‹ D'Inverness à Brighton Notes et sentiments sur les îles BritanniquesChapitre 8 sur 15 · SECTION · texte numérisé non relu

SECTION

ESPRIT aOHESTIQUE.

• J'ai toujours regardé l'hoDBète boinnra qui s« mArie et élèv« une nombretiM fainille commè plui utile qa» etiuJ qui lette fetgon. • { 6eu»eum >.

« le 8MMM|f. » Le ternie TtUt rnrrrf>nt.

( FaANKUK ).

L'esprit public, cette volimté active, ce zèle de chaque individu en particulier à coopérer au bien^tre général,

n'est autre chose que le véritable patriotisme. S'il n'est pas exciusivenieotrapaDage des anglais, on peut dire qu'il est dominant chez eux. Nous Tavons vu exercer son empire par tous les ressorts de la politique et par tous les instincts religieux, nous le trouverons encore au foyer domestique, perpétuant les mœurs nationales, soit qu'il donne une large part à la tradition, soit qu'il s'enorgueillisse de la marche progressive de Thumanîté.

Cette identité de vues dans la manière de concevoir la famille, est un des traits les plus saillants de l'esprit domestique anglais. Voulez-vous vérifier le fait? Rien n'est plus facile. Entrez dans une maison bourgeoise ,

regardez ce qui ne passe, écoat6z le bruit qu'on y fait, les paroles qu'oa y prononce et vous serez promptement édifié. Pénétreriez^vous dans mille autres maisons^ que

vous Constateriez les mômes habiUidcs.

Cette unité de vues est incontestablement une grande foroe pour le peuple qui la possède , et ici tout le monde est d'accord que TAngleterre doit ses plus brillants avantages à la force cenlralisL-e de Tcspril i)ul)lii'. Il faut convenir que pour gagner cette union qui mène toujours au triomi^e des meilleurs résultats, le gouvernement ne s'épuise point en efforts, et c'est précisément parce({iie io gouvernement s'etTaee, que la nation {grandit. Cet etVcLdont tous les peuples conaaissent la cause, leur serait à tousproûtabie, s'ils avaientlafacultéde le produi* re. Notre France, par exemple, qui s'agite tant en pure perte , laissant le terrain qu'elle avait conquis, manque le plus souvent d'esprit public, et c'est avec raison que les hommes sensés et délicats s'en inquiètent. Tout en reconnalasant l'utilité d'un bon gouvernement, chacun admettra que le gouvernement est d'autant meilleur

qu'il s'applique a un peuple qui saurait an besoin s'en passer. Tel est le Tait de ('Angleterre, ce qui lui a valu le titre de reine des républiques , malgré ses inégalités sociales. Tel est le contraire en France , où l'opuiion publique est comme morcelée et divisible , non pas tant a cause des partis comme le croyent les bonnes gens, mais bien parce que l'esprit public y est double, qu'il se neutralise lui-même , que la liberté est toujours aux prises avee l auLurilé, eonime si la liberté bien entendue n'était pas une mero âsâez léconde pour nourrir 'autorité dans son sein et marcher de conserve avec elle.

Après cela, si res|)i'it public d une nation semble naître de luiHuéme, sans agent généi'ateur, il a toujours

besoin d'uu certain patronage, d'un cerlain sliumlauL et fortifiant qui lui communiquent la vie et le maintiennent à son niveau. L'éducation est de tous les agents utiles le plus précieux. Ici encore, et plus que jamais, la supériorité de l'Angleterre est marquée en traits saillants et caractéristiques. La cause de ce grand fait n'est pas seulement comme le supposent les esprits superficiels dans les qualités propres à la race auglo-saxoiine; cette cause provient d'une sourceplusféconde^ de cette source à laquelle l'Angleterre a puisé la plupart de ses avantages moraux, du libre examen. Aussi, de môme que l'Europe est aujourd'liui partagée en pays de libre ejLamen et d'obédience, elle est partagée également en pays d'éducation et de non éducation. Il est douloureux de constater de tels laits et cependant ils sont d'une telle évidence, qu'ils n'échappent à personne, môme à ceux qui ne les accepteraient pas volontiers. L'Angleterre compte une foule de Pestalozzi,doTopner, ces génies de l'éducation ; elle a non-seulement ses ressources dans les instituteurs de tous les degrés, mais dans les véritables directeurs de l'enfance , les pères et les mères de famille. J'en donnerai pour preuve , qu il n'existe pas au monde un pays où la perfection morale donne des résultats aussi positifs, où l'enfant soit plus accompli, c'est-à-dire, plus sage et plus instruit, plus précoce en expérience et mieux pénétré de Tesprit de suite qui forme les hommes forts et sérieux et leur montre la voie des faciles succès. Si l'adolescent laisse à désirer , l'enfant atteint une suprême exubérance, sous cette éducation austère , pleine de réserve et en même temps fort libre au physique, pleine d'un laîsser^Uer qui fortifie le corps et le prépare aux rudes assauts des passions qui démolissent 1« s linnimes, comme des instruments de guerre ruinent dca fortifications mal gardées. 11 faut bien aussi que les pères

et mères de famille aient qd tempérament formé , une grande énergie, puisqu'ils sont les professeurs naturels

