‹ D'où venons-nous?Chapitre 39 sur 85 · SB · texte numérisé non relu

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LES PLUS ANCIENS VESTIGES DE L HUMANITÉ

trinc a eu les plus funestes résultats pour la morale publique et particulière. »

Ces belles paroles ont été prononcées le 10 juillet 1909 par M. G. Hervé, à l'occasion du cinquantenaire de la Société d'anthropologie; elles indiquent nettement le résultat où doit, pratiquement, nous conduire l'athéisme.

Le peuple, en effet, comme l'enfant, est plus logique qu'on ne le voudrait croire. Il ne se fait jamais faute de mettre en action l'étonnante morale qu'on lui prêche depuis l'école voltairienne du xvme siècle.

Or, si vraiment la décadence est la fin de toutes les nations matérialisées, n'y aurait-il pas lieu de nous poser une question de toute première importance au sujet des peuples primitifs? En exhumant leurs restes, ne sommes-nous pas trop souvent en présence d'un état de dégradation qui aurait succédé à des civilisations parfois très avancées?

Admettons un instant que le plateau central de l'Asie puisse être regardé comme le berceau de l'humanité, 'il n'y a rien d'illogique à supposer qu'avec l'accroissement des peuples, la diffusion se soit faite par rayonnement pour ainsi dire, chaque tribu émigrant peu à peu vers différentes régions du globe.

Ainsi se seraient formées de véritables vagues humaines qui auraient envahi à une époque lointaine les contrées où nous retrouvons leurs restes.

La Bible nous enseigne que tous les hommes sont dérivés du couple adamique créé par Dieu dans un grand état de perfection, mais elle ne nous dit pas quel a été le sort de toute sa descendance.

La Science proclame hautement la communauté d'origine de l'espèce humaine, mais là s'arrêtent ses conclusions; elle se tait elle-même sur la façon dont les différents peuples ont évolué.

Que sous les influences diverses d'un climat plus ou moins meur-

trier, dans la lutte contre les éléments au milieu d'une nature souvent inhospitalière, le corps de l'homme ait subi, durant le cours des âges, d'importantes modifications, cela n'offre rien que de très naturel, et le contraire serait tout à fait inadmissible.

De nos jours encore, nous pouvons constater de profondes différences dans la constitution du squelette, suivant que l'homme fréquente les plaines ou habite les pavs de montagne.

Xe voyons-nous pas le peuple basque former pour ainsi dire une sorte de tache au milieu des Européens? Le squelette d'un Français est-il semblable à celui d'un Esquimau ou d'un Australien?

Et dans nos civilisations actuelles, ne portons-nous pas les tares anatomiques de nos professions : le corps d'un facteur rural ressemble-t-il à celui d'un boulanger?

On doit tenir compte de toutes ces considérations, lorsqu'on aborde l'étude de la préhistoire.

Types du pays basque.

QUI SOMMES-NOUS.'

A l'époque chelleenne (i) où nous allons remonter, les conditions du milieu étaient fort différentes de ce qu'elles sont aujour-. d'hui. Nous avons vu qu'à la fin de l'époque tertiaire D'où venons^nous ? p. 101), pour des raisons qui nous échappent, au climat chaud du miocène a succédé dans nos régions une période extrêmement froide.

A ce moment, d'immenses glaciers descendent en Europe à des latitudes très basses, et le phénomène présente des intermittences inexplicables.

D'ailleurs, au dire des géologues les plus

Europe pendant la seconde époque glaciaire. iPlioccne.)

compétents, des périodes glaciaires auraient eu lieu à toutes les époques géologiques, depuis le secondaire, mais comme leur étude est peu avancée, nous continuerons à dater la première du Pliocène.

Le Pliocène se termine surunephase interglaciaire ayant suivi la deuxième période. (Voir le tableau synoptique.) La température se relève notablement et Y éléphant méridional apparaît dans nos régions.

L'époque quaternaire débute par une troisième extension des glaciers. C'est la plus importante que la Science ait enregistrée. Dès sa disparition, nous voyons revenir en Europe toute la tlore et la faune des pays chauds.

n) Les premières traces de l'humanité ont été découvertes à Chelles (Seine-et-Marne) ; de là le nom de chelleenne donné à cette période.

