‹ D'océan à océan [microforme]Chapitre 16 sur 34 · SONORE · texte numérisé non relu

SONORE

jours l'air d'avoir une population de nassage, Les M lot! installations au fond vous sont toujours d'aspect dalla provisoire tandis que chez sa rivale, Clarke-Streer M lu. et States-Street par exemple sont de belles voies mo à la fois spacieuses et soignées, élégantes" et mo. M 4 numentales où — chose chère au cœur du latin — RSR 'iée : on peut fläner, flâner des heures entières. Je feprés n'oublierai jamais le tableau vraiment joli du cor. MR Point ner de Washington et de States-Street ces deux Île de artères si fréquentées de Chicago quand après mon soleil déjeuner et mâchonnant « John Arthur » cigare à clin € la mode alors dans toute l'Union je me dirigeais MR 'ouve tout doucement vers les bureaux du Herald, le Ré let

plus grand paper de Chicago où je devais être faien reçu non comme un confrère mais comme un bien a, ami par le sémillant M' Scott -uu « Director » qui MR'liure s'il vous plait, vaut: cinq millions de dollar Mist de (pardon ! ça m’a échappé! ). A l’heure où m Gabor: capricieuse promenade m’amenait à ce coin de laMétrrièr capitale de l'Illinois digne d'inspirer un de Nittis bijoux States Street et Washington étaient égalementnoi- on déc res de monde. ment

Les tramways à câble et ceux à chevaux s'entre- 4 prim croisaient dans un clair tintinnabulement de tim-Wiipeler le

bres et de grelots.Devant moi, formant les quatre M crois coins du carrefour, quatre magasins sunerbes,insQui sui tallés à la façon des plus riches shops de LondresMp'ites 5 et qui n’eussent point déparé Deauville. De tous 'tc les côtés du reste des vitrines étincelantes, encadrées co, Îl dans des devantures de marbre noir où rayonnaientfipemniere

toutes sortes d'inscriptions d’or... Rien qui senti ts jeun la barbarie primitive, aucune de ces opposition Si tcheve

d’élégances modernes et de grossières imperfec tions qu'on trouve à Washington par exemple ville politiquement plus raffinée que Chicago.Les

nos le { ës Yung

ottoirs étaient 1arges, s harmonisaient par un

sage. Les de | ; d'aspect dallage régulier et, chose rare en Amérique, bien étre lenu,avec la beauté des magasins. Les réverbères es ton témoignaient d'un effort artistiqüe, ce qui constias" et mo- tuità nos yeux un véritable phénomène etl'éclaiu latin Mise au 8az comme l'éclairage électrique y étaient tières. Je représentés par des candélabres qui n'eussent duo point déparé une rue de Paris. A perte de vue la es D des boutiques miroitait sous un gai rayon de après mon soleil qui,après les ondées de la veille,avait en un » cigare à clin d'œil séché les chaussées. Les magasins de e dirigeais mouveautés tiraient 1 œil par le soin et la variété Herald, le de leurs étalages où les tissus les plus séduisants

étaient savamment chiffonnés; des librairies fort bien agencées exposaient des volumes aux riches eliures et—traduites en français,beaucoup de cho- «es de Maupassant, de Zola, de Mendès et de... Gaborjau. Des joailliers savamment échafaudaient, derrière leurs vastes glaces, des ruissellements de bijoux et de pierres, des mon:eaux d’argenterie. On découvrait partout les symptômes d’un raffiment dans les mœurs, d’un luxe débarrassé de ka primitive barbarie.[.à, rien ne venait vous rappeler les récents débuts de cette ville immense et à croissance abracadabrante. Quant à la foule Qui suivait en rangs serrés les vastes trottoirs de Dates Street elle n’avait également aucun rapport vec les passants de New-York ou de San Franisco, Il y avait là des femmes en toilettes claires, ernières créations des grands couturiers parisiens, es Jeunes filles un peu « cocottantes » avec trop e chapeau,trop de plumes,trop de bijoux et trop

levais être comme un ctor » qui, de dollars re où ma , coin dela n de Nittis lementnoi-

