‹ D'Ulysse à PanurgeChapitre 4 sur 7 · LES DERKIËRES AVENTURES DU DHIN ULYSSE. ST · texte numérisé non relu

LES DERKIËRES AVENTURES DU DHIN ULYSSE. ST

< Voici un assez rare prodige, s'écria Eumée qui s'était incliné pour observer de plas près la bête haletante. Jamais un pourceau n'a pleuré, car le chagrin et les larmes sont le privilège des malheureux humains, et ces bêtes insouciantes ne connaissent en toute leur vie qu'un seul moment de véritable tristesse, celui où le couteau du porcher s'enfonce dans leur gorge. Encore ce moment est-il très court. »

Ulysse contemplait le pathétique animal avec un étonnement sans mesure. Long:temps il réfléchit, rappelant ses souvenirs.

« Ils étaient vingt-deux, dit-il, et le magnanime Euryloque les conduisait à la demeure de la déesse. Eurjloque n'entra point dans le palais. Quand les autres eurent mangé un gâteau de farine, de fromage et de miel arrosé de vin noir, elle les toucha de sa fatale baguette, et subitement ils furent changés en pourceaux avides de glands et de cornouilles. Cependant, lorsqu'elle leur rendit la figure humaine, je les avais bien comptés tons sur mes doigts. Pas un ne demeurait dans l'étable de l'empoisonneuse. Peutêtre Circé m'expliquera-t-elle cette troublante énigme. »

Ils reprirent leur marche vers le séjour de l'enchanteresse. Le porc les suivit quelque

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8S D'ULÏSSE A PANURGE.

temps, d'une haleine précipitée. Puis, découragé,

i) s'affaissa sur le bord du sentier et s'endormit

paisiblement.

Bientôt la forêt ds chênes a'éclaira de lueurs rouges. De grands fauves, lions ou léopards, erraient sOus les arbres, dans la pénombre; iU accueillirent avec douceur les deux Grecs ; quelques-uns Tinrent lécher la main d'UIjsse ou le flatter courtoisement du front. Au milieu d'une clairière, un vieux loup caduc, presque blanc, présidait paciSquement aux ébats d'une troupe de chevreaux. Un ours adossé contre le tronc d'un cyprès attachait un regard de tendresse et de béatitude sur une étoile d'or qui s'allumait et tremblait au fond des cieux.

Une lumière plus vive enflamma la forêt sonore. Un bûcher de cèdres à la fumée odorante brûlait devant la maison de la magicienne.

Une voix de femme, mélodieuse et très pure, chantait en une langue inconnue des aventuriers, sous les portiques intérieurs.

« C'est la voix de Circé, dit Ulysse, voix plus suave et perfide que l'appet des Sirènes. Mais Hermès veille toujours sur moi. La déesse, de sa main légère, tisse une toile merveilleuse digne d'orner la tente des Immortels. Les fils de la trame résonnent sous ses doigts comme les

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cordes d'uoe lyre. Elle tisse, elle file, elle brode durant les nuits d'hiver. C'est d'ailleurs, je l'avoue, le seul trait de ressemblance qu'elle ait avec ma pauvre Pénélope. Et, depuis bien des années, Pénélope ne chante plus. >

Circé se tenait, à demi couchée, sur un lit d'opulentes fourrures, accoudée à la tète d'un lion familier. Des esclaves brûlaient des parfums en des coupes d'argent ; des nymphes disposaient en des vases d'or des touffes de Ijs et de roses. A la vue d'Uljsse, la reine perverse fronça les sourcils. Les nymphes et les esclaves se retirèrent. Ëumée s'arrêtait bomblement à l'entrée du portique.

Jamais l'empoisonneuse n'avait paru plus désirable aux yeux du divin Ulysse. Ses profonds yeux noirs, sa bouche purpurine proclamaient la volupté. Mais jamais son front n'avait été plus insolent, son regard plus cruel. Elle montra, sans parler, au fils de Laërte, en face de son lit, une estrade recouverte d'une peau de tigre. Il y prit place, timide comme un adolescent.

( Tu es belle, dit-il, aussi belle qu'Aphrodite. Je t'aime.

— Moi, répondit Circé, je te bais. »

Elle se tut, caressa la crinièpe de son lion, puis, d'une voix sifflante :

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H D'ULÏSSE A PANURGE.

< Oui, je te hais. Par toi, je fus humiliée, outragée, menacée. Tes Dieux se sont joués de ma puissance. Ils m'ont ravi tes compagnons.

