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CHAPITRE X

LES DERNIERES PÉRIODES DE LA PREHISTOIRE

Les glaces ont depuis longtemps disparu de nos plaines, elles vont se cantonner sur les cimes des hautes montagnes, et désormais les oscillations du climat seront insignifiantes.

Au froid sec des temps magdaléniens succède un régime plus tempéré. L'atmosphère imprégnée d'humidité favorise la formation de vastes tourbières.

Des siècles se sont écoulés depuis que le mammouth, le rhinocéros à narines cloisonnées, l'hyène et l'ours des cavernes, le cerf megacéros, tous contemporains de l'homme des grottes, se sont retirés en d'autres régions ou ont même disparu de la scène du monde.

Le renne a gagné les contrées boréales où règne encore un froid sec qu'il affectionne particulièrement; avec lui ont émigré l'antilope Saïga, le bœuf musqué, le lièvre des neiges, le renard arctique, les lemmings et tant d'autres. Quelques-uns cependant sont restés, comme la marmotte, le chamois, le bouquetin, mais ils ont déserté les vallées, cherchant les hauteurs des montagnes : c'est là que l'homme actuel ira les traquer, jusqu'en des régions perdues et en apparence inaccessibles.

Tous ces animaux sont remplacés par les représentants d'une faune plus récente, dont quelques-uns sont disparus aujourd'hui : tels l'auroch et le cerf élaphe.

« L'humanité, dit M. J. Dichelette, fran-

chit une des nouvelles étapes qui la conduisent lentement de la barbarie à la civilisation. Au chasseur succèdent le pasteur et l'agriculteur. L'étable aura désormais sa place auprès des habitations, abritant les animaux asservis à la domesticité. Les huttes elles-mêmes se grouperont en villages; le troglodytisme(fait d'habiter dans

Poinçon en os et tranchet en silex

montés sur poignées en corne de cerf.

(Période néolithique.)

les grottes) ne disparaît nullement, mais les habitants des cavernes réservent de plus en plus à leurs morts ces obscurs logis. Réunies en bourgades, dans les vallées des grands cours d'eau et au sommet des collines naturellement ou artificiellement for-

QUI SOMMES-NOUS

tifiées, les familles néolithiques apprennent à connaître les bienfaits du développement de la vie sociale. Seules, des communautés soumises à une forte discipline ont pu édifier ces grandes constructions mégalithiques, ces menhirs gigantesques que les siècles n'ont pu anéantir, ces palafittes et

La Poterie.

Galerie de Paléontologie du Muséum. — Panneau de Cormon.

ces fortifications primitives des bourgades terrestres. La concentration des habitants et la réalisation de ces importants travaux impliquent l'existence d'une hiérarchie déjà puissamment organisée. Le temps n'est plus où les hommes vivant en petits groupes clairsemés n'associaient leurs efforts que pour combattre de redoutables fauves.

» L'ère des travaux publics est désormais ouverte. L'instinct social des tribus du second âge de la pierre se révèle encore dans le caractère collectif des sépultures, vastes ossuaires où sont successivement ensevelis , avec des rites compliqués et de nombreuses pratiques religieuses, les membres d'une tribu.

» ... A côté de ces traits distinctifs quimarquentnettement un nouveau développement de l'activité humaine, nous constatons dans le domaine artistique, au lieu d'acquisitions nouvelles, la ruine totale de l'art magdalénien. Nous ne retrouvons plus les délicats ouvrages de sculpture, de gravure et de peinture qui prêtent tant d'intérêt à l'étude del'époquedu renne. Legénienéolithique se complaît aux travaux utilitaires et pratiques. Les habitants des villages de l'âge de la pierre polie, consacrant tous leurs soins à l'élève du bétail et à leurs exploitations agricoles , n'avaient plus les mêmes loisirs que les chasseurs troglodytes. »

Par contre, les armes, les instrumentsrestentà peu près les mêmes, et ce serait une erreur profonde de croire que tous les instru-

LES DERNIERES PERIODES DE LA PREHISTOIRE

ments de pierre aient été alors façonnés à l'aide du polissage. On retrouve tous les outils des âges précédents, souvent fabriqués d'une façon identique, parfois seulement subissant de légères modifications de forme. A côté des types anciens, cependant, apparaissent des instruments nouveaux taillés par percussion ou par pression, tels le tranchet, le pic, la llèche barbelée. Mais l'instrument vraiment caractéristique de la période néolithique est poli, c'est d'abord un galet usé en forme de ciseaux ou de racloirs; plus tard on trouve la hache polie, dont les dimensions varient deom, 14 à om5o. La matière employée est très variée, bien que le silex occupe une place prépondérante; on utilise aussi des roches précieuses comme la jadéite, la fibrolite, la chloromélanite, etc., principalement pour la fabrication d'armes de luxe ; on emploie aussi quelquefois les roches tendres. Après avoir ébauché une hache de silex en taillant sur les deux faces un rognon de silex et lui avoir donné sa forme définitive par une taille plus fine, on la frottait sur une pierre siliceuse ou gréseuse très dure. Pour faciliter l'opération, l'artiste mettait du sable mouillé entre la hache et le polissoir; souvent les outils étaient emmanchés.

