‹ D'océan à océan [microforme]Chapitre 31 sur 34 · CR · texte numérisé non relu

CR

Le train nous déposa à Picton, où nous recueillit un steamer de taille modeste mais orné — ce que j'appréciai vivement — de deux galeries découvertes à l'avant et à l'arrière. Une bande d'employés de commerce qui se rendait dans l'ile du Prince Edward nous gratifia d'une série de chœurs psalmodiés avec une tristesse sans pareille, bien qu'ils eussent l'intention d'exprimer par cette musique des choses extrêmement gaies. Nous prenons, dit le docteur,uneforte dose de«ch-Il-oral »! Hélas!ces ennuyeux faux-bourdons arrivaient malà propos pour gâter l’une des plus admifables traversées — la plus parfaitement lumineuse et souriante que nous ayons eue. Les côtes s’éloignaient, s’éloignaient... comme si elles eussent voulu se perdre à l'horizon, mais une rive disparue, une autre se profilait. Jamais l’œil ne perdait de vue la terre. La largeur de ces sunds dépassait de beaucoup celle des grands canaux de Tacoma et le spectacle était imposant au possible. le me demande seulementcomment, par les grosses mers, cette traversée peut s'opérer sur d'aussi piètres batcaux. Heureusement le temps, je l’ai dit, était féeriquement beau. Le ciel avait juste assez de nuages, blancs et rosés, pour atténuer un peu la crudité du bleu firmamental, La mer était transparente comme l'eau de quelque Léman américain, et ces rivages qu’on entrevoyait au loin, ces montagnes peu élevées qui dépassaient à peine la ligne uniforme des terres, enfin ce soleil qui échauffait le plancher du vont et dorait la fumée qui floconnait au-dessus de nos têtes. tout cela avait une beauté saine et

vigoureuse, il en ressortait une impression d'imme sité et de clarté dont la pensée se trouvait comme réjouie.

Six heures de traversée nous conduisirent enfin devant Charlottetown, jolie petite ville assise à l'embouchure d'une large rivière sur le bord d'un estuaire spacieux comme un golfe. Une haute cathédrale, quelques bâtiments officiels de style relativement ancien, des rues peu animées, l'aspect sous-préfecture modeste, telle apparait à nos regards la capitale de l’île. Nous nous y reposâmes quarante-huit heures dans une bonne paix provinciale. Le Prince, dès le matin, au trot de deux nerveux trotteurs, s'en allait en compagnie du gouverneur, parcourir l'intérieur de Prince- Edwards-Island. Le docteur et moi partions à pied, à la papa. L'anthropologiste prenait son Appleton, moi quelque tragédie de Shakespeare qui me servait à la fois de distraction et d'exercice. Nous allions, après avoir traversé en ferry la baie de Charlottetown, nous étendre dans l'herbe haute et touffue, sur la lisière de quelque bois plein de chansons d'oiseaux et des parfums mystérieux qui s'éveillent de la terre aux premières splendeurs du printemps. Là, nous lisions, nous devisions, nous discutions, nous étions heureux, tranquilles, fortifiés par ce mélange atmosphérique où se mariaient heureusement la mer, la forêt et la prairie. Nous étions « au vert » comme disent les éleveurs.

Ce « vert » fut de courte durée car le surlendemain de notre arrivée nous quittâmes Charlottetown etson portrudimentaite, où se pressaient des bateaux de formes passées, des caboteurs chargés de bois et destinés évidemment à faire la navette entre l'île et la Nouvelle-Ecosse. Charlottetown a 11.485 habitants, ce qui m'étonne et vous étonne-

ion d'ime trouvait

irent enfin Ile assise à bord d'un e haute cas de style es, l'aspect arait à nos | reposimes aix provinrot de deux npagnie du de Princeions à pied, n Appleton, qui me serbrcice. Nous y la baie de herbe haute ois plein de stérieux qui s splendeurs is devisions, tranquilles, e où se maet la prairie.

les éleveurs.

e surlendes Charlotteessaient des urs chargés e la navette lottetown a ous étonne-

rait certainement autant que moi si vous aviez vu le morne abandon de ses rares avenues et de ses rues peu récréatives, presque sans magasins et ns vie, où l’herbe pousse entre les planches des trottoirs. Ce ne fut pas un steamer qui nous emporta vers le continent mais bien un railroad : Le service de paquebots de Charlottetown à Boston fonctionnait mal ou ne tonctionnait pas, et nous dûmes renoncer au plaisir qui m'aurait été vivement sensible, d'aller par mer jusque dans la rapitale des Massachussets. Comme toujours, les horaires étaient faux, les indicateurs inexacts, les iffiches épouvantablement blagueuses. — Oh! les gacements du voyageur dans ce pays du roi Péud. En l'absence des steamers une seule voie

hous restait, gagner au sud de l'île le port de

fummerside, atteindre à Port-du-Chêne par desus le détroit de Northumberland, la côte du Newrunswick et de là gagner parrailsl’avant-dernière tape de notre voyage.

Nous dûmes adopter ce plan, dicté par la sagesse tla nécessité, sous peine de passer peut-être le este dé nos jours dans la ville de Charlotte, perpective peu récréative.

À Summerside nous trouvâmes effectivement n magnifique steamer,à hélice s’il vous plaît, et paré » pour les plus gros temps de la pleine mer, J'ailleurs son trajet ne se bornait pas au voyage l'île du Prince-Edward à Port-du-Chêne, et sa urse, je crois, se prolongeait jusqu'à cetteile de ew-Foundland que le Princesouhaitait vivement ir et étudier.

Ce fut dans un drawing-room d'une élégance imanesque que nous effectuâmes le voyage.

ét8 D'OCEAN À OCÉAN

Voyage rapide, car en deux heures nous fûmes à la côte Neo-Brunswickaise.

Port-du-Chêne,dontle nom sonnaitagréablement à notre oreille et qui devait être le dernier reflet de ce Canada français dont il marque ici la zone extrême d'influence vers l’est, se présenta à nous sous l’aspect très étrange d’un pier colossal, d'une esplanade énorme, où évoluaient des trains chargés de bois. Au bord du pier était rangée toute une flotille de voiliers qui prenaient directement leur Chargement dans les wagons amenés jusqu'à deux mètres de leurs sabdrds par une série d’embranchements. Toute cette toile, dont une partie flottait et séchait au vent, me rappela de jolis paysages de l’école hollandaise et me ramena à des temps bien anciens. C’est là que M. de Pierd refeu, resté fidèle admirateur de ces voiles qu donnent comme des ailes aux lourde :liotes ventrues, se fût épandu en dythirambes sur 1a poé sie des ris, des huniers, des focs, des bonnettes e des cacatois |

Nous avions mis pied à terre: le train, selon le horaires, ne devait venir nous prendre que deu heures plus tard. Nous en profitämes pour visite l'un des plus beaux voiliers de la pacifique escadr qui se pressait devant la jetée de Port-du-Chêne C'était un navire norwégien, et les honneurs no en furent faits par le capitaine avec une amabilit des plus attentives et une bonne grâce parfaite. ‘Le Prince, ayant aperçu dans sa cabine des carte marines intéressantes, s'était plongé, avec l’arde que ces sortes de choses inspirent à son cœur d géographe, dans l'étude des grandes routes de ÎR navigation voilière. Je dois dire que notre « ch® de détachement » accompagnait cette étude d commentaires qui, tout en éclairant mon ign4

IMPRESSIONS D'AMÉRIQUE 5t9

ous fûmes à unce à Ce point de vue spécial, .m'intéressaient

ivement. Ces antiques routes océaniennes sont n effet celles qu'ont prisés tous nos ancêtres deuis quatre siècles,et jusqu'à l'invasion de la vapeur, était sur ces rubans verts que circulait entre ces eux mondes l'immense escadre des voiliers de eMonmerce.

trains chargés Et s'emparant d’une carte marine, le Prince nous toute une flo-B ne conférence improvisée du plus haut intérêt, ctement leurk <à l'existence aventureuse des anciens naviga-

s jusqu'à deuxkBrs était évoquée de la façon la plus séduisante. rie d’embran- : |

ne partie flot- à

igréablement dernier reflet se ici la zone ésenta à nous olossal, d'une

de jolis payS-Æ Le train nous prit enfin vers trois heures au miramena à des eu de quelques maisons toutes bar-rooms et dé- > M. de Pier de whysky dont se compose Port-du-Chêne. ces voiles QUE, coir nous arrivions à Saint-John, encore enpurde +Hiotes evu dans la nuit, brillamment éclairé. Là, nous bes sui 14 PO ncions de ligne, et confortablement installés es bonnettes CDs un élégant Pulmann, nous filâmes sur Boston i nous devions arriver le lendemain vers trois ures de l’après-midi.

La nuit se passa sans incident, presque sans rêts. Au petit jour nous courions avec une visse superbe et qui enfin était à Ja hauteur des étentions américaines! D'ailleurs nous ne rouons plus sur le sol can1dien et c'était le pavillon nstellé qui flottait dans les villes au milieu deselles nous passions avec un bruit de tonnerré. était bien là cette nouvelle Angleterre dont ute la région bostonienne revendique orgueilsement l'appellation. Je constatai, en eflét, qué ins cette partie de l'Amérique, les villes, les vil- Les, les bourgs étaient aussi serrés que dans le mté le plus populeux de la Grande-Bretagne ) dans le plus dense de nos départéeménts fran-

train, selon le -ndre que deu es pour visite icifique escadr ort-du-Chêne honneurs no une amabilit âce parfaite.

ibine des carte é, avec l’arde à son cœur 2 routes de

1e notre € ché ette étude 4 ant mon ign(

çais. En même temps reparaissait la petite pro priété avec son infini morcellement. La symphonie multicolore des champs, les maisonnettes entou rées de jardinets, les élégants cottages, les castels plus ou moins gothiques, riches fantaisies de pro priétaires, tout cela défilait sans discontinuité Plus de terrains sauvages. plus de prairies dé sertes. Tout donnait une singulière impression de richesse. Tout le littoral de Portland à New-York est d’une prospérité grouillante et débordante. Nous arrivâmes à Bangor comme le jour triom phait enfin des dernières convulsions de la nuite comme le matin sonore orchesirait son éterneli symphonie dans la nature reposée. Nous devion attendre là deux. heures avant de. reprendre | train de Boston, Comme le buffet ne fonctionnai pas encore, j'allumai une cigarette et — pédestre ment — je m'en allai vers la ville. Je la trouvaie core plongée dans le sommeil, car l'horloge de so hôtel de Ville marquait à peine cinq heures. C'éta une ville dont le charme bourgeois et propret € mérité d'inspirer quelque chant à la muse de Coj pée. Elégants et solides « Solidly and nan

aux édifices de cetie cité de 20.000 âmes q pe semble un joli petit chef-lieu français. Des po cemen se promenaient mélancoliques par les ru désertes et jetaient sur cet inconnu si matinal d& regards soupçonneux. Une des curiosités Bangor, c'est son City-House, construit de la pl; étrange façon au beau milieu d'une petite rivièf; qui répond au nom guilleret de Penobscot et do les deux bras, larges comme un trottoir den boulevards, l’enserrent pittoresquement. Les mag

la petite pro La symphonie nnettes entou ges, les castels ntaisies de pro discontinuité de prairies de > impression dé nd à New-York débordante.

