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D'OCÈAN A OCÉEAN
ma vue, et appuyé contre le bordage du steamer, je déguste littéralement le panorama.
Le Saint-Laurent ici paraît dédoublé. Il s'étend sur une largeur inouïe et va, juste en face de nous, contourner le piëd d’une sorte de cap. Sur ce cap, une ville étrange, une ville de rêve se déploie de la plus bizarre façon, dominée par une masse noire aux formes carrées et rébarba. tives qui s’enlève dans l'air blanc du matin. C'est la forteresse de Québec bâtie au sommet de | montagne. À mi-hauteur on devine des quartiers intermédiaires aux petites maisons grouillant dans un joli désordre, des rues tournantes, gravissant, par des circuits vai:.5, les premières pentes de la colline, des escaliers au long desquels des bicoques se poussent comme un troupeau de chèvres, Enfin, tout en bas au niveau du fleuve, l'éternel quartier d£ la ville des aftaires, des business, dont on ne soupçonne pas à cette distance l'épaisseur et qui semble une ville de papier, un décor de toile collé sur la base du mont. Tout en avant, À la pointe même de ce promontoire, pénétrant comme un bec dans le fleuve des quais, deux grands elevators et une flottille de bâtiments amarrés, une forêt de fines mâtures enchevétrées se projettent avec ce relief et cette netteté que prennent les choses dans le plein air matinal. Des barques vont et viennent déjà sur la nappe fris. sonnante du Saint-Laurent. Il semble positive. ment qu'un autre cours d’eau vienne de là bas, de derrière Québec et sa montagne, se jeter dans la grande artère fluviale canadienne. J'ai la conviction et même la conviction passionnée que! l'artiste assez puissant pour rendre cette admirable expression de Québec surprise ainsi dans son
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lu steamer, M réveil, aurait un joli succès. La manière inattendue dont émerge brusquement cette espèce de
. Il s’étend À cap montagneux, son sommet fortifié qui prend en face de tout là haut des airs de sombre bastille, toute le cap. Sur tte cité suspendue à ses flancs, ce fleuve admide rêve se rable du sein duquel il émerge tout à coup et qui ominée part D entoure de sa ceinture majestueuse, vraiment il et rébarba a, avec les lointains accidentés, les hauteurs matin. C'est D es derniers plans rejetés très loin dans une fumée mmet de la ÆS ijolacée par l'extension formidable du Saint-Laudes quartiers MBient, vraiment, il y a: là dedans les éléments ouillant dans D june œuvre immortelle. Mais il faut croire que s,gravissant, c'est là une tâche difficile, car les quelques essais pentes de la qu'il me fut donné de voir à Québec même, me els des bico- Mcausèrent la déplorable impression d’un décor u de chèvres. Blirchitecture. Le souffle nécessaire pour rendre ave, l'éternel Mine aussi grande scène y manquait, et surtout on susiness, dont M; sentait pas cette vibration, cet infini papillone l'épaisseur Biement de l'air qui circule avec à profusion dans un décor de Minutes les parties de ce paysage apporté par le t en avant, à Boouloir titanesque du Saint-Laurent et qui donne re, pénétrant Bux moindres détails une vie et une poésie inquais, deux LES Il me semble que le talent de Carle Vernet de bâtiments BBrec un peu plus de vie et de modernisme eût enchevètrées Bonvenu parfaitemant à cette tâche difficile. Car netteté que DB ny a pas à dire. malgré les élévators de son matinal. Des Bort, malgré les nuveaux remparts, malgré le a nappe fris® BBrpeau anglais et malgré les coups de pioche ble positive BBonnés impitoyablement à travers le pittoresque e de là bas, Re ses vieux quartiers, Québec donne la saisisse jeter dans Mnte impression d'une ville française et d’une J'ai la con- Mille française du xvin siècle. Je ne pus me déssionnée Que Mndre de cette impression et la toute puissance tte admirable Rs souvenirs historiques mise de côté, il n'y si dans SO ait pas là qu'un excès d'imagination. En effet
les quartiers nouveaux, les « homes » à la mode anglaise, les grands buildings et surtout cette pièce montée colossale qui s'appelle le parlement de Québec, toutes ces « actualités », bâties sur le plateau, sont cachées par la masse ombreuse et écrasante de la citadelle. Ce qu'on voit surtout ce sont ces quais demeurés primitifs, fortement « province » d'aspect ; ces voiliers dont les formes n'ont guère changé, et ces bas quartiers dont les rues étroites rappellent avec une frappante exac. titude la rue Brise-Miche, la rue Maubuée, |: À rue des Lions-Saint-Paul, la rue de Venise et an.
tres vieux conduits lutéciens, ces antiques voies parisiennes qui disparaissent de jour en jour sous BB l'œil attristé de ceux que les vieilles choses en- Bi chantent et qui cultivent la poésie du souvenir, BR
on les retrouve là bas non plusnoirâtres, hursides, mais gaies, bien conservées; ce sont des cente. naires qui n'ont pas une ride.
