PARU AP IRSE LE ND
em to
le moindre courtaud de boutique de States Street ou de Wabash Avenue avait plein la bouche En tous cas le Woimans building eut pu être une chose exquise, ce n'était qu'un froid et ennuyeux musée. De même pour les Etats. Que n'eussions. nous pas trouvé avec l'immense latitude laissée aux organisateurs par ce programme méme :
States exhibitions! Nous eussions fait passer le visiteur par les prairies de Far West où il eut con. doyé les Cow-boys, nous l'eussions conduit aux rives du Pacifique où il eut gravi des réductions de Sierras et couru en railway à des hauteurs ver. tigineuses, nous l’eussions promené dans les Cliii. dwellers et les pueblos du New-Mexique dans les cavernes de Kentucky, sous le ciel et parmi les végétations tropicales de la Nouvelle-Orléans. À Par: Que sais-ie encore. Hélas, trois fois hélas ! l'Uncle Mal Sam élalora en de petits édifices mesquins des statistiques, des listes, des graphiques et dans une multitude de petits locaux une série de spécimens agricoles qui avaient l'apparence fâcheuse d'un concours de tenias:
Aussi dès l'époque (juin 1893) émis-je dans l'Evènement,le souhaitqu’en 1900 nous montrions
coit J'ai ler mê et co des 4 inté tés d chai attra pona fisqu pay =
ol € ques,
‘avai DOUSS] nie, Se énaci hingt nes P:
aux yankees comment s'organise une exposition de a . cette sorte et que nous ménagions à nos hôtes un LÉ à voyage facile et varié dans toutes nos vieilles prop à. vinces: Auvergne, Bretagne, Rouergue, Quercy Dauphiné, Lorraine, Flandre, etc... J'y pris datkD.. 6 pour ce désir qui, je l'espère, sera réalisé et que Mais J'aurai été le premier à formuler. endaic
Autre guitare. Si nos beaux-arts, malgre une, mise en place absolument criminelle où hurlaicntke : A (de douleur) des Van Beers côte à côte avec des Lis
Delacroix, ont obtenu un beau succès, il fut ul |
states Street bouche En Ju être une
wintout à fait exquis de ce Fines-art building. Jainommé la Section Japonaise, Je l'ai dit et je lerépète, ce Japon nous égale, nous dépasse même certainement comme tempérament artiste etcomme esthétique. Il y avait là des paysages, des aquarelles tiquetées, des soies d’un prodigieux ntérèt, des portraits merveilleux et des bois sculptés de grande valeur.Ne saurions nous à la « prochaine » avoir cette corde à notre arc et cette attraction sur notre programme. Les artistes Japonais qui — comme les nôtres du reste — ont risqué gros en envoyant leurs œuvres dans ce pay -— véritable capharnaüm juridique et où le ol est un prétexte à admirations symptômatiques, n'hésiteront pas à faire des envois sérieux à Paris, ville où jusqu'ici l'honnêteté fut de mise. Malgré moi, quand revenu du World's Fair,
t ennuveux n'eussions.
tude laissée 1e méme :
it passer le 1 il eut con- -onduit aux ;s réductions auteurs verans les Cliique dans les et parmi les le-Orléans..
las ! l'Uncle esquins des et dans une Be spécimens heuse d'un
poussière charbonneuse qui, dans cette ville béie, se superposent sur votre épiderme avec une énacité désespérante, c'était toujours vers Wahington Lassalle ou States Street que se portaient es pas. J'ai toujours préféré les longues flâneries jar les rues populeuses aux visites de musées et ux excursions genre Cook dont les guides vous ont une loi. L'aspect animé, coquet, presque arisien de ces quartiers, l'ombre colossale que le temps à autre y projette un de ces buildings à ize où vingt ‘‘floors” m'attirait.
Mais il était dit que toutes les surprises m'atendaient dans ce Chicago renversant. Une aprèshidi, comme je comptais les étages d’une maison uinen finissait plus,un timbre ami et harmonieux “onna derrière moi.
