‹ D'où venons-nous?Chapitre 26 sur 85 · E>PR!T ET LA MATH. RE · texte numérisé non relu

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tout esprit sain, un principe qui sent est forcément immatériel, donc inétendu; il exige une création spéciale, il ne saurait passer du néant à l'existence sans le secours de Celui par qui tout a été fait.

A côté de phénomènes communs à l'animal et à l'homme, prennent place chez nous d'autres faits irréductibles à la sensation. Tels sont les actes d'intelligence et de volonté. Les premiers seuls vont retenir pour l'instant notre attention.

On dit et on répète sur tous les tons que l'animal est un être intelligent, c'est une grave erreur : on détourne le mot intelligent de son sens propre. L'animal sent comme nous; peut, comme nous, associer des sensations par le môme mécanisme cérébral, être capable de mémoire. Tous ces phénomènes s'expliquent sans l'intervention d'une faculté supérieure à la sensation. Lesactesqui,chezlui, nous paraissent les plus complexes peuvent toujours s'expliquer par une série de sensations consécutives et liées par une association organique. Ce n'est pas le lieu de développer cette pensée, mais nous insistons sur ce fait que l'animal est incapable d'apercevoir les rapports entre les choses et incapable de dégager ce rapport des sensations perçues. Voici, par exemple, deux étendues égales, deux triangles; l'animal les voit comme moi; ces deux triangles éveillent chez lui, comme chez moi, deux sensations de couleur, par exemple.

Mais tandis que l'animal n'ira pas plus loin, l'homme est capable d'une autre opération; il juge de la ressemblance de ces deux triangles; non seulement dans son esprit existent deux représentations égales de triangles, mais à cela s'ajoute autre chose : la ressemblance qu'il constate.

— Sensation, direz-vous.

— Point du tout. Deux triangles, deux figures peuvent être représentées, imaginées, dessinées, puisqu'il s'agit d'espace; dessine; donc une ressemblance ou une différence?

Le rouge et le violet vous procurent deux sensations diverses; si vous vous

rendez compte de la différence, si vous la formulez nettement dans votre conscience, vous ajoutez auire chose, vous portez un jugement, VOUS émettez une idée : votre esprit est donc capable d'autre chose que de sensation.

Il ne faut donc pas confondre ces deux faits irréductibles dont l'un, la sensation, est un acte purement passif, tandis que le jugement, essentiellement actif, témoigne d'un sujet totalement différent de l'animal.

Alors que les sensations, le souvenir, les actes de mémoire ne se peuvent imaginer sans travail cérébral, sans une action organique, sans dépense d'énergie, il n'a jamais été prouvé que la perception des rapports entre les choses, nos jugements, la pensée, en un mot, dans son action centrale, nécessairement simple, en dépende en aucune façon. « En ce for intérieur, a-t-on dit avec raison, il n'y a plus rien de la matière du corps, de l'organisme, plus rien de tout ce qui est étendue et multitude. C'est sans cet organe qu'on pense, disait Aristote; cette haute proposition est demeurée inébranlable et vraisemblablement pour qui saura l'entendre ne sera jamais ébranlée. »

On comprendra mieux maintenantpourquoila philosophie spiritualiste n'admettra jamais la théorie transformiste appliquée au tout de l'homme.

Damé me que le monisme ne sait comment passer du néant à l'être, de l'inconscience à la conscience, du monde inorganique au monde sensible, de même la doctrine de l'évolution est radicalement impuissante à expliquer le passage de l'animal qui sent à l'homme qui pense. L'àme de l'homme n'a aucun rapport de filiation, de parenté, avec le principe qui sent chez l'animal.

La raison humaine arrivée à ces sommets comprend alors toute la profondeur de cette pensée qui termine, dans la Genèse, l'œuvre des six jours :

Puis Dieu dit : « Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance. »

Et c'est là aussi qu'aboutit la Science humaine.

TABLE DES MATIÈRES

Fntr idi ci ion. — Les quatre Enigmes

Cm api ire I. — L'Univers et les Mondes

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