‹ D'océan à océan [microforme]Chapitre 22 sur 34 · D < RE · texte numérisé non relu

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visiter Goat-Island, cette île qui sépare les deux chütes et qu'on a transformée en un fort jol jardin public. M. Léandri admira beaucoup Jes Three Sisters, véritables paradis terrestres qui reliées par de petits ponts sortent du lit du fleuve un peu avant la grande chüte. Ces trois iles sœurs élèvent gracieusement leurs bouquets de bois au milieu de ces eaux grondantes et renfrognées. Jadis, beaucoup plus près de la chüte et s’avançant jusqu'au milieu même de ce barrage gigantesque, trois fois plus large que la crête américaine s'élevait la fameuse Perrapin Tower.

La base de cette tour reposait sur ce Table Rock, véritable plancher de granit dont se couronne sur la droite la Horse-Shoe fall et qui permet encore aujourd'hui de faire avancer les promeneurs de la rive américaine assez avant vers le centre de la cataracte. Tout ce parc de Goat- | Island est exquis. Ce n'est qu’en 1885 que l'Etat de New-York dont dépend cette rive du grand déversoir américain.se décida à enlever cet espace à tous les malandïine qui s'étaient établis là et exploitaient sous tous les prétextes l'infortuné touriste. On y piyait pour voir telle ou telle partie des chûtes, on y payait pour s'approcher du bord, on y payait pour circuler... un peu plus onÿ aurait payé pour respirer. On parle des écorcheurs suisses mais jamais, à en juger par ce qu'on voi encore aujourd'hui à Niagara, je n’ai observé plus regrettable mise en coupe réglée du public. Certes c'est déjà un progrès qu’on puisse se promener en paix dans ces grounds ombreux arpenter les sentiers couverts ou les grandes allées verdoyantes pendant que les cataractes continuent invisibles leur gigantesque accompagnement de contre-

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basse; mais quand les deux gouvernements se décideront-ils à parfaire leur œuvre après avoir assaini et ernbelli les rives, après avoir donné à la célèbre chûte une bordure de jardins et de parcs bien aménagés, il reste encore à faire déguerpir les tenanciers d'ascenseurs, les photographes, les marchands de curiosités et de souvénirs pacotilles venues le plus souvent de Pantin ou de Cologne, qui se sont tapis sur le versant des berges comme des rongeurs malfaisants. Je ne puis dire ce que ces espèces de marchands de cc itremarques sont hideux et assommants. [ls vous gâteraient cette scène unique dans tout l'Univers si leur laideur pouvait dépasser cette œuvre colossale et sublime de la nature. Allons, après les rives, balayez les berges et n’y laissez plus vivre la plus interlope des populations, La chance voulut qu'après avoir vu la veille les

chûtes sous l’écrasement d’un ciel d'orage, j'eusse

le lendemain le spectacle des cataractes éclairés par un soleil éclatant. Nulle part la diversité des aspects selon l’état de l'atmosphère n'est plus sensible que dans ce cadre extraordinaire. L'eau qui hier prenait des airs tragiques et semblait dans la pénombre d’un jour éteint enfanter dans l’air des processions de fantômes devient le lendemain d'une gaieté charman.e. La pureté du ciel fait subir à la poussière d'eau une sorte de lessive, elle est claire, joyeuse, coquette comme ces Jupons blancs que jadis les Mimi-Gothon-Bonnet fleuries, chères aux étudiants de 1830, mettaient le dimanche pour aller au Prado. Et ce qu'on ne se lasse Das d’admirer, c'est la profusion des arcsen-ciel semés dans toute cette vapeur comme des pierres fines sur un voile de mariée. La beauté des

arcs-en-ciel qui se suspendent comme autant d'aériennes tuniques de Loïe-Fuller taiiées dans le tulle immense des Niagara-Falls est célèbre et mérite de l'être. Je réfléchis en les contemplant que les anciens n'étaient pas si ridicules quand ils donnaient à ces délicieuses fantaisies de la lumière et des couleurs le nom gracieux d'écharpe d'Iris. Mais je ne communiquai pas cette réflexion à notre géographical Surgeon lequel m'eut,en cette occurrence, vertement rappelé la parole jurée à mon oncle. « Lugete, musæ! »

Excellent oncle! Dans la lettre que ;'avais con. fiée la veille au soir au courrier du Porter-Hôlel, je lui disais tous mes regrets de ne pas le voir LE à côté de moi, devant ce panorama admirable desk "'$: cataractes, Et puis peut-être eut-il levé l'interdiction et meut-il permis d'entonner sur un rythme quelconque l'ode de rigueur au Niagara.

Enfin il était difficile de lui demander de nous rejoindre en vingt-quatre heures et puis — entre nous— l’ode,ça vous a quelque chose de terriblcment vieilli et qui malheureusement évoque le] souvenir d'Ecouchard Lebrun, lequel, nous di l'histoire, préféra (j'te crois) s’appeier Lebrun Pindare.