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curiosités ( istruit de la pl le petite riviè enobscot et do

trottoir de nEhussets, tant le railway coupait à angle droit de ment. Les magastes rues aux maisons à cine étages, semées de e dans queldframways, d'electric-car, encombrées de voitures

manquai pas

faire le tour de ce monument dont le parvis est un pont. Les environs de Bangor sont superbes, ce ne sont, jusqu'à la gare, c'est-à-dire pendant environ deux kilomètres, que cottages et villas toute couvertes d'un manteau de verdure grimpante.

Cette décoration à l'aide des plantes parasites de la pierre est heureuse et les effets qu'on en obtient sont charmants. Mais c'est à Boston surtout que l'art des jardiniers a su en tirer les plus beaux eflets. L’utilitaire New-York méprise le temps perdu à cette ornementation, et c'est seulement dans le Maine, le New-Hampsire et les Massachussets que cette parure de feuillage décore le « Sweet home ftamiliary ».

Nous déjeunâmes au dining-room de la gare, servis par un escadron de jolies maids aux minois ravissamment fripons. Nous dûmes livrer un combat héroïque à ces séduisantes Walkyries pour obtenir... du pain. Selon l'usage américain, elles offraient à notre appétit français une petite tartinette pour cinq et elles s’amusèrent beaucoup de nous voir toutes les eux minutes réclamer une « piece ot bread. »

Jusqu'à Boston, la ligne courut à travers le même pays industriel et peuplé. Le paysage avait perdu de sa grandeur physique, mais il gagnait au point de vue économique et nous donnait le specacle d'un grand peuple à l’apogée de son évoution.

Je ne crois pas qu'il existe en Europe une banieue où les villes soient aussi serrées qus la banieue bostonienne. Je me figurais à chaque insant que nous entrions dans la capitale des Massa-

et de piétons. Pourtant il nous restait encore nne bonne heure pour atteindre le Boston and Lovwel Railroad-dépôt, lequel n'est pas situé dans le centre de la cité, mais bien à une distance encore assez éloignée des quartiers principaux. Ces voies populeuses, ces belles avenues, ces alignements de magasins, c'était Lynn (66,oov0 habitants), c'était Swampscott (28,000), Saleni (30,000), aux environs de laquelle le docteur cherchait avidement des yeux l'Université Peabody, que je m'obstinais à appeler la station Chambaudet.Cambridge Revere, Brooklin, Chelsea, Boston possède,onk le voit, une ceinture d'importantes stations, et le} jour où elle englobera son vaste «umgebung », cek sera l’une des plus grandes capitales du monde.

Le cab qui nous conduisit du « dépôt » à l'hôtel}, Vendôme nous permit de constater l'aspect an-k glais de Boston, la netteté propre de ses maisons] et dans ses vieux quartiers l’évidente trace d’une origine relativement ancienne. En Amérique avoir deux siècles, c’est être très ancien. Le Veng dôme se trouvait situé dans la plus belle svenug, de la ville, la Common walth, placée au prolonge ment de grands et beaux parcs qui donnent 4, Boston central beaucoup de gaieté et de fraîcheur Quant à notre hôtel, il était tout marbre et to or, mais le service y était fait par la plus horrib légion de nègres qui se puisse imaginer. Ces m4 ricauds eussent agréablement figuré dans une te tation de Saint-Antoine aux trousses du malhe reux anachorète. La cuisine, pour aussi pompeug, que le reste, ne valait pas à beaucoup près cell d'Hälifax. Bref, si j'ai un conseil à donner ak, Voyageurs que leur étoile conduirait sur ces riv}; ges atlantiques, c'est d'éviter ce trop magnifiqh, établissement, le plus cher et le plus mal servi 4;;

toute l'Union. Oh ! ces nègres qui jouaient l’idio: tisme et faisaient répéter jusqu’à six fois les plus dans le CEN- Eiimples mots, tels que bread, bntter ou wine! tance enCOIé Des nègres, qui cherchaient à projeter sur nos x, Ces VOIES Eiquettes la sauce corrosive des plats! Ah! Lin-

alignements Eoin, c'est très beau ce que tu as fait d'affranchir w habitants), Les noirs bonshommes, mais tu aurais bien dû par (30,000); AU fi même occasion les doter d'un peu d'intelligence rchait avide- Bt surtout d’un peu de bonté. En général, il n’y a ,queje m'obs- Rs une voix qui varie là-dessus, le nègre des et.Cambridge tats-Unis est méchant, bassement agressif, et il on possède, O1 É'est pas un étranger qui n'ait souflert des tracas: stations, etlekères vilenies de ces anthropoïdes malveillants. imgebung ”; CéEussi les hôtels vraiment bien administrés, Hoffles du mondeÆ;nn-house en tête, n'emploient-ils les’ nègres lépôt » al'hôtelku cirage des souliers, seule fonction où ils

ter l'aspect 41*Eient sans rivaux, sympathie de couleur sans de ses malsONSkute,

“encore une and Lowel

ente trace d’UNE Boston, proclament avec orgueil ses habitants, En Amériquébston est une ville anglaise. C'est vrai: mais je ancien. Le Ven£ sais pas si l'anglomanie est une chose dont il us belle 2VENUË]le tant se vanter. Il est certain que j'ai rene au prolongÆntré 1à les plus beaux quartiers de toute l'Améqui donnent äfue et qu'aux environs de Commonwalth les rues et de fraicheUfuvent supporter, sous le rapport de l'élégance, marbre et (0 ]a propreté, de la richesse des immeubles, la la plus horriblmparaison avec ce que j'appellerai les coins aginer. Ces MBnglais » de Paris, c’est-à-dire avec l'avenue ré dans une te£edland, le Haut-Roule et la partie nouvelle: sses du malhetknt bâtie des Ternes. Mais il y règne une cer: raussi pomPelhe froideur, qui, pour être britannique, n’en est icoup près celk moins triste. New-York, c'est certain, est à 1 à donner Alkston ce qu'une boutique malpropre est à un rait sur ces rivlais, Mais l'animation fébrile, le m'en-fichisme trop magnifidfusant des New-Yorkais, leur mépris du luxe plus mal servi tile, l'étrange spectacle des ‘elevateds des

piers, des ferrys gigantesques, tout cela donne à New-York une allure bien yankee que n'a pas la capitale du Massachussets.

Philadelphie évoque d’antiques et vénérables souvenirs, la vieille Amérique quakeresse et marchande, San-Francisco est une merveille de lumière et de gaieté, Chicago amuse par l'imprévu de ses

buildings à vingt étages, par la vie peu rigoriste qu'y mènent lesgens les plus graves, Saltlak City charme étrangement, Saint-John plait e Québec étonne. Boston seule ne semble pas avoi

rien de profondément original, rien qu'on n'ait déjà vu ailleurs. De là la facilité avec laquelle o

se détache de cette ville et le peu de regrets qu'o

éprouve en quittant ses aristocratiques ave

nues,

Pourtant, il faut le reconnaître, originalité mise à part, Boston est incontestablement la ville 1: plus élégante de l'Amérique. Les quartiers qu avoisinent Commonwalth peuvent, je l'ai dit,ri valiseraveclesruesæ les mieux portées» de Londre ou de Paris. On éprouve tout d'abord un certain plaisir à arpenter ces larges trottoirs dallés ave” soin, à flâner entre deux rangées de maisons, véfi tables bijoux de finesse et d'élégance. Il semble en contemplant ces « churchs >» toute neuve bâties sur de jolis modèles romans, ces building de style : musées, bibliothèques, académies, qu'o rentre définitivement en plein cœur d’une antiquf. civilisation. On sent dans tous ces édifices la mai d'un artiste érudit, affiné, familiarisé avec le

esthétiques de tous les temps. Sur l'harmonie de lignes. la mode de ces Etats du Nord-Est jette üs épaisseurs pittoresques de feuillages grimpeur Mode charmante, d’ailleurs, car rien ne se mar mieux aux détails architectoniques que ces vékg!

taux parasites : le lierre, la glycine, la clématite. Les Hellènes le savaient bien, et l'origine du chapiteau corinthien ne vient pas d’autre chose que d'un caprice de l’achante.

Cette décoration doit exiger, par exemple, de grands soins, un époussetage continu : mais les lhdys bostoniennes mettent tout l’orgueil de leur home » dans cette ornementation, et tout aujour de Commonvwalth, on marche au milieu de plus ravissante débauche de verdures verticales qu’il soit possible de rêver.

