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CHAPITRE PREMIER

CERVEAU ET INTELLIGENCE

Dans la première partie de cet ouvrage, nous avons abordé la question des origines et nous avons mis la Science en demeure de nous fournir une réponse à cette première énigme :

Nous avons examiné toutes les théories cosmogoniques et nous avons constaté que la Science ne saurait se passer d'une Cause première.

La Science humaine, la Physique aussi bien que la Mécanique, proclame hautement son existence.

C'est Dieu qui, « au premier jour », a créé le mouvement, cette vibration dont nous avons étudié les effets.

« Dieu dit : Que la lumière soit, et la lumière fut », et la Science moderne nous a montré cette création Longtemps avant celle du Soleil.

Après avoir entrepris l'étude de la formation du Soleil et de la Terre, nous avons assisté à l'éclosion de la vie.

Et nous avons demandé à la Science d'où provenait la Vie : mais la Science n'a pas répondu.

A peine a-t-elle balbutié lorsqu'ellea voulu nous expliquer son mécanisme; comment éluciderait-elle le mystère de son origine?

On a prétendu que la cellule primitive.

par ses transformations multiples, adonné naissance, durant la longue série des âges, à tous les végétaux, à l'humble lichen comme aux grands cèdres; aux animaux qui peuplent les terres et les océans, aux vibrions comme aux mammouths.

Cette doctrine s'appelle l'Évolution, et les théories qu'elle a fait naître s'appellent le Lamarckisme et le Darwinisme.

Eh bien ! a-t-on progressé depuis Darwin et depuis Lamarck?

Laplace était un grand astronome, il ne reste rien de son hypothèse sur la formation des mondes, l'idée première d'une nébuleuse initiale n'était même pas de lui. Et cependant, c'est encore sa théorie qu'on enseigne dans nos établissements d'enseignement secondaire I

Darwin et Lamarck, dans un autre ordre d'idées, il faut le reconnaître, ont été de grands savants. Or, les naturalistes modernes ont été plutôt embarrassés le jour où, au pied de leur statue.il a fallu avouer que la Science, elleaussi, a tellement évolué que le transformisme tel qu'il avait été conçu n'est plus qu'un mythe à peine bon pour les candidats au baccalauréat.

A chaque instant, la Science brûle ce qu'elle avait adoré. Chaque année, ses adeptes entassent les faits destinés à ruiner les plus belles hypothèses.

Ce système du Transformisme, nous

Ql II SOMMES-NOUS!

l'avons vu aux prises avec des difficultés de toutgenre; nouslui avions demandé de nous expliquer la variation des espèces, et, de guerre lasse, ses adorateurs eux-mêmes ont avoué qu'ils n'en avaient pas encore trouvé le mécanisme.

Fidèles à leurs principes, les transformistes avaient annoncé à grand fracas que l'homme dérive du singe.

Hélas! nous verrons bientôt que les faits se sont encore chargés de donner à l'hypothèse le plus cruel démenti. Personne ne croit plus à celte filiation. La Science a

Corps str/é-Êff

Glands

Bulbe.

dogme avec les doctrines scientifiques, n'ont pas hésité à admettre une descendance simiesque du corps de l'homme.

Sans doute, disaient-ils, tout l'Homme ne vient pas de l'animal. L'âme a été créée par Dieu; mais pourquoi notre corps ne dériverait-il pas d'un mammifère déjà évolué, du singe, par exemple ?

Telle est la question que nous allons étudier ensemble. En supposant même que le singe et l'homme, d'après certaines doctrines contemporaines, dérivent l'un et l'autre d'un ancêtre commun, la Science J^_____^. peut-elle, à ce sujet, nous fournir des preuves sans réplique?

Tous les jours, les recherches préhistoriques ramènent à la surface du sol des hommes ayant vécu longtemps avant les civilisations connues.

Si l'homme et le singe ont un ancêtre commun, nous devons, en exhumant leurs restes, voir se combler peu à peu l'abîme qui, au point de vue anatomique, les sépare actuellement.

En est-il ainsi?

...Couche ofottaue

Cervelet

Coupe du cerveau dans le sens horizontal.

démontré qu'il faut laissera des vulgarisateurs sans vergogne le soin de justifier par des procédés sans nom celte épithète :

« nos ex-parents les singes ».

