CHAPITRE VIII
INCENDIES CÉLESTES
tmaginez que, pour une raison ou pour 1 une autre, il prenne fantaisie à notre Soleil de grossir démesurément, de lancer dans le ciel un éclat vingt, trente, cent fois plus fort; qu'adviendrait-il?
Le premier jour où l'homme contemplerait l'astre radieux ainsi augmenté serait pour nous le commencement d'un été insupportable. A la fin de la première journée, la chaleur énorme développée par ce flambeau méconnaissable communiquerait le feu aux herbes, aux moissons, aux forêts; les humains, traqués comme des fauves dans leurs repaires, se réfugieraient dans les caves, dans les souterrains, dans les mines profondes.
Mais l'ardent foyer flamboierait toujours, vaporiserait les Océans ; des nuages livides, poussés par de violents cyclones, assombriraient l'horizon ; les cataractes se précipiteraient des cieux ouverts, l'eau ruissellerait à la surface des continents ; les fleuves grossis emporteraient, toutes digues rompues, les habitations bâties sur leurs rives immergées; Paris et ses monuments, Rouen, le Havre, toutes les villes bordant nos grandes rivières ou leurs affluents s'en iraient à la dérive, poussées par les flots imp lacables ; un orage perpétuel gronderait au-dessus de l'humanité terrorisée, et, après quinze jours de cet effrayant cataclysme, pas une pierre élevée à grands frais par
la main de l'homme ne resterait de bout. La tourmente générale mènerait le deuil de la terre entière, de nos civilisations vieilles de plusieurs milliers d'années; la pensée serait bannie du globe terrestre; ce serait la fin de la race humaine.
— Nous n'en sommes pas encore là, direz-vous.
— Non, je le pense fermement, ou du moins je l'espère; cet effrayant cataclysme, cependant, vient de se produire sous les yeux des astronomes. Au mois de mars 1912, une toute petite étoile de la constellation des Gémeaux est passée en moins de deux jours de la onzième grandeur à celle dont brillent les étoiles de la Petite Ourse. C'est-à-dire qu'en deux jours seulement ce Soleil lointain, éclairant probablement des terres comme la nôtre, des habitants paisibles — plus paisibles que nous peut-être, — ce Soleil dont le calme assurait la quiétude aux êtres évoluant dans son sillage, a vu tout à coup son éclat, sa lumière et sa chaleur augmenter de 120 fois! Et, pendant près de quinze jours, ce fut une énorme flambée, incendie céleste allumé là-bas par une main invisible, qui dévora de ses ardeurs infernales toute vie éclose à la douce température de ses rayons fécondants.
Et ce fait qui n'est pas unique dans les annales de la Science, qui s'est passé un
OU ALLONS-NOUS
mois avant l'éclipsé du 17 avril 1912, n'a pas eu l'honneur d'une simple mention dans nos revues, dans nos journaux, dans nos quotidiens, dans ceux même qui disent tout et qui savent tout.
Au moment où le Titanic coulait par 5 000 mètres de fond, les chroniqueurs
cataclysme survenu aux confins du ciel!
Cette fin du monde terrifiante, qui attend peut-être l'égoïste humanité rivée à la Terre, a été donnée en spectacle aux astronomes en plus d'une circonstance.
Au temps d'Hipparque, c'est-à-dire 134 ans avant notre ère, on put voir une
Le disque du Soleil vu dans un grand instrument.
n'eurent pas assez d'encre pour raconter les péripéties de la catastrophe; cependant que deux mille personnes au maximum quittaient cette vie, des humanités entières peut-être agonisaient au milieu d'un chaos indescriptible d'éléments déchaînés, et personne, sur l'atome infime qui nous porte, n'eut l'idée de raconter ce
étoile nouvelle briller dans le Scorpion, et c'est par douzaines que les faits se renouvelèrent, jusqu'au jour où Tycho Brahé, en 1572, signala semblable catastrophe dans la constellation de Cassiopée.
Depuis, grâce à la photographie, il ne se passe pas d'année que les astronomes n'enregistrent ces phénomènes.
INCENDIES CELESTES
Ou bien ce sont deux étoiles qui, dans leur marche rapide, se rencontrent et se télescopent comme deux trains de voyageurs; ou bien c'est un Soleil dont la course effrénée s'accomplit subitement au milieu d'un essaim de bolides lancés sur son parcours; ou bien c'est une grosse étoile pénétrant au sein d'une nébuleuse; dans ce dernier cas, l'astronome, l'oeil au spectroscope, assiste de loin à cette illumination féerique d'une matière raréfiée dont les spires se dessinent chaque jour avec une surprenante rapidité. Du centre brillant, la lumière, qui parcourt 3ooooo kilomètres par seconde, étend peu à peu son rayonnement et gagne la périphérie; la tache lumineuse augmente à vued'œilet s'étend commeune traînéede poudre à des millions de kilomètres. Les gaz flambent dans un embrasement g-énéral, dévorant de leurs feux les Systèmes planétaires plongés dans la sphère d'attraction d'un Soleil qui reprend de nouvelles ardeurs.
