‹ D'où venons-nous?Chapitre 25 sur 85 · L'ESPRIT ET LA MATH RE · texte numérisé non relu

L'ESPRIT ET LA MATH RE

mêmes en atomes. Pour certains corps simples seulement, comme le mercure à l'état de vapeur, l'hélium, l'argon, etc.. la molécule est constituée par un seul atome de gaz. Ainsi la molécule d'eau est composée de trois atomes : deux d'hydrogène et un d'oxygène. La molécule de l'azote que nous respirons dans l'air est constituée de deux atomes qui sont chacun de l'azote. .Mais sous l'influence de certaines forces, électriques par exemple, tous les atomes peuvent être brisés en morceaux plus petits auxquels on a donné le nom de corpuscules.

Pour certains corps l'instabilité des atomes est la règle générale, c'est-à-dire qu'ils paraissent se dissocier facilement et laissent échapper leurs corpuscules; mais ces corpuscules sont eux-mêmes de nature très différente, les uns sont chargés d'électricité positive : ce sont les ions positifs; les autres d'électricité négative : ce sont les électrons. C'est ainsi qu'un gramme de radium contenant i 800 quintillions d'atomes projette constamment au dehors une masse d'ions positifs, dont la quantité est égale à 1 000 milliards par seconde. C'est une source d'énergie si considérable que les physiciens osaient à peine croire à ce phénomène inouï lorsqu'ils en firent la découverte.

Dans le cas du radium l'émanation recueillie décèle au spectroscope la présence d'un nouveau gaz bien connu :

l'hélium.

En i.5oo ans la moitié de notre gramme de radium serait complètement transformée. Après 10 000 ans il n'en resterait plus qu'un centième, et la quantité d'énergie que représenterait une telle transformation pourrait atteindre 5o millions de calories, c'est-à-dire qu'elle serait au moins un million de fois plus considérable que les quantités mises enliberté dans la plus énergique de toutes les combinaisons chimiques, comme celle de l'hydrogène et de l'oxygène pour former de l'eau.

Ces ions positifs qui paraissent constituer le noyau cent~al de tout atome sont assez mal connus, leur étude est difficile

et leur nature reste encore mystérieuse.

Il n'en est pas de même des corpuscules négatifs ou électrons. Ces derniers sont groupés en grand nombre autour des précédents, et des expériences tout à fait ingénieuses nous ont renseigné sur leur quantité, sur leur propriété, leur masse et leur rôle.

Le plus petit atome connu, celui de l'hydrogène, en contient 2coo; ils paraissent identiques dans tous les atomes et forment ainsi un des éléments constituants de la matière. Quant à sa masse, elle est si faible que nos moyens d'évaluation en fraction de gramme ne disent plus rien à l'esprit. Jugez plutôt par ces résultats, obtenus à l'aide de mesures électriques tout à fait précises.

Un litre d'hydrogène, qui ne pèse que 8 centièmes de gramme, contient 8g sext illions 840 quintillions d'atomes; une simple division montrerait que chaque atome d'hydrogène ne pèse que un trillonième de trillonième de gramme. Et comme chaque atome contient 2000 électrons négatifs, chaque électron à son tour pèse seulement un demi-oclillionième de gramme.

L'atome est donc en tout point comparable à une sorte de système solaire; « autour du soleil formé par l'ion positif gravitent en nombre considérable les électrons; il peut se faire que certains de ces électrons ne soient plus retenus dans leur orbite par l'attraction électrique du reste de l'atome et soient projetés en dehors, telle une petite planète ou une comète qui s'échappe vers les espaces stellaires. » Cette citation, que nous empruntons à M. H. Poincaré. peint bien le tableau que la Physique moderne se fait de la constitution de la matière.

Lorsqu'on creuse ce difficile problème, là ne s'arrêtent pas nos étonnements.