Le grand public, celui qui lit, celui qui pense, n'a pas les moyens de réfuter semblables doctrines. Devant les travaux les plus disparates, toujours de seconde main, il ne sait où puiser ses renseignements. La technique l'ennuie, la vulgarisation le trompe. Voilà pourquoi j'ai voulu annexer au premier volume de D'où venons-nous une seconde partie dans laquelle nous traiterons des problèmes de notre origine.

Aux plus beaux tempsdu transformisme, des écrivains catholiques, pour allier le |

On le voit, les questions

que soulève ce nouveau

problème sont aussi passionnantes que les

premières étudiées au commencement de

cet ouvrage.

Je serais presque tenté d'avouer qu'elles offrent pour nous un intérêt plus considérable, puisqu'elles nous touchent de plus près.

Qu'on ne s'y trompe point; je n'ai nullement l'intention d'écrire un manuel d'Archéologie préhistorique (i). Cette nouvelle science est l'une des plus difficiles à étudier. Elle suppose un ensemble de connaissances

(i) Je ne saurais trop recommander aux lecteurs que la question intéresse la lecture du Manuel d'Archéologie préhistorique de M.J. Déchelette. Alphonse Picard, éditeur, rue Bonaparte, Paris.

CERVEAU ET INTELLIGENCE

rarement réunies chez un même individu : elle est un sanctuaire fermé aux profanes.

Sans vouloir en explorer les moindres recoins, il ne m'a pas paru trop audacieux, toutefois, d'avancer sur le seuil et de vous faire connaître les conclusions de ceux qui pénètrent plus avant.

Au préalable, une incursion dans un domaine à côté, celui de laphysiologie,me paraît tout à fait nécessaire pour mettre le lecteur à même de juger les différentes pièces du procès.

Les circonvolutions cérébrales et le cervelet. i Vus de côté.)

Nous avons vu au dernier chapitre de D'où venons-nous que la sensation suppose un sujet sentant, et le jugement un sujet qui pense, un être distinct de la matière.

Ce sujet, nous l'avons appelé Ame.

C'est notre àme qui, finalement, voit, entend, ressent les impressions, veut, commande les mouvements du corps, pense, juge, se détermine à l'action.

Or, nous savons, à n'en pas douter, que les impressions sont transmises au cerveau au moyen de filets nerveux, comparables en plus d'un point aux fils télégraphiques.

C'estau cerveau qu'aboutissent en dernier ressort les nerfs du corps humain. Mais le cerveau estune masse énorme, compliquée.

Les physiologistes y distinguent le bulbe, sorte de faisceau où les nerfs viennent s'entre-croiser. Ceux de la moitié droite du corps — tronc, bras et jambes — en sortent par la gauche et inversement.

L'anatomie moderne, grâce à des méthodes extrêmement ingénieuses, ne s'est pas arrêtée en si bon chemin : elle a suivi, dans la masse supérieure de l'encéphale, le trajet des différentes impressions. Après des relais divers, toutes les impressions

ressenties qui sont du mouvement (i; sont reçues dans les deux hémisphères cérébraux; c'est là que s'accomplit le phénomène de la sensation. Ce ne sont pas nos yeuxqui voient, ilsse bornentàtransmeitre l'impression reçue; la rétine est affectée d'un certain mouvement qui, lui, se transmet de proche en proche et aboutit finalement à des cellules déterminées de l'hémisphère cérébral. Les cellules vibrent, elles sont affectées, et, chose mystérieuse, inexplicable : nous voyons une couleur.

Tant qu'il y a un mouvement matériel, la Science explique tout ; mais ce qu'elle ne saurait expliquer, pas plus que l'ignorant, c'est le passage du mouvement au phénomène psychique.

Le mot psvehique employé par tout le monde, même par les positivistes, n'est au fond qu'un aveu d'ignorance. Point n'est besoin d'être physiologiste pour comprendre quelle différence radicale existe

(ij Le mécanisme de ce mouvement moléculaire est encore mal connu. Certains physiologistes ne sont pas éloignés de croire que l'influx nerveux est de nature électro-chimique.

QUI SOMMES-NOUS

entre un mouvement matériel et une perception de couleur.

Au xvii* siècle, on avait très bien compris qu'il fallait, pour recevoir l'impression, un sujet, une âme; et il était tout naturel, croyait-on, de rechercher la place de l'âme dans le cerveau.