L'éléphant méridional réapparaît dans nos contrées; nous trouvons ses restes souvent associés à ceux d'un énorme rhinocéros.

La fusion des glaces donne alors naissance à d'immenses fleuves semblables à ceux du Nouveau Monde : leurs crues fréquentes charrient d'énormes quantités d'alluvions et leurs rives sont peuplées d'hippopotames beaucoup plus forts que ceux de nos espèces actuelles. Leurs ossements seretrouventaussi bien en Angleterre qu'en France et en Italie.

Au milieu d'une végétation tropicale où poussent à profusion les lauriers, les figuiers et la vigne sauvage, se cachent les plus redoutablescarnassiers ; l'ours des cavernes, au front bombé et au crâne volumineux; l'hyène des cavernes, de la même espèce que l'hyène tachetée, ce régal cynégétique des chasseurs de l'Afrique australe; le mâchairodus, sorte de tigre gigantesque, l'un des plus redoutables ennemis des peuples primitifs. A côté d'eux vivent des hôtes plus paisibles, comme le cerf mégaceros, dont les bois atteignent jusqu'à trois mètres de développement; de grands castors, des bisons au dos arqué, ancêtres des spécimens actuels de la Lithuanie et du Caucase.

C'est au sein de cette nature luxuriante que nous allons retrouver les premiers vestiges de l'humanité dans nos régions.

Évidemment l'homme a dû de tout temps se servir d'instruments en bois, mais, à raison de leur nature, ces objets n'ont pu arriver jusqu'à nous.

Transportons-nous donc à cette époque de nos arrière-ancêtres. C'est au coin d'une prairie fertile, sur les bords d'un grand lleuve, que nous retrouvons les premières familles humaines.'

Dans l'atmosphère imprégnée d'humidité, sous les ardeurs d'un soleil tropical, l'homme éprouve à peine le besoin de se couvrir. Comme aux peuplades actuelles de l'Australie, une hutte de branchages lui sert de demeure; abri bien faible contre les bêtes féroces qui pullulent dans la forêt voisine.

Aussi le voyons-nous, l'homme chelléen, passer des heures entières à tailler les ins-

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(rumen ts qui suppléèrent à sa faiblesse native.

Ses armes, elles sont là à sa portée sur les berges du fleuve torrentiel. La dernière crue a roulé et déposé des monceaux de graviers : pierres dures, blocs de grès ou de quartz, galets siliceux.

I l'un coup adroitement donné, l'homme va détacher d'un silex les éclats qu'il façonnera ensuite à loisir.

Les retouches habiles que nous rencontrerons beaucoup plus tard, l'homme chelléen ne les connaît pas.

liment de résine pour l'avoir mieux en main. La chair ne lui manque pas, les animaux sont énormes, mais il en prendra les meilleurs morceaux — car la gourmandise est déjà son faible! Il apprécie les mets délicats; cous charnus ou cuissots bien fournis.

De son arme tranchante, il ouvre le> crânes pour en extraire le cerveau, il fend les os des jambes pour se délecter de leur moelle.

La propreté lui est inconnue, et à côté de sa demeure, ainsi qu'en témoignent nos trouvailles, c'est un véritable charnier.

L'hippopotame, qu'on retrouve actuellement sur le bord de certaines rivières africaines,

habitait autrefois nos pays.

Pour lutter contre les fauves des grands bois, il lui faut d'énormes pierres tranchantes; il en fabrique de toutes sortes; coups-de-poing, larges comme la main, longs de près d'un pied; ils sont taillés à grands éclats; tantôt rappelant les haches de nos bûcherons, tantôt façonnés en forme de coins triangulairesou delancespointues.

Les manches de bois sont encore inconnus, mais l'ingéniosité de l'intelligence humaine y a suppléé.

Voyez ce chasseur rapportant ses pièces de gibier; parmi les éclats siliceux, il a vite distingué ceuxqui seront le plus appropriés à la préparation de son festin. Voici un bloc de petite taille qu'il enduit partiel-

A grands coups de silex, il fait maintenant jaillir des étincelles, car depuis longtemps sans doute il connaît l'usage du feu pour la cuisson de ses aliments.