On avait autrefois déterminé la grandeur de l'atome et on était arrivé à se représenter l'atome comme une sorte de sphère de un deux millionième de millimètre de diamètre. Et maintenant que nous connaissons l'existence à l'intérieur de cette sphère

n'oi: VENONS-NOUS?

d'au moins 2000 corpuscules, nous avons pu nous faire une idée de la grandeur de ces corps gravitant avec une rapidité extraordinaire autour des ions positifs, noyaux de chaque atome. Leur diamètre est 60000 fois plus petit que l'atome, c'està-dire que la sphère idéale dans laquelle ils évoluent. Imaginez 2000 grains de plomb de un millimètre d'épaisseur seulement, effectuant des milliards de révolutions par seconde dans une sphère creuse de 60 mètres de diamètre, sans se heurter ni se gêner dans leurs mouvements, et vous aurez à une grande échelle un modèle de l'atome tel que nous le montre la Physique moderne, et vous comprendrez mieux aussi que, malgré sa légèreté, un tel atome puisse posséder une somme d'énergie incomparable.

Les nombres relatifs à la grandeur des corpuscules ainsi qu'à leur vitesse n'ont rien de fantaisiste. Ces vitesses sont certaines, car elles ont été parfaitement mesurées. Les rayons qu'on appelle cathodiques sont tout simplement constitués par un véritable déplacement d'électrons, de particules négatives qui, dans certains cas, s'échappent de l'atome. Eh bien! les mesures les plus précises ont accusé pour ces parcelles infimes de matière des vitesses qui ont varié entre 10000 et 25oooo kilomètres à la seconde, c'est-à-dire que ces vitesses sont de l'ordre de grandeur de celle de la lumière. Mais, chose plus étrange, les phénomènes les mieux constatés semblent prouver que ces particules, en fait de matière, n'entraînentquedel 'électricité. La masse ou la quantité de matière d'un corps n'existerait pas en dehors de sa quantité d'électricité; en d'autres termes, la matière elle-même serait de l'électricité purement et simplement, et toutes les propriétés de la matière se réduiraient à des propriétés électriques.

Tel est le dernier mot de notre Science sur la constitution de la matière; « il semble, dit M. Brunhes, que plus nous avançons dans l'examen minutieux des dernières particules de la matière, et plus

nous voyons reculer devant nous l'espoir de comprendre la matière ».

Et, devant ce mystère de l'infiniment petit, on se rappelle involontairement cette phrase de Pascal : « Il pensera peut-être que c'est là l'extrême petitesse de la nature. Je veux lui faire voir là-dedans un abîme nouveau. Je veux lui peindre non seulement l'univers visible, mais l'immensité qu'on peut concevoir de la nature, dans l'enceinte de ce raccourci d'atome. Qu'il y crée une infinité d'univers, dont chacun a son firmament, ses planètes, sa Terre, en la même proportion que le monde visible. »

Ainsi, bien que nous n'ayons pu encore comprendre dans tous ses détails le mécanisme des actions qui engendrent les différents phénomènes matériels, nous avons fait depuis quelques années un grand pas en avant dans ce qu'on appelait autrefois l'unité des forces physiques.

En dernière analyse tout se ramène au mouvement ; sans doute l'énergie utilisable diminue, elle se dégrade, mais la somme de cette énergie demeure constante. C'est elle qui, en se transformant, produit des phénomènes en apparence très diversifiés.

Nous allons essayer de donner au lecteur une idée de l'échelle sur laquelle on peut les répartir.

Imaginons une tige élastique d'acier serrée dans un étau; écartons-la de sa position et faisons-la vibrer lentement d'abord, puis de plus en plus vite. Que va-t-il se produire?

Dès que nous aurons atteint le nombre de 32 vibrations à la seconde, l'air ébranlé donnera à notre tympan auditif un choc que nous apprécierons sous la forme d'un son grave, le plus grave qu'on emploie en musique.

Augmentons graduellement le nombre de vibrations de notre tige d'acier, nous allons entendre toutes les notes de la gamme; mieux que cela, toutes les notes de toutes lesgammes accessibles à l'oreille humaine. La gamme moyenne s'étagera entre 517 et 1034 vibrations. Dans l'intervalle de ces deux do, nous rencontrons le la d'orchestre,

l'esprit de la matilre

le fameux la du Conservatoire, celui dont vous vous servez pour régler vos instruments, violons ou pianos, et qui vous est donné par les diapasons en vente chez les éditeurs de musique.

Ce la a toute une histoire, trop longue pour être rapportée ici ; qu'il vous suffise de savoir qu'en vertud'un décret en date du 16 février l85û, tous nos diapasons doivent donner un la normal émettant 870 vibrations par seconde.