do tels enfants. Ce (jiii Iciid à prouver que, iiinlgi é les vices signaleiï dans i uilolescence, époque où 1 hoiiimo résiste plus difficilement aux pièges que lui tend son mauvais génie , les Anglais possèdent cette vertu innée d'une maie éducation qui les rend honnôtes, sages, rélléchis, actifs et iJuib^anU. Leur éducation est tellement d'un ordre supérieur, que les jeunes gens étrangers qui ont voyagé en Angleterre ou ont eu de fréquentes relalations avec les Anglais bien élevés, ont gagné du naturel . une certaine délicatesse dans le goût , de [ aménité dans les manières. 11 est corlaîa aussi que les bonnes anglaises sont moins recherchées sur le continent pour apprendre la langue aux enfants que pour imprimer à leur éducation une certaine niatui ité et donner à leur esprit beaucoup do grâce, d énergie , Uo iierté.

Il se peut que cette opinion ne soit pas du goût de tous les Français, et quand je Ténonce, je n'ignore pas à quel blâme je m'expose. Beaucoup de gens écrivent i)uur plaire et gagner les alTeclions de la uiuliiiudcj il est mieux, cerne semble, de la heurter poliment, pourvu que la conviction accompagne toujours le récit de celui qui livre bénévolement a la critique.

Si i on considère ensuite les diverses classes de la société, il n'est pas douteux qu'elles présenteront des dil^ férences et des contrastes ; en outre , les vieilles nationalités repaialiront , cai 1 au«;lais, 1 écossais , 1 irlandais iront ni le làiénie physique, ni eu générai la même éducation, et pourtant au milieu de ces divergences fatales, on remarquera certains points do contact qui relient toutes ces populations, à quelque origine, à quelque classe qu elles appartiennent.

L'enDaninalt et la mère Taliaite, à moins qu'il y ait

iiiipossibiiilé naturelle. Ici la marque d'un devoir rerapïL Ce n'est pas à dire qu'il n'y ait pas de mauvaises mères dans la Grande-Bretagne, mais il faut constater cette louoblo hnbitude, souvent trop iiLgligée sur le continent, que les mères nourrissent oiles-mômes leur progéniture i cet allaitement comme dans tout le nord de l'Europe est de courte durée, ne se poursuit jamais plus d'un an , et c'est là une facilité pour les mères. Puis, au lieu de mailloter Tenfant et de le garotter dans des langes, il sera vétu de manière à ce que tous ses mouvements soient libres^ et pour ne pas enlever à Tcnfant tout principe fortifiant, toute énergie musculaire, il ne sera pas surchargé de linges et Thygiénique flanelle suppléera à la multiplicité de ceux-ei.

La léle sera peu couverte, afin de ne point apporter l'irritation au cerveau , de ne point l'affaiblir ou en re-* trécir les justes proportions. Excellente précaution d'un peuple, qui espcrc autant de la tùti; d'un homme que de tous ses membres, qui sait i'imporlauce des proportions harmoniques du corps humain et la corrélation nécessaire entre l'esprit et la matière. Notions physiologiques que la Grande-Bretagne doit essentiellement à ses principes religieux , et encore à son idéologie , fille de Locke , le grand philosophe de la réflexion, lui que Ton a trop calomnié sous le titre dcmatcrialisic, i^arcc (ju'on s est plus attaché à la lettre de son immortel ouvrage sur l'Entendement qu'à l'esprit dont il est animé. Ce traitement hygiénique de renfemce a toujours profité aux peuples qui l'ont employé , et la Grande-Bretagne quia la passion de l'amélioration des races, ne néglige pas plus les hommes que les animaux. Aussi les généra* tiens britanniques sont-elles encore remarquables paria force et la beauté, taudis qu'une dégénérescence rapide et pitoyable s'est emparée de notre race française si forte et si belle au temps passé»

J*ai lu quelque part un exemple de ce dépérissement : en 4&45 , une fourniture de shakos fut faite à Tarmé» anglaise d'après le modèle firançals, elles couvre-cliefli

ne purent servir aux plus petites têtes.

Dès queTenfant sera sevréet qu'il aura atteint uuecer^ taiiie matnrUé d'enfance, il sera abandonné à une gon*-» vernante qni Télévera ou plutôt le gardera , en prendra soin et lui sera essentiellement utile, parce qu'elle ne s'en occupera pas assez pour lui nuire. Cette mode de confier les enfants en bas-âge à une gouvernante , puis à un précepteur, ne se pratique que dans les maisons où la fortune le permet, depuis 1 honnête aisance jusqu'à l'opulente richesse , depuis la plus simple bourgeoisie jusqu'à Taristocratie, et e'est encore assez de monde , pour que ce genre do primitive éducation qui consiste à isoler les enfants des parents , forme la hase de tout un système d'éducation nationale.

Tout, d'ailleurs, se prête à cette éducation circonspecte et mesurée.

