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CHAPITRE XI

CONCLUSION

Les faits que nous avons étudiés à la lumière d'une science nouvelle vont maintenant nous permettre de conclure et de résoudre une partie des questions posées au début de cette seconde partie.

Qui sommes -nous?

A ce problème complexe, la physiologie, c'est-à-dire l'étude du corps de l'homme, ne peut donner aucune solution. Mais notre pensée n'est pasenchaînéeaux seules déductions d'une science purement matérielle : notre raison nous dit que pour sentir il faut un sujet qui sente. Chez nous, le sujet va plus loin, il pense, il peut formuler des idées générales, et jamais personne ne pourra réduire une idée à la pure sensation .

Ainsi, de proche en proche, nous nous sommes élevés à la conception de l'âme, ce principe qui est en nous, qui sent, qui pense et qui agit.

C'est en vain que le physiologiste a voulu essayer de résoudre cette question : où est l'âme?

L'âme, par sa nature immatérielle, ne peut tomber directement sous nos sens; nous aurons beau disséquer le cerveau, couper la matière insensible des hémisphères cérébraux, nul vivisecteur ne découvrira l'âme. Cette question est d'ailleurs un nonsens. Le mathématicien ne peut résoudre un problème absurde ou mal posé. On ne localise pas une âme qui est immatérielle,

et aucun organe ne saurait la contenir.

Comment notre âme est-elle unie à notre corps? Ceci est une autre question que nous n'avons pas à aborder dans cet ouvrage. Il nous suffira de savoir que notre âme, notre pensée, n'est pas plus dans la partie antérieure du cerveau que dans la glande pinéale.

Personne autre que Dieu n'a pu nous donner notre âme. Nos physiciens et nos chimistes seront toujours dans l'impossibilité de créer une particule matérielle, pas plus qu'ils ne sauraient créer de l'énergie; à fortiori ne peuvent-ils créer une substance immatérielle, une âme.

Et de même avons-nous vu que la mouvement n'a pu se produire seul, sans quoi le monde serait déjà fini, de même notre âme, pour passer du néant à l'existence, a dû être créée par un acte spécial de Dieu.

Restait la question du corps que les évolutionnistes faisaient dériver d'un animal.

Là encore la science interrogée les a jusqu'ici déboutés de leurs prétentions.

Si l'homme quant à son corps dérive d'un animal, il faut nous montrer l'intermédiaire. Gibbon ou Gorille, Chimpanzé ou Pithécoïde; montrez- nous un intermédiaire, quel qu'il soit.

Cet être hypothétique, nous l'avons cherché dans tous les terrains. On pensait

CONCLUSION

l'avoir trouvé au Tertiaire. Nous avons exploré cette période sans le rencontrer. Enfin, des squelettes ont été exhumés du

quaternaire nous ont fourni des crânes qui n'avaient rien de commun avec ceux du singe, puisque leur capacité est considé-

Les premiers agriculteurs, Galerie de Paléontologie du Muséum. •>- Panneau de Cormon.

Quaternaire, ies savants s'en sont emparés comme d'une précieuse relique. La mâchoire d'Heidelberg date du chelléen très probablement, et cette mandibule si longtemps attendue est celle d'un homme.

Nous avons vu comment les découvertes successives opérées à tous les étages du

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rable, supérieufe en bien des cas à celle des races actuelles.

Restait la question du squelette.

La preuve, dit-on, que l'homme préhistorique était voisin de l'animal, c'est qu'il marchait la tête en avant, les jambes légèrement infléchies.

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Cette raison n'est pas sérieuse; il est bien prouvé que le squelette se modifie, ainsi que nous l'avons fait remarquer, suivant la configuration du sol.

Bison.

(Peinture relevée ;'i la grotte de Font-de-Gaume, en Dordogne.)

Au Congrès international d'archéologie préhistorique de Paris, en 1889, M. Manouvrier a démontré que le fait d'avoir les jambes ployées ne dénote pas nécessairement une origine simienne. Ce caractère s'explique très naturellement par l'influence de la marche et de la course sur des terrains accidentés. Peu à peu on arrive mécaniquement à obtenir les particularités signalées chezeertains individusde l'époque moustérienne.

L'évolution n'a pas désarmé. Elle a cru pouvoir se rattraper sur l'état social des races néanderthaloïdes. Là encore, et sur ce nouveau terrain, nous pouvons répondre victorieusement.

Eh bien, nous l'avons vu, depuis cette époque lointaine l'homme n'a pas essentiellement changé.

Ces mœurs et ces coutumes de nos.

ancêtres préhistoriques n'ont rien qui doive nous étonner si nous songeons qu'actuellement beaucoup de peuplades sont restées dans cet état d'élémentaire civilisation ou sont revenues en arrière et ont atteint un niveau de dégradation

et du fer, est donc purement conventionnelle; elle ne peut s'appliquer qu'à un groupe plusou moins restreint d'individus. Et, de même qu'aujourd'hui le globe terrestre nous présente tous les stades de la civilisation, de même, très probablement, à toutes les époques, l'humanité offrait un spectacle analogue.

Pendant que les hommes en étaient à l'âge de la pierre dans les contrées qui formèrent la Gaule, les peuples asiatiques avaient évolué plus vite et avaient acquis une connaissanceavancée des arts et de l'industrie.