— [l y en a dix-sept!
mis-je dans is montrions position de bs hôtes un vieilles pro:
e, Quercy, "y pris date alisé et que
malgre une ù hurlaieat te avec des ès, 11 fut un
yvais débarrassé mon individu des couches de:
ne me
358 D'OCkAN A OCÉAN
Je me retournai et je reconnus un des causeurs les plus mordants qu'il m'ait été donné à Paris de rencontrer dans le monde : M. de Z., otficier de cavalerie et attaché à une ambassade dont je tairai le nom pour ne pas lui canser d'ennui — mais qui n’est pas celle de Washington... Je manifestai doublement ma joie de rencontrer de Z. en cet endroit du globe, car non seulement c'était u esprit d'élite, mais encore il connaissait l'Améri que comme sa poche et les Américains comm s’il eut créé cette race hétéroclite.
— Où êtes-vous descendu, me dit-il bientôt?
— Au Leland, et vous?
— Àl'Auditorium.
— C'est à côté, faites-moi le plaisir de m'ac compagner jusqu'à ce caravansérail tabuleux. J' sais un old whysky que le patron du bar réservé la aux seuls initiés. Vous plait-il d’en être? mpat
— J'en suis, criai-je, car, j'exècre le Whyskyifigréa mais j'adore voir les autres en boire! . dul
Bientôt nous allumions deux cigarettes de capgtant ral dans un coin tranquille du bar de l'Auditoriugnsatic
et tout de suite M. de Z. attaqua la question san" IE me donner la peine de le mettre sur la voie. Tout — Vous désirez peut-être connaître mon oplt fou nion sur les gens de l'Illinois,sur cette espèce dE mou Yankees qui peuple les bords du Michigan? elle — Vous l’avez dit, répliquai-ie. uple, — Eh bien voilà, ici plus que partout ailleulfie 181 c'est le triomphe « du décor », l’apothéose { ut cel. superlatif et du best in the World. Peut-être eg PASS ce à Chicago qu'éclate dans sa quintessenceMBtuelle pur esprit américain, fait de mufflerie, d'aut che admiration et des « zimbalaboum », d'une réclai iple m étourdissante! — J'ai dit décor, — je pourri un
jjouter frimes, mensonges, mirages, trompe — l'æil, poses de lapins, blagues multiformes et autres synonymes À ma pensée.
Voyons, parlez franchement, quand vous avez pposé votre quarante-trois grande largeur, sur le ) Chicagoan, n'avez-vous rien éprouvé ?
Il disait Chicagoan ! D'autres disent Chicagoins, hicegais, Chicagiens, — pour moi j'aime Chicaplais qui sonne mieux. On dit bien les Congobis.
— Si, dis-je, j'ai été frappé de la hauteur des aisons..….
— Oui, poursuivit l'officier sans m'entendre, est tout d'abord ébloui par le fracas d’une civiation qui semble exaspérée, arrivée à son maxium de puissance. La lumière électrique vous jiit la vue, le vacarme des rues vous claque le mpan, les ascenseurs donnent à vos entrailles agréables fluctuations, dans l'air s’entrecroisent r milliers des fils dont le moindre morceau nant à tomber peut vous causer de désagréables nsations et vous priver à tout jamais de la lecture ht ]farper’s ». Enfin autour de vous, et c’est cela tout qui nous frappe, nous autres boulevardiers, 1e foule effrayante grouille, coule, roule, détale moutonne, « Business » ! ‘Times is money” !
elle activité, quelle furia commerciale, quel uple, quel génie. J'ajoute quels <entistes, car tte agitation c’est une monumentale fumisterie : ut cela, décor, décor et encore décor ! Où vont s passants afflolés, ces gens éperdus, fièvreux,
s causeurs à Paris de otficier de nt je tairai ui — mais , manifestai le Z.ence
c'était un it l'Améri ins comm
| bientôt?
sir de m'ac tabuleux. J' 1 bar réserv
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ttes de cap( l'Auditoriuf uestion sai a voie.