Justement, après avoir couru une bordée spa cieuse, presque jusqu'au quai de Lewis, le fau. bourg de Québec jeté sur la rive droite &u Saint-k Laurent, le steam-boat se rapprochait vivement de la ville. Les maisons de la Gibraltar ame. ricaine, comme l’appellent les Anglais, se faisaient visibles, tassées derrière les docks qui couraient le long des quais. Le Québec s'introduisit dans un espace laissé libre exprès pour sa vaste personne, et bientôt nous accostions au pied même d'une rue en pente qui dévalait droit vers le fleuve. À ce moment le docteur, armé de pied en cap, so parapluie d’une main, sa valise de l’autre, sa ju melle en sautoir et ses poches atteintes d'emphy: sèmes variésparut et me gourmanda, car tout entief à ma contemplation, j'en avais oublié les prépi
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satifs élémentaires du débarquement. Je courus en hâte à ma cabine. Je ramassai mes « parcels », et quelques instants après, je mettais le pied sur ce sol où se combattirent avec acharnement l’héroique Montcalm et le général Wolfe des Cinés, péris tous les deux sur le même champ de bataille et dans la même action.
Après une lutte non moins acharnée avec les cochers de Québec qui, rangés en peloton et maintenus à peine par la poigne vigoureuse d'un policeman, barraient, en vociférant, la rue, nous primes sur la gauche une petite voie transversale qui nous mit droit au marché. Ah ! le brave marché ! et pittoresque, et décrépit, et bien vieux siècle, Il n’y manquait que des soubrettes en paniers et des porteurs en culotte courte. Des bourgeoises aux toilettes matinales, accompagnées de leurs bonnes, faisaient leurs emplettes pour la
djournéce. Et tout le monde sans exception s’ex-
primait en français. Les criailleries des revendeuses, les discussions des paysans, les offres des marchandises, tout cela avait des airs de vieux marché normand : il fallait un effort de mémoire pour ne point se croire à Caudebec en Caux ou à Vernon, et pour se rappeler que le sol que nous oulions était le dernier vestige de cette nouvelle France, dont l'abandon restera éternellement et iréparablement la pire action politique de ouis XV,
Mais mon bonheur, ma joie de revivre ces âges disparus où les défaites même avaient des éclats le triomphe, devinrent du délire quand nous tpentèmes les rues parallèles de Ja basse ville. ne double rangée d’enseignes pittoresques se alançaient en grinçant au-dessus de nos têtes, et
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grâce au peu d’espace ou de largeur de la rue, pa moments se touchaient presque.
Et tous ces panonceaux avaient leur cachet xvin* siècle, sentaient leur temps, leur âge de galanterie d'esprit et de poudre. Des Mortier d'argent, des Pilons d'or, des Truie-qui-file, des Plats d'étain, se succédaient dans une évocation délicieuse de boutiques d'apothicaires, de drogueries, de fruiteries, dignes de servir de décor: quelque récit de ce bohème avant la lettre qui s'appela Restif de la Bretonne ; des carrefours où il ne manquait que des personnages de Mari.
vaux ; des petits hôtels d'aspect cossu, herméti. quement fermés, et dans l'intérieur desquels on soupçonnait quelque Bartholo ami des volets clos... Dans les maisons aux toits coupés de man: sardes, par les fenêtres peu élevées des étages inférieurs, j'apercevais de bonnes vieilles chambres de style Louis XVI, distribuées à la Française, avec leur lit à rideaux de cretonne, et dans le fond de vastes armoires, de ces cabinets où nos aïeules rangeaient en bataille des armées de pots de confitures... Et ces noms... quel charme !et comme il vous fleuraient bien leurs gardes françaises et leur royal-marine : Latulipe, Belami, Li Ramée, Sans-Quartier, Lavaleur, Jolicœur et même Brindamour. Notez qu’il n’y a pas à Québec qu'une seule personne qui porte chacun de ces noms ou plutôt de ces surnoms. Les descendant des tantassins de Louis XV se chiffrent par dou: zaine, et dans la même ruelle il y a cinq ou sk Bel-œillet et huit ou dix Lafleur. Je relevais avec une véritable émotion ces noms suggestifs, der nier écho d’une de nos vieilles gloires, mais le docteur avait son idée qu'il mürissait, -pendal
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leur cachet leur âge de Des Mortier qui-file, des ne évocation res, de droir de décori la lettre qui carrefours où ges de Marissu, hermétidesquels on ni des volets Dupés de manes des étages ieilles chamà la Française, Le, et dans le binets où n0$
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mes enthousiasmes, très indifférent au pittoresque de ces russ, qu'il trouvait laides, et au charme syranné de ces enseignes et de ces noms, qu'il jugeait absurdes. L'anthropologie n'avait, en effet, rien à démêler avec ce genre d'impressions. Tout ce qui remontait en deça du déluge n'avait pour le docteur qu'un intérêt médiocre, et il eut rangé volontiers tout ce clinquant exquis xvin1° siècle dans la catégorie des futilités et des choses qu'un avant se doit de ne pas approfondir. Aussi brusquement me fit-il faire un à droite et me ramenat-il vers le port en me faisant presser le pas.