Aux s'entreent de timt les quatre nerbes,insde Londres e. De tous , encadrées ayonnaien à qui senti

ppposition Ce p:

s imperfec echeveux, mais jolies et regardant les homines exemple pos le blanc des yeux avec cette belle candeur

es yung ladies américaines—candeur, soit dit en

hicago.Les

passant, dont le fond n'a rien de candide. ] même que chez nous et malgré ce qu'on a ditde l'indépendance d'allures des jeunes filles américaines, les mamans plus fortes, moins vives de démarche,marchaient derrière en costumes foncés et surveillaient leurs progénitures, l'œil aux ma. ris vossibles. Je vis peu de fillettes seules et encore K n'avaient-elles pas les allures, la tournure cavalière des crânes misses de Philadelphie. Les hom. mes eux étaient en très petit nombre.

C'était un peu, somme toute, le public de nos boulevards vers trois heures, alors que les administrations, les bureaux, les affaires retiennent M de 1 dans les maisons la majorité du sexe laid. Mais visit tout ce monde avait un cachet d'élégance et,même ri dans le mauvais goût, de recherche du joli et du deva gracieux qui me frappa. Washington-Street moins rega large que States-Street n’était pas moins animée. DE Aprè On y remarquait sur la droite un énorme bâtiment RE nes édifice municipal ou national évidemment et quiŒuifis était le City-Hall. Enfin, chose curieuse, à ce coinMBdu li de la ville d'une coquetterie européenne aucuater immeuble à vingt étages ne venait écraser de side l'] hauteur choquante les constructions avoisinantes Ville

Tout au plus distinguait-on au loin le sommeMPetit, de Tacoma-Building et celui du Masonic Temple Rsinté dont le vingt-deuxième s’apercevait vaguemeilches ( sur la droite. Ce mouvement, cette animation, «la bo bruit, ce « chic » des magasins et des passants, & hom joli ciel clarifié par les pluies précédentes, touftout r distrayait le regard et aidait à oublier un instaattirai ja grâce obsédante des souvenirs parisiens. une,

Toujours flânant j'arrivai aux bureaux du Chxprit cago-Herald. Cet édifice, une des curiosités de MRous grande cité « enfonce » pour me servir d'un mneubl

1dide. De >n a ditde les amériis vives de mes foncés >] aux ma- :s et encore rnure cavae, Les hom:

blic de nos le les admi- ; retiennent laid. Mais ace et,même du joli et du treet moin oins animée,

e bâtiment, hment et qui se, à ce coin éenne aucuil icraser de Si avoisinantes

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n le somme bnic Temple vaguemeil nimation, | passants, à édentes, toul er un instal

exact, tous nos hûtels de Journaux depuis le coquet et petit home du Figaro jusqu'au vaste bâtiment où s'élabore le Petit Journal. Reçu, je l'ai dit, de la plus cordiale façon par le Directeur, et promené à travers ce monde qu'il appelait son journal, Je revins si étonné de ce que j'avais vu que le lendemain sur mes instances le prince Koland Bonaparte se résolut à aller jeter un coup d'œil sur ce journal « Vingt et unième siècle ». Le ducteur, M. de Pierrefeu et moi l'escortimes. Le digne directeur du Chicago-Herald m'avait, en eftet, prié de transmettre à Son Altesse son désir de la voir faire à son building l’honneur d'une visite. Aussi M. Scott fût-il enchanté quand nous arivâämes dans son vaste bureau. Il accourut audevant du Prince. C'était un petit homme au regard vif, à la démarche ronde et bon enfant. Après les présentations d usage dans lesquelles je me serais probablement empêtré faute d'un anglais suffisant sans l’aide du Prince lui-même, le maitre du lieu nous fit apporter des sièges. Je l’observai attentivement. M. Scott, une des grandes fortunes de l'Illinois, évoquait à mes yeux le souvenir de

M 'illemessant, mais d’un Villemessant anglo-saxon.

