‹ D'océan à océan [microforme]Chapitre 19 sur 34 · __ 3 =} = £ = 2} =} <} SÉE =! =N SI É DS LE & © K # " IN · texte numérisé non relu

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3,2 D'OCÉAN A UCÉAN

territoire de l’Union. Nos amis, les deux boule. vardiers nous reconduisirent de leurs morocles jusqu’au seuil du Wagner Car.Pulmann en effet ne fonctionnait pas sur le Wabasch. À notre regret car ces Wagner ne valaient pas les remarquables wagons, les « [deals » et les « Niobés» des lignes pacifiques. Je ne manquai pas d'ailleurs une seule fois, de les appeler Wagner-Pulmann-Cars-hérésie qui était immédiatement suivie des protestations désespérées de tout le personnel. Après nous avoir une dernière fois serré Ja main,'le comte de Jul. vécourt et M. Périer redescendirent sur le quai et presque immédiatement le train partit, Nous nous penchâmes par dessus la balustrade de la plate. forme pour les saluer le plus longtemps possible de nos casquettes de voyage. Enfin le Deaborx station, ses bâtiments et ses habitants disparurent brusquement au tournant de la voie.

Nous commencions à rouler bon train en plein milieu d’un faubourg. Toute cette banlieue chicagolaise ressemble, mais en caricature, à celle de Londres, les maisons bâties par douzaines sur le même type tenaient plutôt de ce que nos forains appelient des roulottes. C’étaient des cassines de bois, constructions à bon marché, surélevées audessus du sol pour éviter l'humidité et qui ont l'air de reposer sur un support de trétaux. De grandes avenues qui n’en finissaient pas, désertes et envahies par l'herbe, pas encore pavées, mais déjà sillonnées de rails nous annonçaient les derniers quartiers, la zone excentrique. Ces fins de grandes capitales sont rarement gaies. Paris luimême n'a de coquette que sa banlieue Ouest. La misèro, en effet, ou tout au moins la pauvreté doit forcément se réfugier en ces lointains faubourgs

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où les logements sont à bon marché. D'où l'espèce de désenchantement que cause généralement au voyageur le premier ou le dernier coup d'æil. C'était le dernier que nous jetions en ce moment sur Chicago et il n'avait rien de folâtre. Des hard:s lugubres séchaient aux fenêtres ou dans les ja‘dinets minuscules vagueinent tracés, dépourvus de haies. Beaucoup d'enfants dont quelques-uns couraient après le train et sautaient avec adresse sur les marchepieds. Ce jeu scolaire où excellent les jeunes yankees cause chaque année la mort d’une centaine environ de bambins. Enfin nos platesformes se dégarnirent de cette encombrante marmaille, nous filâmes à travers de grands espaces cultivés. Des villages très rapprochés comme toujours aux alentours des grands centres parurent. On y dansait, on y buvait, on y chantait. C'était dimanche et nous vimes même un gentil bal cham-

d'une polka écorchée par quelques souffleurs tudesques des gens se trémoussaient qui n'avaient rien de paysan. En Amérique, à part le Cow-boy, les gens de la campagne ne se distinguent guère des gens de la ville que par le hâle de leur peau. Blouses, sarraus, limousines y sont inconnus; le

où vident ensemble la chope traditionnelle sur la terrasse d'un cabaret de village.

Il faisait nuit quand nous arrivâmes à Detroit où nous eûmes le plaisir de quitter notre wagon

coquets mais malheureusement aussi des plus encombrés. Nous y dormimes pourtant point trop Séparés les uns des autres. À quatre heures j'étais debout et il m'était donné d'admirer ia plus ravis-

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ne

sante des campagnes, dans la lumière suggestive de l'aube. Ce n'était que verdure ; les champs, les arbres, les pentes gazonnées, les cottages eux. mêmes tout couverts d’un vêtement de plantes grimpantes s'y confondaient dans une réjouissante note émeraldine. Ma toilettz terminée, je sortis du car et vins respirer sur la plate-forme l'air vif du matin. Une foule d'odeurs exquises trainaient dans l’atmosphère de ce pays joli comme u“n coin de nature bretonne. Ma pensée, par dessus l’énormité des distances, se reporta vers la patrie et je me sentis devenir mélancolique. Elle semble par. fois pénible à l'homme l’idée que la nature qui parcourt ressemble à celle de son pavs et que des êtres prodigieusement étrangers ont le bonheur de posséder ce fac-simile de la terre natale. Ainsi l'excès de l'affection engendre un machin égoisme.