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intessence quelle chasse aux dollars volent-ils ainsi, la
crie, d'aut che frémissante, l'œil allumé ?... Ils vont tout
bplement vers quelque sous-sol où bientôt de-
une réclai ee en Le it un coktail soigneusement trituré ils s'abime-
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360 D'OCÉAN A OCZAN
ront pendant des heures, les pieds étendus sur un tabouret, dans la lecture de ces in-folio, de ces volumes interminables qui constitucntles ‘papers du jour!
Ah ces journaux, quelle jolie plaisanterie. Tous, avec une unanimité implacable reproduisent les mêmes articles communiqués par le syndicat de la presse. Ils remplissent chaque jour quinze pa. ges — pardieu — la chose est facile! Titres à sensation tenant la moitié d’une colonne, réclame éhontée sous toutes ses formes, potins invraisem. blables, histoires de couturiers, cancans de five o'clock, compte rendus administratifs de sport, boxe, canotage, cyclisme, etc... etc... insultes à l’adresse des Cresus qui, à leur lit de mort oublient de payer leurs éloges posthumes, histoires de concussions et de vénalités administratives, deux lignes sur les évènements d'Europe, un peu d'insinuatiors fielleuses à l'égard de cette France qui fut assez sotte pour leur envoyer ses soldats, — Et voilà tout, n’y cherchez pas autre chose.
Maintenant retenez que ces journaux sont ‘les meilleurs et les mieux faits du monde entier”.le vous l’ai dit ‘le superlatif” toujours et partout. Doit-il entrer dans la cervelle d'un yankee que ce
qu'il produit puisse supporter même l'ombre d'une}
comparaison avec ce quin'est pas de ‘‘la mai son‘. Le comparatif est ignoré. Une ménagere ne dit pas ‘Murray, l’épicier de la 28"° rue,vend des pruneaux meilleurs que ceux de ses concurrents” il dit ‘‘les pruneaux de Murray sont the best and
pa
the finest in the world !” Le raisonnement perpé-& tuel du monsieur de New-York et de Chici101
consiste à ne considérer toute chose que relative: ment à la catégorie immédiatement inférieure.
cet
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ndus sur un olio. de ces es ‘‘papers”
iterie. Tous, oduisent les syndicat de r quinze paile! Titres à ine, réclame S invraisem.
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Tel financier est le plus riche ou le plus filou de l'Amérique, des États-Unis, de l'fllinois, de Chi. cago, de son ‘‘bloc” de sa maison. Trois pelés et un tondu jouent au foot-ball dans un coin de Jackson-parck. Bien vite c'est le plus grand évènement sportif de l'Univers. L'observatoire de Chicago avait un télescope qui n'était que le second de l'Amérique: on organise en ce moment des souscriptions pour que cet instrument devienne celui du monde entier qui aura coûté le plus cher.
Voilà pour leur manie exagérative. Maintenant si nous passons aux mœurs ‘‘privées”, à l'organisation des services municipaux, à la police, quel peuple, mon Dieu, quel peuple! Le ‘*Hands'up” fleurit un peu partout: ne vous aventurez pas sans guide dans les faubourgs de Chicago. Vous courez la chance “'être accosté parun gentleman qui vous priera poliment d'élever lesbrasen l'air (Hands’up !) de le laisser explorer vos goussets ei vos poches. Quelquefois ce gentleman aura un uniforme, Alvrs ce sera un policeman. Si vous pouvez avec l'aide de quelques passants, arrêter ct agent d'une espèce particulière, laissez le plutôt s’en aller. Vous voulez des poursuites ? Mais malheureux, avant que votre plainte soit déposée,votre homme,sous une caution quelconque aura disparu, filé, avec la connivence de ses camarades du district.
Ewesson et que vous blessiez le policeinan détrousseur... Oh! alors, mon cher, vite... aboulez caution et pendant trois où quatre ans, attendezvous à ne plus ouir parler ni de votre affaire, ni de votre argent.