Chaque matin, je me laissais aller à l'impulsion le ma badauderie native de parisien « musard », tje flânais de préférence par ces riches bouleards du New-Boston, désertant les parcs du cenre et Tremont-Street et Washington et States. pourtant ruisselantes de splendides magasins et ncombrées d'une foule n'ayant rien d’américain u sens négligé du mot. Ce fut là qu'un peu avant idi je fus surpris par l'apparition singulière de eux longues files de cavaliers en habits rouges et 'écuyères en jaquettes écarlates. En même temps s éclats de cuivre d'une musique de bastringue 'apportentles notes rythmées d’une marche miliire. Après un court instant de soliloque inter= yatif, je compris que cette cavalcade pré ‘édait promenade classique qu'accomplit à son arrivée ins chaque ville le cirque de l'immortel Barnum. e défilé est tout à fait dans les mœurs amériines et la représentation du soirn'en est,au fond, ‘un accessoire. Ravi de l'occasion qui m'était lerte de prendre ma part’ de cette distraction ssi populaire que gratuite, je me rangeai au miu d’un groupe de gamins, seul public attentif cette solennelle préexhibition. A Boston, le anglaise, le flâneur n’existe pas non plus

la donne à 1e n'a pas la

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D'OCÉEAN A OCÉAN

que dans Oxford-Street ou dans Cheapside, Je dénombrai donc patiemment toutes les mer.

veilles de ce défilé,qui semble quelqueillustration de féerie, due au génie inventif d’un Gustave Doré et descendue de son cadre. Ecuyers et amazones allaient au pas, leurs montures bien « rassem blées », de jolis chevaux bien tenus. J'en comptai trente-cinq de chaque côté de l'avenue. Ces gra ves personnages passèrent sérieux et hautains, e gens qui se savaient les représentants de l’équita tion nationale. Derrière eux, sur un cha: épouvan tablement surchargé de Gorures en carton-plâtre une douzaine de musiciens déchaînaient des bor borygmes tempêtueux, du pavillon tonitruant d leurs trombones. Ils stridaient en déchirement et en crépitements dont .- fût esjoui l'âme gau loise d’'Armand Sylvestre. Mais, tout de suit après ces exécutants, le cortège prenait une allur très caractéristique. Des éléphants, d'abord, 5: vancèrent lourds et bonnasses . avec des rigolade malicieuses dans leur petit œil rond. Ils étaier seize, un troupeau, Les deux premiers seuls ha nachés, surmontés de palanquins multicolores « assez sales d’ailleurs, où se prélassaient deshou . dont le toupet à la bar-maid n'avait rien d'orieg tal, Les quatorze autres pachydermes allaient i la taille la plus petite à la plus haute stature i ces colosses africains. Ceux-là étaient nus, si jo ‘ainsi parler, nus comme la main, nus comme discours d'un académicien, et nul cornac ne cr sait les jambes sur leurs têtes dociles. C’est à peit si-à droite et à gauche des cavaliers, afghans maillot café au lait, le cimeterre au poing et petite rondache des guerriers asiatiques au coug , veillaient aux écarts de ces géants débonnaig,, Les frères de l'illustre Jambo agitaient leur tron

, Cheapside, nutes les merue illustration Gustave Doré et amazones ien « rassem . J'en compta nue. Ces gra et hautains, en its de l’équita | cha: épouvan carton-plâtre aient des bor ) tonitruant dl > déchirement joui l'âme ga tout de suit enait une allur d'abord, s4

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avec un ensemble qui me rappelle le balancement de main de nos gardes municipaux à la revue de Longchamps. L'un d'eux barit soudain et son petit cri ridicule amusa fort la galerie de ds qui m'entouraient. Parut ensuite un nouvel orchestre, puis tout un bataillon de chameaux et de

-“dromadaires, tous attifés selon les exigences de

l'orientalisme torain, tous portant une Fathma ou on née vraisembilablement sur les rives

e l’'Hudson, à moins que ce ne fût

sur cell

canal de l'Ourcq. 7.

Mais la pantomime affichée sur tous les murs de la ville allait nous exhiber des bribes de la grande légende colombienne. Derrière ces ruminants surgit une fanfare à cheval. Je ne sais trop quels chevaliers moyenâgeux et bardés de fer blanc, des-

tinés chaque soir à suivre Colomb dans la décou-

verte du Nouveau-Monde, marchaient derrière leurs trompettes sonnantes, la lame au pied, Il

avait là des seigneurs bannerets qui, sans en pour leurs nobles armoiries se bossuaient les joues de chiques énormes et salivaient en bons yankees par-dessus la tête de leurs palerrois, de longs ts de liquide jaunâtre et nicotineux. Enfin, dés ces gens d'armes, parut le clou — selon moi — de ce défilé, une série de fauves en cages dont la vue me fit rougir de horte en songeant à notre museum moins riche, à cup sûr, que ce cirque,

création de l’étonnant Earnum! Dans les pre-

mières voitures, six lions à crinière épaisse, de grands lions sahariers, huit lionnes et deux Fe guars au pelage uni, regardaient d’un œil d'envie cette foule de spectateurs, menu appétissant, mais de par les barreaux inapprochable. Puis ce furent des tigres, splendides animaux dont le moins cher avait dû coûter ses cinq mille dollars, tigres

528 B'OCkAN A OCÉAN

royaux du Bengale, tigres de Cochinchine, tigres de Birmanie. L'un d'eux, bête merveilleuse, était positivement rayé de barres de jais sur une four. rure iinpeccablement blanche. Mais ce que j'ad. mirai sans réserves dans la multitude des petites cages où se dandinaient hyènes, chacals, panthè. res, lynx, etc... ce futune mignonne panthère de Java, mise en un char spécial, sous la surveillance d'un gardien et absolument noire, sans une tache grise, noire des ongles aux oreilles, le poil luisant comme celui d'un joli chat et ouvrant mélancoliquement deux yeux pleins de lumineux mystères et qui semblaient de vivantes émeraudes d'un foncé précieux.

Des ours, des singes, des rhinocéros, un hippo:potame, l'air abruti et résigné, des tapirs, des lamas... que sais-je encore. des autruches, des casoars.. il en défila pendant une heure; chaque cage était attelée de quatre beaux chevaux caparaçonnés avec un luxe criard. En même temps passaient des musiques, des guerriers, des clowns, | un monde!

Pour terminer, ce fut le tour des pantomimes mises en action et représentées sur les estrades roulantes par des figurants groupés de façon à rappeler la scène principale de l’œuvre. Mon cœur de français fut vivement touché, comme dans la chanson, en voyant Lafayette ainsi que Washington entourés de leur état-major, désignant un point sur la carte de l'Amérique délivrée. Serait-ce un reliquat de notre 22 septembre ! Barnum, ce serait de tes coups!

J'eus également la satisfaction de voir paraîtrek ‘les fines et légendaires créations de Perrault : le Chat-Botté, le Chaperon-Rouge, la Belle au bois : dormant, le Petit-Poucet.., Tous y passèrent avec

IMPRESSIONS D'AMÉRIQUE 529 ine, tigres ur titre fidèlement traduit et flottant dans les leuse, était Dis soyeux d'une bannière. Il me plut de voir | une four- e terrible esprit pratique et positif du Yankee e que j'ad- endre cet involontaire hommage au naïf et délides petites Mieux conteursi cher à nos imaginations entantines! ils, panthè- À Quand passèrent les derniers figurants de ce panthère de D stège extraordinaire, il y eut dans la foule des surveillance mins des cris de rage. des sifflets désespérés. sune tache Mes messieurs trouvaient la fête trop tôt terminée. poil luisant iment je me demande ce qu’ils pouvaient exi- mélancoli- EE, encore après ce défilé de trois quarts d'heure. 1x mystères Mes jeunes yankees avaientsur la gratuité des specraudes d'un cles des idées d'un modernisme effrayant.

En revenant au Vendôme, je fis part au Prince de curieuse impression qu'avait produite sur moi la ravane de Barnum,et il fut décidé que nous ions tous au cirque le lendemain soir. Fervent méricaniste — somme son grand-père le prince icien (qui fut un américaniste avant la lettre) — tre Prince n'était pas fâché de voir sous quelles uleurs on représentait, dans le premier hippoome de l'Union, l’arrivée de’ce vieil old fellow Colomb, lequel ignora du reste profondément ne parcourut jamais ce qui, aujourd’hui, consue les Etats-Unis.

Jusque-là j'employai mes loisirs en fructueuses omenades. Le côté tout à fait européen de cette le énorme m’'apparaissait de plus en plus frapnt. Dans Bremont, le mouvement était prodiux, et rien n’y venait don:er :a note amériine. Les maisons avaient des hauteurs normales, un elevator ne barrait l’ho1iz2on; enfin, ces ands jardins publics bordés de grilles, ces vieux Mples apparus çà et là, quelquefois même avec débris de leur cimetière primitif, au beau mide l'animation fourmillante des rues, tout

s, un hippos tapirs, des truches, des eure ; chaque evaux capamême temps , des clowns, |

pantomimes les estrades de façon à œuvre. Mon comme dans si que Washdésignant un rée. Serait-ce | Barnum, ce

voir paraitre Perrault : le Belle au bois assèrent avec

donnait la sensation de l'Angleterre. Les étalage avaient un certain cachet de goût, de raffinemen artistique qui me plut,et je parcourus la plupart de grands magasins « instars », aurait dit le cafetie célèbre, de nos Louvres et de nos Bons-Marchés véritables capharnaüms peuplés comme des ville

et où le roi Calicot trône dans sa froufrouteus®@

élégance des soieries, dans l'éclat des rubans e dans la finesse arachnéenne des dentelles.

Le vieux Boston est en revanche assez sale, et ne fait pas bon d'approcher trop près du pot. J: mais je n'ai vu autant de fripiers. Tous les Selig mann et tous les Goldschmidt de la création 4 sont donnés rendez-vous là.

Le soir où l'interprète nous apporta la loge re tenue par ses soins pour la représentation du Ba num-Circus, la Journée avait été magnifique, sur ces grands quartiers propres, sur ces bell avenues régulières et monumentales, un beau co cher de soleil projetait des réflexions d'un ro tendre. Nous dinâmes de bonne heure afin d'avo

le temps de bavarder en fumant un cigare le lof

de Commonwalth. Après ce jour un peu chau une fraicheur délicieuse courait par les vast trottoirs, venait des grands parcs aperçus là-

au bout de l'avenue. Nous prîmeés la direction ( cirque, qui se trouvait tout en haut de la Color bus- Avenue, c’est-à-dire un peu au-dessus

l'hôtel! Vendôme et à la lisière de la cité.

La lueur tumultueuse des torches, un pelot | à

de policemen faisant circuler une foule épaisse moutcnnante, nous indiqua l'endroit cherché.

fus surpris, car l'installation. de ce fameux cirq était touté provisoire et d'une pauvreté affligean Sous une bâche de toile, vaste, il est vrai, com la toiture de feu. notre hippodrome, une pi

lil <

les

. Les étalage : raffinemen la plupart de dit le cafetie 3ons-Marchés nme des ville froufrouteus des rubans e

telles.

assez sale.et ès du port. Ja

‘ous les Selig la création s

prta la loge ré htation du Ba ; magnifique, sur ces bell es, un beau co xions d'un ro sure afin d'ava cigare le loi r un peu chau par les vast aperçus làla direction ( t de la Color au-dessus la cité.

es, un pelot foule épaisse roit cherche.

fameux cir( reté affligean est vrai, com ome, une Pi

rale de sciure et de tan s'allongeait envahie par

s spectateurs en rangs serrés et éclairée des feux uissants de lumière électrique. Au long de cette ste s'étageaient de grossiers bancs de bois. Les

bisièmes, places à vingt cents, consistaient posi-

ivement en des planches jetées sur le sol'; les ns du premier rang avaient le dos dans lasciure,. eux du fond devaient se tenir debout. Les secon s consistaient en barquettes moins rudimenires. Les premières possédaient sur le bois blanc k leurs sièges une couche infinitésimale de tapis. fin, les loges du centre bénéficiaient de chaises paille et nous y fûmes assez confortablement. out cela avait un aspect provisoire lamentable. len n'était sacrifié à rehausser un peu la nudité une pareille baraque, et certes, en France, dans os grandes villes de province, un impresario se t fait conspuer en présentant sous ce piteux asct les exercices gymniques ou équestres de ses

nsionnaires.