Les maisons, dont Tapparence architecturale n'égale pas celle des aétres, ont cet avantage d'être întériettre-< ment mieux appropriées aux besoins de la vie domestique. Aussi n'est-il pas rare de rencontrer dans 1 appartement «ne pièce (nmtefyj destinée exclusivement aux petits enfonts. Par fwrMry , on n'entond pas seulement la ckann bre de la nourrice ou du nourrisson, mais toute pièce consacrée aux soins, à la garde, à l'élève des enfànts. Cette pièce est presque toujours située aux étages supérieurs. Ce parti pris d'Isoler les enflants, estril le fÉît de la conta^^on aristocratique , de la morgue britannique , est-il le fait d'un sentiment naturel ou d'une opiiiioii préconçue en vue d^un meilleur résultat ? L'un et l'autre sont peut-être les véritables mobiles de cette manière de traiter ie&.en&nts à distance, manière qui a l'inconvénient

de rendre les enfants peu confiants envers leurs parents et rinmense mérite de les obliger à une déférence qui

assigne à chacun sa place dans la famille, son rang dans la société, et maintient cette hiérarchie si désirable, entre le père et le fils, la mère et la fille. La politesse domestique est sans contredit, une des forces vitales d'unenation civilisée. Quelques usages particuliers sont aussi un moyen d'augmenter le respect entre les individus d'une même famille. Ainsi, les enfants et tous les inférieurs en général, n'ont pas Tbabitude de tutoyer leurs pères et leurs supérieurs. D'où il résulte une certaine dignité dans la conversation.

Le père imprime à son his l'idée de son importance, comme homme, ce qui flatte son amour-propre, le rend fier d'une individualité qu'il aura à diriger avec le plus j^raiid soin, pour traverser honorablement la vie : et réciproquement , le fils reconnaît dans son père cette autorité naturelle et morale, par laquelle chacun est tenu de conserver son rang et son degré de puissance relative, (^oiiiiae l'on voit , ces sortes de civilités domestiques n ont rien de la familiarité ou de l'inconséquence des nôtres, par lesquelles enfants et parents se tutoyent, ou bien les parents tutoyent leurs enflants lorsque ceuxci leur adressent la parole à la seconde personne du pluriel. Cette règle est générale , elle ne soutTre exception que pour les quakers; mais assurément robjection du tutoiement des quakers ne serait pas sérieuse , parce que ceux-ci sont dans les proportions infiniment petites d'une secte, et que d'ailleurs ils tutoiuiU leurs lamilles aussi bien que le reste du monde sans distinction, ce que ne font ni les Français, ni les autres peuples civilisés ; et puis les Français et les autres peuples civilisés n'ont pas encore doiinô l'exemple de la vertu quasi-monastique des quakers qui joignent, à un système

dVgalité et de fraieraité , la pratique d'une morale toute chrétienne.

La position rolalivo de I hoinnie et de la fenune devient un sujet fort intcressauL au point de vue des mœurs domestiques de la Grande-Bretagne. Cette posH tion^ dont les caractères identiques se retrouvent chez tous les peuples de libre examen, est convenable, à la fois, à rhomnie qui cuiiserve la suprématie de la force naturelle et réfléchie, et à la femme qui reconnaît la tutelle de celui qu'elle s'est adjoint, sa mission organisatrice du foyer et sa gracieuse soumission dans la limite de ses attributions auxiliaires. L'homme prime la femme par la force et le jugement; celle-ci tempère la rudesse de son compagnon fidèle , s'associe intimement à ses vues, à ses desseins, et ne le combat que dans ses excès. En Angleterre , l'homme semble plus réellement commander, et , en définitive, dans cet heureux pays de la loi écrite et de la loi respectée, nul ne parlant de commandement, cette tyrannie que l'homme pourrait exercer, disparaît, sous des formes polies . clans la elasse heureuse et bien élevée, et ne se montre que chez les grossiers et chez quelques pauvres, comme en tout lieu du monde. Il ne faudrait pas arguer de la tyrannie mâle , par le droit de vendre les femmes au marché, droit inique , débris sauvage d'une féodalité brutale, qui ne s'exerce qu'à de rares intervalles. Un fait notable , est qu'on n'entendra jamais , au sein des familles anglaises, disputer sur lo commandement. Le rôle des parties étant défini d'avance, et aucune particularité ne pouvant l'intervertir, il n'y a pas lieu , comme en France, à ces querelles de prééminence qui indiquent trop souvent la dé* sunion ou , tout au moins , la désafTection ; cette raison B'empéche pas que beaucoup de femmes anglaises ne dominent leurs maris^ tant les femmes ont des moyens pour

mattriser les hommes, soU qu'elles arrivent à leurs

fins par la séduction, la grâce ou la faiblesse de leur sexe , soit qu'elles apportent, dans leur nouvelle famille, lin degré de supériorité naturelle qui les place de suite au premier rang. En général, le commandement est re* mis à qui de droit, et si les mœurs anglaises ont plus de rudesse que les nôtres, elles n'entraînent pas tant de ces frivolités qui nuisent aux parents et aux enfants. Le

pays no s'en porte que mieux.