Petit, replet, légèrement bedonnant, le rose de la

santé à fleur de peau, des cheveux et des mousta-

ches d'un joli blanc, ce digne gentleman respirait a bonne, humeur et la gaîté. Ce devait être un homme heureux en tout, un de ces veinards à qui out réussit comme si leur extérieur joyeux et sain attirait cette courtisane capricieuse qui est la forune. Îl vint au Prince et, en quelques mots, lui xprima toutle plaisir que lui causait sa visite. (ous nous assîmes en cercle devant son bureau, meuble monumental d'acajou derrière lequel le

directeur du Herald disparaissait presque et |1 conversation s'engagea fort courtoise mais, seuls, Son Altesse et le docteur y purent prendre une part active car M. Scott ne savait pas un mot de français.

Les premiers compliments échangés, le journa liste, cédant à un petit mouvement d'amour propre bien américain, sonna. Un nègre parut. ouvrit, sur un signe, des armoires dissimulées adroitement dans les boiseries des murailles et nous apporta quelques spécimens d'un fort joli service de porcelaine, rangé là, côte à côte, avec

hrable:

gaphi riale. À précéd.

Bboute l’ grait < fançai Chicag nécessi plus ré] room et vêtue:

des pièces d'argenterie qui nous parurent de Lrrible prix. Ces divers objets nous dit avec satisfactionk bujours notre hôte, sont placés ]à en vue des repas qua milgré

je suis souvent obligé de prenfre au journal même. Après avoir payé notre tribut de louange aux porcelaines, nous dûmes admirer un meuble que tout d'abord cat eût pu prendre pouru aquarium. C'était un crachoir, une magnifique vasque de marbre blanc agencée pour l'usag cher aux fumeurs yankees et dans laquelle quel qu’une des opulentes beautés chères au cœu d'Armand Silvestre eùt pu prenûre un bain de siège.

J'ajoute que M. Scott ne paraissait se servir en aucune façon, de cet instrument :44is c'es avec la plus légitime fierté qu'il nous ’e it con templer sur toutes ses faces. Peut-être était-ce li the finest « crachoir » of United states. Il étai évident que l'honorable directeur se sentait fief d'être Américain en contemriant ce splendidé carrare promis aux expectorations de ses invité car, chose plus curieuse encore, M. Scott nf crachait pas. Après un coup d'œil aux innom

mmen ièces di rs ten:

ent O ucteurs és réda oMmpose lait ve 00m, tnette( rands h ny tro ute la ottn Éritabla cupés Éplor a Dur vin

IMPRESSIONS D AMERIQUE 32t que et la ais, seuls ndre une n mot de

bables tuyaux acoustiques, téléphoniques, téléjuphiques qui aboutissaient à sa dextre dictatotale. M. Scott se fit donner son chapeau et nous mécédant, se mit en devoir de nous faire visiter Bhute l'installation de son journal. On surprendait sans doute beaucoup nos typographes français et nos machinistes si on leur disait qu’à Chicago les diverses équipes d'ouvriers que nécessite un travail tel que le tirage du journal le pus répandu de la région, ont chacure leur bar wom et leur bath room. En des pièces toutes kvêtues de marbre, ce qui a coûté sans doute borriblement cher, mais ce qui permet d’avoir oujours, malgré les encres, malgré la fumée, TEPAS JEniloré les graisses employées, des mur: cons- U JOUE rnment blancs, éblouissants de propreté, en des de louans es dis-je, d'une somptueuse netteté, de jolis un Me, tenus avec soin s'alignaient. Des plats variés € POUR sppétissants, des assiettes deviandes toute sermagnifique ks, duthé, du café bouillant attendaient le moour lus: où protes, typos, compositeurs, conuelle quel teurs, machinistes. plieurs et plieuses, emplo- AU CÉRR: rédacteurs, enfin toute la population dort se un bain de ompose un journal comme le Chicago Herald, lait venir, le travail fini, se restaurer au barvom. -- Les diverses salles à manger rivalisaient enetteté appétissante et de soin. Les bars des ands hôtels n'étaient pas mieux tenus et même ny trouvait la vitrine obligatoire avec, dedans jute la variété des gros cigares américains. M.

