LE PROULI.ME DE LA VIE
que les microbes naissaient spontanément dans la matière organique sang, urine, etc. Point du tout. L'éminent physiologiste a battu tous ses adversaires par des expériences ingénieuses et probantes à l'excès. « Tout vivant vient d'un vivant » ; le viei adage est plus vrai que jamais.
Si dans votre existence vous ne rencontrez pas de microbes du typhus, jamais vous ne pourrez contracter la fièvre typhoïde.
Où en serions-nous, grand Dieu ! si notre corps pouvait de lui-même fabriquer un microbe? Au eu ne précaution ne saurait éloigner les maladies infec tieuses, et les monistes qui ac ceptent la génération spontanée seraient bien mal inspirés en nous recommandant l'hygiène.
Un microbe vient d'un microbe, une cellule d'une cellule, tout comme une poule dérive d'un œuf.
*~ Mais j'y pense, il nous reste un moyen : fabriquer une cellule.
Parlons-en !
Bacilles de la fièvre typhoïde.
Je pourrais citer pour mémoire le« blull '» qui a été fait par une feuille parisienne autour du nom de M. Stéphane Leduc; cet auteur n'avait-il pas présenté à l'Académie des arborescences rappelant les formes de la matière vivante!
Après examen on reconnut qu'il n'y avait là qu'une vulgaire expérience de chimie; c'était un précipité déjà obtenu par Traube en [865, et les paysages de Leduc ne sortaient pas du domaine inorganique.
D'après quelques savants, le problème consiste à fabriquer simplement du protoplasma ou albumine.
Tout être vivant, nous l'avons vu, en renferme, et Haeckel allait plus loin; pour lui, cette albumine était toute la substance de la cellule; c'était la fameuse Monère qu'on retrouve dans tous les livres pseudo-scientifiques des romanciers du transformisme.
Eh bien! cette fameuse Monère à laquelle on a fait remonter l'origine de l'Homme, personne ne l'a jamais vue, et pour cause : elle n'existe pas!...
Microbes de la peste vus au microscope, a) Dans la lymphe. b) Dans le sang.
Depuis les derniers perfectionnements du microscope, on a pu étudier la matière vivante dans sa forme la plus simple, le microbe; or, aucun physiologiste n'a découvert de cellules, de bactéries formées uniquement de protoplasma. N'empêche que les conférenciers populaires parleront encore du monisme à leurs auditeurs! (i)
La simplicité de la cellule n'est qu'apparente, et, à mesure que nos moyens d'investigation se multiplient, nous découvrons dans cette entité vivante un monde dont la complexité nous confond.
A côté du protoplasma, qui offre un degré d'organisation insoupçonné jusqu'alors, nous trouvons, en effet, dans toute cellule, un noyau, élément qui contient luimême des granules vivants doués de propriétés tout à fait spéciales. Plus le microscope grossit, et plus nous entrevoyons dans la cellule un microcosme dont la complication défie toute analyse.
Si même nous parvenions un jour à voir la molécule organique, comment pourrionsnous espérer surprendre le secret de la vie, quand on songe que cette molécule ellemême possède un nombre d'atomes aussi grand peut-2tre que les millions d'étoiles enregistrées par la photographie 1
Ne savons-nous pas, d'après les recherches récentes des physiciens, que l'atome d'hydrogène est formé lui-même d'au moins 2000 particules distinctes, si bien qu'une
1 1 1 Lorsqu'on parle des Monères, il faut bien s'entendre sur cette appellation. La Monère d'Haeckel devait, d'après cet auteur, être dépourvue de noyau et présenter l'aspect d'un simple protoplasma amorphe : une telle Monère n'existe pas. Depuis, quelques physiologistes ont détourné le terme Monère de son sens primitif : ils appliquent ce mot à une cellule isolée pourvue de noyau, comme les autres cellules.
seule molécule d'albumine qui contient i 1 3o parties d'hydrogène, sans compter les autres corps, renfermerait pour cette seule substance près de 3 millions de sous-atomes. Il faut bien qu'il en soit ainsi, lorsqu'on pense à ce qu'il y a de caractères accumulés, d'héridité, dans un fragment de matière vivante.
Songez donc que cette gouttelette de protoplasma, forme initiale de tout être vivant, cet œuf minuscule de hareng, par exemple, va donner naissance à un produit défini, non pas à un oiseau ou à un serpent, mais à un poisson déterminé, à un hareng semblable à celui dont il est né; que ce fragment microscopique contient en germe toutes les transformations successives de l'animal, avec ses caractères d'espèces, de races, de genres, les instincts accumulés pendant des milliers de milliers de générations, toutes les tares héréditaires des ancêtres lointains.