Dans cet organisme complexe que nous offre l'Univers, tous les cas sont possibles évidemment, mais j'imagine, pour diverses raisons péremptoires, que, la plupart du temps, les choses se passent de toute autre façon.
A mesure que vieillissent les Soleils de l'espace, le froid les pénètre et les envahit. Les gaz dissous dans la masse, où ils sont comprimés à des millions d'atmosphères, tendent à gagner l'extérieur et à briser les liens qui les retiennent emprisonnés depuis des siècles.
Ce sont ces spasmes violents qui, aux premiers âges de la Terre, ont rompu sa croûte superficielle et ont remanié nos continents primitifs.
Mais quel rapport pouvons-nous établir entre notre grain de poussière et les immenses fournaises circulant dans les espaces célestes?
Notre Soleil lui-même n'est qu'une humble étoile comparée aux puissants foyers que sont Canopus, Arcturus, Capella ou Procyon. Ceux-là tiennent en réserve des masses inimaginables degaz dissous par les hautes températures qu'ils nous révèlent.
Périodiquement, à mesure que le froid les pénètre, d'immenses explosions intérieures prennent naissance et bouleversent leurs éléments, et ce sont les manifestations de ces effrayants paroxysmes que nousenregistrons à chaque instant.
Voilà le spectacle qu'il m'a été donné d'apercevoir plus d'une fois au cours de mes observations; voilà celui que verront peut-être les habitants de notre planète, lorsque notre Soleil agonisant tentera, dans une crise formidable, de se rattacher encore à la vie, sonnant ainsi le dernier glas de la mort pour les habitants de notre misérable planète.
Ce jour-là, les chroniqueurs auront beau jeu, mais personne ne restera pour enregistrer les péripéties de cette fin lamentable de l'homoncule terrestre.
L'apparition d'une étoile temporaire pourrait aussi, nous l'avons vu, se produire d'une autre façon.
Une pluie très dense de météores, due à la, rencontre d'un nuage cosmique composé de très petits corpuscules, aurait pour nous les effets les plus désastreux.
Au contact de ces milliards de projectiles, les couches extérieures de l'atmosphère d'hydrogène du Soleil s'échaufferaient alors, au point de devenir fortement lumineuses, car chaque corpuscule entrant ajouterait de la chaleur (par suite de la perte d'une partie de son mouvement) à la chaleur déjà laissée par les précédents, sans avoir eu le temps, vu son énorme vitesse, de s'échauffer assez lui-même pour se volatiliser. Cette volatilisation aurait lieu seulement plus bas dans les couches plus profondes, et plus denses vers la hauteur où commence la photosphère. Là, les corpuscules seraient réduits en vapeur et poussières; toute leur vitesse aurait été transformée en chaleur dans le trajet, de sorte que brusquement la surface du Soleil se trouverait momentanément portée à une température extrêmement élevée, dont le rayonnement pourrait avoir une action néfaste pour notre humanité, si déjà elle n'avait été détruite par le bombardement intense résultant de l'entrée de la Terre
OU ALLONS-NOUS
.4 l'état normal, la chromosphère apparaît d'une épaisseur assez régulière.
Mais parfois des jets galeux formidables .s'élancent au-dessus d'elles.
dans le nuage, et par l'embrasement de l'atmosphère dû au passage des météores. Reste maintenant l'hypothèse de la rencontre de notre Soleil avec une autre étoile. Mais la distance des astres et les intervalles qui les séparent sont si grands, que l'aventure, au premier abord, semble tout à fait chimérique. La blancheur presque uniforme des clichés stellaires nous trompe, en effet, complètement; en réalité, un corps lancé en ligne droite à travers l'espace n'aurait presque aucune chance de rencontrer une étoile. En supposant même que
les 1400 millions d'habitants qui peuplent la Terre fussent lancés dans l'espace dans des directions différentes, il y a chance pour qu'aucun ne trouvât jamais sur sa route une étoile pour se reposer.
La distance qui sépare les étoiles entre elles est, en moyenne, aussi considérable que celle qui nous sépare de nos proches voisines. Or, Alpha du Centaure est si éloignée, que la lumière met près de quatre années et demie à nous parvenir; c'est 290000 fois la distance du Soleil à la Terre. Toutes les autres sont encore plus loin.
Ce sont les protubérances dont certaines atteignent plus de booooo kilomètres.
Après le paroxysme de l'éruption, les longues flammes se replient sur elles-mêmes.
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La densité stellaire est donc très faible. « Représentons-nous, dit M. Puiseux, l'Univers avec un œil supraterrestre pour lequel un million de kilomètres vaudrait un millimètre. Les étoiles deviendront des têtes d'épingles, leur diamètre se réduisant à un millimètre environ, et chacune sera séparée de sa plus proche voisine par 100 kilomètres. La matière est aussi rare dans l'ensemble de l'Univers que l'eau le serait sur notre globe, si l'on avait disposé seulement d'un litre pour l'arroser tout entier. Il y a bien de l'apparence que le plus habile chimiste ne'soupçonnerait pas,
que pour les étoiles situées dans notre voisinage immédiat. Les têtes d'épingles que nous considérions tout à l'heure seraient encore séparées par un intervalle moyen de 3o kilomètres.