Après avoir vers midi reconduit au railroa M. Léandri qui retournait à Toronto pour, delà accompagner le prince Roland à Kingston eti Ottawa, nous pûmes ce jour-là admirer toutes les beautés de la rive canadienne,laquelle abonde € sites délicieux et en curiosités que l’Appleton,e bon guide yankee, passe religieusement sous sl lence. Des petits bras détachés du Niagara et don quelques uns eussent constitué de véritables fleu ves en Europe y croisaient le dessin fantaisiste dé

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leurs eaux. Des futaies épaisses toute uievégétation hissée à elle-même faisaient de cette espèce de delta une sorte de bois sacré mythologique, Il n'y manquait que des nymphes fuyant vers les saules à travers les sombres épaisseurs des taillis et le son d'une Syrenx maniée par quelque Pan du Nouveau Monde. Justement aucun touriste, sa cabotte en cloche à melon sur l'oreille, ses pantalons levés, son Appleton dans une main, son parapluie dans l’autre ne détériorait ce paysage digne de Corot. Les canaux, toujours bouillonnants, contrariés par les rocs dont s'émaillait leur lit.faigient entendre un bruissement musical. Ils tournaient, serpentaient, se confondaient, puis se divisaient selon le plus pittoresque des caprices. De petits chemins dissimulés avec goût coutaient le long de ces torrents et dans les perpétuels détours que nous obligeait à faire le circuit desilots qu'enserrait en autant de lacets grondants le fleuve indompté, nous trouvions au décor quelque chose ue sévère et de grave. Un de ces sentiers qui courait au raz même des rapides,avait été baptisé dunom de Lowers-wav— chemin des amoureux, il s'enfonçait avec une partie du rapide sous un

couvert de verdure, dans une espèce de demi

obscürité pleine de mystère.Nous y rencontrâmes deux lowers qui, serrés l'un contre l’autre et se regardant dans le blanc des yeux, n° firent même pas attention à nous.D'’ailleursnous disparûmes vivement trouvant l'un et l’autre que ces sortes d’eftusions intimes doivent être respectées. Peut-être après tout n'étaient-ce là que deux figurants loués âtant l'heure par les barnums de la Canadian Fall, pour corser un peu le spectacle. Pourtant cette Canadienne et ce Canadien paraissaientconvaincus

nee

et le bruit fugitif d’un baiser fut saisi involontai. rement par mon oreille. D'ailleurs cette idylle ne détonnait pas en ce cadre mythologique que nos ancètres eussent appelé selon la formule de Rousseau : un temple de la nature et de l'amour.

La Fantaisie qui brûle, tel est le nom étrange et justifié de l’enc roit bizarre où me conduisait, à travers les iles, les ilots, les rocs, les ponts, et les berges l'excellent docteur Topinard. Ce curieux phénomène est peu connu et les guides n'en parlent pas. Dans une petite construction assez co. quette et située au sommet d'une côte, non plus dans les islands mais sur la terre ferme, nous limes reçus par une yung lady, fort jolie femme ma foi et préposée à la vente d'une série de curio. sités venues toutes plus ou moins de la rue Chapou. Elle nous pria de patienter un moment et en échange de 50 cents, un demi dollar, nous remit un ticket, lequel devait nous permettre d'assister à l'expérience de la source enflammée. A ce moment nous fûmes rejoints par un peloton de clergy men, venus comme nous, en touristes,et ce fut enleurcompagnie que le père de la jeune hôtesse, enfin apparu se décida à nousconduire vers la fa. meuse fontaine. Au centre d'un hangar, dont le toit affectait la forme d’une cheminée il déconvrit la margelle d'une espèce de puits. Dans ce puits, nous pümes constater la présence d'une eau noirâtre, d’aapect quelconque. Le barnum nous pri de nous écarter et soudain ayant frotté une allumette il ia jeta dans le puisard. Immédiatement une flamme énorme s'éleva à cinq mètres de haut et alla lécher le sommet de la toiture qui heureusement formait, Je l'ai dit, un appel d'air. Nous avions tous bravement reculé et pour ma part

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l'un de mes sourcils venait d'être à peu près compltement roussi. Cette flambée inattendue nous avaitsurpris, etprudemment garés, nousregardions monter de la fontaine, comme de je ne sais quel bol de punch gigantesque, une jolie langue bleue et rose qui dansait avec la légèreté d'un 4 follet. Au bout d’un instant le gardien de la source inflammable la recouvrit d'un vaste entonnoir Alors, comme d'une lampe à souder dont un géant aurait avivé le foyer à l'aide d'un chalumeau mystérieux, un jet de feusortit avec bruit de l'orice de l'entonnoir. Une chaleur intense se répandit dans toute la baraque. Pour nous faire voir que cette flamme dardée ne brüûlait qu'en sa partie supérieure, le barnum passa et repassa à la bouche même de son appareil un foulard qu’il nous rendit ensuite intact. Enfin, en guise de bouquet, il activa à l'aide d’une clef l’arrivée de cette éau fanhstique dans le puisard et quand il retira l’entonnoir, ce fut une explosion, nous étions entourés de flammes. Les clergymen filèrent prestement dans la pièce voisine : mais le guide nous fit signe de ne rien craindre.et presque aussitôt, d'un noueau tour de cief, il ramena à des proportions plus rassurantes le flamboiement de la source raduellement il l’éteignit et nous nous Apbto himes aussitôt. Le docteur se fit donner une asse de cette eau, l’examina, la goûta et lui trouva in arrière-goût de magnésie. Nous sortimes de la ontaine qui brûle fort étonnés de ce que nous enions de voir mais plus surpris encore que l'eneprenante initiative des Américains-Canadiens

qui heureud'air. Nous ur ma part

ait rien tiré qu'une curiosité locale, de cette parcularité hydrologique.

Notre troisième journée à Niagara Falls fut

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