‹ D'océan à océan [microforme]Chapitre 21 sur 34 · TRE · texte numérisé non relu

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que ceux-ci n'insistèrent pas et, l'air vexé, now laissèrent marcher tranquilles. Nous descendion les pentes du parc qui, du côté où le rail roa nous avait déposés, sert d'accompagnement à{ rive américaine et nous allions vers le pont sus. pendu d'où l'on a le spectacle panoramique des chütes. Nous prenons au péage un ticket d'aller et retour et nous passons, Arrivés au milieu dy pont, en effet, brusquement, dans un bruit souré et profond, dins un tremblement de tout, du ta blier métallique, du sol, de l'air lui-même, et tan. dis que nous arrosent des nuages pénétrants de fine vapeur d'eau, les cataractes du Niagara nous apparaissent — cette fois magnifique, sublimes de grandiose horreur. En face de nous la chute can: dienne « en horse-shoe,en » fer à cheval, large et cintrée. À gauche et beaucoup plus près.dans une vitesse éperdue,la masse d'eau de l'american Fall, plus resserrée et plus régulière, dégringole avec des détonations par moments toute pareilles à des coups de canon. Justement le ciel est tragique,bossué de nuages orageux et à ce moment un coup de vent terrible s'abat sur ie pont,une rafale semblable à celle qui, quelques instants aupara vaut avait fait sortir du restaurant l'excellent docteur.

La suspension Bridge résiste, mais nous n'avons que le temps de nous jeter à quatre pattes, sans cela l'ouragan infailliblement nous renverserait. Au milieu da pont, les chevaux d’un landau, pris de peur se cabrent et reculent. Enfin le vent sa paise un peu et nous achevons de traverser les rapides qui, à cinquante mètres au-dessous de nous, roulent dans un chaos de rochers. Nous suivons maintenant la rive canadienne fort joliment ar

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vexé, nous descendions le rail road ynemett à là le pont sus- )ramique des ticket d'aller au milieu du n bruit souré e tout, du tanême, et tanjénétrants de Niagara nous , sublimes de a chute can eval, large et près,dans une imerican Fall oringole avec ute pareilles ciel est tragie moment ui ont,une rafale stants atipari at l'excellen

rangé et — Dieu merci! convertie maintenant en ur parc d'aspect charmant

Nous arrivons bientôt au bord de ce horse shoë et là nous lâchons sans réserve la bride à notre admiration. [n'y a pas à barguigner, on est stuvefait, sufoqué, ravi. Les Vandales des deux ations ont eu beau détourner une partie des chütes, les encombrer d'horribles ascenseurs. de naisonnettes, d'usines, de petites tours Eiffel et de boutiques de photographes, ces chütes sont et restent à coup sûr une des merveilles du monde, Le saut que fait le tleuve est inouï : qu'il suffise de dire que la cnüte mesure à cet endroit quelque those comme deux cent cinquante mètres de irge (660 pieds) et qu'au centre de Î'échancrure ju lui a fait donner son nom, la nappe d'eau à t-on, 25 pieds d'épaisseur. Du reste, elle reste ace point d'un bleu superbe, pas même troublée ice à son épaisseur par le coup de fouet de sa rusque tombée. C'est ce qui explique aussi pourvoi, lorsqu'elle frappe le sol 180 pieds plus bas, : n'entend qu’ine sorte de mugissement conüu. Son volume, malgré la hauteur, l'empêche frapper en plaquant le roc inférieur. Il est vrai e sur les côtés quelques courants détournés par caprice du barrage se chargent d'appuyer ce hg et 'mposant gemitus d'une fusillade nourrie. . Léandri, très enthousiasmé me propose de vêtir la capote de caoutchouc qu'un industriel bffre à nous luver et de descendre par un chemin Kcialement organisé pour cette excursion Jusqu à base de la formidable cataracte. J'accepte et jus voilà partis, Le docteur qui craint les doues forcées nous accompagne un bout de chemin si que l'employé préposé à ce service. Nous

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sommes vraiment fort baroques sous notre Capuchon de toile cirée, notre blouse imperméable qui descend jusqu’à nos talons et nos snow-boot, Avec cela, me semble-t-ii, nous sommes à l'abri de l’arrosage. Nous prenons place dans un petit ascenseur qui nous descend environ 150 pieds plus bas, là notre guide nous fait suivre une espèce de sentier de chèvre à flanc de coteau. Tout au-des. sous de nous, à demi cachés par moments d'un