Ainsi, dans l'espace immense, les intervalles qui séparent les étoiles — ces soleils de l'Univers répandus par millions dans le ciel — sont fantastiques et presque inconcevables pour notre esprit, habitué aux faibles distances terrestres; n'empêche que notre Soleil, aussi bien que ses compagnes les étoiles, ne reste jamais à la même place. Toutes se meuvent sur des
La tempête solaire continue néanmoins sous forme de violents cyclones.
Puis tout rentre dans l'ordre, et le calme renaît peu à peu.
dans ces conditions, l'existence de l'eau. Si les étoiles communiquent, si elles ne s'ignorent pas entre elles, c'est que le milieu interposé est d'une transparence merveilleuse. »
Cependant, nous voyons dans le ciel des groupements d'étoiles où il semblerait que ces astres sont très rapprochés les uns des autres, les Hyades, par exemple, qui forment le bel amas visuel de la tête du Taureau. Mais la détermination de la distance du groupe à la Terre a permis d'en reconstituer la figure et de fixer les distances mutuelles des composantes. On trouve ainsi que la concentration est à peine plus grande dans ce monde lointain
trajectoires particulières que lesastronomes étudient depuis un demi-siècle, et des rencontres sont possibles bien que très improbables.
Mais souvenons-nous que les étoiles qui étincellent sur la voûte céleste ne sont pas les seuls astres qui peuplent l'immensité des cieux : le spectroscope nous a révélé la présence d'étoiles obscures, de corps noirs, astres éteints depuis des siècles qui continuent leur voyage à travers les espaces intersidéraux.
Cette notion de Soleils noirs s'impose donc à nous désormais, et nous avons toujours à redouter la rencontre de l'un de ces voyageurs négligents qui marchent
OU ALLONS-NOUS-''
peut-être à des vitesses insensées, 5o ou | sans rencontrer un astre quelconque, mais ioo kilomètres à la seconde et même plus, | vous savez ce que vaut le mot chance.
et refusent d'allumer leur phare pour signaler leur passage.
Sans doute, comme pour les étoiles brillantes, de telles rencontres sont improbables, et nous avons beaucoup de chance de marcher pendant longtemps
D'habiles mathématiciens nous diront qu'en montant dans un train vous avez une chance seulement contre cent ou deux cent mille d'être tamponné en cours de route. N'empêche que le fait arrive journellement à des quantités de voyageurs,
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Le Soleil photographié dans la raie du calcium. (D'après un cliché de M. Hale.)
et qu'un jour ou l'autre ce voyageur peut être vous.
Notre Soleil peut donc fort bien rencontrer sur sa route un autre Soleil éteint. Que se passerait-il dans ce cas? Quelles circonstances accompagneraient le phénomène ?
C'est un problème de mécanique céleste assez ardu, mais je vais au moins essayer d'en donner une idée à mes lecteurs.
Vous représentez-vous la stupeur des habitants de notre planète le jour où un astronome télégraphierait à Kiel, où l'on centralise toutes les nouvelles astronomiques, une phrase de ce genre reproduite
le lendemain par les agences du monde entier: «Aperçu Soleil noir en pleine Voie lactée. Diamètre : une minute treize secondes. Mouvement d'approche très prononcé. »
Et les jours suivants, cette autre dépêche : « Soleil noir avance à raison de 200 kilomètres à la seconde. Diamètre : une minute trente-huit secondes. Volume : huit fois celui de notre Soleil. Distance : quarante fois l'intervalle Soleil-Terre. »
Or, pour qui sait calculer, un semblable télégrammme nous amènerait immédiatement à conclure que le choc de notre Soleil avec une pareille masse se produi-
OU ALLONS-NOUS
rait infailliblement trois cent quarantequatre jours après la fatale nouvelle.
A partir de ce moment, des phénomènes insolites se succéderaient avec une effrayante rapidité.
Trois mois après l'annonce de cet événement sans précédent dans les annales du genre humain, l'astre noir aurait un diamètre de deux minutes environ, et serait visible à l'oeil nu.
Il franchirait la sphère dans laquelle gravite Neptune, et son attraction formidable se ferait sentir sur la masse de toutes les planètes; la vitesse orbitale de la Terre serait modifiée, la ronde des étoiles ne se ferait plus autour des Pôles célestes actuels ; nos horloges ne seraient plus en accord avec le cours du Soleil; les saisons n'arriveraient plus aux époques fixées, et tout calcul astronomique deviendrait impossible.
Quarante-trois jours avant la rencontre, le Soleil noir aurait un diamètre apparent égal au tiers de celui de la Lune ; il franchirait l'orbite de Jupiter. Déjà notre astre du jour donnerait les signes d'une agitation formidable; de grandes traînées de feu, protubérances gigantesques, s'élanceraient hors de ses enveloppes ; la chaleur augmenterait sur la Terre.
Encore un mois d'attente anxieuse.
L'humanité ne vit plus, toute sa fièvre
intellectuelle s'esttournée vers l'événement attendu. La foule assiège les églises. Seule la pensée de la mort hante les cerveaux.