— Eh ! quoi, fis-je, où me menez-vous?
— Vous le voyez, au bateau.
— Quel bateau ?
— Celui du Saguenay. Si nous voulons avoir le temps de parcourir comme elle le mérite cette région, qui m'a tout l’air d’être merveilleuse sous le rapport des sites, si nous tenons à voir tout ce vienx pays français de Saguenay et l'île aux Couu:es, et la Murray-bay, et Tadousac, et Chicontimi, enfin cette baie au nom baroque qui s’appelle la baie des Ha !-Ha !, il faut aviser tout de suite aux moyens de transport. Je vois là un bateau qui s'apprête à partir, ce doit être le nôtre, hitons-nous.
J'étais un peu chiftonné. J'aurais voulu voir Québec plus en détail. D'un autre côté, la baie des Ha'-Ha! m'attirait, enfin le docteur, qui me it hésitant, me conquit à ses projets en me disant :
— D'ailleursen revenant, nousaurons une grande journée à passer ici, je vous promets que nous ne aisserons pas un coin de la ville inexploré.
— Si c'est cela, m’écriai-je, partons, car je vous
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l'avoue la baie des Ha!-Ha! m'intrigue ; pourauoi, docteur, ce drôle de nom de baptême?
— Parce que les premiers navigateurs qui abor. dèrent dans cette anse, située au sein d'un décor de montagnes superbes, s'amusèrent, dit-on, à re. veiller les échos voisins de cette exclamation toute française : Ah! Ah! D'aucuns affirment que ce furent au contraire les indiens qui, à l'aspect des navires européens, accoururent sur le rivage en criant: Ha! Ha! Je vous donne ces explications pour ce qu'elles valent.
Toujours causant nous étions arrivés au quai, Un steamer un peu plus petit que le Quéhec y allumait en effet ses fournaux. C'était le Saguenar, vapeur qui fait le service du bas Saint-Laurent et de la Saguenay-river et va de Québec à Chicontimi et vice-versa. Personnel, marins, contrôleurs, tous étaient Canadiens français. Les passagers, nous le vimes en prenant possession de nos chambres, étaient peu nombreux : une grosse dame à papillottes et à lunettes bleues, femme d’un juge de Québec, trois ou quatre Canadiens à l’air matois et rustaud, ïn député de langue française mi-provincial, mi-paysan, enfin un jeune Anglais de Montréal, veuf depuis huit jours et qui cherchait à distraire, en voyageant, sa douleur très sincère et très vive, tels étaient pour le moment nos compagnons de voyage. |
Le capitaine vient nous saluer de quelques mots aimables, C'était un gaillard de belle taille, haut en couleur et dans les cheveux roux duquel se mêlaient de petits fils d'argent: type de trappeur et de paysan. Il paraissait, sous son amabilité voulue, assez préoccupé, et j’appris par la suite que ses appointements en effet s’élevaient ou sa-
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urs qui abor.
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baissaient selon le nombre des passagers. Or nous étions, on l'a vu, peu nombreux. Le chemin de fer qui dessert de son côté la région du haut Saguenay, fait un tort énorme à ce très ancien service de steamers.
Je me promenais sur le pont, ne pouvant me lasser de regarder cette ville étrange qui doit faire de loin l'effet d’une pyramide et qui semble de près une succession de terrasses babyloniennes, quand plusieurs voitures vinrent s'arrêter en face la passerelle, et des ecclésiastiques en descendirent. Le capitaine se précipita la casquette à la main, c'était en effet l'évêque de Québec qui s'en allait en tournée pastorale dans l'ile aux Coudres. Il venait prendre passage à bord du Saguenay, suivi de ses secrétaires et de son grand vicaire. Le prélat avait une physionomie fine et discrète, mais certainement il était de race anglo-saxonne, comme Île témoignaient ses manières un peu froides. En revanche, le vicaire était, en fait, le plus magnifique officier de cuirassiers qui se put voir. Brun, grand, bien découplé, fortsoigné, d’allures à la fois élégantes et dégagées. Celui-là, du moins, n'était ni anglais, ni américain, ni canadien, mais de la meilleure race de France! Ces messieurs gagnèrent, derrière leur pasteur, les ca bines qui leur étaient réservées, et à ce moment le capitaine donna l’ordre d'appareiller. Le Saguenay siffla et commença à battre l'eau de ses vastes roues. À peine eut-on le. temps de cueillir au passage une gentille enfant d'une quinzaine d'années que ses parents conduisaient, et qu'ils firent passer à bord non sans l'avoir vigoureusement embrassée, Le jeune veuf anglais avec lequel javais déjà échangé quelques paroles me souffla :
C'est la nouvelle télégraphiste de Murray-bay qui va -eJoindre son poste à l'hôtel de cette loci. lité.