Oyez en revanche cette anecdote, absolument
Si vous sortez votre Simith-
typique et beile decandeur.Le corps diplomatique vint,il y « un an,à Chicago. Quel accueil ! quelles gracieusetés, quel hôtel... On les abreuva de po. litesses on les logea splendidement dans un des meilleures établissements. Le hasard, et je pence quelque Uncle Sam aussi s'en mêlant voulut que divers: bijoux et un certain nombre de décorations disparurent des cl:mbres mises avec tant de soin et de sollicitude à la disposition des aiplomates. Ceux-ci frent un nez. Il y avait de quoi, La trouvant déplorable ils mandèrent le patron de l'hôtel, gentleman gros, gras, souriant, fleuri, voleur comme Cacus et faux comme un jeton qui leva vers le plafond des bras irresponsables. Il {it voir aux nobles étrangers la pancarte de soie rose où s'étale le petit ‘‘advice” prévenant les voyageurs d'avoir à déposer les valeurs à “l'office”, Mais là n'est pas le comique. Il y a beaucoup plus fort. Comme espagnols, français, italiens, russes, hollandais, se lamentaient au souvenir de leurs éléphants, ä: zurs Danebrogs, de leurs jarretiè-} res, de leurs granGs cordons et de leurs cravates perdues, l’hotelier pirouettant sur son talon gauche leur lança cette phrase historique :
« Mais êtes-vous bien sûrs qu'on vous ait vol quelque chose ? »
— Ah ça, interrompis-je, et ils n'ont pas trans formé la protubérance postérieure de ce coquin en un essuie-pieds ?
— Eh! fit de Z...et la dignité diplomatique! Les ambassadeurs se contentèrent de faire une horrible grimace et de porter désormais leurs mainsi leurs chaînes de montre chaque fois qu'un améii cain s'approchait d'eux un peu trop près. Ce fut leur vengeance.
Elle est maigre ! fis-je.
Rentréà l'hôtel j'y trouvail'invitation de M.Scott me priant d'honorer de ma présence le diner qui aurait lieu à l’Argo Club. Ce nom m'étonna d'au. tant plus qu'on indiquait la situation topographique de ce cercle comme terminant ‘‘l'{llinois central rail road pier”. Du diable si je coimpresais comment un club pouvait se trouver installé enplein Michigan.Heureusement,le prince Roland vint à mon secours. Dans la conversation qu'il avait eue avec l'illustre Master Scott, ce dernier lui avait donné la clef de l'énigme. De notables chicagolais appartenant pour la plupart au monde des lettres ou des arts, avaient rêvé d'établir un cercle sur les bords du lac afin d'y pouvoir braver les terribles chaleurs de l'été et — :: soir — d'y siroter l’old brandy, au souffle rafraichissant de la brise lacustre, mollement épandus sur les reclining-chairs. Malheureusement une loi d'Etat interdisait — au moins pour cette partie du Michigan —- de rien bâtir sur les rives. Les Etats-
»lomatique il! quelles uva de poans un des et je pense voulut que de décoss avec tant n des aiploait de quoi, nt le patron riant, fleuri, un jeton qui sables. I fit de soie rose int les voyaà “l'office”, >aucoup plus jens, russes, enir de leurs burs Jarretie-}
eurs ciavates bn talon gau-
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de ce coquit
matique! Les re une horrieurs mains qu'un améfk
près. Ce fut
Unis font ainsi semblant d'avoir une peur atroce du Canada, afin de pouvoir un jour justifier l'inéviable conquête du Dominion. Ils tournent vers le nord du iac, des regards inquiets à la façon des prestidigitateurs qui contemplent une muscade. Quoi qu'il en soit, on opposa aux désirs de ces braves gentlemen un «non possumus » radical, Enfin, après s'être creusé la tête à chercher un moyen de tourner la loi, les amis du petit père Scott en imaginèrent une bien bonne. Ils firent échouer comme par hasard — à l'extrémité du pier de l'Illinois central — un gros schooner ventru et ‘‘capax” : puis ils se mirent à pousser des lamentations devant l'impossibilité de ren-
flouer le bateau. À torce de tirailler, et sans aucun doute la raison dollar venant à la rescousse on finit par leur donner la paix. C'était là ce qu'ils
désiraient et, tranquillisés, 11s s'établirent dan: le bâtiment échoué. On en fit un cercle fort bien aménagé et qui,surtout en ce littoral que rôtit lit. téralement l'ardeur caniculaire avait seul dans Chicago, l’inappréciable avantage d'être -- dés le jour tombant — l'unique endroit frais de la viile. Ces clubmen, ou le voit, n'étaient pas précisément des imbéciles.