A partir de 7000 vibrations environ, l'oreille est douloureusement impressionnée, les sons deviennent très aigus, et on ne les emploie plus en musique que chez les sauvages. Et si nous dépassons 32768 vibrations par seconde, l'oreille humaine ordinaire n'entend plus rien, la limite des sons perceptibles est atteinte.

La gamme s 'étendant au delà, jusqu'à 34 milliards de vibrations, n'affecte aucun sens humain. Nous sommes dans la région des ondes électriques que notre corps ne peut percevoir, mais qui sont sensibles vers un milliard de vibrations, aux récepteurs des appareils de télégraphie sans fil. Ce sont les ondes hertziennes, du nom du physicien Hertz qui les a découvertes et mesurées pour la première fois.

De 34 milliards de vibrations à 35 trillions s'étend une nouvelle région que la

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Echelle des vibrations les plus élevées d'après leur longueur d'onde.

Physique n'a pu explorer : les ondes comprises dans cet intervalle correspondent certainement à des phénomènes définis, mais nous en ignorons la nature.

Nous approchons maintenant des ondulations lumineuses, qui sont visibles pour notre oeil dans un intervalle étroit comprenant depuis 450 jusqu'à 750 trillions de vibrations par seconde; elles vont du rouge au violet et embrassent toutes les couleurs de l' arc-en-ciel.

En deçà du rouge, les ondes sont calorifiques, elles ne sont pas perçues par l'œil, mais par notre sens du toucher. Au moyen de thermomètres très sensibles, les physiciens ont pu explorer la région calorifique sur une grande étendue.

Au delà du violet et à partir de 75o trillions de vibrations, les ondes sont décelées par les plaques photographiques, maisnotre œil ne les perçoit plus.

Atteignons 4 trillions de vibrations, nous voilà de nouveau plongés dans une série d'ondes inconnues dont la fonction nous échappe. Lesrayons X, découverts par Rœntgen, ne commencent qu'à 288 quatrillions de vibrations pour finir vers 2 quintillions de vibrations environ.

Si donc notre rétine, au lieu d'être sensible à des longueurs d'ondes beaucoup plus basses, était adaptée pour cette région des rayons X, les couleurs nous seraient

) In fm rouge

\Sfintre visible Ultra violet

inconnues, et ce que nous verrions de la nature serait un étrange tableau. La forme du corps humain se réduirait au squelette des individus, les forêts seraient transparentes, seule la sève des arbres resterait visible comme des fontaines congelées; nous serions obligés pour nous garantir des regards indiscrets de logerdans de véritables maisons de cristal ou de verre à base de plomb que les rayons X ne traversent pas et, pour nous permettre de voir au dehors, nos vitres seraient en bois.

Et si nos yeux étaient accommodés pour des vibrations encore plus hautes dans cette échelle sans fin, comment nous apparaîtrait le monde extérieur? Nul physicien ne peut le dire ni mêmele soupçonner.

Notre science s'arrête impuissante devant le mystère. C'est lui que nous rencontrons partout et toujours au bout de toutes nos investigations. Il ferme toutes les avenues de la pensée; c'est toujours

lui que nous apercevons derrière toutes nos découvertes; comme l'horizon sous les pas du voyageur égaré, les limites de nos connaissances reculent sans cesse et l'infini nous en sépare toujours. Pauvres savants qui côtoient les mystères dans toutes leurs recherches et qui reprochent à la philosophie et à la religion révélée d'en contenir quelques-uns!

Puisque pour l'instant nous ne pouvons aller plus avant, faisons le bilan de nos connaissances; notre domaine est assez vaste pour que nous puissions nous y mouvoir à l'aise, et ce qu'il nous est permis d'explorer est suffisant pour nous ravir et provoquer notre enthousiaste admiration.

L'étude de la Physique nous a montré que tout, dans l'ordre matériel, se ramène au mouvement. Les régions inconnues

Tube de (Irookes servant aux rayons X

rencontrées dans cette gamme ascendante qui s'achemine rapidement des vibrations sonores aux rayons électriques, calorifiques, lumineux, chimiques, pour aboutir finalement aux ondes hertziennes, ces régions inconnues, dis-je, dont nous soupçonnons l'existence, mais dont nous ignorons le rôle, seront peut-être découvertes un jour; c'est le champ ouvert aux explorateurs de l'avenir. Quelles surprises les attendent? Nous ne savons encore, mais, n'en doutons pas, le principe de l'unité des forces physiques ne sera pas altéré, le mouvement sera le terme final de toutes les investigations.