Nous avons vu l'enfant, tenu à distance par le père et la mère, occupant une chambre ou un appartement spécial, nous le retrouvons , adolescent, encore plus isolé de ce centre commun , qu'on a si bien dénomiDé le foyer domestique, presque toiyours occupé de ses propres affaires, de son avenir, à moins qu'il ne soit le fils d'un duc et pair, et qu'il ait sa place marquée d'avance d;tns la société , à la cour comme au Parlement. Uadoiescenl voyage seul, en compagnie d'un précepteur ou de quelques amis qu'il accrochmi aux divers relais de sa course ; s'il demeure sur le sol natal, il continuera la profession traditionnelle , et ne croira pas dégénérer, après une certaine dose d'instruction et de fortune, en persévérant dans la carrière de son père, quelle qu'elle soit. Là, surtout, il n'y a pas de sots métiers. Heureux peuple, qu'un vain diplôme de bachelier ne vient point arracher aux instincts de sa première éducation 1 Loin de là, sa constante préoccupation tendra au perfectionnement de la carrière de ses aïeux. S'il voyage, et c'est l'ordinaire dans la gentilhommerie, il promènera à la surface du globe , ses mœurs , ses babitudes , sans éprouver la moindre altération du contact des étrangers, sorte d'é* goîsme absolu qui, lorsqu'il est exagéré, constitue le péché mignon de la race anglo-saxonne ; il concentrera toutes ses appréciations en lui-même, et, après avoir

passablement profité de celle vie erranle, émancipée , il rentrera dans sa patrie pour y prendre femme , à moins qu'il m trouve avantage à se fixer dans une colonie quelconque, où il aidera , de toutes ses forces» au développenient de la civilisation coloniale.

Comme le mariage est un acte plus religieux que civil , à mon point de vue et conformément aux traditions britanniques , et qu'en Angleterre tout découle du plus ou du moins de religiosité que l'on apporte dans les affaires domestiques, il s'ensuit que les maris anglais sont les modèles du genre. Quand je leur décerne ce brevet de sagesse, je n'entends pas soutenir qu'ils sont universellement des fidèles, mais qu'en raison de la faculté du divorce, émanée d'une législation d'indépendance, ils ont la vertu d'être infiniment attachés à leurs femmes, eu égard à la facilité qu'ils ont de ne pas l'être; et, quand j'affirme qu'ils sont les modèles du genre, je pense toujours un peu aux Français qui iw sont pas détaille à accepter une législation matrimoniale aussi libre que la leur. Quel désordre régnerait d'abord en France, si l'on rétablissait le divorce I En France , les dévots seuls forment la série des maris scrupuleux, parfaitement fidèles ; et , loin de les railler, comme c'est la mode , je les en félicite* Us sont, hélas! trop peu nombreux. Les institutions libérales de l'Angleterre ont fondé cette force morale que nous constatons, et il reste, une fois de plus, démontré qu'un peuple libre est supérieur à un peuple soumis, par la raison qu'il a plus de nobles efforts à faire pour bien vivre et se gouvemerconvenablement. Dans la Grande-Bretagne, oîi la pratique religieuse est kès-répandne, chez les honimes aussi bien que chez les femmes, relativement à notre France indifférente et sceptique , le nombre des bons maris est assez considérable. Les prédications sur le mariage, comme base constilu--

iive de la société cfarélienne, ont nne part active à cet

accroibseiiiunt des mariages et des enfants qui en proviennent.

Il est de notoriété publique que les populations protestantes se multiplient dans une proportion supérieure

à celle des popiilali(3ns catholiques, et surtout des populations catholiques isolées. L'esprit public religieux se prête à la propagande, et l'on conçoit qu'il influe puissamment sur les populations; mais, ce qui honore la nation britaniiiquc et ce qui est moins connu, c'est que l'esprit politique ou le patriotisme est un agent assez énergique chez elle pour servir cet accroissement de la race que nous mentionnions plus haut comme le spécifiquedoccrtainspeuples.Quelleserarissuedecetaccroissement proportionnel? 11 me semble difficile de la déterminer encore. En tout cas, c'est un problème nouveau, d'une certaine valeur en science morale et en économie politique.

Pénétrons un instant au sein de la famille; entrons dans la maison d'un bon bourgeois de chef-lieu de comté, où la tradition semble avoir élu domicile, chez un honnête gentleman de campagne, anti-réformiste, tôt y ou whig conservateur. Nous frapp(îrons à la porte une fois, deux fois, trois fois, selon notre grade, notre rang dans la société, et toujours bruyamment; à peine entrés, nous serons ravis du silence, du calme de ce home tant chéri, si vanté. Déjà un contraste. Les contrastes sont nombreux ici, et l'on est long-temps à s'y habituer. Après le silence, ia propreté nous séduira. 11 n'est pas un pays au monde où la propreté soit plus une règle , un usage établi ; et j ai toujours pensé que les Hollandais, dont la réputation de propreté est fondée depuis des siècles, frottent, balayent, lavent , nettoient plus que les Anglais et ne sont pas plus propres qu*eux. J'oserai

même affirmer que , si les villes de la Hollande sont tenues très-proprement, au point que l'habitant ou Té-*

traij^ er e^i quelquefois gêné et dérangé par les balayage» et les aspersions, les personnes, hommes et femmes, laissent bien un peu à désirer sous ce rapport.

Les maisons anglaises ont ordinairement un salon (draiving, sittinn-room)^ une salleàmanî?er (diniiKj-room)^ quelquefois un parloir ou salle basse (parlourj et des chambres au-dessus du rez de chaussée. La pruderie défend que Ton s'assemble dans une chambre; aussi les plus misérables ont-ils toujours un salon à deux fins , un 1 uii jireiid le repas cL oîi l'on se réunit pour affaires et pour toute espèce de causerie.