Au milieu de cette nature sauvage, dans ces merveilleuses conditions climatériques, l'homme chelléen n'a que deux préoccupations : se défendre et se nourrir.

Il a des fruits en abondance; dans la journée, la chasse lui procure distractions et gibier, et, le soir venu, il allume de grands feux pour éloigner les fauves de la forêt.

Telle est la vie de l'homme primitif.

On s'est plu à représente^ notre premier ancêtre caché au fond des cavernes, couvert de peaux de bêtes, toujours cannibale et

QUI SOMMES-NOUS! t

anthropophage avec des instincts de brute. Rien de ce que nous avons retrouvé dans l'industrie la plus ancienne ne peut légiti-

Un campement dans une forêt.

mer jusqu'à présent de semblables assertions.

Combien dura la période chelléenne, aucun géologue ne saurait nous répondre; mais ce que nous savons, c'est qu'à un moment donné le climat de l'Europe s'adoucit singu'ièrement.

Des chutes abondantes de neige et de

grandes pluies rafraîchissent l'atmosphère, les grands fauves ne disparaissent pas complètement : l'homme est toujours obligé de lutter contre l'hyène et l'ours des cavernes.

Notre tigre actuel a remplacé le féroce mâcha irodus; les représentants d'une faune nouvelle annoncent l'approche d'une période plus froide : c'est le cheval dont l'homme fera sa principale nourriture; c'est le rhinocéros à narines cloisonnées; c'est le mammouth enfin qui remplaceral'éléphant méridional. Ce dernier, avec l'hippopotame, émigré vers des régions plus hospitalières.

D'où viennent les nouveaux arrivants? Des contrées moins chaudes, sans doute; car nous retrouvons des restes de mammouths, parexemple, surtoutdansles portions septentrionales de l'Europe.

Ils voyagent par troupes nombreuses sur les steppes glacés. C'est là que le froid de la période suivantelessurprendra. Pendant des centaines de siècles leur chair et leur toison laineuse se conserveront, pour le plusgrand plaisir des naturalistes.

Quelle surprise, en effet, lorsqu'en 1799 et plus tard, en 1846, les savants découvrirent dans les glaces de la Sibérie des cadavres congelés de mammouths en parfait état deconservation ! Certaines régions en contenaient de si grandes quantités qu'on les eût prises pour de véritables cimetières.

On ne manqua pas une si b:lle occasion. Quelle aubaine pour la science... et pour le commerce surtout!

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La statistique accuse depuis deux cents ans une importation annuelle supérieure à cent paires de défenses de mammouths sibériens! Plus de quarante mille morceaux d'ivoire fossile, c'est un joli chiffre!

' >n avait déjà les aquarelles peintes avec [a sépia des bélemnites du secondaire, les amateurs d'antiquités peuvent maintenant se payer leluxed'objetsartistiques fabriqués avec de l'ivoire fossile.

Pendant cette période qualifiée d'ac/ieu. Icenne (1) par les archéologues, l'homme est obligé de s'accommoder aux conditions nouvelles du climat. 11 ne lui suffit plus de

Hache en silex taillé.

(Période chellcenne.)

se nourrir et de se défendre des bêtes fauves; la vie aura pour lui d'autres exigences; s'il

(i) De Saint-Acheul (Somme).

QUI SOMMES-NOUS

veut résister aux intempéries, il lui faudra des vêtements.

L'homme acheuléen prépare des peaux de bête avec des instruments nouveaux, ainsi qu'en témoigne son outillage : racloirs et perçoirs. En même temps ses armes se

Hache en silex taillé.

(Période chelléenne.)

perfectionnent. La taille en est faite avec plus de soin et les outils sont plus légers. Leur longueur dépasse rarement six centimètres; le galbe de l'instrument est régulier; les éclats sont mieux utilisés et certains possèdent déjà de fines retouches.