Le raisonnement paraissait bon. Les nerfs transportent les impressions au cerveau; à partir de ce dernier terme de leur arrivée, nous sentons. Mais, pour sentir, il faut un objet distinct de la matière, une âme; donc l'âme réside dans le cerveau.

Et on se mita chercher où l'âme pouvait bien siéger.

Descartes, consulté, la plaça dans une sorte d'excroissance occupant la partie centrale du cerveau et connue sous le nom de glande pinéale. La trouvaille ne fut pas heureuse, et la physiologie moderne a démontré que si les impressions ressenties aboutissent toutes aux hémisphères cérébraux, les centres de perception sont cependant placés à des endroits différents suivant leur nature : il y a un centre visuel, un centre auditif, etc. De même, si vous êtes piqué à la main ou à la jambe, l'impression sera transportée à tel ou tel endroit de l'hémisphère cérébral.

Au point de vue anatomique, le problème résolu est merveilleux et la chirurgie l'utilise; mais, au point de vue psychique, la question s'embrouille, et je vais le démontrer facilement.

Les nerfs sensitifs, qu'ils aboutissent à l'œil, à l'oreille ou à la main, ont tous la même nature, chacun d'eux véhicule du mouvement. Les cellules du cerveau, que les nerfs relient à l'œil, à l'oreille, à la main, sont, elles aussi, absolument identiques; rien jusqu'ici du moins ne peut nous faire supposer le contraire. Alors, comment expliquerez- vous la différence des résultats? Ici, c'est une cellule qui vibre, et vous avez la perception de couleur ;là, c'est une cellule semblable à la première qui provoque une sensation de son; ailleurs, une troisième cellule vibrera, et vous aurez la sensation d'une douleur, une piqûre, par exemple. Evidemment, ces cellules iden-

tiques n'occupent pas la même place, et c'est précisément là qu'est le mystère.

Si l'on pouvait transplanter une cellule auditive à la place d'une cellule visuelle, comme on greffe la queue d'un rat sur le nez de son voisin, il serait curieux de connaître le résultat. Peut-être verrions-nous des couleurs lorsqu'on nous jouerait une partition de Faust, et, inversement, un beau paysage se traduirait par une douce symphonie.

La physiologie elle-même nous enseigne donc que nous ne pouvons espérer localiser l'âme dans telle ou telle partie du cerveau.

Il y a beau temps que les philosophes spiritualistes avaient énoncé semblable proposition.

Puisque c'est notre âme qui perçoit et que notre âme est immatérielle, donc inétendue, la question de localisation n'a pas de sens. Autant vaudrait essayer de localiser, c'est-à-dire de situer dans l'espace, la notion de triangle ou l'idée de circonférence. Ce qui est immatériel n'est pas dans l'espace. Notre âme est là où elle agit. Ne m'en demandez pas davantage, je ne saurais vous répondre. Nouspouvons admettre à la rigueur que l'âme agit habituellement par l'intermédiaire du cerveau, mais elle n'est pas localisée seulement dans cet organe.

La physiologie nous donneencored'autres enseignements. Pour que nous ressentions des sensations, il n'estpasdu tout nécessaire que l'impression parte des organes sensoriels. Je puis imaginer et voir un paysage tout en fermant les yeux : c'est le phénomène de la mémoire. Dans ce cas, le mouvementaffectelescellulesseulesducerveau, sans s'irradier infailliblement jusqu'à la rétine. De même, le musicien pourra imaginer mentalement un air déjà entendu.

Il y a plus : Si nous avons écouté une partition musicale alors que nos yeux contemplaient une scène quelconque, un décor, toutes les fois que cet air sera joué devant nous en d'autres circonstances, il suscitera

<:erveau et intelligence

en nous la sensation du décor et de la scène primitive : c'est ainsi que s'expliquent les associations de sensations.

Physiologiquement, rien de plus naturel:

une partie de notre cerveau ne peut vibrer sans affecter le reste de la masse. C'est par un phénomène analogue que nous pensons à la fois une foule de choses distinctes et disparates. On comprend dès lors qu'un cerveau sain et bien constitué est la condition nécessaire de l'action complète de notre âme.

Vous avez bien compris ma phrase : Je ne dis pas que la sensation est l'acte du cerveau, j'ai dit et je répète que, pour sentir, il nous faut un cerveau. L'homme est ainsi constitué:

le mouvement du cerveau est une condition nécessaire de la sensation.