— Il y a donc un hôtel à Murray-bay, répli quai-je ?
— Non seulement il y a un fort bel établisse. ment, me répondit l’aimable widow, mais ki baie de Murray est un rendez-vous estival, une station très connue, très appréciée, et, vous le verrez, délicieuse. Il y vient des familles de Pos. ton, de New-York, même de l'Angleterre.
Alléché par des paroles aussi prometteuses, je me fis d'avance faire une petite description du voyage que nous allions accomplir.
Cet Anglais accéda à mon désir. Il s'exprimai en excellents termes et en fort bon français. Il avait, du reste, séjourné quelque temps à Paris avant de passer comme chef de bureau à l’une des grandes banques de Montréal, et il connaissait admirablement notre langue. Il fut pour moi un compagnon d'autant plus agréable que parini le passagers canadiens-français, il ne s’en trouva pas un pour nous entretenir du curieux pays que nous traversions. Méfiants et sournois, ils voulaient bien nous questionner, mais quant à répondre à nos interrogations. ils nous bombardaient de répliques normandes : Ah! vous croyez! P'tètre ben... Pour sûr que si y en a, y en a. On dit que c'est comme ça, mais je crouais bien que c'est différemment.
Devan: cette logique absurde de paysans qui s'imaginaient sans doute que ces réticences sual de la fine diplomatie, je me renfermai comme un limaçon dans ma coquille et m'évitai désormais d'inutiles efforts. J'eus perdu ma belle jeunesse à
urray-bay qui le cette loc.
ay-bay, répli
bel “tablisse.
dow, mais li s estival, une e, et, vous le nilles de Pos.
eterre.
metteuses, Je lescription du
Il s'exprimai on français. Il temps à Paris au à l’une des il connaissait pour moi un que parmi le ’en trouva pas pays que nous ils voulaient à répondre à rdaient de réoyez! P'tètre a. On dit que
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oindre ces vilains et ne voulant les poindre, je les laissai tout bonnement de côté.
Le steamer, après l’inévitable manœuvre du
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ilcommençait à prendre son allure régulière. Le Saint-Laurent, au-delà de la ville, s'élargissait, je l'ai dit, comme si quelque autre grand cours d'eau «it surgi de derrière le roc de Québec vers un œnfluent gigantesque. Maintenant, nous voyions la ville en quelque sorte de face et nous suiviors de l'œil la ceinture splendide et liquide que lui font les eaux du fleuve.
Ce que nous avions pu prendre pour un affluent débouchant par delà la montagne, n'était qu’un golfe large à son entrée dans les terres, maïs bien vite réduit à des proportions plus simples et au fond duquel venait se jeter la rivière Saint- Charles. Entre ces deux nappes d'argent, la cité séchelonnait parrampes successives, montait vers des h:uteurs abruptes, toujours ‘dominée par le carré massif de la citadelle.
Nous étions en route depuis à peine un quart d'heure, quand la rive gauche devint soudain sauvage et montueuse. De vastes falaises, de véritables montagnes apparaissaient, tout un pays accidenté, d'une beauté désolée.
Le docteur me fit remarquer les chutes de la rivière Montmorency, qui verse dans un étranglement ses eaux éblowissantes d’écume. C'est d'une jolie hauteur de 251 pieds que tombe cette nappe qu'on voit distinctement du pont du steamer. Le paysage autour de ces saels est tout à fait nu, et tien — arbre ou verdure — ne vient ajouter du charme à cette brusque chute. — Nous devions maintenant avoir à bâbord une rive escarpée et
constamment sévère, un paysage à la fois triste et grandiose. Le Mount Saint-Anne (2,687 picds) dressa, au-delà d’une succession de hauteurs masse confuse. Sur notre droite nous avions pris, en sortant de Québec, l’île d'Orléans, peu élevée mais verte et riantes Pendant deux heures, nous la longeâmes,et quand nous l'eûmes dépassée nous pûmes alors contempler le Saint-Laurent dans toute sa largeur. Nous voguions en bourdon. nant au beau milieu de cette nappe immense, in. sectes perdus dans une mer. La rive droite dy fleuve ne s’apercevait plus que comme une livne de grisailles, aucun bâtiment n’était en vue, ct Le soleil, perçant de temps à autre les nuages. lais. sait descendre sur les divers ‘points de ce panorama gigantesque des parallèles de lumière.