Ce fut donc vers le pier subindiqué que je me dirigeai après avoir revêtu la cravate blanche et l'habit etnon sans avoir adorné ma boutonnière Gun gardenia dont je tairai le prix par convenance d'abord-—ei puis parce que vous ne me croiriez pas, J'atteignis l'extrémité du môle comme la nuit arrivaità grands pas et que sur les bords assombris du lac des feux Jaunes, rouges, vers s'allumaient, Je n'eus pas de peine à découvrir le schooner et bientôt arrivé sur le pont j'y trouvai M. Scott entouré de gentlemen qui fumaient comme des locomotives et à travers la buée bieuâtre des cigares je reconnus deux têtes de compatriotes. Bientôt les premiers mots de politesse échangés je serrai Ja main à M, Krantz, un commissaire actif et gracieux, u'1 des rares représentants de la France à l'étranger (avec le consul de Philadelphie,M. Vossion) qui nes paraissent pas uniquement convaincus de l'infériorité de leur propre pays vis-à-vis des autres. Quant à Uzanne, j éprotrai doublement du plaisir à lui serrer la ina d'abord parce qu’il existe peu d’esprits plus lins. jius délicats que le sien (ce n'est pas pour rien qu'il habite quai Voltaii:, :' :nsuite parce que
sans al- OUSSE 01
ce qu'ils it dansle fort bien > rOtit litcul dans tre des frais de la t pas pre-
que Je me blanche et inièrec'un onvenance roirie? pas, a nuit arriassombris illumaient.
chooner et 11 M. Scott -omme des itre des cinpatriotes.
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IMPRESSIONS D AMÉRIÇUE 305
Nous deviuns durant toute cette soirée examiner tous lestypes du journalisme américain et nous amuser beatcoup des parallèles imprévus qui forcément résultèrent de notre observation. Le diner fut servi fort luxueusement encore
c'était un confrère.
qu'avec une lenteur désespérante mais ce que nos commensaux angio-saxons engloutirent de champagne est absolument inimaginable! Je ne croyais pas qu'on eut pu absorber autant. Et quel champagne! D'un raide à foudroyer Bassompierre luimème! Du cognac gazeux! Nousavions l’air, nous trois, Français, peu enclins à l'alcool, de petites pensionnaires au milieu d'un escadron de francslicheurs. Uzanne surtout qui se contenta d'avaler force verres d'’Apollinaris. Après deux heures d'exercices manducatoires on apporta des sorbets puis du thé, des liqueurs — exquises—et de gros cigares, je crus le diner fini d'autant que chacun se dérangeait et que des groupes se formaient. J'en étais à mon deuxième régalia quand je vis apparaitre force perdreaux et tranches de veaaison.Ceci nétait qu'un entracte,assez dans les habitudes chicagolaises. Chacun se replaça et le repas continua, toujours avec le même appétit et peut-être avec plus de soif encore.Maisl'heuredes speachs et des toasts sonnait. J'avais heureusement comme voisin le directeur du Sur deNew-York,un américain aussi civilisé etaussi artistiquement raffiné qu'uneuropéen, Ce très courtois yankee,irlandais d'origine, non seulement habitait la France une partie de l’année mais encore n'ignorait le nom d'aucunde nos pein-
Ltres, de nos musiciens ou de nos littérateurs. |
parlait, d'ailleurs, français avec une remarquabl:
pureté, {1 fut assez aimable pour me traduire Îles toasts que me commenta ironiquement Uzanne,
On avait apporté remplie de champagne une cruche d'argent, énorme, à eux anseset sur laquelle au milieu de fort jolies sculptures se détachaient ces mots en notre langue : « À Votre Santé », M. Scott y but une forte rasade et la passa à son voisin qui en fit autant. J'étais un peu inquiet à cause d’un groupe de deux ou trois joyeux compè. res qui avaient si copieusement dîné que visiblement ils étaient dans ce que les gardiens de la paix appellent un état d'ébriété manifeste. Heureuse. ment aucun accident ne se produisit et des mains d'Uzanne la cruche passa dans les miennes puis des miennes dans celles du directeur du Sun.
