‹ D'où venons-nous?Chapitre 41 sur 85 · L HOMME DES CAVERNES · texte numérisé non relu

L HOMME DES CAVERNES

Diisseldorf et Ebberfeld, sur la rive droite de la Dùssel. Les ouvriers qui démolirent la caverne avaient jeté les débris du squelette dans un ravin.

C'est là qu'on les recueillit, mais jamais

Crânes de Néanderthal.

(Vu de face) (Vu de profit.)

un homme compétent n'avait vu le squelette en place. Aucun reste fossile d'animal ne l'accompagnait, si bien que, ni géologiquement ni stratigraphiquement, on ne pouvait définir l'âge de ces ossements humains.

Malgré cela, les caractères de ce crâne parurent si exceptionnels que l'on n'hésita pas à en faire une race à part, la race ne'anderthaloïde : arcades sourcilières très développées, front bas et fuyant, crâne très allongé d'avant en arrière. Les autres parties du squeletteindiquaient un homme de petite taille — im,6o environ — mais de vigueur peu commune.

Quant à la capacité crânienne, elle fut l'objet des plus ardentes discussions. Les uns concluaient à i 220 centimètres cubes, tandis que d'autres s'en tenaient à 1 i5o au minimum. Pruner-Bey pensaitque ce crâne était celui d'un idiot; R. Wagner émettait l'opinion qu'on avaitsimplement découvert une tête de Hollandais moderne, alors que V. Mayer penchait pour un cosaque.

Ring en faisait une espèce nouvelle, et de Quatrefages avec Hamy y voyaient simplement une race déjà connue, avec des caractères particulièrement développés. On apprit plus tard que de Quatrefages avait probablement raison.

En attendant, la querelle s'envenimait, et il faudrait plus d'un gros volume pour résumer les trente mémoires parus sur la question.

Finalement, Virchow, dans une étude magistrale, montra que les particularités du crâne du Néanderthal étaient dues à des causes pathologiques : carie des os provenant d'une blessure à la tête, maladie de la dure-mère, rachitisme, etc. A constater une telle diversité d'opinions, on serait tenté d'écrire tout au long les tribulations de l'homme de Néanderthal, auxquelles on pourrait d'ailleurs ajoutercellesdel'hommedeCannstadt, dont l'histoire est plus curieuse encore. En 1700, à la suite de la découverte d'une dent d'éléphant au pied d'une muraille romaine, le duc Eberhard Ludwig de Wurtemberg fit exécuter des fouilles près de Cannstadt. On exhuma d'abord quelques vases romains et des fragments de dents d'éléphants, puis, plus bas, des ossements dé mammouths, d'ours et

Anthropophage des iles Salomon.

QUI SOMMES-NOUS

Débris de machoire trouvés

Mâchoire de la Naulette {Belgique).

d'hyènes des cavernes. Le tout fut transporté au musée de Stuttgard.

M. S. Reissel, ostéologisteéminent, dans son rapport sur les fouilles, insista sur Yabsence complète de restes humains, et les mémoires qui suivirent n'en parlèrent pas davantage. Ce ne fut que 1 35 ans plus tard que le Dr Jauger apprit au monde savant étonné la stupéfiante nouvelle. Il avait vu un crâne placé dans la vitrine du duc, à côté des objets provenant des touilles de 1700, et il en avait conclu que le tout avait été découvert en même temps: ainsi écrit-on l'histoire.

Néanmoins l'étiquette du crâne de Cannstadt a été conservée à ces débris d'origine inconnue, en raison surtout de l'intérêt que la pièce présente par elL-même.

Heureusement que les archéologties ont mieux à nous offrir pour nous faire connaître l'homme moustérien et les races néanderthaloïdes.

Nous ne pouvons nous arrêter à l'examen

Crâne de Mardi ly 1 Eu re 1 .

à Arc)--s.- Cure ( Yonne)

des restes très incomplets recueillis en divers endroits comme à la Naulette, en Belgique; à Gibraltar; à Arcysur-Cure, àClichy,

à Marcilly, à Malarnaud, à Puy-Moyen, etc. , en France; l'étude des grandes découvertes de squelettes entiers nous permettra d'arriver à d'importantes confusions sur l'état physique et social de l'homme des cavernes.

Cesontd'abordlesdeuxsquelettesdécouverts à Spy, près de Namur, en 1886, dans une position telle que nous sommes certainement en présence d'une sépulture.

Les crânes sont allongés d'avant en arrière . Le front est étroit, bas et fuyant, la nuque très élargie. Le menton, qui tombe droit, n'offre d'ailleurs aucun prognathisme.

Les os, tibia et fémur, pour l'insertion des muscles, prouvent que l'homme de cette époque marchait les jambes un peu pliées.

Le type découvert à La Chapelle-aux Saints (Corrèze) par MM. Bouyssonie et Bardon, en août 1908, est à peu près du même genre : petite taille, comme les deux précédents, grande robustesse; il prouve qu'à cette époque la race néanderthaloïde avait envahi nos contrées. Cependant, les

Mâchoire de Malarnaud (Ariège).