En somme, cette distribution est intelligente et laisse peu à souhaiter; mais si ^ordonnance et le style de Vintérieur sont accomplis, il ne s'ensuit pasquu la vie soit toujours en harmonie avec les choses qui aident à la traverser: le bonheur n'est pas toujours de ce monde. Il semble que les Anglais, vivant beaucoup en famille, doivent connaître plus que d'autres le bonheur doHicstique. Comme ils se marient assez souvent par choix, d'après les impulsions du libre arbitre , les bons ménages doivent être plus communs; Tunion et la paix doivent s'y maintenir plus aisément, parce que les nouveaux mariés vivent presque toujours séparés de leurs parents. L'existence est en effet égaie et douce dans l'intérieur des ménages. On est cependant tenté de croire que le bonheur domestique est moins connu qu'on ne le suppose, lorsqu'on voit tant de persoiines sans cesse en mouvement, sans cesse changeant de place. Sans doute, il y a en Angleterre de mauvais ménages, des hommes qui ruinentleursfamillesparlejeuetla débauche, des femmes qui ont des intrigues et souvent du genre le plus déshonorant , à cause de la gène où ciies se trouvent

et de l'orgueil qui les porte à paraître plus qu'elles ne sont en réalité. Mats ce serait une erreur de croire que tous ceux qui laissent souvent leur maison^ le font

parce qu'ils n'y trouvent pas le bonheur domestique. II faut considérer que les Anglais, même d'une fortune aisée, surtout ceux qui n'habitent pas les grandes vlUesi vivent dans l'isolement , autant par un effet de leur caractère quo pour conserver leur indépendance. Ils sentent , malgré la tranquillité dont ils jouissent dans l'intérieur, le besoin de quelque diversion à leur train de vie ordinaire : de là leurs fréquentes courses et leurs voyacfes multiplies. Il faut aussi considérer que les nombreux, propriétaires ci une fortune aisée , croient avec raison qu'ils remplissent leurs devoirs envers la société^ s'ils élèvent avec soin leurs enfants , s'ils administrent bien leurs propriétés , s'ils encouragent 1 industrie. Ils n'ont pas la loiie de croire que ce n est pas assez d'être un honnête homme, mais qu'il faut se donner beaucoup de mouvement, intriguer sans oese, ne vivre jamais dans sa famille pour un vain titre, pour occuper uno charge inutile. L'Anglais content de la considération que lui donne sa propriété, et jouissant des droits que lui assure une constitution libre, vit dans son intérieur, et il a beaucoup de loisir qu'il emploie souvent à voyager. Au lieu d'être possédés par l'ambition de jouer un rùle, il y en a beaucoup qui fuient les emplois et qui leur préfèrent le repos et les plaisirs de la vie indépendante et retirée. Ils sont utiles à leur patrie en faisant du bien dans leuis villages, en donnant au public l'exemple du désintéressement qui est la chose dont il a le plus besoin. Ils demeurent ce qu'ils sont, soutiennent dignement le ^ caractère d'homme privé, et voyagent au lieu de ramper

a la cour et dintriguer pour pai venii' aux emplois. Les atnés do cesfamiliesde propriétaires ne secroieut pas obii-

gésd^entrer au service militaire et de se mettre dsns une

espèce de dépendance du gouvcrnernement ou du moins des familles aristocratiques , qui occupent les grandes places et dont le patronage est toujours nécessaire pour atteindre le but désiré.

Les femmes ont pour principe de suivre leurs maris, le plus possible , elles s'exposent avec aux à tous les dangers, à toutes les chances de la vie nomade et contribuent puissamment an succès de Timmense colonisa* tion britaniiique. Chaque jour sur le continent nous voyons passer dos familios anglaises composées de pore, mère, enfants , domestiques, ei tout l*attirail nécessaire à la vie Intime. Tout marche comme si une maison entière se mouvait dans toute son intécrritc. Évidemment, ' il y a dans ces petits mondes ambulants un esprit de famille très-prononcé. Il n'est pas de ville dans les Trois Royaumes qui n'ait un hôtel de femlUe, family Mtel.

Au dedans , les femmes surveillent avec vigilance le ménage dont elles ont la direction absolue. Elles s'occupent à temps perdu de quelques travaux manuels, broderies, objets de toilette, préparations et conserves alimentaires; elles lisent assez quelques romans, les revues et des ouvrages de science et de morale. Leur converaation est agréable , nourrie de faits, dégagée de préjugés et assez spiritu^le. Pour une conversation fort spirituelle en France, vous en aurez dix fort intéressantes en Angleterre. Cela vient de ce que les anglaises, comme toutes les femmes du nord de l'Europe , cultivent leur esprit soit en lisant, soit en écrivant dès que Toccasion s'en présente. Prendre la plume est une ' affaire majeure chez les françaises, elles sont peu habituées à correspondre par lettre , à écrire couramment ce qu'elles pensent , ce qui est le sm'et de leurs besoins , de leurs occupations. Aussi , malgré le bon marché de noa

ieUr68 par la poste , il faut remarquer qu eiies co&teai deux ou trois fois plus qu'en Angleterre. Llmportanoede la correspondance britannique se manifeste surtoutle jour

de la Saint-Valentin, où à Londres deux cent mille lettres se distribuent de plus qu'à l'ordinaire. Cette importance •e manifeste encore dans les considérants de la commission delà réforme postale où il est dit: que la taxe, élevée gônele commerce, entrave les progrès des sciences et des arts , de la religion , de la morale et de la charité , et enfin qu'elle démoralise le peuple en Faccoutumant à éluder la loi et à violer ses prescriptions. Les considérants français se formulent dans un tout autre langage.