En même temps, les formes se multiplient : ce sont des disques circulaires, des racloirs, des pointes de toutes sortes. Les bords, autrefois sinueux, deviennent rectilignes et plus tranchants.

Partout la lutte pour l'existence fait progresser l'art et l'industrie.

Au début du xixe siècle aucune trouvaille n'était venue nous dire ce qu'était l'homme paléolithique ancien.

SOMMES-NOUS

Squelette d Elèphas primig (Mammouth contemporain Je quelques races anciennes.)

Lamarck était mort en 1829 et Darwin ne devait ressusciter et améliorer l'hypothèse évolutionniste que trente ans plus tard, en écrivant l'Origine des espèces.

La thèse de ce naturaliste serait-elle vérifiée par les découvertes de la paléontologie encore bien peu avancée? Ses partisans n'en doutaient pas.

Pour l'homme, en particulier, la théorie de la descendance aboutissait forcément à la conquête d'un pithécanthrope quelconque, d'un être ni homme ni singe, mais participant des deux à la fois.

N'avait-on pas exhumé déjà, près du Puy, sur le tîanc méridional du volcan de Denise, en 1844, les restes d'un être qui paraissait réaliser quelques-unes de ces conditions?

Les débris étaient enfouis dans des blocs de tuf volcanique ferrugineux; ils se composaient de deux os frontaux, d'une partie de la mâchoire supérieure, ces pièces ayant appartenu à deux sujets d'âges différents, et de quelques ossements d'une importance beaucoup moindre. Ces restes, insuffisants pour une reconstitution, montraient néanmoins un homme à front bas et fuyant, aux arcades sourcilières très développées, un type assez laid, en somme, et à figure bestiale.

Malheureusement, pour la théorie et bien

que les ossements fussent accompagnes dans la même couche des restes d'un rhinocéros du quaternaire ancien, il était très difficile de se prononcer sur l'âge, même relatif, des débris humainsou anthropoïdes. Il fallait attendre bien plus tard pour retrouver des types analogues ayant vécu à l'époque moustérienne.

D'ailleurs, les caractères ostéologiques du crâne de Denise ne sont pas une exception, même à l'heure actuelle, chez certains peuples dégénérés, chez les sauvages australiens plus particulièrement, nous le constatons chaque jour.

Vous vous rappelez l'histoire légendaire de l'Anglais venant en France pour la première fois et rencontrant à son arrivée une femme aux cheveux couleur de feu. Il s'empressa aussitôt d'inscrire en toutes lettres sur son carnet que toutes les Françaises étaient rousses.

Certains archéologues pratiquent quelquefois cette méthode; et de ce qu'ils ont découvert un crâne en tel endroit, ils sont trop souvent portés à généraliser et à croire qu'à une même époque tous les hommes étaient bâtis sur le même type dans le monde entier.

Nous avons vu combien de nos jours il est difficile d'enfermer dans une formule unique les caractéristiques du crâne hu-

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main; actuellement toutes les formes se rencontrent ; pourquoi, durantecs périodes paléolithiques, les races n'auraient-elles pas déjà été diversifiées?

Et, en fait, la première trouvaille opérée après celle de la Denise se chargea de montrer combien est admissible l'hypothèse que je viens d'énoncer. Je dirai plus : pendant toute la durée des temps préhistoriques, nous pouvons vérifier cette assertion, à savoir qu'à chaque époque il y a eu simultanément des races très différentes les unes

nous ne serions que d'arrière-cousins des singes. — Soit; acceptons cette nouvelle thèse pour un instant.

Soyons galants et imitons le général de Saxe qui, au commencement de la bataille de Fontenoy, s'écriait : « .Messieurs les Anglais, tirez les premiers! »

A notre tour, disons aux darwinistes modernes : « C'est vous, Messieurs, qui prétendez détruire nos anciennes croyances; nous som mes les naïfs, vousêtes les savants ; l'homme, dites-vous, n'est qu'un animal

Silex taillés de la période acheuléenne.

des autres; la loi actuelle ne semble pas avoir varié.