Vers huit heures et demie, l'Ontario parut sur notre droite et nous devions arriver à Toronto, vers neuf heures. Cette fois le train tut exact et entra à la minute juste dans une vaste gare que flanquait l’inévitable panorama, pris de loin pour un gazomètre,de la bataille de Gettysburg. Ce obsédant combat ne laissait même pas débarquer le voyageur et le prenait à son entrée en gart. Ah! les Sudistes sont bien vengés et la présence de ce panorama partout où la population agglo mérée dépasse quinze cents habitants doit amèrt ment faire regretter aux Nordistes leur bruyant victoire. |

De la gare de Toronto nous arrivâmes par un courte marche le long d'une petite rue montant devant le Rossin-house, le meilleur hôtel del ville, assurent avec raison les guides. Des qu

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nous eûmes réparé le désordre d'une nuit en wagon, nous descendimes dans les rues de cette ville qui s'intitule fièrement ja cité-reine du Canada. Justement l'hôtel avait unesortie sur King-Street une des rues principales. Dès notre irruption sur les trottoirs de cette voie nous poussâmes üne exclamation bien naturelle. Non seulement King- Street était d'un bout à l’autre bordée de jolies maisons point colossales et de magasins du plus pur style londonien,mais elle était admirablement bitumée, que dis-je, sur l2s côtés au ras des trottoirs elle était pavée avec un soin dont se fut enorgueillie la rue du 4-Septembre.C'était la première ville aussi soignée que nous rencontrions et vraiment elle prenait tout de suite de cette voierie si bien entretenue une petite tournure européenne qu'augmentait encore le mouvement des passants marchant à l'anglaise, vite, les jambes allongées, l'extrême propreté et la simple élégance des étalages,enfin les toilettes de bon goût qu'arboraient dans les electric-cars qui passaient sous nos yeux, les jolies torontaises. Vonge-Street et Queen-Street n'étaient pas moins animées, moins soignées. Là enfin nous trouvions trace d’une municipalité intelligente et sachant ne pas sacrifier à l’utilitarisme l'élégance et la propreté,ces deux sœurs.Toronto, dans l’échelle des villes américaines, tient incontestablement le premier rang pour la beauté régulière et harmonieuse de ses grands artères et la façon dont elles sont tenues. Philadelphie viendrait bonne dernière avec son pavage, véritabie gageure faite aux dépens des infortunés habitants, lesquels doivent avoir la sensation perpétuelle d'une danse sur des paratonnerres. Le propos me revenait justement à la mémoire.d’un riche Phila-

delphien,qui nous déclara lors de notre visite que tout ce que pouvait faire le meilleur coupé,c'étii: de durer six mois. Au bout de ce temps, rou:s ressorts, essieux, la voiture entière était hors d'u. sage.

Le soir, cet aspect anglais et soigné des grande rues de Toronto n’était pas moins frappant. Le apparcils d'éclairage y étaient prodigués avec un luxe aveuglant. Par moment dans les carrefours l'entrecroisement des fils suspendus des electri: gars, quand un tramway franchissait le crossing, uñe vive lueur pendant la durée d'un éclair, il minait le corner ; de grands bâtiments d'uner:. cherche évidente d’ornementation se détachaieit avec les mots: Bank, ou Hotel en lettres dorées flamboyant sur leurs frontons. Mais comme noi: allions regagner l'hôtel, un spectacle inattenit nous fut offert. Le son d'une musique militaire arriva jusqu'à nous et débouchant derrière unflot populaire, tout un bataillon de higlanders précédé de fifres fit son apparition dans King-Street. Ils avaient vraiment bon air ces écossais, vigoureusement bâtis, avec leurs hauts bonnets à poil et leür petit Jupon quadrillé. Ce devaient être pour la plupart d'anciens soldats, car leur marche ‘ s'effectuait avec une sûreté et une rectitude parfaite. Après ce bataillon, la fanfare que nous avions entendue tonnait, enlevant un pas redoubi dans un contrechant formidable de trombones.

C’'étaient les musiciens de la milice et tout un régiment de miliciens les suivait. D’un bout à l'autre de la colonne des porteur: de torche formaient la haie, À ne juger ces miliciens que par ce défilé de paradeilsfirent au prince Roland une excellente impression et certes son Altesse n'avait pas pour

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IMPRESSIONS D'AMÉRIQUE 377 habitude d'’user d'indulgence avec tout ce qui lui paraissait tenir plusou moins de la garde nationale. Mainteuant quelle serait devant l'ennemi la con tenance de ces soldats citoyens qui, sanglés dans leur tunique noire et couverts de l'énorme et ridicule casque colonial en honneur dans tout le Canada, gardaient d'impeccable façon leurs distances et ne $2 seraient pas permis même un regard de côté ? — Question qui reste à approfondir.— Quoi qu’il en soit, cette retraite aux flambeaux dans le décor correct et élégant des principales voies torontaises présentait un tableau agréable et d'une jolie couleur.