Pseudo-microbes obtenus dans la gélatine | Quand on examine au moyen du Bromure de radium. sérieusement ces carac-
tères de la vie, on comprend qu'il n'est pas plus difficile de créer d'emblée un éléphant que de créer une parcelle de matière vivante, et on saisit mieux cette pensée d'un physiologiste moderne : « Lorsque l'homme aura résolu ce problème, il sera devenu plus fort que la nature entière, plus créateur que le Créateur, aussi puissant que l'Infini. »
Uneautreconclusion s'impose: lascience actuelle est impuissante à nous expliquer l'origine aussi bien que le mécanisme de la matière vivante, et lorsqu'elle prétend condamner nos opinions philosophiques de la vie, elle outrepasse ses droits et sort de son domaine.
Cette science réduite aux abois devant l'explication du phénomène vital pourra-
LE l'ROULI.ME DE LA VIE
ImBa " * si
7y/>c' a"tj fausse cellule obtenue par M. Leduc.
t-elle au moins nous dire l'histoire raisonnée du développement de la vie sur la Terre, celle de la vie animale surtout, à laquelle nous sommes particulièrement intéressés?
Dans une série de tableaux nous avons esquissé rapidement l'histoire de ce développement. La vie a été aquatique avant d'être amphibie, amphibie avant d'être aérienne, et la série des êtres prise dans son ensemble témoigne, sinon d'un progrès constant, du moins d'une complication incessante.
Cette ascension du simple au composé, de l'unité à la complication, l'école transformiste a voulu l'expliquer.
D'aprèselle, les premiers ancêtres des vertébrés venaient apparemment d'un groupe d'animaux marins assez semblables aux larves des Mollusques acéphales. Ils furent la souche des poissons; un faible progrès conduit aux Amphibies et des Amphibies aux Reptiles. Les Mammifères se rattachent aux Oiseaux qui, eux-mêmes, montrent dans quelques-uns de leurs ancêtres des affinités reptiliennes (reptiles volants). Dans la classe des Mammifères on conçoit des échelons qui mènent des Monotrèmes aux Marsupiaux, et des Marsupiaux à tous les Mammifères. Nous arrivons ainsi aux Makis, et l'intervalle n'est pas grand entre eux et les Singes de toutes sortes. Ceux-ci se partagent en deux branches, les singes d'où venons-nous ?
américains et ceux de l'ancien continent.
C'est de cette dernière branche que l'Homme serait sorti.
La descendance de l'Homme, nous la traiterons dans un chapitre spécial. En attendant, contentons-nous de chercher si l'idée transformiste est assise sur des faits, si l'évolutionisme de la matière organisée est basé sur une preuve expérimentale.
Car, en fin de compte, puisque nos adversaires traitent avec dédain ce qu'ils appellent notre « métaphysique », je ne vois pas pourquoi nous serions plus royalistes que le roi, et pourquoi nous n'exigerions pas de leur science ce qu'ils demandent à la nôtre.
Y a-t-il eu tout d'abord une ascension continue des êtres dans l'échelle animale? Cette conclusion, qui serait celle d'une vue superficielle de l'ensemble ne supporte pas l'examen lorsqu'on s'adresse aux détails.
Dans la faune primordiale, par exemple, les Trilobites n'apparaissent pas à l'état embryonnaire, mais dans toute leur vigueur et leur éclat.
Aucun évolutionniste ne niera le fait —
Structure interne de quelques bactéries.
d'ailleurs, il est évident, — mais il vous répondra qu'un jour ou l'autre nous tiouverons les espèces plus simples dont les Trilobites sont descendus.
Cette réponse est un cliché stéréotypé
Figure
montrant la complexité du protoplasma.
que la doctrine de l'évolution nous sert toutes les fois que nous n'avons pu trouver les espèces intermédiaires entre deux chaînons occupant les extrémités d'une série
animale.
Or, ces intermédiaires n'existent pas; en aucun cas, les géologues n'en ont trouvé.
Les Leçons de Paléontologieconformes au programme du baccalauréat ont coutume de montrer aux élèves un exemple de transformation des espèces en traitant de l'Histoire du cheval.
Les auteurs obligés d'aborder cette question saugrenue se sont ingéniés à montrer une filiation entre Y Hyracolhérium de l'iTocène, le Mésohippus du Miocène inférieur, Y Anchithérium du Miocène moyen, YHipparion du Pliocène, le Pliohippus du Pliocène supérieur, et enfin le Cheval actuel. La figure qui a la prétention de montrer cette descendance porte, en regard du pied de devant de ces différents animaux, les molaires correspondantes.
Le pied se simplifie peu à peu, tandis que la molaire se spécialise pour devenir une dent d'herbivore (i).