Nous attend.>ns avec inquiétude, nous demanint comment les artistes allaient pouvoir opérer milieu de cet espace bourré d’une foule comcte. Pourtant aucun policeman ne parut, mais elques écuyers opérèrent sur les côtés des gapades plus bruyantes qu’agressives, et le vide se à merveille, instantanément. Un bras cassé, une e fêlée n'ont pas là-bas l'importance qu'ôn y lache chez nous, et ce procédé fort simple obit un succès immédiat. La piste fut débarrassée

les exercices cominencèrent.

L'originalité de ce fameux circus,

c'est qu'il

mprend cinq pistes circulaires au lieu d'une et lil s'y fait cinq numéros à la fois. C'est certaiment peu banal, mais on se demande s'il ne udrait pas mieux avoir cinq cirques séparés.

L'œil se perd dans cette multiplicité d'attractions et le plaisir en somme est forcément incomplet Seulement cela permet .au directeur d'offrir un grande quantité de plaisir sans se préoccuper de | qualité. En France, ce serait le contraire. En Aré rique, tout le monde reste en admiration devan cette prolixité du programme, gros comme u petit volume, et l’on n’y remarque pas l'évident banalité de la plupart des exercices. Nous vime là des acrobates qu'on eût sifflés à la foire d Neuilly, des jongleurs tort ordinaires, et, quant Ix voltige, le dernier de nos hussards ou de nc dragons eût pu rendre des points aux artistes di Barnum.

Ce que nous attendions seulement avec imp tience, c'était la grande pantomime de « Colu bus », et d'avance nous écarquillions les ye devant les splendeurs promises par la brochure.

En effet, après un court entr'acte, une toile 4 | fond bien grossièrement machinée et peinte no!

verte de l'Amérique, nous assistâmes à une batai entre les Espagnols et les Sarrazins. L'issue en! heugeuse pour les chrétiens. Les Maures rent rent en désordré dans leur ville, et les derni®vi coups de mousquet résonnèrent derrière la toilhi Alors parut un grand monsieur glabre dont la té en effet, eût pu figurer dans un médaillon, et ressemblait fort au portrait de Colomb, imbeït Cette question de savoir si l'illustre Corse était non pourvu de barbe divise encore le monde, l’on discute passionnément sur le système pile

d'attractions nt incomplet ar d'offrir un éoccuper de raire. En Aré ration devan ros comme u pas l'évident es. Nous vime s à la foire d res, et, quant ards ou de no aux artistes d

ent avec imp me de « Colu lions les ye ar la brochure.

te, une toile «

e et peinte no!

éunion chez |

IMPRESSIONS D'AMÉRIQUE 533 du navigateur. Le Prince seul avait trouvé la formule conciliatrice des deux opinions. Selon lui, Christophe partit d'Espagne, rasé comme un sociétaire de la divine Comédie-Française, et les soucis de la traversée, soucis qui atteignirent, on le sait, les plus désagréables proportions, l'empéhèrent évidemment de songer aux douceurs d'une barbe entourée de soins.

Rasé moralement par ses matelots, brutes révolées, Colomb n'osa peut-être pas confier sa gorge entatrice à l'acier d'un subalterne. L'illustre Bain,

fondateur de l'ordre du même nom, — n'avait as encore inventé le rasoir mécanique. Force fut u grand homme de laisser croître sa barbe, et, uand il mit le pied sur la terre américaine, il tait hirsute comme un sapeur, — un sapeur de énie, eût dit Willy.

Le Colomb de cette pantomime n'eut pas dans ne soirée le temps nécessaire à cette croi ssance ui explique tout, et d’un bout à l’autre, son menon resta bleu. Nous le vimes successivement cau-

e Boabdil part avec animation au supérieur de la Rabida, l'Arabes caracqlave religieux quiflairait dans ceNouveau-Monde très exactemele excellente affaire pour l’Inquisition. Puis on t avec la déco résenta le navigateur au roi et à la reine d'Espa-

es àaune bataille. Sur les instances de Colomb et de ses amis,

s. L'issue ent

y allèrent de quelques caravelles, flairant un

Maures rent pin phénoménal et considérant « in petto » le et les dernifvigateur comme un songe-creux, un esprit derrière la toilimérique et légèrement détraqué. Quoi qu’il en bre dont la tit, porteur de l'ordre, scellé et dûment paraphé, nédaillon, et tre héros s'en fut vers les coulisses, tandis que Llomb. imbertf cortège se retirait lentement et majestueusee Corse étaitŒent, comme il convient à une suite royale. Sur re le monde,lut cela, avait plu les mesures d’une musique tel-

> système pilegment, pauvre,

que j'en eus pitié. En consultant

le programme, le pourquoi de cette indigence me fut expliqué: le chef d'orchestre, auteur de ces motifs horriblement maigres, était un-italien. Il À signor Monticelli — je crois.

A ce moment, la toile se roula brusquement, laissant apparaître la caravelle assez bien enlevée sur le fond panoramique de l'océan. Sur le pont À de la Santa-Maria des choristes mâchonnaient on ne sait quel hymne à la nuitétoilée. Eafin une recrüdescence de lumière électrique annonça le lever du jour; la caravellé disparut à son tour et la rive du Nouveau-Monde devint visibie. Une douzaine de pauvres diables en maillots miséreux de couleur chocolat (pourquoi ?P)vinrent au-devant de celui qui leur apportait cette civilisation bienfaisante qui les devait croquer jusqu'au dernier, ils ne s'écrièrent pas comme dans la légende américaine : « nous voilà enfin découverts », maisils témoïgnèrent d'intentions gentilles au monsieur rasé, lequel dédaigneusement les envoya paître et planta bien vite un drapeau. Sur cet étendard on eût pu écrire la mise à l'encan, l'envahissement de ces pays vierges, toutes les horreurs de la conquête.

Ensuite, à genoux, dans un beau geste de l'épée, Colomb et les siens remercièrent Dieu, tandis que trémulait et filait comme du macaroni un motif pleurard du capelloneister… |

Le retour et le triomphe de Colomb remplirent@ la fin de cette pantomime et constituèrent avec force chœurs, ballets, pas divers, danses variées défilé de cavalerie, fanfares, etc., etc., | apothéos de cette vaste mashine. On ne nous fit pas voir |: grand homme malheureux et chargé de chaînes e récompense de ses prodigieux services. D’ailleur en quoi le spectacle de cette grande inforture eût l pu les intéresser. C’est à chacun de se débrouil#

ndigence me iuteur de ces un-italien. Il!

rusquement, bien enlevée 1. Sur le pont?

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: légende améerts », maisils s au monsieur ivoya paître el et étendard on ahissement de de laconquête.

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ler. Tant pis pour celui qui tombe ! all right ! — Go head!

Cette pantomime terminée, chacun s'en fut aux écuries admirer la magnifique ménagerie qui, le matin, avait défilé par les rues de Boston. Là, sexhibaient, outre les magnifiques fauves déjà entrevus, une série d'animaux-phénomènes vraiment surprenante.

On pouvait y admirer un cheval le plus grand in the World — en effet — mesurant trois mètres du sabot au garot, et à côté de lui le plus petit des poneys, une liliputienne monture de poupée. Il y avait aussi un bœuf sans poil, un veau à cinq pattes, un cochon à cornes, un mouton qui avait l'air d'un manchon et qu'on ne distinguait plus dans l'épaisseur de sa laine, un canard à trois becs comme celui de Jonas, un chien danois de la taille dun gros âne et un âne de la grosseur d’un cariche. Enfin tons les phénomènes imaginables, toutes les capricieuses fantaisies que s'offre parfois dame nature en des accès d'incompréhen: ble tumisterie s'étalaient aux regards enchantés des yankees. Nulle part comme chez l’oncle Sam on n'aime les monstruosités physiques!

Nous quittâmes le Barnum'’s circus comme onze deures snnnaient, et nous regagnâämes l'hôtel endôme tranquillement, à pied, sous le ciel où leuvaient des étoiles filantes, devisant des mereilles tant annoncées, tant prénées, de ce cirque ü, vu le humbog américain, chacun de nous était imaginé qu’il allait contempler des choses niques et mirabolantes. — Boston dormait sous s pâles rayons des lampes électriques, et, vues insi, les granc s rues qui nous ramenaient à ommonwalth avaient l’air d'un décor de théâtre écor élégant et soigné, et le bruit de nos pas ré»

536 D'OCÉAM A OCÉAN

sonnait dans le silence des trottoirs déserts comme ceux des justiciers dans ies mélodrames. L'architecture à tendance grecque de ces quartiers neufs leur donne positivement, quand la vie du jour à cessé de les animer, de faux airs de toile de fond, On y pourrait jouer la tragédie. D'ailleurs Boston ne s’intitule-t-elle pas l’ Athènes américaine?

Le lendemain, le Prince, escorté du Docteur, se À rendit à la célèbre Université Harvard. Il en revint très frappé de ce qu'il avait wu. Les Américains ont une façon de comprendre la vie d'étudiant et la vie de collège de la façon la plus large, et disons-le, la plus intelligente.

Chaque pensionnaire a sa chambre, dans ce somptueux établissement dont le revenu se chiffre par une trentaine de millions, ce qui, on le voit, représente un assez joli capital. En dehors des cours, les études ne sont pas réglées au tambour, et quant aux repas, ils se font à la mode américaine, c’est-à-dire à n'importe quelle heure du jour. La table est toujours servie. La seule différence qui marque les diversités de fortune parmi les élèves, c'est le plus ou moins d'élégance des chambres. Certains, fils de milliardaires, y ont un} appartement complet. Reste à savoir si ces mœurs s'adapteraient au caractère français ?

Ce fut le mardi soir que, pour la dernière fois nous prîmes place dans un luxueux wagon amé ricain, seul point où réellement le Yankee puissd se vanter de n'avoir point de rival. La station tout neuve de l'Old-Colony-railway reposait sous le®* rayons adomcis des grandes lampes. Désertes, seg somptueuses salles d’attentes, désertes, ses lady'® rooms et ses raiting-rooms. Le train que nous de vions prendre était le seul qui partit à ces heure avancées. C'était un convoi de Wagners-cars fo

rts comme L'arch:iers neufs du jour à le de fond.