nuage de poussière liquide nous voyons une sorte

de palicable qui rode au long des rocs sur lesquels viennent frapper les jets latéraux de la chüte : Ce chemin hasardeux se perd dans le chaos grondant, hurlant, bondissant du horse-shoe. Sans doutel pensons-nous, c'est une ancienne route de visi teurs qu’on a dû abandonner. Cependant no alions, la poussière d’eau commence à nous mouil ler 12 figure. À ce moment le guide nous fait fair un à droite qui nous dérobe un instant la vue ter rifiante de cette espèce d’effondrement de toutu fleuve. Nous pénetrons dans un chemin crew dans le roc. Là enfin nous nous entendons parler le guide a pris une lanterne prudemment remisi en une anfractuosité de cette espèce d’antreet nous dit de le suivre. Nous marchons à la file dan l'étroit boyau et soudain Ja galerie s'arrête, no avons devant nous une fenêtre et devant cet fenêtre passe et croule avec fracas une énort colonne d’eau, c: n’est pourtant qu’un des échà pements latéraux du Fer à Cheval. Mais quan sur l'invitation du cicerone, nous voulons jet les yeux vers le sommet, vers le point de dép: de cette gerbe énorme, la respiration nous & brusquement coupée. À travers des volutes | vapeur d’eau nous distinguons comme en |

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éclair la crête de la cataracte à 60 mètres aü-dessus de nos têtes, mais il faut se retirer bien vite tnt est suffoquant le déplacement d'air causé par l cataracte. Après un instant de repos nous reprenons la route de l'ascenseur et notre guide nous dit en mauvais français :

— C'est ainsi, vous avez vu tout.

— Tout, proteste M. Léandri, comment c’est là tout, mais vous affichez sur vos réclames que les voyageurs peuvent aller sous les chüûtes ?

— Oui, reprend le docteur, quand je suis venu ii, tout jeune , j'ai passé entre la nappe et la paroi.

— Certes, reprend l'homme, mais aujourd’hui c'est impossible ; pourtant si ces gentleman le désrent, il ya ce chemin pour gagner les bas du Harse-Shoe.

— Où ça, fais-je avec impatience ?

— Là.

— Et lé préposé à l'ascenseur nous désigne l'espèce de praticable qui se perd vers la base fumante de la cataracte.

— Ce chemin est possible s’écrie M. Léandri?

— Yes, sir.

— Vous nous accompagnerez?

— No sir,

— Nous pouvons nous hasarder seuls?

— If you wiil,

— All right alors, venez-vous Bonnaud P

Si je venais! -— Et nous voilà partis laissant le docteur qui rit à nôtre emballement.Nous dégringolons un sentier de traverse et nous voici bientt sur cette corniche artificielle dont l'audacieux trajet nous a tant étouné. Déjà il nuus est impossible d'articuler un son, nous nous hurlons dans

LE - LE à ?

le visage sans nous entendre. D'épais nuages de vapeur rous arrivent comme lancés par l'invisible vaporisateur d'un titan et nous noient la figure: le plancher de la jetée ruisselle, et de tous les côtés sur les rocs viennent s'abimer avec des cla. potements divers mille et mille petites niagarafalls. Toujours sur notre gauche la grande chüte continue son refrain formidable et de ci de là par les brouillards liquides qui montent sans cesse comme animés d'un mouvement régulier et sans fin,nous distinguons, mais rarement tout au loin la colonne centrale, celle dont le bleu opa que nous atant fräippés. Notre route de bois zigzrgue maintenant , elle contourne une sé.

rie de rochers,évolue entre les nappes tombantes, Voici des marches! gravissons-les. Paf! je patine sur ces solives polies à la longue par les eaux et sur lesquelles mes souliers de caoutchouc n'ont pas prise. M. Léandri au pied plus montagnard file toujours, nous sommes maintenant sur une plate-forme. Une véritable avalanche d'eau nous tombe sur la tête, sur les épaules. Déjà je me sens tout pénétré, tout trempé. Impossible de lever le nez. À peine si je puis respirer. Mais ce pas difficile est franchi, nous voici à l'abri d’un grand roc.

Nous reprenons haleine. Toujours impossible del

parler. On se croirait au milieu de cent camions de terraille roulant de front sur un pavé inégal. Goahead! M. Léandri reprend sa course. Nous sommes de nouveau réempoignés par l’averse et

soudain nous plions les jarrets, pour un peu nous serions à genoux. Une douche compacte, une co-

lonne liquide projetée avec force nous frappe ver-

ticalement. Noussommes roués de coups etcependant nous continuons. Voici en effet les barrières