Sous l'action de l'astre formidable venant à sa rencontre, le Soleil se déforme
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Grande tache solaire de 83 600 kilomètres, (39 octobre i9o5, 10 h. 3o matin.)
Granulation du Soleil à l'état normal.
lentement et reprend l'aspect de fuseau qu'il avait aux premiers âges de notre planète. A sa surface, les explosions se succèdent sans trêve. De cette fournaise renouvelée rayonnent une chaleur et une lumière inconnues des terriens.
Nos jours sont d'une splendeur inaccoutumée. Partout ce n'est que flamboiement. Des sommets aux neiges éternelles descendent des cascades abondantes. L'évaporation des Océans amène une atmosphère humide et étouffante; des pluies et des inondations continues dévastent d'immenses régions. La Lune, affolée dans sa course séculaire, change la marche de son orbite et les heures des marées.
Chaque soir, le crépuscule vient sans amener l'obscurité. Les ténèbres se sont à jamais évanouies, Au-dessus de l'horizon, le grand astre aveugle reflète les rayons du Soleil disparu au couchant. Son disque s'élargit chaque jour. Bientôt, il égale celui de la Lune, à la lueur delaquelleil mêleses rayons blafards, pour donner aux premières heures nocturnes une magnificence inconnue.
Ruines en amphithéâtre, à Oppido de Calabre, dues au tremblement de terre de i-]83.
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Le tremblement de terre de Lisbonne en ij55.
(D'après une gravure de lepoque.)
OU ALLONS-NOUS
Dans l'abîme céleste, les planètes brillent comme autant de phares géants. Bientôt ces merveilles sont voilées par un lourd écran nuageux où le tonnerre gronde sans relâche!
Encore deux jours!
Le ciel s'est éclairci çà et là. A la lueur des éclairs s'ajoute celle des bolides et des pluies d'étoiles filantes.
La voûte céleste est en feu, d'immenses incendies s'allument à tous les points de l'horizon ; les hommes tremblent de frayeur et se rappellent les paroles de l'Apôtre :
« Et tous les hommes seront comme rendant l'âme de frayeur dans l'attente des choses qui vont arriver sur toute la Terre, car les puissances des cieux seront ébranlées. »
Encore un jour! Les astronomes ont calculé à une seconde près le moment où se heurteront les deux astres ennemis.
Une dernière fois, le Soleil déformé s'est abaissé lentement au couchant, recelant en ses flancs gonflés la genèse de la catastrophe.
Tous les yeux humains sont fixés sur l'astre, et les yeux sont fous d'épouvante. Demain, c'est le jour fatal; l'effroi est au comble.
Après des siècles se renouvellent les ter-
Oscillation du pôle de janvier i goo à janvier igo5, en rapport avec les périodes des tremblements de terre.
Oscillation du pôle terrestre de janvier i8go à juin i8gy.
reurs de l'an mille. Mais, cette fois, aucun doute n'est permis.
Dans les villes, les rues sont remplies d'une foule anxieuse. Affolés, les habitants se ruent vers les faubourgs pour gagner les champs.
La terrible prophétie les accompagne.
D'ailleurs, où vont-ils? Ils ne le savent eux-mêmes. Tout à coup, des hommes s'arrêtent dans leur marche et éclatent d'un rire atroce. La folie gagne les cerveaux. A Paris l'anxiété est indicible. L'Observatoire est assiégé; on monte sur les toits, sur les édifices. Aux Champs-Elysées, la foule pressée ne peut plus circuler. Pourtant, jamais soir ne fut plus splendide.
Dès le Soleil couché, une grande vague rouge monte à l'Occident, ensanglante les nuages, épand sa pourpre tragique derrière l'Arc de Triomphe. Bientôt, dans cet embrasement céleste, apparaît un disque d'argent pâle. C'est le Soleil noir, le vagabond des espaces, accouru des profondeurs du ciel pour absorber l'astre radieux, qui, depuis des millions de siècles, présidait aux destinées planétaires.
La nuit s'est passée dans une fièvre démente. L'aube revient plus hâtive, et cependant le Soleil, considérablement agrandi, brille avec moins d'éclat. Tout
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à coup, avant l'heure fixée pour l'cllrayant rendez-vous, un frisson de lumière plus ardent parcourt la Terre. Là-haut, près du foyer solaire, un autre foyer se révèle. C'est l'astre éteint qui s'est réveillé.
Sous l'action de notre ancien Soleil, les
Le Soleil noir a éclaté, et maintenant il mêle ses gaz étincelants, ses vapeurs métalliques, ses lueurs incandescentes au fuseau lumineux de notre humble étoile. Deux spirales de feu s'élancent de l'astre revivifié. Dragons fulgurants, ils soudent leurs
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Concordance des principaux phénomènes solaires et de quelques phénomènes terrestres,
montrant l'influence du Soleil sur notre météorologie.
(.Tableau dressé par l'abbé Th. Morevx.'
flancs de l'étoile obscure se sont ouverts, les gaz intérieurs ont explosé violemment. Des éclairs jaillissent, et c'est au milieu d'une lueur effrayante que se produit la collision.
Jamais vision ne fut plus belle ni plus terrible. Sous l'action du choc épouvantable, la matière solaire se disperse en traînées de feu jusqu'à l'orbite de Mercure.