En ce moment, le bruit d'un sanglat àrriva jusqu'à moi. J'aperçus alors la petite télégraphiste de Québec qui pleurait, pleurait éperdument, la tête dans ses mains. Maintenant le coup de fouet du départ, l’attrait nouveau des premières phases du voyage, tout cela était passé. La pauvrette ne voyait plus, même en cherchant bien loin, la sil. houette de la ville où demeuraient les siens, où restés peut-être encore émus et pensifs, accotés sur les gardes-fous du port, son père et sa mère cherchaient vainement dans le lointain le Suvuenay disparu ! Et personne sur ce bateau n avaitun mot pour elle, le docteur, touché de ce gros chagrin d'enfant, n'osait lui dire quelques paroles d'encouragement. Enfin, il s’en fut dans le salon des ladies et trouva moyen d'intéresser au sort de notre petite compagne la préposée aux « rooms» féminins. Quelques minutes après, cette brave femme, une Canadienne française, prenait la petite
a fois triste et (2,687 pieds) e hauteurs, 5 is avions pris, s, peu élevée, heures, nous nes dépassée, Saint-Laurent s en bourdon.
immense, inive droite du me une line en vue,ct le ; nuages, lais- ; de ce panolumière.
lat arriva juslégraphiste de ument, la tête p de fouet du ères phases du pauvrette né en loin, la silles siens, où ensifs, accotés re et sa mère ain le Sagueteau n avaitut le ce gros chaques paroles dans le salon sser au sort de aux « rooms) s, cette brave renait la petite
éplorée avec elle et la raisonnait doucement.
* Quant au docteur, il me parut, après cette bonûe É action, comme plus heureux, plus guilleret. O
anthropologie, voilà bien de tes coups!
Nous-doublâmes une série de caps formant la base des falaises, que seule une étroite bande de terre séparait du fleuve. Le cap Tourmente, le cap Rouge et le cap Gribaune, aux bons vieux noms français, nous présentèrent successivement leurs pics situés à peu de distance de la pointe même du promontoire à des altitudes de 1,919 et 2,171 pieds. — Sans avoir encore la sévérité imposante des caps du « Saguenay », dont les « peaks » partent perpendiculairement des berges mêmes du fleuve, ces points avaient un grand cachet de poésie mélancolique. Aux flancs de ces hauteurs, rien de vivant, rien qui décelât la présence de l'homme, aucun village, aucun bourg, à peine de ci de là une rare et pauvre masure, abri de pécheurs, assis tout près de la grande rivière. On . voyait, autour des pics, voleter de grands oiseaux, très probablement des aigles, et c'était la seule chose qui animât la solitude de ces interminables falaises. Vers onze heures, arrêt à Saint-Paul-bay, jolie anse, mais qui paraît bien peu habitée. Sur la longue jetée. de bois, toute rudimentaire, des hommes à la figure hâlée, aux bonnestêtes de pilotes bretons, aident à l'arrimage, on descend quelques ballots, on échange, du pont, avec da rare population de Saint-Paul-bay et du petit village de Saint-Pierre, des quolibets au gros sel, de grosses plaisanteries villageoïises. Toujours, pas une syllabe anglaise. « Eh! ben, quoué, teu veux pus retournæs 4 la Mâlebaie à c't'heure ? — Eh! dits donc, Msieu Jacquot, si vous v'yez el’ grand
Charles, dites-y que c'e un feignant. [ n° proinet ed’ venir nous vouëre d'pis la Chandeleur. — Hé! le bruno, n'oublie point lpaquet au juge Pelletier, — Soué tranquille, te trouble point, il es dans ma cariôle. »
J'éprouve un grand charme, en ce coin perdu de l'Amérique, à entendre ainsi tous ces braves gens parler français. Ce sera comme ça jusqu’à Chiconmi. Dans toute cette vasterégion, il n'y a pas cinquante familles anglaises, touristes à part, bien entendu.
Nous étions à peine amarrés depuis cinq uninutes, quand le docteur, qui observait la baie avec attention, poussa soudain un cri de surprise. « Là! criait-il, au milieu de l’eau, une station de vaoitures! » Et je regardai à mon tour dans la direction qu’il m'indiquait. Deux carriages aux rosses éti-
ques, comme endormies sur leurs huit jambes bossuées d’éparvins, stationnaient en effet à une centaine de mètres du bord. Les chevaux avaient de l'eau jusqu'aux genoux, les voitures jusqu'aux essieux. Et sur le siège les deux cochers, deux Ci1madiens français, la pipe à la bouche, n’attendaient qu'un signe pour fouetter leurs bêtes et aller « cueillir > le client au milieu de la jetée, qui, Je l'ai dit, avait des proportions interminables. C'est qu'à cet endroit le lit du fleuve est très étendu, et qu'aux basses marées les navires ne peuvent approcher sans crainte d'échouage. C'est cela d'ailleurs qui permettait à ces cochers étranges de tester ainsi à mi-distance du débarcadère. Mais c'est égal, je n’oublierai pas de sitôt ces deux voitures stationnant patiemment au beau milieu des eaux de la Saint-Paul bay. Voit-on bien une file de « sapins » arrêtés en pleine Seine, entre
à proinet ir. — Hé!