Crâne de Spy (Belgique).

Crâne de Bréchamp (Eure-et-Loir).

l'homme des cavernes

Tite de l'homme de la Chapelle-aux-Saints.

Face.

Dessus du ci'âne.

Profil.

différences montrent qu'en réalité nous avions, même dans l'homme moustérien, un ensemble de races quelque peu diverses.

Comme dans celui de Spy, l'arcade sourcilière est énorme chez l'homme de la Corrèze, mais le front est plus déprimé, le nez devait être plus large, enfin, la mâchoire, plus puissante, ne présente pas de saillie mentonnière et se rapproche de celle d'Heidelberg.

Tout en fait un type rappelant, sur beaucoup de points, les Australiens et les Tasmaniens. C'est, en effet, aux antipodes qu'il faut chercher actuellement cette forme dégradée de l'ancêtre moustérien.

Pour être moins prononcés, les caractères du crâne de La Chapelle-aux-Saints ne s'en rencontrent pas moins chez celui d'un jeune homme de seize ans exhumé presque à la même époque (i), par un marchand suisse, M. Hauser, qui, suivant l'expression de M. l'abbé Breuil, «exploite industriellement, mais non sans quelques précautions, les gisements antiques du Périgord, et disperse contre beaux deniers comptants, aux quatre coins des musées étrangers, des feuillets épars des plus vieilles archives de la France ».

( 1 1 11 est connu sous le nom de crâne du Mousticr.

M. Hauser va plus loin : il pousse la délicatesse jusqu'à convier parfois de nombreux étrangers, à l'exclusion des savants français, pour examiner le résultat de ses fouilles.

En présence de ces crânes se rapprochant singulièrement des races négroïdes, on ne peut s'empêcher de penser à la laideur de l'homme moustérien.

Mais avant d'engager de graves discussions à ce sujet, il faudrait bien être fixé sur ce que nous appelons la beauté du type. L'appréciation du beau est essentiellement relative, et l'idéal de la beauté a varié non seulement à chaque époque, mais avec chaque peuple. Aujourd'hui même, les hommes ne peuvent tomber d'accord sur ce point. Les Japonais ne sauraient trouver des éléments de beauté dans nos races européennes : notre visage offre des caractères qui choquent leurs habitudes; ils nous trouvent trop grands, nos yeux ne sont pas bridés et notre nez n'est pas assez aplati. Pour un Boschiman, toutes les productions de nos artistes modernes seraient au-dessous de la beauté des types qui l'entourent.

L'argument de la laideur de l'homme des cavernes n'est donc pas sérieux. Reste l'examen de la capacité crânienne. Nous

QUI SOMMES-NOUS

Tète de l'homme de la Chapelle-aux-Saints, reconstituée par M. Boule.

savons quel cas en font les transformistes etsurtoutceuxqui basent le développement intellectuel sur le volume du cerveau.

Évidemment il y a des limites au-dessous desquelles un homme est un idiot, nous l'avons déjà vu, sans que personne au

singe fournirait à nos adversaires un semblant de preuve pour une parenté, sinon pour une descendance simienne.

La moyenne de la capacité crânienne chez le gorille est de 53o centimètres cubes, et nous n'avons jamais observé chez eux un

Crâne du Moustier.

monde puisse préciser où il faut s'arrêter. Cependant, en laissant de côté cette querelle de métaphysique, il faut bien avouer qu'un cerveau se rapprochant de celui du

volume supérieur à 63o centimètres cubes. Nous avons dit que chez l'homme elle est de i 375 centimètres cubes en moyenne; on pouvait donc s'attendre, comme on l'avait

l'homme des cavernes

fait lors delà découverte du Pithécanthrope,

à une valeur comprise entre 700 et 1 00 ) centimètres cubes pour les volumes des cerveaux les plus anciens.

La méthode était déjà en défaut pour l'homme de Java, ainsi que je l'ai montré; l'homme moustérien, mieux conservé, se prétait à de nouvelles mensurations. Or, quels ont été les résultats?

Bien différents, hélas! de ce que les transformistes auraient souhaité. Leur dogme n'a vraiment pas de chance, il a vécu comme les roses, « l'espace d'un matin ».

Les mesures récentes des crânes fossiles de Néanderthal et de Spy faites par Rancke et Manouvrier ontdonnédes chiffresnon inférieurs à 1 5oo centimètrescubes. On pourrait répondre que l'authenticité du crâne deXéandcrthal est douteuse et que les hommes de Spy constituaient une-exception.

Mais, à la suite de la découverte de La Chapelleaux-Saints, M. Boule, le savant professeur du Muséum de Paris, a étudié spécialement le crâne du squelette, et voici sa conclusion :

« En appliquant les formules de Manouvrier, de Lee, de J. Beddoc, dont les coefficients ont été établis pour certaines races déterminées, et en tenant compte de la plus forte épaisseur des os du crâne fossile, j'ai obtenu pour celui-ci des nombres variant entre 1 5yo et 1 700 centimètres cubes.