Toi, le Grec, le fourbe, artisan d'œuvres scélérates, tu m'as trahie. Tes serments d'amour, tu les a déchirés. Tu m'as abandonnée après une nuit de plaisir, telle qu'une prostituée. Et tu n'es plus revenu. Une autre t'as bercé dans ses bras, tandis que tu riais de ma faiblesse et te glorifiais de ton crime. Et tu rentres chez moi, ce soir, avec un front tranquille! Tu oses braver la magicienne au fond de son antre! Si je le voulais, Ulysse, sur un geste de ma main, ce lion se jetterait contre toi et, de ses ongles, ferait, de ta misérable chair, une guenille sanglante. Mais le châtiment serait indigne de ma haine. Il me faut une vengeance plus haute, une douleur pins exquise. Cette visite nocturne te coûtera cher, roi d'Ithaque. Quelle folîe d'avoir quitté ta vieille épouse et ton rocher battu par la mer blanchissante! Aucun de mes philtres maudits, aucune de mes invocations infernales n'aurait su changer en bète aussi lamentable, objet d'une étemelle risée parmi les mortels, le plus ingénieux, le plus impudent des Grecs aux belles cnémides! >

Un hurlement saccadé, le cri d'une bande de fauves éclata • dans la forêt voisine. Puis une

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LIS DERNIÈRES AVENTURES DU DIVIN m.YSSB. SI Tingtaine de grands loups traversèrent au galop la cour du palais. L'un d'eux, le vieux loup vénérable, presque blanc, vint se coucher au pied du lit, près du lion. Les autres se ruèrent du côté des cuisines.

< C'est l'heure du repas pour les hôtes affamés de mes bois, dit la magicienne. Ces loups furent jadis des prêtres phrygiens, qui célébraient dans Iliou, au son d'une musique barbare, les mystères de Cybèie, la Grande-Déesse. Quand la ville de Priam eut été brûlée, saccagée, inondée du sang de ses défenseurs, ils s'exilèrent en pleurant et montèrent sur un navire dont le pilote était un homme d'Ithaque. Ils voulaient se réfugier dans les montagnes de Thrace, emportant leur idole et leurs cymbales d'airain. Mais le Grec changea méchamment la route du navire et les jeta, par une nuit d'orage, sur les écueils de mon île. Il espérait me les vendre, comme un troupeau d'esclaves. Les exilés goûtèrent à mes breuvages, lis ne regrettent point leur condition première. Ils sont libres, farouches et hurlent tout à leur aise, ainsi qu'ils faisaient naguère dans leur temple. Celui-ci, leur grand pontife, un loup plein de sagesse, a sans doute changé de religion en même temps que de nature. 11 m'adore dans le silence de son cœur. Avec ce bon, un roi do Scy-

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» D'VLTSSB k PANCHfiS.

thie que le naufrage m'a livré, il est mon ami le

plus sûr. Il garde mes trésors et mon sommeil.

— Et l'autre, dit Ulysse anxieux, te pilote, l'enfant d'Ithaque, qu'en as-tu fait?

— 11 eut le sort, avant lui connu, pendant quelques heures à peine, de tes vingt-deux compagnons. Mais tes Dieux ne l'ont point sauvé. 11 est encore rorg;ueil de mes étables. Malheureusement, ses jours sont comptés, il fallait qu'il fût, pour le ventre et la rancune de mes loups, une pâture succulente. Son heure est proche. Et mime elle est venue.... >

Au dehors, on entendit une supplication éperdue, aiguë, mais étranglée et très brève. Le joyeux pourceau ne devait plus jouir de ta fraîcheur des flots et de la brise marine, de la douceur des herbes parfumées de primevères et de violettes.

I Hélas! soupira le bon Eumée. Au moins faudrait-il apprendre le nom de l'infortuné, afin que nous puissions là-bas offrir une libation à l'ombre qui s'en va maintenant aux rives du lugubre Acbéron. >

Circé se tourna vers le vieil homme :

i Quel est, dit-elle, cet étranger de mine ehétivc, vêtu d'un manteau de bouvier?

— C'est mon ami le plus fidèle, répondit

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LES DERNIÈRES iTENTURES OV DIVIN OLTSSB. 03 Uljsse, bien qu'il ne soit ai lion de Scythie, ni loup.

— Il 7 a toajoars plaisir à converser avec toi, répliqua ta déesse aux yeux sombres, car tes paroles sont imprévues et subtiles. Ce pilote s'appelait Hermodole. Il était le serviteur d'Hermès, dieu des menteurs et des voleurs de grands chemins.

— Je le chérissais, dit UljBse. Personne, mieux que lui, ne sut lire dans les étoiles les secrets utiles aux navigateurs.

— Il voguera désormais sur le Tartare ténébrêux, ajouta Gircé; mais le ciel de l'Enfer est plus noir que l'ébène et n'a point d'étoiles. >

Les esclaves dressèrent alors, près de l'enchanteresse, une table chargée de plats et d'amphores. Elle y fit placer quatre coupes de cristal et, de sa main, les remplit d'un vin pétillant, couleur d'ambre.

I Approchez tous deux, dit-elle avec un sourire étrange, et ne redoutez rien de votre hôtesse. Ces mets et ce vin plus doux que le miel sont purs de tout maléfice. Prenez ces escabeaux.

Nous ferons ainsi un délicieux souper de famille.

— Il manque un convive, dit Uljsse.