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finales, Ja carcasse à deruw noyée d'un belvédère se dresse devant nous. Un effort et nous y sommes. Je ne vois plus on compagnon. Vingt jois je roule, vingt fois je rne rattrappe à la main que par mo-

courante età la rampe “e bois ments Je suis obligé de saisir à bras-le-corps. Enin je heurte un corps, c’est M. Léandri qui se amponne définitivement à ia dernière balustrade Au delà, c’est l’äbime, c'est la mort. Ce ne sont plus des morceaux de falls qui s’eflondrent à vingt mètres devant nous. Sous son manteau de poussère blanche nous devinozns la grande cataracte, la masse inouie qui se brois au contact de la roche avec des cris d: colère. Malheur à celui qui saventurerait plus loin sous cette avalanche effroyable. D'ailleurs nous ne voyons ni n'entendons plus grand chose, le moindre essai pour jeter soit de côté, soit en biais vers le sommet des chüûtes, in regard rapide est cruellement puni. Les yeux, le nez, la gorge sont pénétrés, noyés et Je sens en æ moment que je n'ai plus un fil de sec, mon costume n'a été qu’un préservatif ridicule contre linvasion de l'eau, et je constate que ces filous font payer un dollar pour vous louer de vieux imperméables usés par dix générations de touristes :

oumbugh! Humbugh ! » toujours et partout.

Après une pause d’une demi minute nous rélogradons sous la douche ininterrompue et serrée Qui tombe de là-haut. Je cours vite ayant hâte de ne sécher. Nous filons poursuivis par les innomdrables fouets de la cataracte qui nous châtie sans loute ainsi de notre indiscrétion. Cette chaste Puzanne n’aime pas qu'on relève sa robe de pous- Wière diamantine et nous avons beau ne pas être es vieillards, elle nous administre une correction

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soignée. Le docteur nous reçoit trempés comme des barbets, transformés en gouttières, gelés, mais heureux tout de même de cette petite pointe jusque sous l'épiderme du monstre!

La chûte américaine, moins grande, n'offre pas moins d'attraits elle est dotée d’une grotte des vents que pour ma part je ne trouval point extraordinaire, sauf en ce point qu’on neut sy rendre compte de la nature du roc qui constitue ces barrages hyperboliques., Ce que cette cataracte

offre de vraiment saisissrnt c’est son petit redon construit sans doute au moment des gelées, quand b cette masse liquide est figée en une merveilleuse 2: débauche de stalactites cristallines. Ce redonter-Æ q mine le parc en terrasse qui va sur la rive droite de

de ce bras du fleuve entre la cataracte américaine et le pont suspendu.

C’est une sorte d’observatoire circulaire qui domine perpendiculairement la chüûte et la flanque à la manière dont les poivrières flanquaient jadi les anciens châteaux-forts. Nous nous penchämes sur le rebord de pierre, sur le garde-fou circulairé qui assure les curieux contre un vertige inévi table, Nous pouvions nous croire littéralemen suspendus sur l’abime et il nous était facile, aprë une seconde d’hésitation bien naturelle de vo approcher avec une rapidité insensée la chargé folle, irrésistible du flot entraîné vers le goulre Déjà fortement remuée par les obstacles rocheu: qui constellent son cours supérieur, l'eau üf Niagara arrive bouilionnante d’écume dégagear déjà sa poussière à la fois impalpable et tenacé Et brusquement à dix mètres du saut elle se forn en colonnes glauques profondes, plus vite que regard elle glisse, se brise à demi sur les irrég

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IMPRESSIONS D'AMÉRIQUE 391 jarités de la crête granitique, tombe avec un bruittonnant tandis que s'élèvent presque jusqu'au sommet de l'éscarpement des nuages de tumée d'eau. La tête tourne à la longue à voir — ‘sans une seconde d'arrêt, cette course hâtive du fleuve vers sa chûte. Nous quittâmes et nous reprimes plusieurs fois ce merveilleux poste d'observation. Nous finîmes enfin par nous en détacher et nous regagnâmes l'Hôtel-Porter en suivant pendant un temps le cours supérieur du bras canadien. C'est un spectacle moins extraordinaire mais tout aussi beau que celui de ces rapides d’une largeur de 250 pieds et qui ont l'air de descendre je ne sais quel escalier de géants. Il s'y forme des gerbes, des chenals, des tourbillons,des cascatelles : selon tous les caprices d’un solextraordinairement bonleversé. Les rapides inférieurs que nous vimes le lendemain ne sont qu'une répétition affaiblie de spectacle : le fleuve y court entre deux escarpements d’une jolie hauteur et à un certain moment il y fait le coude brusque pompeusement nommé Whirl-Pool : mais c'est là tout ce que j'ai remarqué de particulier. Il parait seulement qu’au point de vue géologique le Whirl pool est d'un intérêt palpitant et le docteur pour un peu l'eut préféré aux cataractes elles-mêmes.

Ce soir là nous rentrâmes sous la plus vive impression. Quand la nuit fut tout à fait tombée, au clair de lune, noùûs retournâmes fumer le cigare d'après dîner sur le petit redon du parc canaäien. Longtemps nous écoutâmes la plainte de la cataracte et les coups sourds que frappaient sur l'enclume des rochers inférieurs ses puissantes colonnes,

Le lendemain nous fûmes, sur la riveäméricaine

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