Elle n'y resta pas longtemps. Deux mandolinistes requis pour la circonstance attaquèrentle Y'ankee Doodile et chacun se leva. Puis ce fut le tour immédiat de la Marseillaise, alors j'assistai à un spectacle incommensurable. Uzanne, Krantz, et moi debout débordés par latempêtueuse violence de cet enthousiasme Unclesamesque subimes un ouragan bien cher à nos cœurs patriotes — mais d'une force à fêler les trompes d'Eustache les mieux confectionnées. Les six gros journalistes du centre, les « Capelles»(1) américains comme les appelait Uzanne, se levèrent d’un élan à tout renverser. M. Scott mêla sa voix ainsi que tout ce qui y avait là de vrais yankees et ce fut en français Ab: mes enfants!) que notre hymne national fut lance aux voûtes de bois de l’Argo qui résistèrent au choc. Le schooner était décidément bien bâti.
« Aos êrmes, scitouaillenns !
Puis ce fut le tour du God Save que les Anglais,
me nm mmmtE Dee een
(1) Notre excellenr confrère Capelle (Pelca) du Gaulois, excusera sans nul doute cette petite taquinerit.
une crulaquelle tachaient Santé »,
assa à son inquiet à ux compè:
1e visiblede la paix Heureusedes mains ennes puis r du Sun.
ndolinistes tle }'ankee le tour imsistai à un Krantz,et se violence subimes un es — mais e les mieux s du centre, les appelait renverser.
ce qu'il ÿ ancais ‘Ab:
1] fut lance sistèrent al en bâti.
les A nglais,
Ica) du Craue taquinerit.
beaucoup plus saoûls que ieurs voisins mais dignes — oh combien dignes — avec des airs de croque-morts en goguette, écoutèrent les yeux paissés. Entin tous les chants nationaux y passèrent y comprisle sémillant «Saint-Patrick'sday» qui ravit l'âme de mon voisin le « Sun's editor. » Ces chants nationaux anglais et américains manquent de gaieté le « Yankee Doodle » a toujours l'air d'une pauvre gigue de matelots raclée sur un cringcrin dans quelque taverne indigente et berçantl'ivresse triste du whysky.. Le Holl-Columbia est assez beau, mais n’a pas ce quelque chose qui popularise un air.— Le « Wule Britannia » seul estenlevant mais ce n'est il est vrai, qu'un accessoire prolétaire du lugubre God Save.
Les chœurs terminés on toasta. Cela dura une heure et demie. Il y eut des gens qu'il fallut faire taire. Sans cela ils parleraient encore à l'heure où j'écris ces lignes. Les gros « Capell?s » de la presse chicagolaise se distinguèrent par des flux irrepréssibles de paroles qu'ils accompagnèrent de claques magistrales sur leurs abdotiens hémisphériques, Je compris, non sans stupeur et avec l'aide de mes voisins que ces personnagesracontaient purement etsimplement leurs petites affaires, Un des plus gras parmi ces joyeux pachydermes nous expliqua uil avait eu peu de jours auparavant une espèce de fluxion de poitrine. « Ah ! s'écriait-il éinu et semant de larmes le plastron éblouissant de sa chemise, c'est là que j'ai pu conuaître jusqu'où peut aller le dévouement d'une femme. Ah ! Mary, ma compagne ma compagne aimée, quelles douces isanes vous m'avez préparées, que de soin vous mettiez à ce que je n'eusse jamais les pieds froids etcomme vous me disiez d'une jolie petite voix
musicale « My dear Arthur... My dear Arthur. êtes-vous mieux. Gest mal à un gros cher petit homme comme vous de tousser ainsi... Al: j'en. tends sa voix... my dear baby... »
—- Et, interrompis-je, elle vous passä la main dans les cheveux ?