Abordons maintenant une question plus délicate. Nous avons vu dans la première partie de cet ouvrage (i) que la pensée ne saurait seramenerà la sensation. Nous sommes

donc conduits à rechercher le mécanisme de la pensée. Notre âme peut percevoir des sensations et les utiliser pour en créer des idées générales : c'est précisémentle propre de l'intelligence.

Mais une idée ne peut être localisée, c'està-dire située dans l'espace ; donc il est absolument faux que notre intelligence soit localisée dans le cerveau.

Dites que nous avons besoin du cerveau pour imaginer et que nous ne pouvons penser sans user d'images, cela va bien ; mais, de grâce, ne répétez pas avec certains physiologistes modernes que l'intelligence est située dans la région antérieure des hémisphères cérébraux; c'est un non-sens. Pour n'avoir pas compris cette distinction, cer-

(i) D'où venons-nous ? ch. xi.

tainssavants sont tombés dansleplusgrand dédale de contradictions.

Si le cerveau était le siège de l'intelligence, ce mot étant pris dans le sens vague que n'ont pu encore définir les psycho-physiologistes, on concevrait qu'un gros cerveau dût en contenir davantage : et c'est bien en fait, ce que ces messieurs voudraient nous enseigner.

Leurs théories, hélas! sont loin d'être confirmées par les expériences, et nous allons en parler.

Des études sur la capacité crânienne ont

G&rnde

Coupe du cerveau et du cervelet dans le sens vertical.

été faites autrefois par Broca. Au moyen ç\t ce procédé, le célèbre physiologiste arrivait à démontrer que la classe prolétarienne est beaucoup plus intelligente que la classe aisée, mais cela n'avait pas été sans effort. et l'anecdote vaut la peine d'être contée.

Broca avait à sa disposition des crânes du xiie siècle, trouvés dans un caveau voûté et scellé, squelettes ayant probablement appartenu à une classe privilégiée; il avait encore une série de crânes provenant de la fosse commune de l'ancien cimetière des Innocents, et enfin une série de crânes contemporains,

Une première mensuration conduisit aux résultats suivants : la population aisée avait une plusgrosse capacité encéphalique quela population pauvre, et cette capacité avait augmenté — pour les Parisiensdu moins —

QUI SOMMES-NOUS

dans la classe aisée, depuis Je xne siècle.

Pour celui qui est au courant des méthodes employées dans ces mensurations, méthodes variables suivant les physiologistes et toutes arbitraires, la suite de l'histoire n'aura rien d'extraordinaire.

Vingt-cinq ans s'étaient à peine écoulés que Broca s'aperçut de son erreur : il reprit le cubage de ses crânes, et les derniers résultats détruisirent les premiers.

Entre les sépultures particulières comtemporaines et la sépulture aristocratique du xue siècle, aucune différence sensible. Mais si l'on comparait la fosse commune et les sépultures particulières, la première avait l'avantage, et il fallait conclure que l'accroissement de la capacité crânienne s'était manifesté du xne au xix* siècle, non dans la classe aisée, mais dans la classe prolétarienne.

Les méthodes de Broca sont maintenant surannées; on en a imaginé d'autres, tout aussi mauvaises, d'ailleurs, et c'est pitié de voir des savants de valeur, ou cotés comme tels, se fier à des procédés aussi arbitraires pour soumettre à leur épreuve la capacité des boîtes crâniennes dont le cerveau n'existe plus depuis longtemps.

Prenons des exemples plus récents : soumettons les différentes races à cet' examen de la capacité crânienne, nous en verrons bien d'autres. Tout compte fait, certains anthropologistes nous annoncent que les hommes à capacité supérieure ne sont pas du tout les Européens, mais... je vous laisse deviner... les Esquimaux! Viennentensuite tous les représentants de la race jaune. Nous voilà bien, et je comprends que le « péril jaune » ne soit pas un vain mot!

D'autres auteurs, il est vrai, sont d'un avis différent et nous rassurent un tant soit peu.

D'après eux, ce sont les Auvergnats qui tiennent le record. Spécimens très purs de la race celtique, ces derniers sont bien supérieurs aux Parisiens, mélangés de Celtes et de Kymris. Que les Auvergnats, cependant, ne prennent pas acte de ce fait pour trop s'enorgueillir : leur capacité crânienne, leur intelligence conséquemment,

n'est pas supérieure à celle des nègres de Mélanésie ou du centre de l'Afrique.