le journa

d'amour e parut.!

issimulées urailles et à fort Joli côte, aveck arurent de atisfactio

se servi

Hittls c'es 16 Lit CON était-ce li tes. Il étail

és je . A à ne ott nous expliqua que grâce à ce système — splen ritable coopération des divers corps de métier } es , . . . , ses MVC pés au journal,un ouvrier qui, au dehors serait Scott n4

éplorablement nourri pour 1{2 dollar trouvait ià

nom Se : i i aux Int Dur vingt cinq ou trente cents de quoi se refaire

érieusement. Nous vimes à l'œuvre deux typo.

graphes lesquels engloutissaient des tranches de

soustra depror

roastbeef qui pouvaient compter en effet comme à r fortifiantes ! Les bath-room, petits mais pratiquesaachin

servaient aussi de salles d'hydrothérapie. Aussi en

ve. Au

sortant de leur travail plus ou moins salissantMuine de

chaque ouvrier pouvait prendre en toute tranquil

lité et à toute heure soit un bon bain tiède, soit une douche. De là il se rendait dans son petit compartiment pour y passer des vêtements de gentleman et sortir de là, correct, propre, frais

comme un élégant quittant le Hamman. Après quelques incursions dans les bureaux de la rédac tion, alors en plein travail nous descendions ver. le hall gigantesque où grondait la trépidationde machines. Toujours malin autaut que pratique M. Scott a su exploiter ce qu'a de curieux lespec tacle de cette espèce d’Etna. Un escalier dete ‘court à mi-hauteur d’une des murailles, bord d’une solide rampe de cuivre et le public estin vité à venir de ce balcon voir la manœuvre étour dissante et assourdissante des machines du Herald Nous y suivimes notre guide et peu après un com positeur vint apporter tout frais à son altessel numéro du Dimanche qui venait d'être terminé On sait que les papers américains au contraire de nôtres sont beaucoup plus fournis le Sunday qu les autres jours. Il en est qui donnent jusqu cent pages. De quelle littérature ? J'aime mie . ne pas approfondir. Quoi qu'il en soit le numé du Sunday’s-Chicago--Herald était fort bien rempl orné de dessins intéressants. Dans le vide solenn du désœuvrement dominical ces journaux: volumé rendent aux Yankees l'immense service de leur der, sans fatigue, à tuer le temps que la religi

mais qi de les Les r dité ne presses | régulier hoant,re tiques e:

même v livemen marche tepartai spectacl lmpes dans les maladi ve du vitrag au COIN « descendi presses normes ‘échevel rt grond ôtés, En une all ransmiss juement blorable.

Baillit m’

ax typo Roustrait aux business ! Nous longeimes l'espèce nches dei promenoir où nous avait engagés notre hôte et t commeMde à nous pouvions voir et surtout entendre les pratiquesmachines du journal dans le feu de leur manœu- Aussi enMre.Au long de cette salle je comptai une vingsalissant une de rotatives assez semblables à nos Marinoni tranquilmis qui débitent les numéros en travers au lieu tiède, soitlide les présenter de face.

son petit Les rouleaux sont placés de biais. La rapiments delMidité ne m'en parut pas supérieure à celle de nos

pre, fraispresses parisiennes.Mais cetalignement en peloton an. Aprèdirgulier de vingt monstres de fer marchant, frape la rédacÆpant, recommençant leurs mêmes gestes automadions veräiques et brusques avec la même précision et la dation de@nème vitesse, les ouvriers qui surveillaient atteue pratiqueMivement la manœuvre arrêtaient par moment la ux lespec mrche pour retirer un exemplaire « mâché » et

rpartaient de plus belle, tout cela constituait un spectacle intéressant encore que déjà vu; de grosses lkmpes électriques, — la machinerie étant située dans les sous-sols — éclairaient de leur lumière maladive cette scène curieuse et tous les détails du vitrage et de l'installation tout entière frappée n altesse lai coin de la plus récente des perfections. Nous e terminéiescendimes et passant prudemment entre Îles bntraire deMipresses haletantes nous allâmes visiter les deux Sunday aufrormes machines par lesquelles se mouvait ent jusqu écheveau indéchiffrable des courroies sifflantes dime mievift grondantes dont le vent nous souffletait de tous