Si l'on niait entre les organes de ces animaux une sorte de ressemblance, ordonnée, pour ainsi dire, nous serions les premiers à reconnaître le mal fondé de cette négation, mais de là à conclure à une parenté entre ces espèces, bien plus, à une filiation, à une descendance constatée, il y a un abîme.
Le pied et la molaire ne sont pas tout dans un animal; or, le squelette montre
1 1 1 Nous donnons ici une série d'animaux quelque peu différente. Certains évolutionnistes la présentent parfois pour illustrer leurs théories. Inutile de faire remarquer que personne n'a jamais pu prouver une filiation, une descendance, même entre deux types rapprochés, et c'est précisément ce qu'il faudrait démontrer.
que nous avons affaire à des espèces absolument distinctes, et les types intermédiaires n'ont jamais été trouvés.
On les trouvera plus tard : cette rengaine, bonne à la rigueur pour les ascendants des Trilobites qui auraient été détruits par la chaleur des roches primitives, n'est plus de mise pour les terrains qui ri ont jamais été remaniés et dont les restes sont dans un état de conservation parfaite.
Bernardin de Saint-Pierre voyait dans les fossiles des « jeux de la nature », et les défenseurs de l'évolution, qui, avec raison, trouvent l'idée plaisante et simpliste, ne sont pas mieux inspirés dans leurs hypothèses : curieuse nature, en effet, qui, pour ennuyer l'esprit du paléontologiste moderne, a supprimé tous les intermédiaires!
Transformer une espèce en une autre,
Une cellule autonome avec son noyau.
il n'y faut pas songer, nous n'avons pas assez de temps devant nous, soit; mais alors montrez-nous une seule espèce évoluant lentement et progressivement dans la longue série des périodes géologiques. La science ne doit pas se payer de mots; lorsqu'elle édifie des hypothèses, son devoir est de les étayer sur des faits. A cette condition, et à cette seule condition, l'hypothèse est justifiée et on peut la tenir pour probable.
LE PROBLI ME DK I.A VIE
Chose plus remarquable encore, nous trouvons des espèces ayant traverse sans changements, sans variations importantes, non seulement une période géologique, mais toute la durée des âges, depuis le primaire jusqu'à nos jours.
Sur trois cent cinquante espèces de Trilobites ayant existé durant la longue période primitive, c'est à peine si dix d'entre elles présentent la trace d'une variation. Et encore ces variations, peu accentuées, s'atténuent-elles dans la suite pour arriver au type ancestral.
Souvent l'animal, loin de s'adapter au milieu qui change graduellement, périt dans sa descendance, et alors nous assistons à une véritable régression. Pourquoi, par exemple, existet-il encore des batraciens moins bien organisés qu'au temps du Carbonifère? Si les Oursins ont évolué, s'ils ont progressé, pourquoi en voyonsnous encore? Ceux qui nous restent sont même moins parfaits que leurs congénères primitifs.
Personne ne croit plus maintenant à l'influence du milieu qui crée l'organe, à la lutle pour la vie qui fait triompher le plus fort, à la sélection naturelle qui peu à peu crée les espèces. Les évolutionnistes les plus ardents ont abandonnées vieilleries, cesprincipessurannés auxquels des faits extrêmement nombreux donnent à chaque instant le plus cruel démenti.
Après avoir lâché Darwin, on est retombé sur Lamarck; après une descendance provenant d'une série linéaire unique, on s'est avisé de créer des séries distinctes évoluant séparément. C'est l'opinion de'M. Gaudry, qui le dit formellement dans ses Enchaînements du monde animal.
L'embryogénie, cette science nouvelle qui, au début, paraissait pleine de si belles promesses, n'a donné aucun résultat. L'œuf
Cellules de la levure vivante grossie i 3oû fois.
du mammifère, dans son évolution, ne passe jamais par l'état poisson ou par celui oiseau.
L'étude de l'instinct des animaux, celui de l'insecte en particulier, fournit encore à la théorie évolutionniste des objection^ que personne n'a réfutées.
Si nos lecteurs s'intéressent à ces questions passionnantes, je ne puis mieux faire que de les renvoyer à la magnifique série des Souvenirs Entomologiques de M. Fabre; il trouvera là contre le transformisme, condensés en des pages charmantes, une série d'arguments qui constituent le cauchemar des évolutionnistes les p'us convaincus.
Nous ne résistons pas au plaisir d'en citer un passage. Il s'agit du problème des Scolies, insectes Hyménoptères ressemblant aux Guêpes.
« Sous un autre aspect, le darwinisme a des démêlés avec les Scolies et leur proie.