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IMPRESSIONS D'AM ÉRIQUE 537

luxueux et divisés en une série de petits sleepings, véritables chambres à deux lits superrosés. Le docteur et moi nous nous installâmes l’un audessus de l’actre, je refis pour la dernière fois cette petite couchette toujours aussi mal bordée par les nègres. J'enlevai les deux petits draps, dont je fis un portefeuille selon les sains principes puisés au régiment. Je roulai soigneusement la couverture, je la recouvris de mon chaud macfarlane doublé de flanelle, et ayant fortement étagé les deux oreillers minuscules, à l'aide de mon sac de voyage, je m’introduisis dans ce fourreau bien abrité des courants d’air. J'étais, faut-il le dire, légèrement ému en songeant que de longtemps peut-être je n'allais plus vous revoir, petite birth, à laquelle je commençais à m’habituer. Je jetais un dernier regard sur le filet où mes vêtements s'empilaient, sur le crochet où oscillait ma montre, sur la planchette où reposait ma cravate et mes quelques bijoux, valeurs inoftensives! J'avais fini réellement par trouver la façon la meilleure de s'installer dans ces couchettes : j'étais devenu sous ce rapport ce que mon ami Courteline eût appelé un troupier « sondeur ». J'avais un « truc » pour fermer hermétiquement mon rideau, un «truc »

pour éteindre la lampe du couloir, dont la lumière aveuglante me poursuivait, un « truc >» pour m'habiller, un autre pour me déshabiller. Quant à mon it, tel je le faisais le soir, tel au lendemain je le retrouvais, en dépit de la trépidation violente du ailroad. Je me réveillais comme je m'étais couché ans qu’un de mes draps eût bougé. Voilà, ami ourteline, un des bienfaits des tribulations et des petites misères de l’escadron, c'est de vous rendre débrouillard » et de vous habituer à n'être mais embarrassé par les mille et une épingles de

l'existence, Lidoire et Biscotte, dans un Pulmann, sauront toujours se tirer d'affaire.

Le docteur,au-dessous de moi, s'était déjà endormi quand se produisit la secousse du départ. Le train prit rapidement son allure moyenne de 60 à 88 kilomètres à l'heure et je regardai, non sans inquiétude, les magnifiques glaces à biseau qui décoraient le mur triangulaire que formait devant nos lits la porte et les deux cloisons de notre sleeping-room! En cas d'accident, ces luxueux miroirs se fussent transformés en quelque chose d’atroce, et je songeai à Régulus!

Fort heureusement la catastrophe ne se produisit pas. Cette ligne d'Old-Colony est merveilleusement tenue, toujours à deux ou à trois voies, desservie par un block-système parfait et bordée sur tout son parcours de barrières à rendre jalouse la ligne du Champ-de-Mars au Point-du-Jour.

D'ailleurs notre express était le seul qui sillonnit l2 route ferrée à ces heures nocturnes. De vives lumières filtrant à travers les aérifères du plafond m'apprenaient par le procédé violent du réveil que noustraversions de grandes gares : Providence, Kingston, New-London.…

À quatre heures, le petit jour pointait. Je me levai et, après une douche copieuse sur ma tête ensommeillée, je m en fus sur la plate-forme du car. Dans l'air vif une brise bien reconnaissable soufflait. Nous étions effectivement tout proche de l'Océan. Seuls, de grands et beaux arbres, sous le feuillage desquels une ombre de nuit rampait encore, cachaient l'horizon. Le railway secouait

sa

au passage des branchages couverts de feuilledS" d'un vért tendre. Le printemps, si tardif en cett@ce année de grâce 1893, — pour le Nouveau-Mondd4"!

du moins, — éclatait enfin, et les rameaux agi

le

a Pulmann, tés par le vent de notre course balançaient dans

l’air, comme autant d'encensoirs, de pénétrantes it déjà en- effluves. Enfin l'Océan parut, limitant l'horizon du départ. de sa ligne infinie, d’un bleu d'acier. Des nuages

matineux roses et blancs tamisaient, au-dessus de son étendue, les premiers feux de l'aurore, et des bataillons d'oiseaux de mer planaient au-dessus des falaises. Presque en même temps,une grande ville, encore plongée dans l'oubli des business et dont les vastes rues dormantes se prolongeaient à perte de vue, sans un passant, sans un car, parut, ceignant une anse toute pleine de bateaux. C'était New-Haven. Le rail-road ne s'arrêtait pzs, et il traversa en grondant la gare déserte de te port important du Connecticut.

La campagne, à mesure que nous nous rapprochions de New-York, nous causait une impression toute différente de celle que nous avions ressentie à notre arrivée. Eh quoi! c'était là cette New-York, entourée d'une ceinture pelée de parks tristes et mal entretenus, de cottages peu engageants !... La végétation avait transformé toute cette région comme une baguette de fée, et c'était maintenant un merveilleux pays, tout resplendissant de verdures et de fleurs, gai de toute la joie du printemps! Jamais contraste ne fut si frappant. New- York et ses environs perdent évidemment cent pour cent, je parle yankee,— à être vus en hiver,

Une demi-heure de marche précipitée entre deux remblais de pierre, véritable tour de force d'ingénieur: des tunnels saccadés, des ponts passant sur d’autres ponts, des docks, des abris où ds'entrevoyaient des wagons en nombre formidable: cette old colonyÿ Line a dû savoir le prix de revient de ces travaux gigantesques dans ce pays où le prix de! main d'œuvre aiteint des proportions

noyenne de >gardai, non ces à biseau que formait cloisons de ccident, ces s en quelque us!

ne se produit merveilleuà trois voies, fait et bordée rendre jalouse oint-du-Jour.

l qui sillonnât pes. De vives es du plafond ent du réveil s: Providence,

rameaux ag!

ir raisemblables ! Enfin, nous voici revenus dans la pi-:mière ville de l’Union. Nous prenons congé de ces superbes cars des lignes américaines, nous jetons un regard d’adieu sur les couchettes en désordre, et nous voici — la gare spacieuse et d’un modernisme élégant enfin traversée — sur le ‘rottoir d’une belle avenue semée de petits squares et qui va nous conduire presque directement à Madison, New-York dort encore, bien qu'il soit à peu près six heures. mais on est beaucoup moins matinal ici qu’en Europe, et nul travailleur ne s'astreindrait à se lever comme chez nous, vers quatre ou cinq heures du matin. Le docteur, qui a au fond un vieux faible pour la ville où fleurit le Herald, chantonne:

Amis, la matinée est belle !

En effet, rien d’étrange comme l'aspect de ces grandes artères rectilignes que balayent de loin en loin quelques cantonniers nègres, lesquels se contentent de changer la poussière de place dans un mouvement de balai peu convaincu. O Paris, gai séjour, ne confie jamais les excellents « pinceaux » de ta municipalité à des hommes de couleur! Les trottoirs sont vides et toutes les boutiques encore hermétiquement closes. Nous débouchons en face d'Hoffman-House, dont quelques « porters » gardent en somnolant l’entrée.

Nous revoyons avec plaisir cette place de Madison, mais combien changée, transformée en un véritabie bouquet d'arbres verts et d'épais gazons, tandis qu’à notre arrivée, c'est à peine si l'on eût soupçonné là la présence d’un square ! En haut de l'immeuble qui forme le coude de la cinquième avenue de Hroadway, les lettres immenses des ADMIRAL CIGARETTES font chatoyer leur do-

venus dans nons congé aines, nous ettes en deeuse et d'un - sur le ‘rottssquares et ment à Ma- ‘ilsoit à peu p moins maleur ne s’as- , vers quatre ur, qui a au où fleurit le

aspect de ces ayent de loin s, lesquels se de place dans ncu. O Paris, silents « pinnmes de couutes les bouoses. Nous se, dont quelant l’entrée.

ace de Madiormée en uñ épais gazons, ne si l'on eût : ! En haut de la cinquième menses des pyer leur do-

rure aux reflets du soleil levant. Sur toutes les

façades monumentales du vaste carrefour, sur les

fenêtres et sur les balcons de l'Hoffmann, du Fift-avenue-Hôtel, de Delmonico, les teintes rosées du jour naissant mettentune douce lumière qui nous égaye le cœur. Il nous semble retrouver des pénates longtemps quittées ! Un peu plus nous chanterions en chœur « home sweet home », Au loin, sur le fond des rues transversaies, la lipne métallique des élevateds met une barre. Etnos yeux aiment à se retrouver parini ces choses déjà vues, presque familières. Voici les premiers trains du manhattan-elevated-railway qui passent dans des blancheurs de fumée par-dessus les chaussées sillonnées seulement de lourdes voitures de glace allant jeter au seuil des portes leurs cubes fondants de cristal; ces blocs transparents, dont l'eau vite dégelée coule en petites rigoles vers la bordure des trottoirs, attendent le bon vouloirdes bonnes, paisiblement déposés dans la poussière et les ordures. Quelques policemen se dandinent, l'œil au guet, devant les hautes portes des buildings, vigilants gardiens des Banks et des Commercial-house. Enfin, vers Broadway pointent les premières phalanges de cette masse d'employés, de ce million de travailleurs quecommencent à jeter sur le pavé de New-York les ferrys du New- Jersey et de Brooklyn.Nous gagnons noschambres, où bientôt, plongés dans les douceurs réparatrices du bain, nous récapitulons les phases de notre voyage et nous caiculons le peu de temps qu'il nous reste à passer sur la terre de l'Union.

Dès midi, tandis qu’une délégation d'officiers américains venait prier le Prince à une revue et à une visite des forts de la grande rade New-Yor-

OI

kuise, je « tirai les plans » que je jugeai les mel. leurs pour utiliser les heures dont je pouvais encore disposer jusqu'au départ de la Champagne. Avant tout Je voulais revoir le pont de Brooklyn, et aussitôt le repas terminé, le docteur s'étant mis fort obligeamment à ma disposition, nous gagnimes bras dessus bras dessous les quais de l'Hudson et de l’Ister River.