L'intérêt de la Science serait donc d'analyser ce mouvement, principe de toui? Bon gré mal gré, nous voici ramenés aux questions de métaphysique déjà posées au chapitre V.

Laissons les philosophes chercher une bonne définition du mouvement, et passons outre.

La question qu'il nous reste à traiter est d'une tout autre importance et nous allons voir que le physicien avec son expérimentation ne nous sera d'aucune utilité. Nous avons vu que les sons de la gamme, par exemple, sont compris dans une certaine échelle de vibrations.

Si notre diapason vibre à moins de 32 oscillations par seconde, nous n'entendons rien. Au delà de 33ooo, rien encore. Dans l'intervalle, le son est perceptible. Or, ce son, qui, en dehors de notre oreille, est un mouvement, comment le percevons-nous?

Prenons le diapason émettant le la normal : 870 vibrations mécaniques sont transmises par seconde à notre tympan; celui-ci les passe aux fins organes de l'oreille moyenne, marteau, enclume, étrier. L'oreille interne commence; l'étrier appuyé sur la fenêtre ovale met en mou-

l'esprit et la MATH. RE

vement le liquide du limaçon; les libres de Corti — ou d'autres ramifications — entrent en branle, et les nerfs, véritables fils électriques, emportent à la cellule cérébrale cette impression reçue.

Voilà qui va bien. Nous avons fait de l'anatomie, aucune transmission ne nous a échappé. Mais si vous avez suivi les raisonnements précédents, vous avez dû con-

Vibration enregistrée par un appareil donnant le la normal.

dure que, des 870 vibrations émises par le diapason, aucune ne s'est perdue en route. La cellule du cerveau les a toutes reçues.

A l'origine, à la source, ces vibrations étaient du mouvement. En quel état arrivent-elles? Je ne sais trop au juste, mais sûrement à l'arrivée, c'est encore du mouvement, tout comme au départ. Cherchez, retournez le phénomène, analysez-le, la Mécanique vous interdit de trouver dans l'appareil récepteur autre chose que dans l'appareil transmetteur, c'est de l'énergie, dégradée tant qu'il vous plaira, donc du mouvement moléculaire.

Alors, dites-moi, comment se fait-il que ce mouvement se change en son ? Un la au départ, encore une fois, c'est une série de mouvements, c'est un son extérieur, ou plu-

tôt c'est la cause du son : mais un la à l'arrivée, c'est autre chose ; vous ne le percevez pas comme un phénomène mécanique. La preuve, c'est que vous avez eu recours à d'ingénieuses expériences pour analyser sa cause en dehors de vous et l'effet produit ne lui ressemble plus. Vous n'entendez pas les vibrations, mais une note de musique, le la normal. Doublez les vibrations, vous ne doublez pas le la que vous entendez, car le la que vous entendez c'est le la de l'octave suivante; un la doublé, triplé, ou réduitde moitié, un demi-/a n'aurait aucun sens pour vous. Et les différents la pervus, entendus, ne ressemblent en rien aux causes extérieures qui les ont fait naître. Il y a donc en vous des phénomènes qui ne sont pas réductibles aux phénomènes matériels, aux phénomènes mécaniques. Que ceux-ci les provoquent, soit ; mais les uns et les autres ne peuvent être confondus; ils sont de nature différente. Dans cet ordre d'idées, la Physique n'explique plus rien, et vous êtes obligés d'avouer que ce qui entend, ce nest pas la cellule ni le cerveau, mais quelque chose qui sent lorsque lacellule est ébranlée, et ce quelque chose qui sent ne peut être matériel ni étendu, encore une fois; car ce n'est pas résoudre le problème que de reculer indéfiniment le terme où, quoi que nous fassions, nous serons forcés d'aboutir.

Faites la même constatation pour la lumière, et vous vous rendrez compte que la sensation du rouge, ce n'est pas un nombre de vibrations déterminé.

En augmentant sans cesse le nombre de vibrations, vous ressentirez successivement de l'orangé, du jaune, du vert de l'indigo et du violet; sensations très différentes et irréductibles les unes aux autres.