le numéfiôtés. En passant sous deux roues plates où filaient bien remplih une allure vertigineuse deux énormes rubans de de solenn@ransmission, M. Léandri sentit son chapeau brusux- volum@uement soulevé. Il le rattrapa dans un état dé- = de leur! blorable. Je venais ensuite et le même accident jaillit m'arriver. Je retirai à temps mon tube qu

lier defe les, bordl blic estin uvre étour du Herald ès un com

> la religid

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n'eut qu'une chiquenaude. Le Prince à nos deux cris s'était retourné et -— inquiet — il nous recom. manda une prudence absolue. Quant à M. Scott il souriait, mais visiblement il y avait dans son regard un certain dépit et le naturel l’emportant, il ne put s'empêcher d'émettre la réflexion,

qu'un accident arrivé au prince Bonaparte dans |

les bureaux du Chicago-Herald eut été pour les lecteurs du journal « the greatest attraction », Son Altesse sourit de bon cœur à cette saillie mais elle ne jugea pas à propos de devenir la proie d’une rotative pour donner au digne M. Scott 1 plus palpitante des dernières nouvelles!

En remontant du machinery-hall il nous fallut visiter la composition où, dans une salle vaste comme un théâtre, cent-cinquante compositeurs travaillaient debout devantleurs petits casiers: puis nous allâmes à la clicherie où se tenaient en perma. nence les hommes chargés quand arrive le croquis du fait du jour apporté au fur et à mesure « des événements » par un des artistes attitrés du journal — d'en faire la reproduction dans les colonnes du Herald.J'observaià cette occasion la différence

immense, et vraiment tout à notre désavantage À

qui sépare l'ouvrier américain ‘e l’ouvrier français dans ses rapports avec cet être privilégié qu s'appelle le patron. Partout où nous avions passé les ouvriers et les employés sans même tourner latête avaient continué tranquillement leur tra ‘vail. Fondeurs jetant les formes dans la chaudière, conducteurs huilant leurs machines tous avait montré la même ardeur à la besogne sans qu notre présence parut les intriguer en rien. Al clicherie en ce moment on chômait.

Je me ouvrIé un co Tépos par so de fai pour | Datrou peine mot p« les « pater:

M. Scott nous apprit que les dessins n'étaienf'un o

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pas encoré descendus. Sur cinq hommes présents dans cette pièce, un seul se dérangea — le plus igé et le chef évidemment ; il nous fit obligeamment voir la manœuvre des puissants appareils à lumière électrique et oxhydrique dont il avait la direction. Pendant tout ce temps les quatre aides étendus sur des établis ne bougèrent même pas, la présence de M. Scott ne leur fit faire aucun mouvement. Quant au directeur du Hérald, il ne me sembla pas effleuré du moindre sentiment d'étonnement ou de mauvaise humeur. Ces ouvriers n'avaient rien à faire. [ls se couchaient à leur aise! Tout ce qu’it leur demandait c'était de

kse démener au moment du travail presse !

Eh bien, J'affirme que dans ce simple tait il y a une manifestation de la vie sociale, un trait de mœurs tout à l'honneur de l'Amérique. Les relaions d'employé à patron sont beaucoup moins humiliantes que dans la vieille Europe. Le yankee ne sort pas de ce raisonnement. Je vous paye tant pour que vous me fassiez tant d'ouvrage. Faites le comme vous voudrez peu m'importe. — Je mets en fait que dans un atelier parisien tout ouvrier qui prendrait dans sa journée, même après un coup de collier éreintant, un quart d'heure de repos pour s'étendre serait vivement pris à partie par son chef. Entre eux les ouvriers le traiteraient de fainéant, de couleuvre et d'endormi. L'idéal pour le travailleur européen c'est de donner à son atrou »lutôt l'illusion d’un travail acharné qu'une peine réelle. Nos ouvriers de Paris ont un joli mot pour cela : Masser. IL faut avoir l'air de faire les « Masses » d'ouvrage. Il faut masser et ça fpatera le bourgeois; jamais, dit-on volontiers un ouvrier, on ne le voit inactif et c'est là le

plus bel éloge. l'Amérique, on doit le dire, parait s'être affranchie de ces petitesses d'esprit.