— Mon observation ayant été faite en français, le speaker n'y fit nulle attention: illa prit pour ur commentaire ému.
— Ah oui, reprit-il, d'un ton claironnant, vous avez raison, mon cher Biddleworth (il me prenait pour un de ses copains, évidemment) elle fut l’ange mêmedu Dieu qui bénit lesbons ménages. Aussi, chers amis, je vous souhaite d'er avair une pareille (femme — et non fluxion de poitrine) — Voyez. vous quand on rentre chez soi un peu fatigue. Je te crois — \ même un peu malade capillaitrement parlant rien n'est plus doux que de voir une jolie frimousse qui vous tend son bec et vous monire de la main le thé bien chaud et les cakes tout alignés en disant : « How do you do, my dear baby Etil oleurait, et il pleurait. Cet homme eut fait d'excellents fricandaux!
Il récidiva dans la soirée, mais nul ne l'écouta. Les Anglais (dont une célébrité de la presse britannique nommé Villiers), (rien de l'Isle-Adam parlèrent, Leurs discours tout ponctués de ces petits signes stomacho-nerveux qui sont en grande estime encore dans certaines parties de l'Espagne se ressentaient de leur état d'âme brittannique. Dieu, quelle brumeuse rhétorique mais surtout quelle... cuite! (révérence parler). Voilà qui explique l'horreur des anglais pour le cru en litierature. La seule note intéressante qui surnagez dans cette soirée mémorable fut une paire de monolo-
ir Arthur.
cher petit . Ah: jen:
ssa Va main
en français, prit pour un
nnant, Vous | me prenait elle fut l’anages. Aussi, une pareille \— Voyez 1 fatigue. Je pillairement oir une jolie ous monre kes tout alidear baby nme eut fai
ne l'écouta.
a presse bril'Isle-Adam tués de ces nt en grande e l'Espagne brittannique.
ais surtoul
oilà qui ex:
u en litierairnageaz dans de monolo-
guvs détaillés avec un très réel sentiment du dramatique et une sobriété, une simplicité d’eftets absoluments saisissantes par un immense gentleman, rasé, long, maigre, aux yeux pleins d'un éclat singulieret qui parait-il était l'auteur mème des soliloques interprétés.
Cependant mon tour de speach approchait.
Uzanne se leva et dit trois mots fort bien tournés, gracieux pour chacune des nationalités représentées à ce banquet. Après lui j'étais horriblement perplexe et me préparais à boire tout simplement à la gracieuse Mistress Cleveland, reine par la beauté de la plus grande république du Nouveau- Monde, quand un des monumentaux « editors »
ayant sans doute perdu le sentiment de l'équilibre stable s'écroula sous la table. — Je dois dire quil se releva aussitôt. Sa chaise a ait glissé. Mais chacun se leva, courut à lui, l'aida à retrouver son aplomb et comme on était rasé depuis quatre vingts minutes montre en main on m'oublia, God Save the argo Club!
Mais c'est là que le panmuflisme des chicagoais, les yankees par excellence apparut sous ses plus douces couleurs. Pressés d'aller finir leur soirée ailleurs que dans un radeau, tous nos américains disparurent et nous revinmes seuls, Krantz, lÜzanne et moi dans la solitude noire du pier, oblises d'allumer des « matches » pour ne pas poser ls pieds duns des goulfres ; le plancher du wharf
ait des trous, On eut pu tout au moins nous ouner un guide avec une lanterne. Des cabs pasérept entraînant ees théories de gros hommes
rlant dans la nuit des chansons à boire (Encore!