Alors, à quoi sert l'évolution progressive ?

Mais, répondra-t-on, il y a quantité et qualité, comme il y a fagot et fagot; il faudrait tenir compte du poids, par exemple. C'est un nouveau facteur qu'il convient d'examiner, et l'expérience a été faite.

On a dressé pour des Européens adultes le tableau suivant, qui donne le poids moyen du cerveau :

Pour 1 57 Écossais on a trouvé 1 417 grammes.

28 Anglais —

460 Bavarois —

5o Français —

167 Français —

425 Anglais —

244 Italiens —

Pourquoi les Écossais tiennent- ils le record, et pour quelle raison les Italiens arrivent-ils bons derniers ?

Les uns auraient-ils moins d'intelligence que les autres?

On avouera sans peine que ce sont les Européens et les Américains issus d'Européens qui ont fait faire à la science ses plus merveilleux progrès, mais si l'on voulait juger de l'intelligence des peuples par le poids du cerveau, là encore Américains et Européens seraient battus par les Chinois.

Si, des peuples, nous passons aux particuliers, nous allons trouver les mêmes indications saugrenues.

Le cerveau de Cuvier était d'un poids énorme, 1 83 1 grammes; celui du poète Tourgueniew, de 2020 grammes. Au rapport de Baldinger, le cerveau de Cromwell pesait 2 229 grammes, et celui de lord Byron 2 238. Bismarck arrive ensuite avec un magnifique cerveau : 1 965 centimètres cubes!

Tout cela est très bien et confirme la théorie, mais les exceptions sont, hélas 1 aussi nombreuses. Dans les classes peu instruites, il n'est pas rare de trouver des capacités et des poids surprenants.

Un manœuvre a donné 1 925 grammes; un briqueteur, 1 900 grammes. Il est vrai qu'il ne faut pas confondre instruction et

CERVEAU ET INTELLIGENCE

intelligence; mais comment expliquer le cas du cerveau d'un épileptique qui pesait i <S3o grammes? Les aliénés eux-mêmes offrent souvent des exemples de cerveaux très développés.

Faut-il aussi rappeler le cerveau de Gambetta, qui réservait une bien désagréable surprise à ses admirateurs ? Celui qui avait inventé la formule : « Le cléricalisme, voilà l'ennemi! » n'avait pas fait preuve d'une grande intelligence, si on le juge par un critérium cher à ses amis.

Son cerveau n'aurait même pas eu la moyenne de l'encéphale des Fiançais, puisqu'il ne pesait que i i("»o grammes.

La conclusion, c'est qu'il n'y a vraiment pas un rapport constant et absolu entre l'intelligence et le poidsou le volumedu cerveau. Dans toutes les races et à toutes les époques, le volume de l'encéphale a oscillé autour d'une moyenne qui, elle, paraît constante.

Cette moyenne semble être déterminée pour les différentes

espèces animales. Chez le gorille, par exemple, la moyenne du cerveau est de 53o centimètres cubes, alors que chez l'homme elle est de i 5oo environ.

On comprend très bien qu'un volume minimum soit nécessaire à un être intelligent pour exercer ses facultés. Le rendement d'une locomotive ou d'une auto, voire même d'un aéroplane, n'est pas complètement dépendant du chauffeur et du mécanicien.

La meilleure preuve nous en est fournie par les progrès accomplis dans l'aviation.

11 y a quelques années, on avait l'idée

Le nain Sntaun et sa sœur Fathma,

à côté d'une bouteille.

Smaun, 17 ans. — Hauteur, o",52. Poids, 5 kilos.

Fathma, iS ans. — Hauteur, o",55. Poids, 6 kilos

très nette des conditions que doit remplir une machine pour voler, et le problème du plus lourd que l'air n'a été résolu que du jour où l'on a pu réaliser un moteur assez léger et assez puissant pour animer l'aéroplane.

De même, l'âme ne peut exercer ses

facultés intellectuelles sans le cerveau, je

veux dire sans un cerveau organisé pour

recueillir les impressions et les coordonner.

Il doit y avoir une limite minimum :

quelle est-elle? Nous

ne le savons pas.