» Le cubage direct est difficile à cause de la fragilité du spécimen, de ses pertes de substance et des lacunes que présente la base du crâne... Avec des grains de millet, je suis arrivé avec MM. Verneau et Rivet à fixer à 1 600 centimètres cubes environ (chiffre exact calculé, 1 626 centimètres cubes) la capacité crânienne de l'homme de La Chapelle-aux-Saints. »

Si bien qu'à s'en tenir aux pures doc-

trines transformistes et en restant sur ce terrain, nous sommes forcés de constater qu'entre l'individu de La Chapcllc-aux- Saints, entre ceux de Néanderthal ou de Spy et un singe anthropoïde, il y a un abime. Nous aurions dû, en remontant vers les temps primitifs, voir diminuer insensiblement le fossé creusé entre l'homme et la bête, et c'est précisément le contraire que nous constatons. La capacité des crânes néanderthaloïdes est

Trois beautés japonaises.

supérieure à la moyenne des français.

Loin d'appartenir à des « candidats à l'humanité», comme on l'a dit récemment, on arrive par cette méthode à montrer que ces crânes ont appartenu à de véritables hommes.

Les différences de milieu, conditions climatériques ou autres, peuvent bien amener des variations, changer les caractères des squelettes, modifier le corps, créer des races, en un mot. Elles sont impuissantes à changer l'espèce, et rien dans la science ne peut infirmer notre croyance à un acte- spécial de Dieu créant l'Homme dans un état de perfection qu'il n'a su conserver.

Sur ce témoignage purement anatomique viennent s'en greffer d'autres qui, à nos yeux, revêtent une valeur autrement significative.

NO

QUI SOMMES-NOUS

Le type néanderthaloïde n'est pas particulier à l'époque paléolithique; il est de tous les temps et de tous les pays. On a trouvé des quantités de crânes analogues à ceux de l'homme moustérien dans des sépultures néolithiqueset même historiques, gauloises

Crâne d'Australien.

ou franques. On peut citer plus près de nous le crâne de Robert Bruce, le glorieux roi d'Ecosse ; celui de saint Mansuv, évêque de Toul au ive siècle; celui de Kaï Lykke, gentilhomme danois dont on peut voir le squelette au musée de Copenhague, etc., etc.

Cari Vogt cite un de ses amis, médecin aliéniste distingué, dont le crâne et plus particulièrement les arcades sourciliè: es rappellent tout à fait le type de Néandertha).

Ces caractères ne sont donc nullement incompatibles avec un développement intellectuel élevé et ne sauraient légitimer le moindre rapprochement entre l'homme et le singe.

Autre preuve : vous n'avez jamais entendu dire qu'un animal quelconque pût se préoccuper d'ensevelir ses semblables et d'imaginer des rites funéraires? Sans doute, pour la conservation de l'espèce, l'Auteur de la nature a mis dans l'animal un instinct qui, bien souvent, le porte à assurer les conditions d'existence à sa progéniture.

Dans certains cas, cette sorte de « préoccupation », si l'on pouvait employer ce mot en la circonstance, s'adresse à des êtres que les parents ne connaîtront jamais. La doctrine de l'évolution expliquera ces faits bien difficilement, si tant est qu'elle y arrive. Mais ce qu'elle essayerait vainement de nous faire comprendre, c'est la raison que pourrait avoir l'animal d'ensevelir les siens et d'apporter à cet acte toutes les précautions que relèvent les archéologues dans les sépultures paléolithiques.

M. de Mortillet avait compris toute la force de l'argument qu'il fallait écarter à tout prix, et, suivant le mot de M. l'abbé Breuil, il avait depuis longtemps « promulgué le dogme de l'irréligiosité » des races paléolithiques.

Malheureusement, les faits sont là : on constate des sépultures en beaucoup d'endroits, aussi bien à Spy qu'à La Chapelle-aux-Saints.

Dans cette dernière station, on « avait creusé une fosse de forme presque rectangulaire de im,45 sur i mètre et om,3o de profondeur. On avait déposé le squelette avec soin , la tête dans un angle, soutenue par quelques pierres, le bras droit ramené vers elle, et au-dessus un os large de bison. Tout à côté, on avait placé ou jeté une patte de bison et un fragment de colonne vertébrale de renne. On ne traite pas ainsi un être auquel on n'attribue plus de valeur, pour qui on n'éprouve aucun respect. Si on ne voit dans l'homme qu'une machine qui s'arrête après avoir fonctionné un certain temps, on l'abandonne, on l'écarté même comme une chose encombrante et gênante, quand il revient cadavre en décomposition. Si on le respecte c'est qu'on a une idée plus ou moins vague de quelque chose qui survit au corps. Ainsi l'homme primitif était religieux, puisque les plus anciens squelettes retrouvés étaient enterrés, et la religion apparaît à la science comme un des traits les plus anciens de l'humanité. »

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