Pelletier.
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lécluse de la Monnaie et le pont des Arts?
Nous ne restons pas longtemps à Saint-Paul bay et bien vite le steamer reprend sa marche. Mais voici que le Saint-Laurent se sépare de nouveau au seuil d'une île charmante, toute en verdure, aux vords élevés sans toutefois jamais devenir des fahises. Des plantes aquatiques, des joncs, des bouquets de coudriers forment, en suivant le dessin du littoral, une bordure de jolis tons verts icette île qui est, en effet, Couder-Island. Appelons-la « l'île aux Coudres », nom plein de charme et qui sent sa vieille France. Quoiqu'on n'arrête pas d'une façon régulière à cette île, le Saguenay sydirigea, car l'évêque et sa suite devaient descendre, nousl'avons vu, pour effectuer parmi les pauvresinsulaires, tous pêcheurs ou vanniers, une tournée pastorale. Après avoir longé ces rives pittoresques que battait le reflux de nos roues, nous acostâmes au long d’une espèce de débarcadère ait de solides madriers, véritable pont-levis dont on abaissait la herse jusqu'au flanc du steam-boat. Un chemin creux, raviné, tout bordé de soudraies et couvert par de grands arbres, partait de ce «pier > et pénétrait bientôt par un coude brusque dns l'intérieur boisé de l'ile. Le tableau était harmant. Sur le bord même du Saint-Lawrence, quelques pêcheurs en costume de travail, la face oute culottée par les frimas et encadrée l'un épais collier de barbe dure, attendaient le sipal du capitaine et l'approche du bateau pour ider à la manœuvre du pont volant. Derrière eux les femmes, de pauyres paysannes en bonnets de ouleur, un bébé sur les bras et trois ou quatre armots pendus à leurs jupes de bure grise, obserhient avec attention le pont du steamer. Enfin
sur l'ordre du commandant, le Saguenay accosta, En bas des hommes ouvraient un des vaste sabords et bientôt,ncn sans les alternatives etl& tâtonnements que reaidaient inévitable la primi. tive organisation de ce « pier », une communi: tion était établie entre le steam-boat et l'ile Deux ou trois hommes, pieds nus, vinrent cher. cher les bagages de l'évêque et les portèrent dax une petite voiture qu’un massif de hêtres avai tout d'abord dérobée à ma vue, Enfin l'évèqu parut,derrière lui, veillant à sa marche et l'entoy rant de prévenances, marchait le vicaire ; les deu jeunes abbés — les secrétaires, — fermaient| marche. Femmes, marmaille, pêcheurs, s'étaient précipités à l'extrémité de la passerelle, et quand le prélat mit définitivement le pied sur la terre à l'île, tous d'un même mouvement tombèrent genoux; les hommes avaient retiré leurs chapeau un silence plein de pieux respect planait sur cell scène digne des premiers temps de l'Eglis L'évêque s'était arrêté, il jeta sur tout ce tro peau prosterné un long regard, it eut un bons rire de contentement, et son vicaire l'ayant à pr pos débarrassé de son sac à main et de sou par pluie, il étendit ses doigts joints, dans le geste la bénédiction; puis se retournant, il nous bë également et je m'aperçus que pas un de n0 n'était resté couvert, même le capitaine. Ce scèné avait à la fois un caractère de grandeur de simplicité que je n’oublierai jamais, et elle ét d'autant plus touchante. que. bien réellem c'était par de pauvres gens, par des familles rudes travailleurs que l'évêque était reçu là. cune redingote, aucun chapeau ne venait se mé - au groupe de vareuses rapiécées et de corsaf
Lenây aCCosta, in des vaste rnatives et le able la primi.
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evenait se mè
‘et de corsd
passés qui entouraient le pasteur. Sa bénédiction donnée, le prélat serra toutes les mains qui se tendaient vers lui, tira familièrement les oreilles à quelques-uns des marmots qui lui couraient aux jambes, et s’en fut vers la voiture qui l'attendait. La réception qui venait de lui être faite n’était relevée d'aucune pompe officielle, d'aucun appirat cérémonieux, et cependant elle était imposante plus que je ne puis le dire. Ces braves gens recevaient leur évêque comme des enfants eussent reçu leur père au retour de quelque voyage. On les sentait naïvement heureux, et fiers de pos-
séder momentanément le chef de leur petit troupeau.