La chaleur était accablante et nous dûmes, à plusieurs reprises, avaler quelques lemon’s soda pour nous dessécher la gorge. Tout le long des quais la plus grande activité régnait cependant. Un monde de débardeurs allait et venait des vaisseaux aux grandes voitures carrées où s'empi- Jaient les marchandises les plus diverses, Nous visitâmes en passant un des steamers de cette fameuseligne Cunard et qui s'appelait, je crois, l'Au: relia. C'était un bâtiment gigantesque à coup sûr, mais auquel j'aurais préféré le dernier voilier de ecommerce à condition qu'il fût aménagé à la fran. çaise. Nos steamers de la Compagnie transatlan tique peuvent marcher tranquilles. Si leur vitesse est dépassée, leur coniort, leur propreté, leur service admirablement fait, leur assurent une su. périorité énorme sur leurs rivaux. Le nombre beaucoup plus restreint de leurs passagers est e outre une garantie des soins qu'on y peut trouver] Ces immenses machines sont des casernes flot tantes. Les nôtres sont de véritables « casinos » ee des « salons » d’un ton et d’un goût parfaits. ë

Ce fut l'œil las de contempler tout le long de piers cette flotte marchande, aussi difficile compter que les sables de la mer, pour employe “ expression biblique, et clignotant aux miroite hi , ents de l’eau, que nous arrivâmes au pied di" 8

pre

ai les meil.

pouvais en- Champagne.

de Brooklyn, ar s'étant nuis nous gagni-

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ous dûmes, à lemon’s soda le long des ait cependant.

et venait des ées où s empiliverses. Nous rs de cette faje crois, l'Auque à coup sur, lier voilier de inagé à la frannie transatlan Si leur vitesse ropreté, leur urent une su- Le nombre ssagers est € r peut trouver, casernes flot es « casinos »

parfaits.

tle long de

si difficile bour employe t aux miroite

grand pont suspendu. Nous primes place sur un ferry qui nous transporta dans Brooklyn. Nous gagnâmes ensuite par des rues montantes et bien cruellement pavées le seuil du Suspension-bridge. Là je restai confondu devant ja longueur de l'œuvre et la hardiesse de sa trajectoire au milieu des airs, bien au-dessus des plus hauts buildings. Ce pont est: nécessairement «the largest in the world ». Il s'élève, chacun le sait, à 135 pieds audessus du niveau de l'Ister etil a 5.989 pieds de long. J'ajoute bien vite qu'il a coûté 15.000.000 dollars, soit 75 millions de francs. J'aurai: peur, en oubliant d’en dire le prix, de m'attirer de gros ennuis avec les neveux de l’'Uncle Sam!

C'est du milieu du pont que l'impression est réellement saisissante. Aucun vertige, tant ce pont est large et solidement maintenu par des cables gros comme des troncs d'arbres. Penchés sur le parapet nous embrassions d’un coup d'œil la fantastique enjambée. Au-dessous de nous, rapetissés à des prôportionsinfinitésimales, des ferry de tous genres, de toutes tailles, de toutes formes couraient sur le vert sombre de l'Ister. Nous en vimes passer couverts de trains sous pression, prêts à se raccorder à quelque ligne du Sud. Un

apeur énorme, colossal, véritable grand hôtel, naviguant, fila droit vers l'Est, tout fier de sa sexuple rangée de cabines, ouvrant leurs coquettes fenêtres sur la mer. Sa coque toute blanche ruisselait de dorures. Cet édifice somptueux desservait, araît-il, Providence et les stations intermédiaires de la côte nord. Enfin le panorama de New-York ity, vu de cette hauteur, était prodigieux. Cette ille me parut aussi vaste que Londres et notre egard s’y perdait à chercher les divers monu-

RAR BASS ee

ments qui, d'habitude, nous servaient de point de repère. Des hachures régulières nous indiquaient} le tracé des rues, et d'autres, un peu moins droites] le dessin des avenues. Ce qui surnageait dans cet océan de constructions était facile à reconnaitre cat New-York, comme toutes les villes amér'caines et moins que les autres peut-être, possède bie peu de monuments. Nous aperçümes le Post-office la tour du World, la tour de Madison et son co lossal « building » que surmonte une espèce d4 Casino avecjardins suspendus, la Court très proche} quelques church, plusieurs immeubles à douze of quinze « floors » aux alentours de la cinquièmd* avenue... etce fut tout, le reste se noyait danÿ" une mêlée confuse de maisons, hautes, basses belles, laides, un capharnaüm de bâtisses sans in térêt. :

Mais la hardies:: et les proportions de ce por" suspendu nous fournissaient d'inépuisables et adf' miratifs colloques. Sous nos pieds roulaient dd° trains tirés par un cable, à droite et à gauche, u il peu en contrebas, les deux allées réservées auf! voitures se remplissaient d’un mouvement continf® de cabs, de tombereaux, d'emnibus, de tous 14* véhicules commerciaux en usage aux Etats-Unif Et tout cela vivait, vibrait, roulait, bruissait dam@°* les airs, au-dessus du fleuve et de la ville, formi°£ dables, l'un et l’autre! L'impression est des plf*) saisissantes surtout quand l'air est pur et qu'4"! peut, comme nous le pouvions ce jour-là, embr4°! ser jusqu'aux derniers détails de l'incroyable p ch norama dominé par le « Brooklyn bridge ». On [°} la sensation de quelque chose de fantastique, d'4' frayant,et l'on se pince involontairement pour bi se persuader que cela existe et qu'on n'est pas

O ns

jouet d'un rêve, d'une hallucination causée par la ecture d'une page d'Edgard Poë ou de Villiers de l'isle Adam.

J'employai mes dernières journées à parcourir es rues de New-York, continuelle et triomphale pothéose du dieu Business. Broadway, vraiment, st une de ces rues jamais ennuyeuses, aux aspects oujours changeants et toujours nouveaux, comme jotre Paris en offre beaucoup (et non pas une ou jeux) aux ye'x de l'observateur et du paysagiste.

La file de ses magasins, surtout aux environs l'Union et de Madison-Squares, est pleine d'inérêt pour le flâäneur et l'observateur. Une bouique de glacier m'amusa par l'allure affairée, écanique allais-je dire, des gens qui y pénéaient afin de s'y livrer, par cet après-midi caniulaire, aux douceurs d'une pinapple-ice-cream u d’une salsaprella-soda-ice-water. De jeunes mmes en toilettes claires et tentatrices sortant e chez le bon faiseur, des gentlemen, la pensée illeurs, des chiffres dansant devant leurs yeux de usinessmen, entraient là d'un pas rapide. Tous es gens étaient étrangers les uns aux autres. En rance, on se privera plutôt des plaisirs du bock il faut l’absorber tout seul, « faire suisse», comme sent les troupiers. Ici, rien de tel. La yung-lady égante, le commis couvert de bijoux de Broaday ou de la cinquième avenue franchissent ce uil de pâtissier comme celui d’une banque. Ils ennent à la caisse, moyennant dix cents, un chet de métal qu’ils tendent à J'une des em= oyées. Aussitôt, sans un mot, on leur emplit, à ide des palettes de ruolz, un verre de leur crême orite. Ils et elles attaquent ce rafraîchissement nsun coup d'œil sur le voisin, l'absorbent avec

nt de point de us indiquaient moins droites, igeait dans cet à reconnaitre les américaines , possède bie s le Post-office son et son co une espèce de urt très proche bles à douze 0 e la cinquièm , se noyait dan hautes, basses bâtisses sans in

ons de ce po puisables et ad s roulaient de et à gauche, u réservées au vement contin us, de tous Îe aux Etats-Uni , bruissait da Ja ville, form on est des pli st pur et qui jour-là, embr:

l'incroyable p bridge ». On antastique, d'e ement pour bit on n'est pas

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546 D'OCHAN A OCÉAN

rapidité, et, posant le verre vide devant eux, s'en vont en quelque sorte sans « y être », d’un pas automatique. Ce n'est point un plaisir qu'ils viennent de prendre, c'est une fonction qu'ils se sont hâtés d'accomplir, la fonction qui consiste à se fourrer quelque chose de frais dans l’æœsophage quand il fait trente degrés à l'ombre. Oh! chers cafés parisiens, je ne suis pas un de vos« piliers», oh non! mais un quart d'heure de flânerie heureuse, de rêverie désœuvrée à vos terrasses, échangeant de ci de là avec l’ami qui vous accompagne quelque « mot » sur le monsieur qui passe ou la dame qui promène son dernier costume... Oui, ce simple quart d'heure, qui peut se vanter de l'avoir passé en Amérique? New-York est la seule ville de l’Union qui possède deux terrasses, un café français et une brasserie viennoise... et l’on n'y voit jamais personne!

Mais pour se rendre compte de la ferveur et de

. l’inlassable activité qu'apporte au culte du dieu

Business cette population américaine, il faut suivre un de ces « elevateds » aux heures où s'y concentre d'une façon prodigieuse la vie newyorkaise, aux deux instants de la journée ci marquent la repriseet la cessation des affaires. Un matin, je m'en fus seul prendre, à deux pa d’'Hofimann-House, le viaduc de la Twenty-sixts. Je marchais d'un pas normal, coudoyé, bousculé, dépassé, tout le long de la rue qui me conduisait À la station, par une foule de jeunes gens, de gent lemer, le bas du pantalon retroussé, le collet re levé à cause de l'air un peu vif et de quelques gouttes de pluie, qui, par intervalle, tombaient.. Une armée de commis, de teneurs de livres, de garçons de recettes, de courtiers... d'employés de

ant eux, s'en », d’un pas r qu'ils vienqu'ils se sont consiste à se s l’œsophage >, Oh! chers vos « piliers », flânerie heurasses, échanaccompagne | passe ou la ime... Oui,ce iter de l'avoir la seule ville isses, un café . et l’on ny

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de livres, de ‘employés de

toutes sortes, noircissait les trottoirs, s'engouffrait finalement en rangs serrés, dans la cage du roide escalier de l’embarcadère. Je suivis le mouvement et je me trouvai presque porté sur le trottoir de la gare, dont la voie formait comme une seconde chaussée, mais déserte celle-là, parcourue seulement par les trains, et suivant, à la haüteur d'un troisième étage, les divers contours de l'Avenue. Très étrange ce second plancher, sous lequel on entend gronder la rue, ses voitures, ses tramways, ses crieurs de journaux et ses bicyclistes.