Il en est de même pour toutes les sensations. Le phénomène interne ne ressemble donc en rien à sa cause. L'ébranlement de la cellule est la condition de la sensation, il ne l'explique pas; il ne pénètre pas le secret de cette chose nouvelle et différente que vous constatez sans le secours d'aucune expérience.

En un mot, quand vous senttz, vous

l/OU VENONS-NOUS .'

ne confondez pas le sujet qui sent, et qui n'est autre que vous, avec votre oreille, avec votre œil, avec vos cellules cérébrales; il y a en votre être quelque chose de plus que le corps, c'est ce qui sent, et cette substance qui sent et qui fait partie de votre moi, nommez-la comme vous voudrez; moi je l'appelle ame, et le mot ne fait rien à la chose.

Aux temps de Platon, d'Aristote, de saint Thomas, de Leibnitz, les philosophes étaient aussi bien outillés qu'aujourd'hui pour résoudre ce problème; les savants actuels discuteront pour savoir si, dans le limaçon de l'oreille, l'onde acoustique est transmise par tel ou tel organe; maisnoussavonsquelemécanismeimporte peu. Il aboutirait fatalement à être perçu par quelque substance immatérielle, inétendue. Ce principe qui sentest un cauchemar pour le matérialiste ; c'est aussi la bête noire des évolutionnistes, pour lesquels la matière et les forces physico-chimiques devraient suffire à tout expliquer.

Une cellule végétale qui naît par hasard d'une combinaison de différents éléments; des éléments qui, par des forces inconnues mais toujours moléculaires, en arrivent à trouver un « truc » différant du voisin pour s'agencer de façon à se reproduire, à se transformer, à donner toute la série qui sépare le microbe — simple cellule végétale — du grand cèdre, c'est un peu dur; mais, à la grande rigueur, admettonsle pour un instant. Si la vie a été végétale d'abord, nous savons que peu après elle a fait un pas de plus, qu'elle est devenue animale; c'est-à-dire que des êtres sont nés qui ont eu des sensations, qui ont vu, qui ont entendu, qui ont éprouvé de la douleur. Quel est celui qui a commencé? Je l'ignore; mais je sais qu'il y a eu un premier animal qui a senti. Était-il formé d'une cellule unique ou composé d'un agrégat de cellules? Peu importe!

Simplifions le problème et prenons une cellule unique : Pourquoi cette cellule, dérivée, d'après l'évolutionnisme, du règne

végétal, s'est-elle mise un beau jour à sentir? Elle y est arrivée peu à peu; elle a traversé, dit-on, tous les degrés, depuis l'inconscience jusqu'à la conscience (i).

Lorsqu'un savant me raconte de pareilles balivernes, je lui ris au nez. Il se moque de la pensée, il prend des mots pour des réalités. Inconscience veut dire négation de la conscience. Passer insensiblement de la non-conscience à la conscience reviendrait à imaginer qu'on peut arriver petit à petit du néant à l'existence. Cela est-il possible? Oui ou non, tout est là!

On réplique en disant que la conscience appartient à la matière et qu'elle se développe peu à peu dans une évolution lente, mais continue. A tout prendre, j'aimerais mieux cela, mais, hélas! la difficulté, pour être reculée, n'en subsiste pas moins, car on est fatalement conduit à une autre impasse dont on ne sort plus.

La matière étant divisible et actuellement divisée en atomes — même en corpuscules, — on est forcément obligé de doter chacun d'eux d'une conscience.

Une cellule aura donc autant de consciences que d'atomes ou de corpuscules.

Imaginez-vous un ensemble de petites consciences formant une grande conscience? J'ai beau essayer de concevoir ce phénomène, non seulement sa signification m'échappe, mais je ne puis l'imaginer; au nom de l'évidence, ma raison se cabre.

Une conscience ne peut sentir pour autrui; une conscience qui centralise d'autres consciences élémentaires, cela ne veut plus rien dire!

Laissons les monistes déguiser leur ignorance sous une avalanche de mots, habiller des outres gonflées de vent avec des étoffes aux couleurs criardes; laissons-les se débattre dans un bourbier fangeux où ils s'enfoncent tous les jours.

La Science, encore une fois, ne consiste pas dans une série d'escamotages. Pour

(i) Le mot conscience ici, comme dans la suite de ce chapitre, est pris dans un sens très défini, il est synonyme de « fait de sentir », d* « état de sentir. »

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