Le lendemain le docteur et moi nous partimes, en gamins selon sa propre expression, pour une petite excursion sur les bords de l'Ontario. Nous n'avions fait encore qu'apercevoir ce grand et beau jac mais pour ne point voir des rives encombrées de docks, de débarcadères et de gares nous primes un joli horse-car qui suivait King-Street et

[dont la voie ferrée allait se perdre tout là-bas

dans la direction de Détroit.Trois quarts d'heure de trot soutenu dans cette abominable rue droite comme un i et sans une ondulation,enfinles mai-

lsons se raréfient, voici des cottages, des maisons

de campagne cachées derrière de beaux jardins et tout à coup, sur la gauche,le car tourne, franchit en cahotant un passage à niveau. C’est la voie du gand Trunk qui à cet endroit longe la côte Onharienne ce crossing passé nous voici sur une berge étroite avec, devant nous, se déroulant à perte de vue, le lac plein de majesté daus l’immense étendue de ses eaux claires et tranquilles. Ah! ce n’est plus le Michigan qui, tantôt aveuant de soleil, tantôt caché par une impénétrable

ouate de brumes, garde toujours au fond une cou. leur troublée et peu avenante. L'Ontario roule dés flots menus,limpides etsautillants sous l'aversedes flèches solaires. Le ciel est d'une pureté admirable, une brise douce et fraîche vient du large et à nos pieds des lames minuscules viennent se brise: en passant par tous les tons intermédiaires, qui von

du bleu au vert et du vert au blanc de l'écume,

Sur notre droite s'élèvent plusieurs garages et sa ligne toute une flottille de canots car le Rowing

est très en honneur aux portes de cette ville

plus anglaise que bien des cités du Royaume-Uni.

D'un de ces garages sort une petite yole adroite. ment conduite par une jeune fille laquelle ram: pendant qu’au gouvernail un bambin, son frère

sans doute, veille à la direction. Le petit bateau

vient de notre côté longeant la rive. La jeune

torontaise, fort jolie ma foi, « nage >» comme un

vieux loup de Marne, elle fait littéralement vole

le léger esquif sur la surface unie du grand l&.

Leurs paroles nous arrivent transmises par l'abso-

lue pureté de l'atmosphère et les échos de la rive

répètent le rire perlé de la jeune canotière, les

cris de Joie du petit garçon. Eux seuls mettaient

du mouvement sur l'infinie de cette nappe trans

parente et faisaient en quelque sorte ressortir silence de cette belle nature et l’imposante grat

deur de cette surface immense et paisible don

rien en dehors de la frêle embarcation ne ven

rompre la poétique solitude.

Les eaux de l'Ontario sont si claires que | soleil qui, en ce moment,dardait horizontalemen ses rayons, éclairait les profondeurs de saphir d l’onde par dessous la quille de la yole et quel canot où s’escrimait dans un gracieux mouvemel

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Respèce de café. Nous dûmes nous contenter de

Boson précédent voyage toute cette région allait

de nuque abaissée puis relevée la jeune miss canadienne, avait l'air de flotter sur de la lumière liquide.

Du côté de la terre, des cottages fleuris, des allées de beaux arbres faisaient au lac une bordure nvissante, Pour jouir longtemps de ce paysage tout à fait reposant et plein de douceur nous allàmes nous établir, mon compagnon et moi, sur la vérandah d'un des garages qui était aussi une

Ginger ale, cet établissement étant de tempépance. Mais l'horrible mixture qu'il nous fallut avaler nous parut supportable tant nous étions sbsorbés, pris dans la contemplation de ces belles aux d'un vert-bleu lumineux comme mordoré et qui s'étendaient à l’extrême limite de l'horizon jous un ciel adouci, d'un outre-mer pâle et mat où œil se reposait. Le docteur ayant promis au Prince de le rejoindre vers cinq heures en ville our visiter l'Université, une des plus belles du anada,nous reprîimes à regret notre car et bientôt jous étions revenus sur le pavé de la Queen ofthe ikes, C'est de Toronto que nous devions gagner \iagara tandis que le Prince qui déjà avait visité

e diriger vers l'Ecole militaire de Kingstown et ers Ottawa, siège du gouvernement Canadien, uelque chose comme le Washington du Domilion où il devait être l'hôte du gouverneur généal. Ce haut fonctionnaire britannique fit,paraît-ils Son Altesse une réception parfaite, si parfaite, ne disait au retour M. Léandri qu'on ne se serait as cru en Amérique mais dans une des seigneu-

lales et historiques demeures de la vieille Anglerre.

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