En nous reconduisant à l'ascenseur M. Scott demanda à son Altesse si sa soirée du lendemain était prise. Sur sa réponse affirmative, le digne gentleman exprima tous ses regrets puis il me prévint que je recevrais le surlendemain une invi. tation à dîner à son club ce dont je le remercia en acceptant.

Nous quittâmes les bureaux du journal comme sonnait minuit.

Le retour au Leland hôtel nous permit de cons. tater qu’il existait un Chicago de nuit aussi attra. yant que le Chicago de jour au moins pour les quartiers du centre que nous traversions. Partout flamboyaient des portiques de gaz indiquant de nombreux théâtres, des music-hall variés. De tous ces endroits sortait une foule bruyante et fêtarde. Nous avisions de nombreuses ladies à l'allure significative, la plupart assez jolies quoique outrageusement plâtrées. Beaucoup de magasins gar. daient à la mode anglaise leurs vitrines ouvertes et éclairées derrière l'acier prudent d’élégants gril. lages. Au bout de Madison une vive lumière indiquait la présence sur le bord même du lac d'u établissement de plaisir. C'était une copie deno Folies-Bergère qui se baptisait Trocadéro. (it sentait que Chicago n'était pas une ville puritaine et que la vie nocturne avec tous ses plaisirs &l toutes ses fantaisies y tenait une grande plact. Une seule chose gâtait un peu la scène. Tout | long de States-Street nous comptâmes jusqu'à hui musées anatomiques, collections d’horreurs variée où s'exhibaient des êtres humains affligés d'épo vantables difformités. L'amour des Chicagolik

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pour les phénomènes touche à l'idolätrie. A cette époque on montrait dans un de ces établissements M. Scott Me plus cauchemardant des hommes squelettes: demain un malheureux phtisique et étisique au suprème le digne degré, positivement aiteint d'une espèce de clariis il me Bication, de vitrification du système osseux aui une invi- rendait son thorax transparent comme de la corne. emerciai Ml: souvenir me hante encore de cette horreur, de cet épouvantable monstre auquel les membres nférieurs atrophiés, ses bras démesurés et sa tête aladive ornée de lunettes d'or donnait l'aspect de ces gnômes apparus dans les accès de fièvre. ous nous arrêtâmes pour siroter au coin de Was. ch avenue et de Madison un verre de bière de ilsen ou du moins soi-disant telle et nous agnâmes nos « rooms » les oreilles pleines encore uvacarme des machines du Herald.

et fétarde. Le lendemain nous allâmes en corps jusqu'à à l'allure BR poste plutôt pour faire une courte promenade ique outra- ue pour y prendre notre courrier et comme nous venions vers le Michigan je m'arrêtai, brusqueent surpris en apercevant sur le seuil du Leland Bux rayons lumineux qui, à n'en pas douter, émaient d'un couple de gentlemen debout sous le

, parait

| comme

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gasins gar es ouvertes égants gril] mière indi-

du lac d'unfbrche de l'hôtel et dans les yeux droits desquels opie dents ncastraient deux rondelles de cristal. cadéro. Of: présence de deux morocles, à cette heure,

plein Illinois était bien faite pour confondre pn intellect. J'en demeurai stupide. Le Prince mon étonnement et s’informa de ce qui le psait.

C'est répondis-je que j'aperçois une chose reurs variéein surprenante.

igés d'épo Quoi donc, fit le docteur déjà intéressé, Ghicagolthit ce du domaine de l’anthropologie ?

le puritaint s plaisirs À ande plact e. Tout | jusqu à pui

= né 2 D RER ere + Tarobe Se

— Peut-être dubitai-je, Regardez bien.