En sortant du vacarme des artères new-yor-

kaises, les plus bruyantes peut-être du monde entier, ce brusque changement de décor nous déconcerte. On se demande avec stupeur d’où sort et où va ce railroad entre ciel et terre. Elevated, que me veux-tu ? Mais voici que sur la droite un point noir grossit, s'avance dans un rythme de

souffles rauques. C'est un train. Il court à la hauteur des barres d’appui, frôlant les corniches et les fenêtres en saillie des maisons. Un peu plus il roulerait à travers les appartements. Il entre enfin en gare. Ses roues font sur les traverses de bois, un bruit sourd,et brusquement d’us bout à l'autre l’ « Airbrake » fonctionne. Comme un cheval qu'un puissant écuyer arrête sur ses Jjarrets, le convoitoutentier stoppe avec un grincement épouvantable de freins. C’est une suite de longs wagons que traine une toute petite machine, p:esque du modèle Decauville. Chaque car n’est pas seu= lement complet, il est bondé, surchargé. Les voyageurs y sont encaqués dans les plus invraisemblables postures. Des familles pendent comme des grappes aux courroies de la main courante. Entre les banquettes ce sont des agglomérations

543 L'UUEAN À UCLAN

insensées d'individus. Sur les plates-formes, où cinq personnes tiendraient à peine, vingt individus pressés, serrés, comprimés, s'étouflent... C'est là dedans qu'on nous convie à prendre place, amère dérision. Le mot impossible n'est pas français, mais l'expression « complet » n'est pas amcricaine. Je m'en aperçois, car, malgré l'eflroyable cargaison humaine qui déborde des portières,mes compagnons d'attente ne balancent pas, et tandis que, flâneur, je regarde stupéfié ce spectacle, tous plongent tête baissée, chargent éperdument en plein cœur des carrés impénétrables qui defendent l'entrée des voitures. Les employés sont parvenus, par Je ne sais quel prodige, à ouvrir les barrières de fer qui ceignentles plates-formes, et chacun s'intercale, se glisse... Un léger remous s'opère dans la foule, quelques malheureux roulent, en guise de muette protestation, des yeux furibonds. Mais qu'importe!...et, sur un coup de cloche, l'elevated repart d'une secousse brutale qui jette les uns sur les autres tous ces hommes fort insuffisamment calés. C'est là que la verve d'Ibels, ce petit-fils de Daumier, eût trouvé matière à s'exercer et que sun crayon eù: pu, dans la synthèse de ses souples traits, rendre ce tableau multiple, ce grouillement où les têtes se touchaient, se dominaient, se multipliaient, se heurtaient, et où, décapités par le bas des glaces, une file de crânes bien curieux s’alignaient, formant comme un extraordinaire et richissime massacre !

Cependant j'étais resté sur le quai, seul avec mon déshonneur et rongeant mon humiliation.

J'étais un vivant exemple de l'espèce d'abâtardissement qu'engendre en nos esprits l'habitude des numéros d'omnibus: le un! le deux!... vous n’avez

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pas de correspondance? Mais j'étais résolu à ne pas me laisser, au prochain train, devancer par nes co-attendants. Je n'eus pas longtemps à paienter. À peine l'elevated que j'avais si remarqualement raté s'évanouissait-il au prochain tournant

Qu uu autre entra en gare. Celui-là m'eût paru

lus bondé encore, si la chose eût été possible! ais je n’hésitai pas. Après une courte invocation Saint Aurélien Scholl, patron des journalistes, je iquai, moi aussi, une tête dans cet agglomérat vi avait presque la dureté du granit. Après avoir bondi une ou deux fois contre i’impénétrabilité e cette foule bottelie par les balustrades, dont la sistance est pour moi une stupeur, je parvins hfin à introduire ma main droite entre l'abdomen

Dun énorme yankee qui lisait une petite « review »

la gibbosité d'un triste bossu à demi mulâtre ii disparaissait entre les feuilles drapiformes du erald. Il n’en fallait pas plus, je suivis ma dextre , par je ne sais quel prodige, je finis par m'enstrer, inébranlable {oh combien !) entre ces deux rsonnages. Je sais bien que dans les boites de f blanc, les sardines résolvent un problème non

oins compliqué, mais elles n'y viennent pas

utes seules. Ce serait trop beau. Ce que j'avais it restait donc tout à l'honneur de l'espèce huaine. J’affirmais notre supériorité sur le hareng ur. |

Mais cette brusque façon de s'insinuer dans un agulat yankee n'avait pas été sans peine, Pour es voisins d’abord, J'avais écrasé consciencieuseent un assez joli nombre de pieds américains rgest in the world !) et je ne pouvais me mouer qu'en risquant de pecher les yeux de la plut de mes voisins. Il y eut bien quelques gro-

RLE

gnements, je crois même quelques jurons, mais quaïd l'elevated repartit, chacun s'était replongé dans ses papers et je pus profter de la malléabilité engendrée par la trépidation du rail road pour atteindre le coin de la plate-torme d'où je dominais également le panorama de la voie et, à travers la vitre, l'intérieur du wagon.

Bien curieux cet intérieur, où srr trois cents voyageurs je n'en découvris qu'un seul occupé à dévisager ses compagnons de route (c'était moi). Pas un homme qui ne fût plongé dans la lecture des « papers ». J'apercevais, émergeant de temps à autre d’une tribune ou d’un World, une physio nomie impassible et propre, un col blanc et une cravate de couleur voyante.Quelques ieunes ladie avaient tiré de leurs ridicules des brochures dan: lesquelles elles paraissaient s'absorber, ce qui étai une fumisterie de haut goût, car elles regardaien beaucoup plus leurs voisins que leur livre, mai c'était fait avec tant d'habileté !.…

Mais ce qui m'émut us tantinet ce fut la brusqu division du viaduc de elevated en deux voies | térales, au lieu d’une double voie centrale. Jusq là ce train épouvantablement chargé courait sl deux traverses, que soutenaient de temps à aut (quand cela leur disait) deux colonnettes de fon Soudain je m'aperçus que le rail road n’était pl supporté que par une série de légers, très légef poteaux métalliques, affectant la forme de pote ces. Comment cet unique point d'appui tolérait ces poids énormes? Mystère et habileté des co tructeursNew-Yorkais. De temps à autre d'ailleu un elevated pique une tête vers la chaussée in rieure. Mais cela est encore assez rare, et d’aille personne n’y fait attention. N’en pariez pas si vo

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+ , IVPATISIONS D AMERIQUE SSI

craignez de passer pour un radoteur atteint de pusillanime cacochymie.

Ce trajet paradoxal au ras des logements dura vingt minutes. Ce que je vis défiler de chambres encore en désordre où se démenaient les chamber-maid, de bureaux où évoluait un monde de travailleurs, de « clubs » où déjà étendus sur leurs rocking-chairs des gentlemen fumaient et de temps à autre quittaient de l'œil lenrs journaux pour projeter vers leurs crachoirs de gracieuses courbes de salive jaune !... Je ne saurais en donner même une idée approximative. Cette ville n'en finit pas et quand on songe qu'elle a un appendice qui s'appelle Brooklyn! on reste stupide positivement.

Vers la Batterie, le faisceau compact des voyageurs se désagrégea, puis ce fut enfin une déroute, une fuite formidables, les cars se vidèrent éperdument. Je suivis le mouvement et je quittai le convoi, lequel d'ailleurs n'allait pas plus loin. Par les escaliers de fonte, ce fut un effondrement, un torrent humain dévala, engloutit les rampes, emplit la gare tout entière d'un tremblement et finalement s'épandit par les rues en nappes débordantes. L'endroit où j'étais descendu était proche de la « Court » et des bâtiments du World que domine orgueilleusement sa tour de soixantequinze mètres. C'était l'extrémité mème de Broadway. Là venaient aboutir, non-seulement les elevateds mais tous les moyens de transport; des ferrys amenaient vers ce centre des &« business » des bataillons serrés du New-Jersey ou de Long-lsland, des douzaines et des douzaines de tramways jetaient sur le pavé de ‘ongues théories d'employés. Et ce n'était pas, comme chez nous, la descente

matinale des faubourgs qui s'opère dans un désordre pittoresque. Tous ces gens semb'aient prendre la file d'on ne saitquel cortège très pressé. lis suivaient le même trottoir, du mème pasrapide et indifférent, et si prodigieusement indiflérent que je compris soudain le sens caché de l'Homme des toules, ce conte étrange de l'étrange Poë! Tous ces gens traversaient aux mêmes cornérs, obliquaient aux mêmes tournauts, se range lent avec un ensemble parfait quand la voie se rétrécissait et finalement s'engoutlraient par petits paquets dans la haute porte de quelque building, banque, maison de commerce, office industrie! ou grand magasin... Pour moi je pénétrai hardiment dans le building du World où, lorsque je déclinai ma qualité de confrère, la plus aimable et la plus cordiale réception me fut jaite. Je fus conduit au haut de la fameuse « Tower ». De là-haut vraiment le spectacle était adinirable!

Je ne sais pourquoi, mais le spectacle de New- York, vu du pont de Brooklyn ou de la tour de Worid, évoquait en mon esprit le souvenir de Carthage. Je suis né trop tard pour taper sur le ventre d'Annibal, mais enfin les classiques latins et l'imagination de liaubert nous ont conservé quelque chose de cette étrange cité. Là aussi le commerce était roi; ici, il est Dieu. Ces deux énormes bras de mer,— plutôt que fleuves, — qui enserrent la ville et sur lesquels court un monde papillottant de steamers, ce sont les business qui les couvrent de ce mouvement intense. Dans le fourmillement des maisons, ainsi vues d'en haut, quels sont les monuments qui frappent le regard: Des églises? des temples ? des palais? des musées ? Peu ou point. Ce sont des buildings où tra-

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IMLRESSIONS D'AM: RIQUE 553

aillent, pour la plus haute gloire du Dollar-God, es milliers de Yankees. Ne cherchez pas ces éléhnces inutiles ni des quais comme ceux de Westhinster, ni des places comme celle de la Concorde, i des temples comme le Panthéon, ni des rues omme Piccadilly ou la rue de Rivoli... Tout ici st sacrifié aux besoins du commerce, e! ce que œil américain trouve de meileur à contempler, est assurément l'aspect d'un ferry chargé jusqu’à atlotiaison de passagers et de marchandises ou klui qu'offrent à certainesheures cesinterminables rigides streets eavahies par le flot compact des availleurs... Mais, abstraction faite de ces vieux ntiments d'Européens habitués aux manifestaons artistiques et ne comprenant guère une lle importante sans un cortège de monuments de somptueuses « piazzas », la vaste reine de udson cause à nos esprits assurément plus élicats une impression étrange, où, — j'ai honte : le dire, mais c'est bien cela, — se mélange un u de terreur et de mystérieuse crainte. C’est ftet que devait produire la rivale de Rome. Que t à nos âmes latines le mot business ? Rien ou u de chose. Eh bien! rien qu'à prononcer ces llabes cifflantes, l'œil du New-Yorkais s'illune, raycnne. On sent que c’est la divinité secrète terrible qu'adorent tous ces gens, Le reste n'est ‘hypocrisie. La formule, enrichissez-vous, qui votre loi suprême, à protestants américains, st-elle pas formellement opposée au plus lime esprit de l'Evangile: « Pourquoi amasser des trésors que rongeront les vers et la rouille. Vous pouvez acquérir des richesses autrement cieuses et inestimables... Faites des bonnes vres.. Nul ne peut servir deux maîtres... Dieu

et l'argent. » Aussi nos bons Yankees servent-ils avant tout ...l’argent, Dieu, c'est pour le dim:nche, parce que ce jour-là les bout ques sont fermées. On lui décoche quelques chants gutturaux, on écoute un prêche resasseur et monocorde en songeant au cours des cotons ou à celui des bles! — Dame! « Business is Business. »