OU ALLONS-NOUS
têtes vers la planète Mercure, qu'ils enlacent de leurs anneaux; leurs longs replis s'agrandissent à vue d'œil; en quatre heures ils ont atteint Vénus, et l'étoile du matin flambe comme un tison. Le tourbillon incendiaire va-t-il nous atteindre? Déjà une chaleur torride se répand sur la Terre. Des raz de marée terribles envahissent les continents. Les forêts brûlent,
OU ALLONS NOUS
les villes s'effondrent, de longs frémissements sismiques agitent le sol. Des failles s'entr'ouvrent et engloutissent des cités entières; des montagnes glissent et s'écroulent. Tous les volcans éteints se rallument, de nouvelles bouches crachent les matières brûlantes du feu central. Les Puys d'Auvergne vomissent des torrents de lave.
La chaleur augmente toujours. L'humanité affolée, errant dans cette fournaise, se réfugie dans les caves, envahit les cavernes, descend dans les mines. Précautions vaines.
De minute en minute la télégraphie sans fil apporte des nouvelles effrayantes. Londres est détruit, Lisbonne, Amsterdam, Bordeaux, New-York, San-Francisco, toute la Côte d'Azur, la Sicile, Naples, le Japon, les Antilles, tous ces pays ont disparu, effondrés, inondés par les eaux envahissantes. Paris résiste encore; les édifices publics : la tour Eiffel, Notre-Dame, le Sacré-Cœur se sont écroulés, le gros des habitations est toujours debout, mais partout des feux s'allument, l'incendie étend ses ravages et fait des milliers de victimes.
L'air se charge d'électricité; de longues étincelles jaillissent des réseaux télégraphiques, le tonnerre gronde, les cyclones parcourent la Terre, tous les éléments sont confondus et déchaînés.
De la plate-forme de l'Arc de Triomphe, encore debout, par-dessus le Bois de Bou-
logne, en partie détruit, une grande ligne blanche apparaît. Bientôt, l'oeil découvre une nappe liquide. Son front bouillonne comme des brisants. C'est l'Océan qui a rompu ses digues. Par un phénomène inexpliquable, l'axe de la Terre a basculé, et les mers se sont ruées à l'assaut des continents. Les eaux atteignent Saint-Cvr, Saint-Germain, Argenteuil.
Bientôt la vague meurtrière envahira Paris, versera son écume sur les toits et ensevelira la première capitale du monde.
En plein ciel, entre les nuages disloqués, les deux Soleils développent leurs spirales et flamboient toujours. Encore quelques heures, et il n'y aura plus sur la Terre aucun oeil humain pour contempler ce terrifiant spectacle, digne des genèses d'autrefois.
La Terre roule autour d'un Soleil nouveau parti des régions de Cassiopée. Nul, dans le ciel sidéral, ne connaissait sa présence. Pour un astronome habitant le Système de Véga, la disparition de l'humanité passera tout à fait inaperçue.
Mais, sur les registres de ses observations, notre astronome inscrira ce fait inexpliquable sans doute :
« Le Soleil, de cinquième grandeur, qui se dirigeait vers nous, vient de subir une augmentation d'éclat; enfin, phénomène étrange, son mouvement propre est changé; l'étoile nouvelle se dirige vers la Croix du Sud. »
CONCLUSION
Parvenus au terme de notre longue étape, qu'il nous soit maintenant permis de jeter un regard en arrière pour embrasser d'une vue d'ensemble les contrées parcourues.
Nous avons, en cours de route, pénétré dans tous les domaines de la Science.
Tour à tour l'Astronomie, la Physique, la Chimie, la Zoologie, la Géologie nous ont dévoilé une partie des mystères de la nature; toutes ces sciences ont-elles suffi à répondre aux questions formulées dès le début de cet ouvrage?
Qui sommes-nous ?
Où sommes-nous ?
Où allons-nous ?
A cette question qui embrasse les plus graves problèmes que l'homme puisse se poser au sujet de ses origines, quelles ont été les réponses de la Science?
Nous sommes sur la Terre, nous foulons un sol stable en apparence, mais la Géologie nous apprend que cette écorce, solidifiée à l'heure actuelle, a été l'objet de changements et de remaniements incessants.
Avant l'homme, les animaux ont peuplé la Terre, les volcans ont vomi les entrailles du globe; de vastes forêts couvraient des continents aujourd'hui disparus, comme cette Atlantide dont parle Platon et que la
mer aurait engloutie en quelques heures.
Mais le Temps n'est que la succession d'événements enchaînés; remontons plus haut; qu'était la Terre? Une sphère incandescente où tous les éléments brûlaient confondus; et auparavant, qu'était-elle encore ?
Simple parcelle de la nébuleuse primitive, masse extrêmement raréfiée où déjà l'atome avait sa structure actuelle, forme trop compliquée pour être véritablement originelle.
De cette nébuleuse dont nous voyons des images dans le ciel, notre système solaire est sorti.