Dans un ouvrage publié à Saint-Pétersbourg, en 1776, nous trouvons une foule de détails curieux sur les habitants de différentes contrées septentrionales de l'Europe; en lisant ces pages, on se croit transporté aux temps reculés de la préhistoire.

Les Finnois et les Wogoules ont une grande vénération pour les cavernes dans lesquelles leurs ancêtres plaçaient leurs idoles. Les Tchouktsches et les Kamtchadales vivent encore au fond des grottes dont l'ouverture est fermée par des peaux de renne. A la fin du xvme siècle ils ne connaissaient pas encore le métal. Tous leurs instruments étaient en bois ou en pierre. Les femmes tannaient les peaux en les raclant au moyen de silex tranchants. Pour

Grand Bison.

(Grotte de Fonl-dc-Gaume.)

quecertains se plaisentà considérer comme I les assembler, elles se servaient, comme

celui des primitifs. I l'homme magdalénien, de tendons de qua-

Cette distinction, dans le temps, d'âge drupèdes, d'os pointus et d'anguilles fabri-

de la pierre taillée ou polie, d'âge du bronze | quées avec des arêtes de poisson.

CONCLUSION

Les Esquimaux en sont encore là. Leurs huttes ou leurs habitations creusées dans la neige sont jonchées des débris de leur nourriture. Ils vivent au milieu de la putréfaction et des restes d'animaux sans se soucier des miasmes qu'ils répandent.

Dans des îles de la mer glaciale vivaient, en 1776, des populations encore plus sauvages.

Dans le volume que n*>us avons cité, nous lisons des détails intéressants sur ces insulaires.

« Ils ne connaissent ni lettres, ni écriture, ni chronologie. Leurs armes, leurs meubles, sont une image de l'enfance du monde : l'arc et la flèche, le dard et la lance, le tout sans armure de fer. C'est avec des os et des pierres pointues qu'ils tâchent de les rendre meurtrières.

» Leurs habitations, qui sont des tanières souterraines, ressemblent à celles des Kamtchadales et aussi à celles des Groenlandais. Quelques-unes de ces cavernes contiennent cinquante, cent, et même deux cents personnes. »

Les Esquimaux et beaucoup d'autres peuplades ressemblent anatomiquement aux hommes de l'époque du renne. Les mêmes conditions climatériques ont sans doute amené, avec les mêmes coutumes et les mêmes luttes pour l'existence, des dégénérescences analogues.

tude d'extraire la moelle des os qu'ils tendent long itudinale ment; corn me eux, en iin, ilsaccumulentdans leurs tanières des restes de repas, ce qui en fait de véritables char-

Rennes affrontés.

(Grotte de Font-de-Baume.)

Comme les hommes magdaléniens, ils ont les mêmes outils. Comme eux ils gravent et sculptent sur leurs instruments la même forme du renne; comme eux ils ont l'habi-

Bison.

(Grotte de Font-daBaume.j

niers où la puanteur le dispute à la fumée.

Ce rapprochement entre les coutumes de certains peuples actuels et celles des hommes préhistoriques a conduit à des découvertes extrêmement intéressantes.

Si l'étude des races inférieures, en Australie aussi bien qu'en Amérique, ne nous avait pas révélé leurs conceptions religieuses, personne n'aurait pu expliquer pourquoi nos ancêtres cachaient si mystérieusement au fond des grottes les peintures que nous avons relevées.

Chez bon nombre de peuplades, lesclasses différentes se croient placées sous la protection d'un animal dont il faut se ménager les faveurs. Cet animal devient alors sacré, et on l'honore d'un véritable culte.

Les représentations semblabes de l'âge du renne ne peuvent s'expliquerautrement, et ces peintures ne sauraient être considérées comme de simples décorations ornementales. Autrefois, comme en Australie actuellement, les dessins tracés sur les parois des grottes occupaient des endroits strictement tabous, c'est-à-dire défendus aux femmes, aux enfants et aux hommes non initiés.

La doctrine de M. de Mortillet n'est

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donc plus soutenable; l'homme de cette époque était religieux sans aucun doute.

Nous savions déjà, par les sépultures, que nos ancêtres croyaient à l'immortalité de l'âme, à la vie future. Nous sommes certains maintenant que leur existence ne se passait pas comme celle de la bête, à manger, à dormir, à combattre les bêtes fauves. Leurs croyances étaient vécues; elles tenaient une large place dans l'emploi du temps; elles pénétraient la vie sociale.

Alors, que reste-t-il des affirmations d'une science réduite aux abois?

Absolument rien. Les longues périodes de deux cent ou de trois cent mille ans pendant lesquelles l'homme aurait vécu ne trouvent de créance qu'auprès des vul-

garisateurs s'inspirant d'idées surannées.

L'homme n'a connu qu'une période interglaciaire. Nous voilà bien éloignés de l'antiquité fabuleuse qu'on lui assignait au siècle dernier.

Enfin, aussi loin que nous remontions dans ce problème de notre origine, nous retrouvons l'homme tel qu'il est aujourd'hui, tel qu'il sera demain.

Même au mom«nt où sonne l'heure de la décadence pour les nations, ni l'enseignement ni lacorruption ne peuventréussir à rendre un peuple athée.

Partout et toujours l'homme a cru en une vie future meilleure que l'existence de luttes et de misères qu'il mène ici-bas : venu de Dieu, il retourne à Dieu.

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