— Je constate, reprit l'héritier de hHroca | présence de deux faisceaux irradiants Iesquel; partent à n'en pas douter des prunelles de ces per. sonnages qui plantés devant le Leland, paraissen: attendre quelqu'un.

— Quels personnages? questionna vivement ke Prince.

— Mon Prince, fis-je, ce sont des monocles!

— Alors,affirma leneveu de Napoléon,ce nepey. vent êtreque mesamis MM.de Julvécourt et Périer, Eux seuls sur toute la surface du globe ont résoy le problème de la stabiiité des monocles. [lkse ont même résolu la bi-stabilitécar on voit rare. ment l'un sans l'autre! Nous ne tardâmes ill reconnaitre que le diagnostic de notre «Chi of party» était d'une exactitude rigoureuse. ; notre aspect les deux manoculistes poussérent de onomatopées quin'avaientrien d’Anglo-Saxonetk pluscorpulents’en vint au-devant de nous souriant

C'était bien en etfet le comte de Julvécourt a trefois compagnon du Prince à cette école quel Saint-Cyriens appellent traditionnellement le pé kin de bahut. De St-Cyr datait pour les deux off ciers une amitié des plus cordiales, et des pli charmantes, Légèrement gras mais d’une impt cable cambrure de reins, M. de lulvécourt av ce que jappellerai le type à la Mayenne,typ français s'il en fut! La bouche ironique et lité surmontée d'une légère moustache en croi), " désespérer Van Dyck lui-même, toute sa AUS 8 la nomie respirait le boulevardier au point qu1p m'être abimé cinq bonnes minutes dans sa conte! plation je cherchai instinctivement des yeut terrasse de Larue. Fort spirituel et d'un entté

ja sat rar (aq me que rap} et c cahc tilsh Manta sou v Le spèc aura aven orps ence ocle Dut v« onne Lu ul es avers Fix é rumn | plu meni ar »

allet d Uge € au, I océdé

: jumais démenti, je sentis circuler en lui ce vieux Broca, h D ing français dont les heureux possesseurs se font s lesques D res en notre bonne Gaule envahie par le rasde ces per D qouerisme et la finance. Il en existe encore Dieu ParuSSE DD erci, auelques uns de ces fins gentilshommes et quel'agentdechangeolâtrie n’apas envahis etje me ivement le rappelai à propos ces noms de Tassin de Villiers et de Pierre de Seyssel... amis chers dont les cahots de la vie m'avaient trop tôt séparé! Gen-ilshommes très XVIII" siècle dont l’aimable fantaisie colora d'un reflet charmeur les heures si souvent pénibles du collége et du régiment.

| Le compagnon du comte appartenait lui, à cette spèce de boulevardiers qui, M. Brunetière me aura gré de cette réminiscence Bossuetienne — avent montrer à l’occasion une âme maitresse du orps qu'elle anime. M. Périer sans avoir en appaence autant de robuste vigueur que son co-mojocle possédait contre les fatigues inhérentes à jut voyage une résistance au moins égale et une onne humeur tout aussi inaltérée et inaltérable. L'un et l’autre d'ailleu.s s'offraient le paradoxe ui est bien de « chez nous», d’un voyage à avers l'Amérique anglais sans vouloir à aucun rix émettre même un soupir dans la langue de ce rummel avec lequel ils avaient des affinités. Tout plus condescendaient-ils à appeler un menu meniou » et des pommes de terre « pioumes de ar » ce qui la plupart du temps leur causait de ès grosses surprises. Ils étaient heureusement f la pantomine d’une force à renverser Félicia point AP uillet et leurs pérégrinations à traversle continent ans sa CON cussent pu s’intituler ‘‘le voyage de Debunt des Ju.” Il est-vrai qu'avec les nègres de l’Union ce et d'un Mocédé vaut mieux qu’un autre car ces anthro-

onocles!