Par quelles tranformations mystérieuses a-t-il donné naissance aux astres qui le peuplent? Nous l'avons demandé aux astronomes. La Cosmogonie a essayé de répondre, mais cette science encore neuve n'a fait que balbutier des invraisemblances; les meilleures théories laissent de côté des faits inexpliqués; toutes se heurtent aux impénétrables évolutions de la matière, et nous commençons à soupçonner que, dans ce domaine à peine accessible à nos investigations, l'électricité a joué le rôle principal.
Avant cette matière et ces éléments chimiques définis, il y avait quelque chose de plus simple, l'éther, probablement, auquel il faut recourir en dernière analyse; laissons donc les savants rechercher par quelles combinaisons inconnues l'éther s'est condensé, la nébuleuse primordiale
OU ALLONS-NOUS.''
a évolué ; des siècles encore passeront avant la solution de ces problèmes à peine effleurés, et demandons-nous ce qu'il y avait avant l'éther.
Ce milieu, aussi subtil que nous l'imaginions, c'est encore de la matière contenant en puissance des réserves formidables d'énergie ; donc le mouvement existait, et comme mouvement implique succession, comme, d'autre part, nous ne pouvons concevoir une suite infinie de mouvements, il nous faut arriver à un premier terme.
La matière a donc commencé de se mouvoir; qui lui a donné ce premier mouvement?
Nul être créé, évidemment; et nous voilà logiquement conduits à la notion d'un Créateur tout-puissant, Être suprême, infini et éternel, nécessaire, non soumis aux lois contingentes de l'univers ni à celles de l'espace et du temps.
Voilà ce que nous affirme la Science.
Cette Science qu'on nous présentait comme l'antithèse de nos idées spiritualistes nous a, au contraire, menés directement à Dieu.
Et c'est là, en vérité, son plus beau titre de gloire, car sur le reste elle doit se déclarer impuissante à nous donner des explications.
A un moment, en effet, il s'est passé sur notre globe un fait extraordinaire; brusquement la vie s'est manifestée. !
Pourquoi? comment? à la suite de quelles circonstances?
Personne n'en peut donner des raisons scientifiques.
Bien plus, les premiers êtres — des invertébrés dont nous retrouvons la trace — sont déjà parvenus à un haut degré d'organisation : ils sont en tout point comparables à certaines formes vivantes à l'heure actuelle.
Dès lors, que devient cette doctrine qui nous présentait les séries végétales et animales comme une suite de transformations débutant par la forme la plus simple, évoluant peu à peu et donnant naissance
enfin, par des adaptations successives, à cette efflorescence prodigieuse des êtres qui ont peuplé la Terre à toutes les périodes géologiques?
Cette conclusion, déjà avancée dans D'où venons-nous? vient de recevoir tout dernièrement une confirmation éclatante par des trouvailles de la plus haute valeur.
Sur les confins de la Colombie britannique, en pleines Montagnes Rocheuses, le géologue Wellcott vient de découvrir un gisement d'âge très ancien, le cambrien moyen : à son grand étonnement, comme à celui de tous les paléontologistes, cette couche contient un nombre inusité de fossiles dans un état de remarquable conservation.
Et quels fossiles! non point des êtres étonnamment simples, comme on aurait pu le supposer a priori, mais des crustacés dont on a pu reconnaître les organes internes; et ces animaux sont exactement semblables aux espèces actuellement connues. Même remarque a été faite au sujet de onze genres d'Annélides que renferme le même gisement.
Voilà des analogies inexplicables dans la théorie de l'évolution, telle qu'on l'avait formulée au début.
Il faudrait donc admettre que certains groupes seuls ont évolué, tandis que les autres sont demeurés stables durant toutes les périodes géologiques. Mystères et contradictions sur toute la ligne 1
Ce n'est pas tout; dans chacun des grands groupes primitifs découverts, en remontant aux plus lointaines origines, nous retrouvons toujours une grande différenciation de forme, dans une même famille, alliée à une similitude complète avec les espèces actuellement existantes.
Or, notons-le bien, n-ous sommes ici dans l'histoire de notre Terre, à l'époque la plus lointaine où la vie se soit manifestée; les terrains sous-jacents sont complètement impropres à l'existence d'êtres vivants.
Sans doute, on pourrait admettre à la rigueur que les terrains se sont transformés par l'action de la chaleur et des
CONCLUSION
IOI
énormes pressions, mais ce serait reculer inutilement la difficulté et tomber dans l'arbitraire.
Aussi, les savants actuels sont-ils arrivés à cette conclusion, qu'il semble désormais bien difficile d'admettre une création unique et une évolution intégrale.
Voilà donc darwinis'tes et lamarckistes renvoyés dos à dos.
Ainsi, les découvertes les plus récentes nous conduisent à accepter l'idée d'une origine multiple de la vie.
« Les divers grands groupes pourraient avoir apparu séparément et ne dériveraient pas les uns des autres, disait récemment M. Lemoine; la matière aurait pu s'organiser de diverses façons pour donner naissance aux germes si simples des ancêtres des grands groupes. A partir d'eux et dans chaque groupe, les animaux auraient évolué suivant les lois actuellement admises. »
Que nous sommes loin de la monère primitive et unique, mère de tous les êtres organisés!