US n0$ commensaux s’évanouirent vers le cen TE Vel
Customer house place et :$ AVOISINAlL-
2 Renan 2m mme ne
En mr
tes.Cette villeimmense ct singulière ainsi parcourue à trois heures du matin n'était rien moins que rassurante. Pas l'ombre d'un policeman. M. Krantz prit uu cab car il demeurait assez loin. Uzanne et moi parisiens sceptiques revinmes vers nos hotels voisins tranquillement la cigarette aux levres. Nous arrivâmes au Leland sans avoir rencontre une âme.
Joie américaine, gaieté yankee, brutalités et enfantillages, fausses confidences. Au fond jovialite de maquignons peu dégrossis, me disait le correspondant du Figaro. Comme elle sonne mal et lourdement à nos oreilles latines. (On sait qu'Oc: tave Uzanne descend de je ne sais quel tyran italien de la Renaissance et qu'il a le type Médicisou bI Borgiesque, au choix). Voyez quelle dépense de mots, quel verbiage ridicule pour dire quo’ D'extraordinaires platitudes. Un seul a été drôle. Pa Cet auteur glabre et sinistre. C'est un grand artiste ceiui-là et ce qu'il a dit (car déclamé serait
co injuste) a été senti même par nous auxquelséchap paient pourtant bien des finesses. Ce monologue WW
étrange du pochard mélancholieux qui tient pen-L dant vingt minutes une harangue philosophique &t transcendentale à un fossoyeur auxtrois quarts enfoui dans une tranchée était de toute beaute et bien drôle aussi la réponse du pseudo-fossoyeur. « Mais imbécile... tu m'empêches de finir la pos jet. de mon tuyau à gaz !....….. » A part cet homme curieux et vraiment original le reste n'a éte que mots pompeux et vides de la part des Anglais. Ce disant nous étions arrivés devant le Leland-Hôtel
— Au revoir, cher ami, après cette soirée ui peu de repos me semble indiqué.
— Bonne nuit, cher confrère.
parcourue noins que M. Krantz Uzanne et nos hotels ux lèvres.
rencontré
ilités et ennd jovialite it le corresnne mal et sait qu'Ocel tyran ita- » Médicisot dépense de dire quoi!
a été drûie.
un grand clamé serait
quels échapmonologue ji tient penbsophique el trois quatt te beaute.
o-fossoyeur. finir la pos cet homme n'a éte que Anglais. C eland-Hôtel e soirée Un
Et je regiguai ma chambre ; le jour naissait,
Mais je ne saurais dire à quel lendemain me mdamna l'absorption forcée de champagne à laquelle malgré tous mes eflorts il avait fallu me ivrer. Ah! M. Scott! M.Scott ! j'ai passé grâce à vous vingt quatre heures diantrement mouveinentées. [l'est vrai que votre diner avait été charmant mais je ne pensais pas — quelque politesse que J Y misse, — à vous le rendre aussi vite!
Nous fimes avec un certain plaisir nos préparatits de départ pour Torcuto. L'extrême chaleur qui soudain avait fondu sur Chicago nous avait fatigués. L'air mème de l'immense ville qui semblait fait de poussière et de gaz nous était devenue pénible, Pour qui a l'habitude de vivre dans l’atmosphère aussi pure que vivifiantes des côtes du Pacifique, ce pays plat de l'Illinois ce grand lac aux eaux troubles, cette cité disproportionnée, constituent un regrettable ensemble de causes morbides. Or nous avions depuis Salt Lake jusqu'à Winnipeg parcouru un véritable sanatorium. À San Francisco, après quelques heures de repos, nous nous levions frais dispos, pleins de santé et d'irdeur. À Chicago c'était les jambes cassées et les membres las que nous sortions de nos lits après y avoir passé le double de temps. Aussi jetimes-nous sans chagrin un dernier coup d'œil sur States Street, sur Adams, enfin sur la Fifh avenue que nous primes pour gagner Deaborn station, Nous allions devenir les clients de la Wabash Line dont le drapeau rouge et la lanterne répandus à profusion sur les indicateurs prospectus nous poursuivaient depuis notre rentrée sur le
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