En i863, M. Cocchi recueillait un crâne à i5 mètres de profondeur dans une argile bleue lacustre de la vallée de l'Arno, en amont de Florence. Ce crâne appartenait à un sujet — féminin probablement — ayant vécu pendant la période chelléenne ou tout au moins acheuléenne. Voilà donc l'un des crânes les plus anciens que l'on connaisse.

,Si vraiment nous descendons du singe, c'est sur ce crâne que nous devrons trouver les preuves de la théorie. J'ai dit que les naturalistes actuels ont changé la formule,

perfectionné; en remontant assez loin dans le passé, nous devons nous rapprocher de la branche originelle qui a fourni les deux rameaux de la descendance simiesque et humaine. Les caractères, communs primitivement, se sont peu à peu dégradés, si bien que maintenant il n'en reste presque plus trace. Il demeure évident toutefois qu'en remontant ces rameaux d'une façon parallèle, nous verrons apparaître davantage ces caractères communs. En un mot, dites-vous, et pour tout simplifier, plus nous nous éloignerons de l'époque actuelle, plus nous observerons une dissemblance avec nos types modernes, et plus nous

QUI SOMMES-NOUS

retrouverons — ceci est capital — des caractères propres aux singes.

» Je n'ai rien exagéré, c'est bien ce que vous prétendez? Alors voici une véritable occasion de vérifier vos doctrines. Nous sommes en présence d'un des crânes les plus anciens que nous ayons découverts; son authencité n'est mise en doute par personne, ni par vous ni par nous, alors, Messieurs, tirez les premiers, montrez-nous

Crâne de Tibury.

vos sublimes découvertes, constatez vousmêmes. »

Eh! oui, les darwinistes ont constaté... mais, pour une fois où l'occasion était superbe, ils n'ont vraiment pas eu de chance.

La femme de l'Arno, sans être une beauté, avait le front droit et large, les yeux rapprochés, les arcades sourcilières à peine indiquées ; bref, tout rappelle en elle le type humain actuel.

Nous allons retrouver d'autres crânes fort différents, il est vrai, mais qu'est-ce que cela prouve, sinon ce que je disais tout à l'heure, que, à toutes les époques, suivant les différences du milieu, des habitudes, des mœurs, des souches de races, il y avait des types déjà nombreux.

Passons rapidement sur certaines trouvailles faites en Angleterre, à Tilbury, près de Londres; à Bury Saint-Edmunds (Suffo'k ; en Saxe, à Tauback; à Krapina, en Croatie, où on recueillit une ample moisson de restes humains que le Dr Klaatsch place à ia période chelléenne alors que M. Déchelette penche pour le moustérien; arrivons à une découverte récente qui a fait quelque bruit.

Je veux parler de la mâchoire d'Heidelberg, gisant à 24 mètres au-dessous du s ol

et trouvée par Mauer, dans un dépôt de sable, en 1907.

Ce serait là, actuellement, la plus ancienne relique humaine.

Elle était associée à des restes d'animaux qui ont permis de la dater. Quel que soit le nom qu'on adopte pour la couche de gisement, il faut se rappeler que les géologues allemands ne font pas commencer le quaternaire au même moment que les Français, et la mâchoire a été trouvée dans un terrain correspondant très probablement à notre chelléen.

Quoi qu'il en soit d'ailleurs de l'âge relatif de la découverte, devant les caractères particuliers de cette mâchoire inférieure, on se ressouvint du Pithécanthrope etl'on prétenditque l'une complétait l'autre admirablement.

Mais une particularité ennuya nos théoriciens : c'est que, si cette mandibule est trop solidement charpentée, si le bas de la mâchoire est rejeté en arrière, les dents qu'elle nous montre n'ont rien de commun avec celles d'un singe ou d'un animal.

De l'aveu de tous les naturalistes, la dentition est caractéristique de l'individu ; c'est

Mâchoire humaine trouvée près d'fleidelberg, à Mauer, en igoj.

même un moyen infaillible en classification ; or, les dents de la mâchoire de Mauer, quoique un peu grosses, sont franchement humaines.

