‹ D'océan à océan [microforme]Chapitre 27 sur 34 · RER TES · texte numérisé non relu

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porte; il avait lui, poussé jusqu'à l'extrémité du village, jusqu'au fond de la baie ; il était émerveillé de la beauté de cette courbe des rives saint. laurentiennes. Quel dommage ! disait-il, pendant que nous regagnions le steamer, quel dommage que ce soit si loin ! Comme j'y viendrais passer une saison avec plaisir. Quelle paix, quelle tranquillité, quel calme charmeur!

La nuit était tout à fait noire quand nous aperçumes les feux du Saguenay. Nous traversimes dans toute sa largeur le village, où les pavsans canadiens causaient d’un côté de la rue à l'autre, assis sur le pas de leurs portes. Ils nous repardèrent d'un mauvais œil, les conversations cessant tout à coup,et instinctivement je regardai derrière moi, me demandant si quelqu'un de ces sournois ruraux n’allait pas se Jivrer à quelque mauvaise plaisanterie. Je n'eus qu'à éloigner de ma canne quelques chiens hargneux que ces aimables naturels nous lancèrent aux jambes, et bientôt nous étions en sûreté, sans autre incident, à bord du bateau. Nous dinâmes de bon appétit, puis nous fûmes à nos cabines. Le lendemain à six heures, quand nous nousréveillâmes, le Sagrenay immobile était amarré au quai de Québec.

Le docteur m'avait promis d'utiliser cette journée à visiter la vieille ville canadienne. Je mhabillai à la hâte et après avoir pris nos précautions pour être à cinq heures du soir en gare de Lewis, nous et nos bagages, nous partimes. Québec s'éveillait, les boutiques s'ouvraient, les Latulipe etles Sanspeur, les Jolicœur et les Brindamour des quartiers bas enlevaient les gros contrevents du « Panier-fleuri », du « Pilon d'argent» et du « Mortier-Royal ». Les voisins échangeaient entre

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eux d’amicales interpellations. Enfin les ouvriers des docks se rendaient à leur travail et je consta-. ai une fois de plus que tous ces pauvres diables étaient, sans exception, des Canadiens français. Comme à Montréal, comme partout, ces bas métiers sont uniquement dévolus aux gens de langue française. Triste! Triste!

Par une sorte d'ascenseur oblique, nous fümes, moyennant trois « cents », transportés sur une place qui, partant du pied de la citadelle, domine pittoresquement la basse ville. Autour de nous les immeubles devenaient luxueux et modernes. C'étaient les quartiers neufs les quartiers riches — qui commençaient. En me penchant par dessus le parapet qui bordait cette espèce de terfasse, J'aperçus dans une jolie échappée le fleuve, une partie du port et les vieilles rues, ces fameuses vieilles rues du Québec ancien qui grimpaient au long de la pente. L'ascenseur nous avait évité cette route pittoresque. C’est pourquoi, d'un commun accord, le docteur et moi, sacrifiant les trois sous inutilement dilapidés, nous voilà dégringolnt par ces ruelles cahoteuses. C'est bien là, avec ss maisons serrées, étroites, dont quelques-unes débordent, envahissant la chaussée, le type de ces anciens quartiers comme, à Paris, on peut encore, sur le versant nord de la montagne Sainte-Geneviève, en trouver quelques fragments vers la rue Moufletard et l'Ecole polytechnique. Cela rappelle ces dédales antiques et malpropres qu'on appelle au Mans les « Pans de Goron », à Nice ‘ le vieux Nice » à Marseille « le vieux port ». Je pourrais multiplier les exemples à l'infini. Les troisées à petits carreaux, d'un vert suranné, aux deux battants bien français, les boutiques basses,

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