Cependant, pour n'avoir point de retard, le capitaine avait déjà fait enlever la passerelle et refermer le sabord de communication. Nous nous éloignions déjà de l’île et nous reprenions notre marche au milieu de l'énorme fleuve. L'île aux Coudres défila longtemps sur notre droite puis elle s'arrêta, nous salua d’un dernier cap et bientôt seflaça, se confondit à l'horizon, loin derrière nous, À ce moment le ciel se gâta tout à fait, et la pluie commença à tomber. Rien de triste comme ce déluge nous surprenant, perdus sur ces immenses nappes. Nous étions positivement entre deux eaux, et le ruban des hautes falaises qui cottinuait à se dérouler sur notre gauche prenait, vu ainsi à travers l’averse, un aspect horriblement
triste. Vers une heure nous arrivâmes à la Mur-
tay-bay, dont l'anse vraiment superbe abritait quelques canots et deux ou trois côtres. Un village aux toits de tuile rouge s'allongeait sur le bord même du fleuve, au pied des falaises; sur le
flanc du coteau, on apercevait d'autres habitations,
et tout en haut, dans une situation merveilleuse, un vaste et bel hôtel. Beaucoup de monde sur la jetée, qu'il a fallu prolonger non moins que celicde Saint-Paul-bay pour parer au peu de profondeur et à la variation des marées, dont le flux et lere. flux se font sentir jusqu'à Montréal. Le Saguenay apportait une cargaison importante pour Murraybay, dont les maisons de plaisance nous étaient cachées par la position des falaises et dont nous n'apercevions en somme que le village canadien, le hameau des pêcheurs. Pendant qu'une équipe nombreuse s’activait à ce transbordement, la petite télégraphiste ayant serré la main de la brave femme du lady's room, qui l’avait prise en amitié, quitta le bateau et s’en alla tout :à-bas, tout làhaut vers l'ôhtel. À une certaine distance elle se retourna, et comprenant sans doute l'intérêt que nous lui avions indirectement témoigné, elle nous envoya de la main un salut amical et un gentil baiser.
Le Saguenay ne s'attarda pas en face de ce golfe que les vieux Canadiens appellent d'un nom si nistre : la Male-baie. Nous repartimes après quelques minutes d’arrêt et alors la pluie redoublant, force nous fut de nous abriter derrière les vitres du salon. Justement les proportions colossales du paysage s’accrurent encore, et tandis que l’ondée, rabattue par le vent, flagellait en crépitant les carreaux, les rives du Saint-Laurent finirent par devenir presque invisibles, à peine soupçonnées, loin, très loin, derrière le rideau d'acier de l'averse. Ce n'était plus un fleuve, mais positivement un bras de mer, et il.fallait tous les eflorts du raisonnement pour. réfléchir à l'énorme distance où nous étions encore de l'embouchure définitive
du grand cours d’eau canadien, Nous nous diri-
»ryveilleuse, gions maintenant vers la Rivière du loup, autre
nde sur la D nom suggestif et qui date de l'époque héroïque que celle de des trappeurs et des chasseurs. L'Appleton nous profondeur apprend gravement que le « Du Loup » se préciux etlere- pite de son lit de rochers à une hauteur de 80
e Saguenu our Murraynous étaient t dont nous re canadien,
pieds, mais nous ne devions pas visiter cette petite chute et nous dûmes nous ccntenter d’apercevoir les bâtiments de la Rivière du Loup et la ville industriellement importante de Cacouna, qui n'est pas éloignée de plus de six milles. Ce coin du Saint-Laurent paraissait plus modernisé, plus fortuné. Dans les deux gros bourgs que nous avions sous les yeux, nous distinguions d'importantes usines, des scieries, des chantiers considérables, et enfin, au centre, l'Eglise, élevant au-dessus des toits voisins, son clocher et son vaisseau aux fenêtres ogivales. Malgré la ‘uie, quelques dames étaient venues à l'arrivée du ateau, arrivée qui, dans la vie tranquille de ces provinces, est une espèce d'événement. Malgré le froid et les ondées, un petit métis indien, à demi-nu, courait autour du pier. Je lui jetai quelques piécettes qu’il ramassa en m'adressant un signe de tête reconnaissant. Les courriers échangés, le Saguenay vira de bord et se disposa à traverser le Saint-Laurent dans toute sa largeur, depuis Cacouna jusqu’à Tadousac. On aura une idée de la grandeur du leuve à cet endroit, quand on saura qu'il nous kilut, à bonne allure, une heure et demie pour atteindre la rive opposée. Nous atteignimes Tadousac vers quatre heures ; le jour avait diminué Sngulièrement d'éclat, et je me rendis compte de l'effet d'ombre qui se produisait sur toute cette ive, quand je vis de quelles pittoresques masses
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D'OCÉAN A OCFAN
rocheuses est dominé ce triangle de terre dont je Saguenay et le Saint-Laurent baignent deux côtés, Nous étions en effet à l'embouchure du Saguenay, mais avant de pénétrer dans le fleuve, le steamer s'arrêtait non pas dans la jolie anse que domine le village, mais dans un petit port naturel situ tout à coté. Une vaste esplanade à demi édifiée sur pilotis, et où le bois a été employé avec le luxe et la dépense insouciante qui caractérise ces pays forestiers, présentait son quai aux flancs dy Saguenay. Là du moins on n'avait pas été obligé de recourir à un Wharf, et selon 1a hauteur des eaux, on jette le pont volant sur l’une où sw l'autre des marches rudimentaires pratiquées dans la berge. Tadousac n’était pas, comme les deux stations qui lui font vis-à-vis, une bourgade pros. père, et en dehors des quelqües maisonnettes d'ailleurs . ssez gaies, des paysans, on n'y remar quait guère que cinq ou six villas, gentilles habi tations de plaisance, Nous vimes bien que la po pulation n'y avait rien d’industriel ou d'ouvrier car elle était venue tqut entière sur le port, à sister à l'arrivée du paquebot. Il y avait là beau coup de jolies misses en toilettes claires, de jeunes filles de la bourgeoisie canadienne fran çaise et qui me parurent, chose rare, très gra cieuses, charmantes. Des familles au complet s promenaient en flânant, comme sur la promenad favorite d'un mail de province. D'ailleurs le Sa guenay acheva de se vider là ;... déjà décimée pa les précédentes escales, sa population dimin encore : bref, il ne resta plus à bord que le du teur, le député qui s'en allait à. Chicontimi et
femme du juge qui faisait, comme nous, un voyag « roûnd trip » aller et retour, pour le plaisir.