Dans le tas de terreau que j'exploite pour écrire cette histoire, vivent ensemble trois genres de larves appartenant au groupe des Scarabéiens :
la Cétoine, l'Orycte, le Scarabée pentodon. Leur structure interne est à peu près pareille, leur nourriture est la même et consiste en matières végétales décomposées; leurs mœurs sont identiques: vie souterraine dans les galeries de mine fréquemment renouvelées, grossier cocon ovoïde en matériaux terreux. Milieu, régime, industrie, structure interne, tout est semblable, et cependant l'une des trois larves, celle de la Cétoine, fait avec ses commensales une disparate des plus singulières : seuleparmiles Scarabéiens, mieux quecela, seule dans l'immense série des insectes, elle progresse sur le dos.
» Si les différences ne portaient que sur quelques maigres détails de structure,
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Les ancêtres supposés du cheval d'après l'Ecole transformiste. (T es types roit reproduits à la même échelle.)
minutieux domaine du classificateur, sans hésiter on passerait outre ; mais un animal qui se renverse pour marcher le ventre en l'air et n'adopte jamais d'autre manière de locomotion, quoique ayant des pattes, de bonnes pattes, mérite certainement un examen. Comment la bête a-t-elle acquis sa bizarre méthode ambulatoire ? Pourquoi s'est-elle avisée de marcher à rebours des autres animaux?
» A de pareilles questions, la science en vogue a toujours une réponse prête : adaptation au milieu. La larve de Cétoine vit dans des galeries croulantes, qu'elle pratique au sein du terreau. Semblable au ramoneur qui se fait un appui du dos, des reins et des genoux pour se hisser dans l'étroit canal d'une cheminée, elle se ramasse sur elle-même, elle applique contre
la paroi du couloir d'une part le bout du ventre, d'autre part!sa forte échine, et de l'effort combiné de ces deux leviers résulte la progression! Les pattes, d'un usage très restreint, presque ""nul, s'atrophient, tendent à disparaître, comme le fait tout organe sans emploi. Le dos, au contraire, principal moteur, se renforce, se sillonne de robustes plis, se hérisse de grappins ou de cils; et graduellement, par adaptation à son milieu, la bête arrive à perdre la marche qu'elle ne pratique pas, et à la remplacer par la reptation sur le dos, mieux appropriée aux galeries souterraines.
» Voilà qui est bien. Mais alors, ditesmoi, je vous prie, pourquoi les larves de POrycte et du Scarabée dans l'humus, pourquoi la larve de l'Anoxie dans le sable, pourquoi la larve du Hanneton dans la
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terre de nos cultures n'ont-elles pas acquis, elles aussi, l'aptitude à marcher sur le dos? Dans leurs galeries elles suivent la méthode des ramoneurs, tout aussi bien que le fait la larve de Cétoine; pour progresser, elles s'aident rudement de l'échiné, sans être encore parvenues à cheminer le ventre en l'air. Auraient-elles négligé de s'accommoderaux exigences du milieu? Si révolution et le milieu sont cause de la marche renversée de l'une, j'ai le droit, à moins de me paver de mots, d'en exiger autant des autres, lorsque leur organisation est si voisine et le genre de vie identique.
» Je tiens en médiocre estime des théories qui, de deux cas similaires, ne peuvent interpréter l'un sans être en contradiction avec l'autre.
» Elles me font sourire quand elles tournent à la puérilité. Exemple: pourquoi le tigre a-t-il le pelage fauve avec des raies noires? Affaire de milieu, répond un maître en transformisme. Embusqué dans les forêts de bambous, où l'illumination dorée du soleil est découpée par les bandes d'ombre du feuillage, l'animal, pour mieux se dissimuler, a pris la teinte de son milieu. Les rayons du soleil ont donné le fauve du pelage; les bandes d'ombre en ont donné les traits noirs.
» là voilà. Qui n'admettra pas l'explication sera bien difficile. Si c'ét lit li causerie de table après boire, entre la poire et le fromage, volontiers je ferais chorus; mais, hélas! trois fois hélas 1 cela se débite sans rire, magistralement, solennellement, comme le dernier mot de la ScL-nce. Toussenel, en son temps, proposait aux naturalistes une insidieuse question. Pourquoi, leur disait-il, ies canards ont-ils une petite plume frisée sur le croupion? Nul que je sache ne répondit au malin questionneur, le transformisme n'étant pas encore là...
» Assez d'enfantillages. La larve de Cétoine marche sur le dos parce qu'elle a toujours marché ainsi. Le milieu ne fait pas l'animal; c'est l'animal qui est fait pour le milieu. A cette philosophie naïve, tout à fait vieux jeu, j'en adjoins une autre que Socrate formulait ainsi : Ce que j^ sais le mieux, c'est que je ne sais rien. »
Conclusion : La Science est obligée d'avouer son impuissance à expliquer par des transformations successives l'apparition des différentes espèces. A l'heure actuelle, le transformisme traverse une crise violente et tout fait présager qu'il ne s'en relèvera pas.