Pauvre Transformisme, que te voilà méconnaissable sous les oripeaux successifs dont il a plu à quelques manœuvres de la Science de t'affubler!
En réalité, d'ailleurs, le Transformisme n'existe plus; le mot seul en est conservé ; pure question d'amour-propreetd'étiquette.
Et ainsi, peu à peu, après une période de folie, pendant laquelle on accepte les yeux fermés les hypothèses les plus saugrenues et les plus invraisemblables, nos savants sont bien près d'adhérer à ces affirmations de la Genèse touchant la création des êtres vivants. « Et Dieu, répète Moïse à chaque instant, les créa selon leur espèce. »
En fait, cette loi de l'apparition brusque des espèces n'est pas particulière au début de la vie; nous avons montré qu'elle est générale à toutes les époques de l'histoire de la Terre. ;Nulle part, en effet, nous ne retrouvons une chaîne interrompue des êtres permettant de suivre les transformations depuis la simple cellule jusqu'à l'animal le plus perfectionné.
En tout cas, si une certaine chaîne existe, les chaînons en sont nettement séparés; d'où il nous faut conclure que la Création s'est faite suivant un plan défini qui manifeste une fois de plus l'intervention d'une Pensée créatrice.
Dès lors, nous pouvons nous demander quelle place nous occupons dans cet ensemble de créatures qui va, par des gradations savamment mesurées, du végétal le plus humble à l'animal le plus perfectionné.
QUI SOMMES-NOUS
A cette nouvelle question, la Science nous a nettement répondu : L'homme se trouve en haut de l'échelle des êtres vivants. Par son âme et sa pensée, il se distingue complètement des créations précédentes; il ne saurait dériver de l'animal, fût-il le plus perfectionné que nous puissions découvrir.
Là encore, si l'hypothèse transformiste avait un fonds de vérité, comment expliquer que nous ne réussissions pas à découvrir ce préhomme, cette créature hypothétique tenant le milieu entre l'homme et le singe? Or, il est maintenant manifeste que l'histoire des Pithécanthropes, nos ancêtres, n'est qu'un « bluff » de plus à ajouter à tant d'autres. Ce roman, inventé par les savants matérialistes pour ruiner nos croyances, a sombré dans le ridicule et le grotesque depuis les découvertes récentes de la .Préhistoire.
Tout ce que nous savons actuellement peut se résumer dans cette affirmation scientifiquement démontrée : L'espèce humaine est essentiellement une, les différentes races n'offrent pas de caractères spécifiquement distincts.
La Science, sur ce point, se rencontre encore avec la Bible pour nous enseigner que l'homme actuel doit descendre d'un couple unique : « D'un seul homme, disait saint Paul aux Athéniens, Dieu a fait sortir tout le genre humain pour peupler la surface de toute la terre. »
Les différences de milieu, les conditions
OU ALLONS-NOUS
climatériques, le genre de vie ont pu, sans doute, amener des variations, changer jusqu'à un certain point les caractères du squelette, modifier le corps, en un mot, créer des races, ils sont restés impuissants à changer l'espèce. La Science n'a encore donné aucun argument sérieux qui puisse infirmer notre croyance à un acte spécial de Dieu créant l'Homme dans un état de perfection qu'il n'a pas su conserver.
Cependant, même dans sa déchéance la plus absolue, il a gardé toujours quelques vestiges de son état primitif; il avait, par exemple, le culte des morts : il les ense-
MÊÊlSSÉ
Statuettes de bisons d'argile, modelées par les hommes préhistoriques et trouvées dans une caverne de l'Ariège, en igi2,par le comte Bégouen de Toulouse.
velissait avec soin, plaçait près d'eux de la nourriture, des armes, des bijoux préférés. Bien mieux, l'exploration des grottes paléolithiques a montré que l'homme de ces époques reculées possédait un véritable culte extérieur, qu'il se livrait comme les peuples d'aujourd'hui à des cérémonies rituelles; qu'il restait enfin dans son esprit une idée de la divinité, ainsi qu'en témoignent les nombreux vestiges de superstitions relevés sur les parois des rochers et des cavernes.
« Un petit-fils ou un cousin du singe » croyant en Dieu, honorant ses morts, les ensevelissant suivant un rite cultuel, leur
donnant pour le grand passage de l'au-delà les objets nécessaires à leur dernier voyage, en un mot, « un animal sans raison » professant l'immortalité de l'âme, voilà qui dépasse toute vraisemblance et qui fait tomber dansleridicule la prétendue science de certains préhistoriens, dont le seul but était de rabaisser l'homme au niveau de la brute et de le rattacher à la bête par une filiation directe. Les peintures relevées dans des grottes nombreuses nous ont appris que les premiers hommes étaient des artistes hors pair; tout récemment, on vient d'en avoir une nouvelle preuve par la découverte, au fond d'une profonde caverne de l'Ariège, de deux statues d'argile, deux bisons, un mâle et une femelle, merveilleusement modelés.
Devant ces découvertes, comment ne pas se défendre d'un sentiment de pitié pour ces speudosavants qui, dans le silence de leur cabinet, avaient élaboré tout un échafaudage de théories ridicules tendant à affirmer la bestialité de l'homme primitif, à ruiner nos dogmes et nos croyances, à mener aussi le deuil des doctrines spiritualistes en essayant de supprimer l'abîme qui sépare l'homme de la bête.