Mais revenons aux dames. Si nos femmes connaissent moins la monotonie de l'intérieur et n'engendrent pas la somnolence , elles fatiguent par des verbiages qui ne tendent à rien sinon à tuer le temps , et quand nos femmes sont seules, elles critiquent et finissent par traiter longuement la question de la toilette qui, comme on le sait y est la fille très-humble de la mode , cette bonne fortune des petits marchands, cette lèpre de nos mœurs intimes. Les françaises diront les plaisanteries les plus adorables, ou bien elles seront assommantes, d'un babillage futile, presque toujours incorrect; les anglaises ne parleront pas, ou bien elles maintiendronl la conversation avec charme et habileté.

Il est certain que les Anglais mettent plus de bon sens que d'esprit dans leur conversation, qu'ils ne traitent pas des bagatelles avec importance, qu'ils parlent des choses comme ils les connaissent eux-mêmes, sans craindre de heurterles préjugés communs. Deux causes principales contribuent à donner à leur conversation ce caractère solide et grave : d'abord, l'habitude de dire ^ librement ce qu'ils pensent sur les sujets les plus importants, liberté dans laquelle ils bont élevés et qu'aucuno

craiote ne gène ; en second lieu, Thabitade de causer toujours entre homnes et de n'être prescfue jamais dans

la société des femmes. La société du beau sexe , en même temps qu'elle donne plus d'agrément et d'intérêt à la conversation, dott lui foire perdre du côté de la solidité. Les aflliires publiques fournissent le plus communément matière à la conversation. Chaque anglais en est aussi occupé que les ministres d'État. L'homme du peuple , le paysan s'y intéresse autant que ceux qui y ontrmtérêt le plus direct. Les journaux faisant la lecture journalière cl presque unique de tout aiiiihiis fouruissenl les sujets dont on s'entretient. Dans toutes les maisons, dans toutes les assemblées, dans toutes iee coteries , on ne parle presque que de politique. Les fém* mes même traitent les affaires d'État , et dans toutes les questions d'intérêt public elles mettent une hardiesse , un entrain, une assurance que nos femmes n'ont jamais, d'abord parce qu'elles ne s'occupent pas des aflidres publiques et qu'elles ont moins d'ambition dans ^es idées. A-t-on jamais entendu une dame française traiter en connaissance de causa et avec conviction des questions comme TaboUtion de l'esclavage, le mariage civil et te^ ligieux, le rêle spécial de la femme dans une société civilisée, etc.? Le contraire arrive pourtant chez les anglaises, et il n'est personne de nous qui en Angleterre, en France ou au dehors, n'ait été témoin de conversations aussi élevées.

Les autres sujets qui fournissent matière à la conversation sont les plaisirs, la chasse et les chevaux. Ce dernier siyet est celui qui revient le plus souvent. « Lea naturalistes, les philosophes, les poètes, les jockeys, ne tarisseiiL pas, dit un écrivain local, sur l'élogedu cheval, sur ses propriétés. Il a cepeudant un mérite qu'ils ont oublié; c'est d'être le si^et constant de la conversation

de notre jeunesse , de lui fournir les seuls raisonne*» ments , les seuls récits, les seuls bons mots par lesquels

elle peut se montrer avec quelque av;intage. Sans les chevaux, combieû de ^am bien élevés et du bon tou, seraient réduits à un silence absolu 1 »

Le goût, le bon goût est moins répandu , moins vulgaire qu'en J rancc, il est confiné en quelque sorte dans les limites de la classe aisée , qui échange ses procédés avec les nôtres; car on invente autant à Londres qu'à Paris , et dans ces deux centres populeux chacun modifie les modes do son voisin. C'est une erreur trop répandue que Paris seul crée les modes des hommes et des femmes f produit tout ce qu'on appelle objets de fan* taisie, de caprice et de goftt. Les transactions au contraire sont égales, et encore l'influence anglaise est plus ressentie à Paris que l'influence parisienne ne l'est à Londres. Pour ne citer que le costume, qui a sa part de signification au milieu des peuples civilisés, nous avons accepté depuis la Rév<^utiou, j ose même dire depuis le commencement du XVIII» siècle , les cosî unies anglais que nous nous permettons de modilier. L'idée première appartient toujours à l'Angleterre , la France la modifie , s'en empare et finit par se persuader qu'elle lui est propre. Encore cette élaboration du ut français n'a-t-elle lieu que dans l'officine de Paris, car nos provinces imitent Paris , et sans cette imitation , elles suivraient souvent les inclinations de l'étranger qu'elles ne man- * quent pas de critiquer lorsque le goût des étrangers, nos voisins, n est pas laiiié&ur le patron de Paris. L'Angleterre estmoinsservile et les gens de sa province s'y croient peo obligés d'imiter littéralement la mode de Londres; ils se façonnent par eux-mêmes, et s'ils commettent quelques fautes contre le goût , ils ont aussi tout le mérite do réussir quelquefois. Les objets utiles sont d'invention

anglaise, et remarqoez que nous commençons à ne re* chercher les objets agréables, qu'autant qullsontua

certain cai aoicie d'à-propos , de commodité. Bien entendu , il n èâl pas ici question des beaux-arls , j'ai dit ce que j'en pensais.