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jeune veuf britannique vint me serrer la main, il allait passer quelques jours dans une famille de Tadousac, et je le vis bientôt cueillï agréablement par un essaim de charmantes yung ladyes. Je parienai ce qu'on voudra qu'il est aujourd'hui consolé et probablement remarié. Le célibat n’est pas dans les mœurs de la race anglaise, et c’est [à l'un des gros éléments de sa prospérité.
Comme je dévorais des yeux tout ce ravissant panorama de Tadousac, ces chacs granitiques, ces collines accidentées où couraient et serpentaient des sentiers de chèvres, et, visibles dans le fond des vallées, de délicieux petits lacs dont l’entounage de roches faisait ressortir l'éclat, le capitaine me donna familièrement sur l'épaule une tape dont mon humérus droit resta tout froissé. L'excellent homme me dit : « Tourmentez-vous point, au retour on raste ici une couple d'heures ; vous pouvez descendre et trotter si ça vous plait. D'autant plus qu’il fera ptèt’ beau, car à c'theure ipetune, i petune ». Je compris la délicate attenhion du commandant et je l'en remerciai. Il avait quelque raison de dire que le ciel était « petuné » ar il tombait encore un peu d'eau mais l’atmosphère se désembrumait pourtant progressivement; ete lumière bizarre, particulière aux fins de jourée dans les pays de montagnes, baignait tous les bbjets, leur dounait un relief puissant, accentuait outes les ombres, et c’est sous cette coloration unaturelle qu'on s'imagine les paysages des eux contes de Peredur, d'Owen, de Ghérent et les chevaliers de la Table-Ronde. Enfin la pluie t tout à fait cessé quand nous quittâmes adousac, salués « des bon voyage » de toute la bpulation féminine agitant des mouchoirs, sur
la berge du port. Le député au parlement d'Ottawa voulut bien m'entretenir de ses petites affaires, des amitiés qu'il avait à Tadousx, des intérèts électoraux qui l'appelaient au lac Saint-Jean, sur les bords de ce joli réservoir d'cù sortent, au-delà de Chicontimi, les eaux du Sague. nay. Mais il gardait au fond une méfiance qu'ac. crut encore le docteur en lui apprenant qu'il parlait à un journaliste. J'examinai bien l'état d'esprit de ce Canadien français, nature assez complexe et comme je l'ai dit mi-provinciale, mipaysanne. J'y démêlai comme chez tous ses compatriotes un sentiment de fierté exagérée, une vieille rancœur, encore bigrement vivace, de l’abandon de 1759. Dans toute mâchoire cana dienne il y a une dent contre les Français, une incisive rancunière et méfiante, et les Parisiens naïfs et bons garçons qui, en entendant parler la langue de Flaubert s'imaginent qu'ils n'ont quà ouvrir leurs bras et leurs cœurs, ne tardent pas à s'en apercevoir.
Cependant, ayant contourné le cap aux falaises déchiquetées derrière lequel s'abritent Tadousac et ses anses, nous pénétrâmes droit dans l’embouchure du Saguenay.
L'entrée du Saguenay restera pour moi l'une des plus puissantes impressions de notre vaste voyage. Là se déploie l’un des tableaux les plus merveilleusement grands de la nature canadienne. De chaque côté de ce vestibule d'une sauvagerié apocalyptique, la nature a posé comme des senti: nelles, comme des monuments gigantesques, Ges rocs superbes, tout ravagés, tout abrupts, dont le pied plonge directement et verticalement dans les eaux profondes de la rivière. Ces môles de granit
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Tue Mere COR fete DE der aU RE . = = :