Ainsi, autrefois le Baal mystique et impitoya ble des Phéniciens et des Puniques n'était guère autre chose que Îla sauvage personnitfication du dieu Commerce ; à la place du gracieux Mer cure aux pieds ailés, des temples monstrueu recélaient on ne sait quel culte, où coulait le sang des hommes, et les marchands carthaginois s@ sentaient pénétrés de respectueuse terreur devan cette divinité invisible aux yeux du profane.ll n'eussent pas entrepris un voyage, une vente ut peu sérieuse, sans invoquer le Dieu. Aujourd'hui et toutes proportions gardées, l'Américain n'aban donne jamais, füt-ce une seconde, en tous le lieux et à toute heure, la prédominante idée de affaires... Jamais ils ne se livrent, jamaisilsnes dégagent de cette arrière-pensée qu'on sent to jours présente derrière leurs moindres paroles Et pour un Européen, pour un Latin surtout, 0 finit par éprouver devant cette espèce de réser mercantile un sentiment peu bienveillant, To les Français que j'ai vus aux Etats-Unis pouvaief se diviser en deux classes : ceux peu nombre qui s'étaient américanisés et qui admiraient tol imperturbablement et ceux qui, au contrai nourrissaient contre ce peuple de commis, buto et indélicats sentant l'argent, une haine d'à. froissée, d'enthousiasme indignement tromp Le dollar n'a pas d’odeur au sens physiq

, x ] IMPRESSIONS D AMER'QUE 555

servent-ils ir le dimanes sont fer-

du proverbe, mais il en a une,#t terrible, dont sont imprégnés tous les Yankees, depuis leur Président jusqu’au dernier commis de Broadway...

ss gutturaux :

8 ae o Avares ? Non pas, moins que nous, peut-être, et noco re |

i des bles! pas si bêtes de se priver toute leur vie, comme ui des bles!

nos petites gens de France, pour mourir sans avoir profité de leur fortune. Mais leur générosité est égoïste. C'est un faste de parvenus, de petits esprits, qui. flairent dans toute amitié, non pas le plaisir de ce qu'au xvi1° siècle on appelait un «commerce agréable » maïisle plaisir du commerce, des relations utiles, ce qui n’est pas du tout Ja même chose. L'étiage où se mesure une amitié nouvelle, c'est la phrase classique : « Combien vaut-il? » Je ne vois pas bien Alfred de Vigny ou Balzac, mettant en présence deux grands seigneurs dont la première question serait : «Combien valez-

et impitoya n'était gucre sonnification racieux Mer

monstrueu oulait le sang rthaginois erreur devan u profane. Il ane vente ul

Aujourd'hui À ; ) RE vous ? »

ricain C \ ,° , . .

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occupations puissantes et constantes de l'argent à gagner se remarque beaucoup, c’est dans la manière dont s'amusent les neveux de l'oncle Sam. Ce peuple de calculateurs et de teneurs de livres ne sait pas se distraire. Il contemple, avec la gravité d’un auditeur de rote assistant à une remise de barette, les plus folles bouffonneries. Il aime pourtant le théâtre et le café-concert le « music hall », mais sa façon de parler, de sortir, de s'asseoir, d'avaler son coktail, de consulter son programme, d'allumer son cigare, est absolument mortuaire. La clientèle des concerts, n'est pas d'ailleurs, recrutée comme chez nous parmi la jeunesse dorée. Il est mal porté pour un jeune homme d’une certaine situation de paraître en ces endroits. Ceux-là n’ont pour se distraire que les

Recitals organisés dans des salons ad hoc où se jouent Haëndel, Bach, et Mendelssohnn, et auprès desquels nos concerts des salles Erard et Pleyel sont de joyeux rendez-vous. J'eus l'occasion d'aller dans la même journée à l'Impérial music hall et à un recital donné au Grand-Hôtel de X**, Le café-concert était tout à fait dans le goût anglais avec des séries de petites danseuses costumées en bébés kategreenway et dissimulant sous des mines polissonnes de gamins,un nombre respectable de campagnes. Cette prédilection de la race anglo-saxonne pour l'exhibition de la femme en « baby » marque un sentiment bien bas et bien répugnant. C'est profaner l'enfance avec tout ce qu'elle a de charme insoupçonné et ingénu que de faire se trémousser en d'indécentes postures une vieille garde chevronnée « chantant » dans l’ampleur d'un tablier d'écolière et sous l'ébouriflement d’une perruque de fillette... Je prétère voir, comme chez nous, une belle fille aux trois quarts dévêtue,comme Prelly ou Lender, que d'assister à ces ébats malpropres.

En revanche, le récital fut de haut goût, d’un cérémonieux effrayant, C'était l'après-midi, le cou engonsé dans la lourde cravate Charles X, à la mode alors, des redingotes à longues basques lsur battant les talons, les cheveux plaqués en épaisseur sur le sinciput,.. de jeunes élégants se répandirent par la salle,,, des toilettes charmantes ne tardèrent pus à paraître. Alors ce fut un flirt diseret, un papotage distingué dans toute la salle. Malgré tout, je ne sais quel rastaquouërisme pesait sur tout ce monde, Le ton était monté à un diapason ridicule, l'élégance était outrée, la mode exagérée, ef surtout ces façons maniérées, qui

ad hoc où se delssohnn, et alles Erard et . J'eus l'occa- : à l'Impérial Grand-Hôtel] à fait dans le tes danseuses et dissimulant is, un nombre rédilection de n de la femme 2n bas et bien avec tout ce ngénu que de postures une » dans l’ams l'ébourifte.

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Île que nous ]4 vi

IMPRI SO xS D'AM LÉRIQUE M aVaient tant frappé à mo là libre Carrière, C'était un de petits Piauleme retrouver cela à Par:

n arrivée, se donnaient assaut de minauderies,

aris, dans les salons Sud-Amé.

ricains Qui avoisinent l'Arc-de-Triomphe. mais dans notre haute Société française, pantins détonneraient par l'

nantes mélodies, ]] s' Cependant à Courir

ome où l'attendent les multi DS dominical. Ce fut donc à

le, des avenues désertes et entr ents de

m'empéchait Pourtant pas de ntir une VAgUE tristesse à l'idée

* La sixth avenue que nous suivions était bien

mes lorsq ue son

immense lon-

gueur et la file parallèle de ses légers viaduc: frappa pour la première fois nos regards. Pas une âme, à peine, à de rares corners, l'indécise silhouette d'un policeman. En revanche, au-dessus de nos têtes, de minute en minute, les trains de l’elevated railway passaient dans un vacarme de ferraille. Nous ne parlions guère, tous absorbés dans la même pensée et nous savourions en quelque sorte nos ultimes sensations, comme Île vio- Joniste qui joue pour la dernière fois un motif de Mendelssohn ou de Beethoven avant de déposer l'archet. La colossale cité dor:xait son lourd sommeil, en opposition si virulente avec l'éperdu mouvement du jour. New-York, d'ailleurs, n'est pas une ville de nuit. San Francisco, et surtout Chicago, sont les seules capitales de l'Union qui s'animent un peu à la manière parisienne, au moment de la fermeture des théâtres.

Cependant nous débouchâmes sur le quai. Un vaste trou noir, à peine semé dans l'opacité d’une nuit sans lune de quelques lampes électriques Devant nous pourtant, la carapace arrondie d # Hall des steamers français finit par se distingue L. en raison même de l'énormité de sa masse sombre Nous y pénétrons et bientôt, nos bagages à mai à déposés dans les cabines, nous nous retrouvon # sur le pont de la Champagne pour y serrer | Lei main au digne interprète qui nous regarde parti A sas déguiser son émotion.

Le paquebot s'emplit de rumeurs, des groupe de voyageurs arrivent par paquets irréguliers, dis #8 paraissent dans les énormes flancs du navire. La lé hommes du bord vont, viennent, courent dans feu croisé de commandements, d'appels, de fébr les recommandations. Nous ne devons partir qu}

ortid

gar

IMPRESSIONS D'AMÉRIQUE 559 rs viaducs is, Pasune ndécise sil-

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six heures avec la marée, Aussi chacun de nous a-t-il prendre un peu de repos sur sa couchette vant que Îles premières blancheurs du jour aient einté de gris les flo's de l'Hudson.

À cinq heures, les premiers tressaillements de a machine et les vibrations de l'hélice qui s'esaye me réveillent. Je m'habille en hâte et je cours à l'avant, l’album à la main. Une très légère petite pluie pique de temps à autre les figures d'une gouttelette rafraichissante. D'ailleurs la nuit rapilement s'en est allée, et le panorama de Newl'ork, dès que l'immense bâtiment s'éloigne défiitivement de son pier, se déroule à nos yeux. Peu je monde sur le quai. Quelques mouchoirs s’agient et des onomatopées anglo-saxonnes s'échanent dans l'air vif du matin. Mais le steamer 5e eut sans aide, le départ s’eflectue sans que le copsse ait besoin comme à l'arrivée, du secours des flyboats » du port. Et nous filons, nous filons vec une rapidité prodigieuse, en gens que ne rearde aucune formalité et que rien, en ce jour icré, ne va déranger de sa route sur la nappe ranquille de la rade. Pas un ferry ne coupe l'hozon de son panache de fumée. Les voiliers, les apeurs, les petits remorqueurs, toute la gamme iverse des bateaux à l'ancre ou amarrés somjeille feux éteints, voiles carguées, dans l'aube ominicale. Tant mieux: la voie formidable de Océan est libre. Go ahead'! All right!

Nous laissons à droite la Liberté de bronze branissant sur son piédestal de roche sa torche em- ‘Hématique. Peu à peu elle se rapetisse aux proortions infinitésimales d'une statuette.

Brooklyn et son pont retiennent un suprême gard vers bâbord, puis la baie se rétrécit. Au

le quai. Un lopacité d'une s électriques e arrondie d se distinguef asse sombre agages à mal us retrouvon r y serrer | regarde part

| des groupe réguliers, dis u navire.

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