La poterie, qu'on rencontre même dans le néolithique le plus ancien, est très employée ; elle est pétrie à la main et quelquefois trèsfine.

Pour tout ornement, elle porte des dessins géométriques assez variés.

« La domestication des animaux et la culturedes céréales comptentparmi lesconquêtes de l'homme les plus favorables aux progrès de sa civilisation. Par l'élevage du bétail et par l'agriculture, l'homme, en assurant sa subsistance, adoucit ses mœurs. Il n'est plus contraint de demander chaque

L'industrie du Fer et du Bronze.

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QUI SOMMES-NOUS

jour aux hasards de la chasse et de la pêche et aux courses aventureuses qu'elles nécessitent sa nourriture quotidienne. A la vie errante du chasseur succède la vie pastorale et agricole. »

Six animaux vivaient alors à l'état domes-

Hache en[T pierre polie montée sur corne de cerf avec manche en bois.

(Période néolithique.)

tique : le chien, le cochon, le cheval, la chèvre, le mouton et le bœuf. Tous n'ont pas été asservis à la fois; le^ chien est le plusancien animal domestique]connu. Plus tard, l'homme réussit à maîtriser le cheval. L'art de la vinification remonte probablement jusqu'à ces temps reculés. Mais on connaissait certainement à cette époque la cuisson des gâteaux de farine de blé, d'orge et de seigle. Les noix, les prunelles, les pommes, les poires, les fraises, les châtaignes faisaient partie de l'alimentation

régulière. On filait le lin et on savait tisser la laine des moutons.

L'étude anthropologique des tribus devient difficile à partir du néolithique. On rencontre de grandes quantités de races que les préhistoriens classent en crânes courts ou allongés avec de nombreux spécimens intermédiaires. Cette classification pourrait, j'imagine, servir encore à l'heure actuelle.

Les hommes de cette époque reculée étaient d'ailleurs aussi intelligents que nos contemporains. Ils perfectionnaient sans cesse leurs instruments et amélioraient les conditions de hur existence. Ils bâtissaient ces grands villages sur pilotis dont nous retrouvons encore des vestiges dans les lacs de la Suisse.

Peu à peu ils arrivèrent à la connaissance des métaux. Le cuivre, plus facile à travailler, fut utilisé dès le début, puis ce fut le tour du bronze, et l'industrie du fer n'arriva qu'en dernier lieu. Tout ceci se fit insensiblement, comme autrefois le passage de la pierre taillée à la pierre polie. Ces perfectionnements, croyaient les anciens archéologues, étaient dus à l'arrivée de hardis guerriers pénétrant sur un sol conquis à la faveur d'un armement nouveau. Tel n'est pas l'avis prédominant aujourd'hui.

« En réalité, dit M. Déchelette, la transformation de la hache de pierre en hache plate de cuivre et de bronze, celle du poignard de silex en une lame métallique s'opèrent lentement et laborieusement dans toutes les régions européennes. Les modèles nouveaux ne sont tout d'abord que la copie des modèles anciens, dont ils diffèrent seulement par le choix de la matière et les procédés d'exécution. Peu à peu ces procédés se perfec- | tionnent, et quelques siècles plus tard la I grande épée de bronze se substituera enfin-

Ciseau en os.

LES DERNIÈRES PÉRIODES DE LA PRÉHISTOIRE

à la petite lame triangulaire de type primitif. .

» Il serait tout à fait illogique de faire intervenir l'arrivée de races étrangères pour expliquer ce processus continu des améliorations industrielles.

» L'aurore de l'âge de bronze dans l'Europe occidentale ne se colore pas à nos

yeux du reflet de quelque extermination

sanglante.

» C'est à l'activité industrieuse et tome pacifique d'une obscure population d'artisans, nullement à la violente irruption d'envahisseurs guerriers que la Gaule tut alors redevable de ses nouveaux accroissements de civilisation. »

Hache en bronze.

(Époque du bronze.)

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