Si l'on rencontre des fous possédant un gros cerveau, on en trouve beaucoup ayant un tout petit cerveau et tout autant avec un cerveau moyen. On peut posséder un volume extrêmement abaissé du cerveau, tout en vaquant aux occupations habituellesde la vie courante, sans encourir le titre d'imbécile. Témoin un certain nombre de nains de la plus petite espèce, comme le général Tom Pouce, qui géraitfortbiensespropriétés en Amérique; le gentilhomme polonais Barwilowski, doué d'une remarquable intelligence; le nain] Bébé; l'Indien acrobate Smaun, sa sœur Fathma et beaucoup d'autres.

Les naturalistes, qui, volontiers, font dériver l'homme et le singe d'un ancêtre commun, se voient fort embarrassés lorsqu'ils prétendent trouver dans nos ancêtres fossiles des types plus rapprochés de ce fameux ancêtre qu'on n'a jamais aperçu 1 Songez donc : ces hommes qu'on se plait à nous représenter comme des sauvages misérables antérieurs à leurs congénères actuels de l'Australie, ces hommes couverts

iO

QUI SOMMES-NOUS

de poils comme les singes des forêts et qui devraient tenir le milieu entre l'ancêtre du singe et l'homme civilisé, ces Pithécanthropes qu'on veut nous montrer dans les

Tète d'Européen.

L'angle facial est très ouvert.

cavernes où gisent*leurs ossements, tous ces types fossiles ont des boîtes crâniennes pour la plupart supérieures en capacité à celles des Parisiens que vous rencontrez chaque jour sur le boulevard.

Et si, comme le prétendent certains partisans du transformisme, l'homme préhis-

Tête d'Egyptien.

Angle facial moyen,

torique remontait à des centaines de milliers d'années, que devient le grand principe de l'évolution ?

Et ce sont ces savants qui veulent nous faire croire au développement lent mais

continu, à l'évolution progressive de la masse encéphalique!

Etcomment, dansce système, expliquerat-on qu'en règle générale le cerveau de l'homme est plus pesant que celui de la femme?

Alors que le cerveau d'un enfant masculin pèse en moyenne 33 1 grammes à la naissance, celui de la petite fille ne pèse que 283 grammes. Il y a égalité de poids à l'âge de sept ans : les deux cerveaux pèsent i 140 grammes. A partir de ce moment, le cerveau du garçon s'accroît plus vite, si bien que finalement, à l'âge adulte, on constate que le cerveau de l'homme pèse 100 grammes de plus que celui delafemme.

Est-ce que les matérialistes penseraient que la petite fille, vers l'âge de sept ans,

Tête de Hottentot.

L angle facial est plus petit que chez l'Européen.

a la valeur intellectuelle du garçon, mais que l'intelligencede l'homme est bien supérieure à celle de la femme?

J'en appelle à toutes mes lectrices pour se coaliser contre cette doctrine.

On a fait aussi grand cas de l'angle facial. La notion de cet angle a, d'ailleurs, varié suivant les époques.

Au premier abord, il est facile de distinguer un représentant de la racecaucasienne, un Européen, d'un type de race nègre. Chez le premier, la lace est verticale, tandis qu'elle est plus ou moins oblique chez le second. Traçons une droite depuis le conduit auditif jusqu'au bord tranchant des incisives : de ce dernier point, menons une seconde ligne jusqu'à l'endroit le plus saillant du front,

CERVEAU ET INTEI I U.ENCE

nous aurons déterminé l'angle facial. Cet angle varie de 90 à 70 degrés chez l'homme, et il est d'autant plus grand, dit-on, que l'individuest plus intelligent, maislàcncore les exceptions sont tellement nombreuses que vraiment on ne saurait établir de règle.

Bon gré mal gré, il nous faut revenir aux conclusions de l'école spiritualiste :

Le cerveau est un simple organe au service d'un principe intellectuel complètement indépendant et hors de l'atteinte

directe des physiologistes. On mesure la boite crânienne, mais l'instrument destiné à mesurer l'intelligence n'est pas encore inventé.

Le singe a un cerveau avec des lobes aussi compliqués, aussi contournés que ceux de l'homme. Et cependant le singe n'est pas intelligent; l'intelligence n'est donc pas fonction exclusive du cerveau, donc elle est distincte du cerveau et c'est précisément ce qu'il fallait démontrer.

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