n,ce 1e pet art et Périer, je ont résolu cles. !lsen on voit rart-} rdâmes pas notre «Chi Igoureuse. :

oussèrent de Lo-Saxonetl nous sourtanl ulvécourt al école quel lement le pé les deux of s, et des pl d'une imp vécourt avi ayenne, (ÿ} pnique et li e en crois te sa phisl

te ns on nue

poides ne comprennent en général aucune langue cet: humaine et les lois américaines ont bien fait de por les protéger vigoureusement contre l'impatience éles deleurs concitoyens blancs. Je sais une phrase quil com

pourrait s'intituler dialogue de la botte et du. mati rein et dont pour ma part j'aurais certainement sitio abusé avec ces misérables agressifs et mauval Ce pour rien, pour le plaisir, comme on dit dans nous Marion ! Worl

MM. de Julvécourt et Périer venaient du Mexique entie où ils avaient exploré quantité de pays en papod réclar catepet , cet latepet, queuzacohalcas et autre@ York désinences « incas » qui ont l'air de ces vilan@liy a

mots qu’une ingénieuse pudeur renverse, [rivaux avaient subi la soif dans les déserts de l’isthmel ses de la faim dans les Ventas de la Cordilière, il d'inté

avaient chassé le caïman, parcouru sans quitte mond l'étrier des myriades de kilor tres, fait le coup dé chose, feu avec les indiens et — c i est plus dange Quel reux — avec les blancs, à Mexico on avait un in@dings, tant filé puis arrêté M. de Julvécourt qu'un alcinense trop zélé prenait pour Arton avec lequel il n'avilpositio pourtant aucun point de ressemblance, car Murec to grand nom de ce pérégrinant et insaisissable cotes en rupteur hantait même les cervelles mexicaineles à ils avaient enfin traversé en canot à pétrole, mais dé rivières Papaloapan et autres de l’intérieur mBsont sd jamais, au grand jamais, leurs yeux n'étaient res@rue sur un instant veufs de leurs baccarats et jamais, métd'admi quand sur la ligne de Denver leur locomotifée ces sauta, leurs monocles immuables ne lächèreux da leurs orbites | oué, c

Les premiers shake-hand échangés nous limites pa plus ample connaissance et notre caravane s'acctbopulai de deux charmants compagnons grâce auxqéeusema

ne langue cette ville de goujats prétentieux, d'ouvreurs de en fait de portières enrichis et de brasseurs d'affaires mal mpatiencel élevés nous parut amusante au possible. Pour phrase quil commencer nous arrêtâmes pour le lendemain

te et du. matin même et — en corps — une visite à l'exportainement@ sition.

et mauvais Ce fut donc au nombre imposant de sept que

on dit dans nous nous rendimes le jour suivant à ce fameux World's Fair pour qui retentissaient dansle monde

du Mexiqué entier les zimboum boum de la plus effrontée ys en papo réclame. On nous avait à notre passage à News et autre York fortement bêché Chicago et son exposition. ces vihin@Mllyavait certes exagération de la part de ces

snverse. M rivaux jaloux mais on va voir, qu’en somme, avec de l'isthmel ses dehors pleins de promesses, avec des éléments rdilière, ill} d'intérêt et de pittoresque absolument uniques au monde, ce World's Fair eut pu être toute autre chose. Mon jugement initial et final sera celui-ci. Quel malheur que cette foire du monde, ses buildings, ses colonnades en carton plâtre, son immense étendue et son lac n'aient pas été à la disposition d'un français. Que n’aurions-nous pas fait avec tout cela, avec les sommes énormes englouties en cette entreprise c'eut été un éblouissement. Les américains se sont donné beaucoup de mal mais dès l’abord trois fautes de goût des architectes sont sensibles : ils ont masqué complètement la vue sur leur lac qui pourtant eut pu se prêter à d'admirables perspectives.Les quelques spécimens deces petits établissements exotiques et de ces lux de plaisir chers au fläneur et au visiteur faligué, cafés de tout genre, reconstitutions orienkles, panoramas,évocations de la vie et des mœurs opulaires de l'étranger, tout cela fut parqué honeusement en une léproserie qu'on baptisa de

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