, avec une rapidité sans égale, et sans la révolution pacifique pour la sage harmonie de la liberté et de l'autorité, le monde éprouvera encore de douloureuses secousses.