En somme, Tesprît domestique est bon , plein de sève et de vitalité; il est comme le premier échelon de ce niuuvcmcnt humain qui tend à perfectionner la famille, celte solide base du grand édiiice qu'on nomme partout la société. Une particularité cependant ressort deTobservation , c'est que dans la coutume britannique qui emprunte autant à la règle qu'à l'intipi ration, peut-être plus à la léte qu au cœur de l'individu, il y a plutôt ménage que véritable famille, l'homme et la femme s'aiment plus mutuellement qu'ils n'aiment leurs parents ascendants ou descendants et c'est là un vice par lequel pèche cette civilisation si libre, si personnelle.

Ce génie fécond de la vie intime formé en grande partie par l'indépendance et la valeur individuelle, revêt des mœurs particulières que Tobservateura souvent décrites et dont nous demandons à dire quelques mots indispensables pour terminer co tableau.

C'est toujours du fond de ce home si vanté, si chéri, que nous datons notre critique.

Les An^^lais en général se lèvent assez tard, surtout les gens riches et oisifs, ils déjeunent avec du thé, en famille, et lisent quelque papier public. S'ils sont garçons, ils vont souvent cli j( uner au café [coffee^rwin) qui ne ressemble nullement à cul établissement semi-oriental que nous possédons en Franco, et même à la taverne, cil ils trouvent une plus grande quantité de journaux ; c'est là aussi qu'ils se donnent rendez-vous et qu'ils traitent les aftaires. Les gens riches montent ensuite à cheval pendant deux ou trois heures, ou parcouceot à

pied les rues pour faire quelques visites, tandis que les hommes occupés d'affaires, vont à leurs bureaux , à leurs comptoirs et de la a la Bourse. Les premiers rentrent pour faire une seconde toilette et dînent entre qua* treet cinq heures, soit en famille, soit à leurs clubs. Beaucoup ne dtnent qu'à sept heures et prennent en conséquence un léger goûter ( lunch ) , dans l'aprèi>midi ; ces goûters sont toujours de mode chez les dames du haut ton, qui réunissent à cette occasion une compagnie d'élite ^paH^^. Les autres dtnent aux mêmes heures et se privent de goûter, parce qu'il est dispendieux. C'est probablement à cause de celte cherté des vivres et des fruits, que les Anglais sont petits mangeurs et donnent peu au luxe de la table, contrairement à l'opinion reçue. II est vrai de dire que les Anglais mangent bien, si Ton considère la nature fortifiante et tonique de leur nourriture, lamaaiÀro'de servir les viandes en grosses pièces; dil^remment il n'en est rien, et de tous les peuples de la zone septentrionale et tem« pérée de l'Europe, ils nesontpas celui qui absorbe la plus grande quantité en substances alimentaires* La monotonie qui est un des caractères dominants des mœurs britanniques, s'applique également à la nourriture, et chacun sait que le dîner anglais ordinaire roule sans cesse sur un potage qua^i négatif, démesurément épicé au poivre de Cayenne, par exemple ( bien des gens ignorent même le potage ou soupe , les soupes à la tortue et les mockturtle ne sont pas de fréquence ) ; sur un roastbeef monstrueux, à la vérité succulent et juteux , quelquefois sur du poisson qui ici se mange avant la viande, sur des légumes à peine cuits et en petite quantité, sur un pouding quelconque, une tarte aux fruits et sur rôternci fromage de Cliester, qui par parenthèse est mangé sans délicatesse, en ce sens que chaque convive enfonce son

couteau dans la pièce entière pour Teffondrer et en re-^

tirer quelques df^liris. Heureux ceux qui substituent le Stiitoa au Ghester , parce qu'il a une saveur moins affadissante que celui-ci. Le vieux Stilton ne vaut pas notre Roquefort, mais il en approche siui^'ulièremont. Los pommes de terre, les jambons el le beurre jouent coust'amœent leur rôle dans la plupart des repas, ainsi que la bière , soit aie soit porter^ chez la menue propriété , et les vins de Porto et de Xérès (Sherry) , chez les riehes el les nombreux amateurs de boissons alcoolisées. Tous ces mets, toutes ces boissons y sont d'un goût agréable; quand ils sont naturels et de première qualité ils plaisent au point de faire oublier leur monotonie. Le beurre seul ne surpasse jamais en valeur notre beurre de Bretagne ou de iSormandie , el il est loin de valoir le beurre de Hollande , qui ne compte pas un rival en (musse et en saveur. Cette infériorité du beurre dans les tles Britanniques est, dit-on , attribuée au turneps et au tourteau dont se nourrissent les races lactifères d'une façon immodérée. Le couvert consiste ordinairement en une fourchette à manche rond auquel aboutissent deux ou trois pointes d'acier, et uu arsenal de couteaux de coupe et de dimension variée ; des cloches en métal plaqué recouvrent les plats à mesure qu'on les apporte et ne paraissent inventées que pour donnër de Timportance au service au grand détriment des mets et de Tappétit. La nappe tient lieu de serviette, et j'apprécie bien cet usage, pour des repas surtout oh les sauces sont inconnues; c'est mémo une marque de délicatesse , et un contraste de plus dans le pays des contrastes. Si la plus grande économie règne dans les repas ordinaires , la profusion , par une conséquence nécessaire règne dans les dîners d'apparat. Le maître et la maîtresse de la maison se placent alors aux extrémités opposées de la

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table pour en foire les honneurs. Enfin, viennent les

toasts ou santés , qui sont d*un usage fort ancien et se maintiennent aujourd'hui , comme une école de geniilhommerie, où l'on apprend à improviser galamment sur tous sujets.