Cette conclusion a été corroborée par l'étude qu'en a faite M. Siffre, professeur à l'École de chirurgie dentaire et particulièrement compétent sur ce sujet : « Entre les dents de la mâchoire de Mauer, écrit-il, et les dents du singe, même le plus voisin, il

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y a autant de différence qu'entre la molaire de l'herbivore et la sécante du carnassier. »

Ainsi, l'individu de Mauer, dont nous n'avons que la mâchoire inférieure, est vraiment un homme et non un singe ou un Pithécoï.le voisin du singe.

Quelques différences ostéologiques ne suffisent pas pour creuser un abîme ni même un simple fossé entre l'homme actuel et cet antique représentant de la race humaine.

En 1888, on avait aussi découvert dans le comté de Kent en Angleterre, à Galley- Hill, une race d'hommes datant à peu près de la même époque et dont les caractères offraient une physionomie bien différente.

Les ossements montrent un crâne élevé, un front bien convexe, ainsi que des formes se rapprochant beaucoup plus de nos races modernes européennes. X'empèchequel'homme

de Galley-Hill, par ** Un éléphant.

certains autres côtés, rappelait ses voisins de Tilbury et de Bury Saint-Edmunds.

Qu'on veuille bien songer à la difficulté des communications en ces temps reculés, à la fréquence malaisée du mélange des races, et on comprendra aussitôt comment nous devons trouver des types fort différents quoique vivant à la même époque.

Et voilà tout ce que nous avons découvert de l'homme paléolithique ancien!

C'est peu, vraiment! — si peu qu'on a bien le droit de s'étonner des vastes conclusions qu'en tirent certains savants.

Hantés par cette idée préconçue que l'homme descend du singe ; qu'il doit nous apparaître dans le passé avec des caractères

le rapprochant, pour le moins, des singes fossiles; que notre ancêtre n'était alors qu'une malheureuse brute dérivant d'un état plus dégradé, les évolutionnistes ne voient dans les découvertes qu'ils font que les particularités destinées à soutenir leur théorie. Ils ferment sciemment les yeux sur tous les caractères beaucoup plus importants et plus typiques.

Il ne faut pas confondre la logique particulière avec la logique générale, et, je ne saurais trop le répéter, les conclusions de certains savants ne sont pas toujours celles de la Science.

Amenez-moi un animal qui parle, un singe qui ait l'idée de prendre un galet, de le tailler, de l'aiguiser, de le transformer en flèches, en haches, en couteaux ; un singe qui dépèce proprement une proie; qui ait l'idée de faire du feu, de cuire ses aliments, enunmotquifasse ce quefontles êtres intelligents ; un animal qui, placé au point de vue corporel dans des conditions manifestes d'infériorité, trouve dans sa nature propre les ressources nécessaires pour ne pas succomber dans la lutte avec de féroces adversaires; un animal qui, par les seules forces de son intelligence, puisse arriver à se perpétuer au milieu d'une nature hostile et toujours matériellement supérieure à lui, je me demanderai sérieusement si les gibbons ne sont pas nos ex-parents, et, répétant le mot de Louis Figuier, « je confesserai que je ne suis qu'un orang-outang revu et augmenté ».

Trêve de sottises et de vaines affirmations. La vérité, la voici, telle que nous la donnent les découvertes récentes : Si nous cherchons à nous faire une idée de l'homme du pléistocène ancien, nous trouvons en

QUI SOMMES-NOUS

certains endroits un individu de taille moyenne, souvent petite comme celle de l'Esquimau, un individu fortement charpenté, avec une tête plus ou moins allongée d'avant en arrière, un visage auquel nous ne sommes pas habitués, en raison du front fuyant, des arcades sourcilières très développées et du menton mal dessiné.

Mais, à côté et ailleurs, vivent d'autres races, dont le front est plus élevé et plus droit, la tête plus convexe ]en avant, les

arcades sourcilières à peine indiquées, avec un menton rappelant nos races européennes.

Et quand de nouvelles découvertes viendront s'ajouter à celles que nous possédons, nous serons à même de constater qu'à cette période lointaine de la préhistoire la terre était peuplée d'un grand nombre de races possédant, tout comme aujourd'hui, des caractères propres bien tranchés et nettement humains.

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