Non, ainsi que l'affirme la Bible, l'homme ne dérive pas de l'animal. Son âme a été créée à l'image de Dieu; sans doute, elle informe un corps matériel, mais le souffle divin qui l'anime lui rappelle à chaque instant sa céleste origine : Dieu a posé son empreinte sur sa créature privilégiée.
L'homme a pu se dégrader au cours des siècles; mais aux époques de la barbarie la plus accusée, l'humanité est demeurée intelligente; elle a eu ses croyants, ses artistes, ses peintres, ses sculpteurs. La superstition elle-même affirme à sa manière l'idée primitive de religiosité; c'est
CONCLUSION
l'étincelle qui a continue de briller sous la cendre, c'est le diamant renfermé dans la gangue obscure.
En résumé, ce que la Science nous dit sur nos origines se réduit à fort peu de chose.
L'univers s'est modifié au cours des âges, voilà ce qu'elle nous apprend. Par quels stades exacts est-il passé? Elle ne saurait nous le dire; les meilleures cosmogonies ne sont qu'hypothèses enfantines vis-à-vis de la réalité.
La Science, toutefois, fixe d'une façon assez précise la succession des terrains sur notre globe; elle nous décrit même les êtres vivants qui l'ont peuplé; mais, sur l'origine de la vie, elle ne nous apprend rien; nos savants actuels sont aussi avancés sur ces questions que l'étaient Démocrite, Epicure et Lucrèce.
Quant à nous dire comment les différentes espèces sont apparues successivement, la Science, après avoir espéré dans le transformisme, commence à comprendre qu'elle est bien loin d'une esquisse de solution.
L'évolutionnisme a été une hypothèse de travail, hypothesis working, comme disent les Anglais, et rien de plus. L'idée que le Créateur a opéré suivant un plan défini aurait conduit aux mêmes résultats.
Si maintenant nous passons aux deux autres questions posées à la science humaine, le résultat sera à peu de chose près aussi négatif.
OU SOMMES-NOUS
OU ALLONS-NOUS
Sans doute, l'Astronomie peut nous dire notre situation relative au milieu de l'Univers visible, mais son impuissance est manifeste quand nous lui demandons des précisions.
Sur les rapports qui existent entre notre système et les étoiles, sur les grands courants stellaires, sur la constitution et l'étendue des nébuleuses, sur la transformation de ces masses lointaines, sur la température et l'âge exacts des soleils de l'espace,
sur la forme réelle et l'étendue de la Voie lactée, sur le nombre total des corps célestes, la Science ne saurait actuellement avoir la prétention de nous renseigner d'une façon même approximative.
Encore moins nous dira-t-elle où nous allons.
Tombons-nous en ligne droite, ou bien, par des spires à courbures infiniment faibles, sommes-nous précipités vers les confins de l'univers pour y aller grossir ces amas d'étoiles évoluant avec une lenteur majestueuse dans l'insondable espace? Voilà ce que nous ignorons encore.
Et cette Terre que nous habitons, va-t-elle mourir de froid, absorber régulièrement son atmosphère, et ainsi menacer l'humanité d'une asphyxie lente qui, peu à peu, rendra impossible l'existence des êtres vivants? Ou bien, dans sa course vertigineuse à travers l'éther glacé, ne va-t-elle pas rencontrer quelque bolide éteint ou enflammé : comète, planète, soleil noir ou étincelant?
Et, dans cette hypothèse nouvelle, fournaise ardente, ne dévorera-t-elle pas ses enfants, comme l'antique et fabuleux Jupiter?
Nous l'ignorons encore.
Sur tous ces points, la Science humaine reste muette et ne peut en aucune façon contredire nos croyances religieuses assises sur des bases plus solides, détruire notre foi invincible en Celui qui a daigné parler aux hommes par ses miracles, par sa révélation, par son Evangile.
Arrière donc toute Science humaine qui oublie les paroles du Christ : Je suis la Voie, la Vérité et la Vie. (Joan. xiv, 6.)
Je suis la Voie, nous dit-il, et cette Voie, je vous l'ai montrée depuis ma naissance jusqu'à la tragédie sublime du Calvaire.
Je suis la Vérité, car je suis le Verbe, c'est-à-dire l'Intelligence infinie, qui était au commencement en Dieu, qui était Dieu lui-même et par qui tout ce qui existe a été créé; toute science vient donc de Moi et ne peut m'être opposée.
Je suis la Vie, c'est-à-dire la lumière des hommes, celle que tous vous devez suivre ;
OU ALLONS-NOUS
elle seule vous conduira à ce bonheur que vous cherchez, mais que vous ne sauriez atteindre ici-bas.
Cette vie présente n'est qu'une épreuve; imitez-moi, laissez dire les hommes, et s'ils
vous persécutent, réjouissez-vous, car vous serez abondamment récompensé dans la vie future.
Ecce enim mer ces vestra copiosa est in cœlis. (Matth. v. 12.)
QUELQUES APPRÉCIATIONS