Dans les grandes villes du Royaume-Uni, où l'intérieur deviendrait fastidieux par trop de simplicité, hommes et femmes ont leurs heures d'émancipation. Ce peuple qu'on trouve si insociable, est naturellement porté vers l'association. Serait-ce un nouvel effet des contrastes , Assurément les ladics aiment les bals, les routs. roniinn les ^^nf^'mm recherchent les clubs et les meetings. Si les clubs , il y a un siècle ou deux, étaient si multipliés, qu'Âddison, dans son Spectateur^ n'avait par craint de s'en moquer, les meetin^rs aujourcl iiui ont pris une telle vogue, que, pour la moindre circonstance, on s'assemble et on pérore. On parle aujourd'hui pour la paix universelle, le libre-échange, l'alliance é^ngélîque, le rappel de l'Union-, on parlera demain sur la rose bleue, Tart de saluer sans lever le chapeau , la manière de vivre selon sa position, ou la transformation des robes des femmes en habit, veste et culottes. Voilà tout un peuple de muets , qui parle plus qu'aucun peuple du Monde ! Quel contraste I

Lorsque l'on considère les éléments dont se compose la nation britannique, il est aisé d'apercevoir que s'il y a des causes qui tendent k rendre le caractère uniforme, il y en a d'autres qui tendent à lui donner des qnnliies différentes et opposées; que les qualités qui paraissent opposées n'appartiennent pas aux mêmes classes, quoique les alliances les confondent souvent l'une avec l'autre; que plusieurs de ces qualités , opposées en apparence, sont compatibles entr elles, et souvent l'effet d'une même cause. Celui qui a de la fierté et de la hau-

leur, prodnites par le Bentiment de sa propre dignité , peot rarement être soupçonné de servilité et de vénalité.

Celui qui se fnit remarquer par son humanité, ne mérite pas le reprocho de dureté. Le riche propriétaire , qui répand le bonheur dans ses terres , sait mieux respecter la qualîté d'homme que le riche nabab, ou Tintrépide colon qui uiali^n'é ses risques et périls, s'est cnçrraissé de la subbtauce des malheureux ludicus et des uègres attaidiés à la glèbe«

La prodigalitéesi l'efTet de ce penchant naturel, qu'ont tous les individus, de paraître plus qu'ils ne sont en effet; mais tous n'ont pas les mêmes moyens: de là , le luxe extérieur et la mesquinerie dans la vie domestique. On voit partout Tapparence d'uaé parfeite égalité; c'est que tous les citoyens ont des droits égaux, et que d'ailleurs, pour se populariser, il est nécessaire de se mettre au niveau des autres. Mats chacun soutient ses prérogati* ves, son rang, parce que la considération, le crédit et mille autres avantages y sont attachés.

La tristesse et la mélancolie qui sont empreintes sur tous les visages , malgré l'apparence de l'aisance générale, proviennent du climat et d'autres causes que nous avons indiquées : on les confond souvent avec le sérieux. L'attachement exclusif des anglais pour leur pays ne les empêche pas de s'en exiler volontairement : c'est qu'ils trouvent à habiter les pays étrangers, des avantages que, dans plusieurs circonstances, ne leur offîrepas leur patrie. S'ils ont aimé et désiré la guerre, c'est qu'elle était favorable à leurs intérêts comme négociants. Enfin, l'anglais n'a pour règle de sa conduite que sa proprevolonté; le qu*en dira-P^ ne lui en impose pas. Dès qu'il res-» pecle les lois, il est le maître de faire tout ce qu'il veut ; il sait qu'on a pour les bizarreries une grande indulgence, parce qu'on n'y voit en quelque sorte qu'un exer--

cice des droits qui appartiennent à tout le monde : de

là ces siiiirularités , ces extravagances, ces folies, lYuiis de celte même liberté , qui fait qu'en général chacuu pense d'après soi-mdme , et 'qui forme ce bon sens , plus commua peut-être que daus beaucoup d'autres pays.

Tel est en somme l'esprit public domestique.

L'individu apporte à la société le contingent de ses

forces personnelles, de son intégrité comme homme libre, de son sentiment religieux comme chrétien, de sa vertu morale comme père de famille, de son patriotisme comme citoyen.

La famillt" compose autant de liens puissants qui consolident l'État et le glorifient.

L'État prospère outre mesure, et dans la superbe position où les sujets du Royaume-Uni l'ont placé vis-àvis du monde civilisé, il se repose dans saûère confiance sur l'immense liberté qu'il leur abandonne et sur les richesses et la puissance que ceux-ci lui procurent.

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