— Le voici, répondit Circé. »

Un jeune garçon, fort singulier d'aspect et de

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U D'EILTSSE A PANURGS.

démarche, pénétrait sous le portique, tenant en laisse deux chacals et IratDant par l'oreille l'ours méditatif de la clairière. Les trois bêtes, récalcitrantes, manifestaient l'humeur la plus maussade. Quand il les eut lâchées, elles allèrent se tapir en grognant dans l'ombre. Le jeune homme salua distraitement la magicienne, et, sans daigner s'apercevoir de la présence des deux aventuriers, s'assit à table et vida, presque d'un seul trait, la coupe la plus profonde.

11 était grand, robuste, de taille élancée et d'allure très leste. El avait le profil régulier, les traits délicats de la race grecque; mais les yeux noirs trop mobiles, inquiets, louchaient légèrement, et la mâchoire, trop forte, faisait penser à quelque jeune carnassier. Le teint était hâlé, la chevelure flottait en désordre sur le front, entremêlée d'une branche de houx aux grains de corail. 11 revêtait une courte tunique de peaux de bêtes sauvages, d'où pendaient des broussailles et des ronces. Ses jambes et ses pieds étalent nus, bronzés par le soleil, mordus par les épines des halliers. Le regard accusait à la fois ta malice et la duplicité. Dès le premier moment, le personnage parut au roi d'Ithaque une jeune vipère assez dangereuse.

< Mon lils Télégone >, dit froidement Circé.

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Ulysse, frappé de stupeur, laissa retomber le fruit qu'il portait à sa bouche.

( Téiégone, poursuivit l'empoisonneuse, viens saluer l'hôte illustre que les Dieux et sa bonne fortune ont conduit à mon foyer. II n'est point, dans le monde entier, d'homme que tu doives aimer plus tendrement. Je veux que tu lui donnes la moitié de ton cœur. >

L'enfant prit la main d'Ulysse et la pressa contre ses lèvres. Le héros grec sentit que le serpent allait mordre. Il retira vivement sa main.

« Ceci, dit-il, est un grand mystère. Tu n'avais point de fils, lors de ma première visite en cette île. Environ douze années se sont écoulées depuis ce jour. Et cet enfant ne compte pas moins de seize printemps.

— Tu n'oublies qu'une chose, répliqua Circé, la puissance de mes enchantements. S'il m'est facile de changer en loups, en pourceaux, en lions, des guerriers, des gens de mer et des prêtres, je puis, plus aisément encore, hâter pour un être humain la lente croissance du temps.

Téiégone naquit moins d'une année après ton départ. Quand il aura seize ans, son front touchera au faîte de ces colonnes et, de son bras de géant, il arrachera Us cèdres et les chênes de ma forêt comme de frêles brins d'herbes.

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tS im.ISSE k PANURGR.

— Quel fut son père? interrogea Ulysse, dont la figure avait pâli tout à coup.

— Deyine son nom, si tu le peux, prononce ce Doin en présence de mon fils, si tu l'oses. Son père, ce fut, je crois, un Grec à la langue dorée, que les hasards de la guerre et les caprices de l'Océan avaient entraîné yen les cfttes de Golchide. Alors l'Asie était en deuil, ta mer couverte d'exilés, la terre souillée de meurtres et d'infamies. Dans les cités vaincues, les chefs vainqueurs égorgeaient de leurs mains les enfanta au berceau; d'autres brisaient sur le pavé des temples la tête de ces petits. Alors tes Dieux enseignaient à leurs fidèles ia trahison, l'inceste, le parricide. Votre Olympe n'était plus qu'une caverne de larrons, d'assassins et d'adultères. La race des hommes s'enivrait de voluptés, d'orgueil et de sang. C'est au temps de ces grandes misères que fut conçu Télégone. Il en a conservé la violence et la tristesse. Cet enfant m'effivie, et je sais que le Destin lui réserve, comme it fit pour vos Atrides, un avenir de terreur, un crime que vos aèdes chanteront sur la lyre. Te plalt-il maintenant, Ulysse, que nous cherchions ensemble le nom, la patrie et les dieux de son père? >

Ulysse ne répondait point. Il ressentait uns

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LES DERNIÈRES AVENTURES DU DIVIN ULYSSE. 87 angoisse mortelle et comme un vertige, tel qu'un voyageur arrêté brusquement, au détour d'un sentier, par un précipice. Les obscures menaces de Circé recevaient, des paroles révélatrices de la déesse, une signification formidable. Et, pour accroître encore l'amertume de ses pensées, la vague prophétie de Gassandre revenait à sa mémoire :

« Garde-toi de la race d'UIjsse! Chez vous autres Grecs, le parricide est un jeu qui sourit aux adolescents! »

Télégone semblait n'avoir rien compris au sinistre discours de sa mère. Quand il eut contenté sa faim, il retourna vers ses souffredouleur, à l'ours rêveur, aux deux chacals, et leur infligea d'îngénieu\ ennuis. Son plaisir fut extrême quand il vit l'énorme bête velue serrer étroitement entre ses bras les deux misérables rôdeurs des bois et des champs, qui, à demîétoufFés et les yeux hors de la tête, glapissaient sur un ton de grande détresse.

« Voilà ses joies, dit Circé, oo plutôt sa folie. Il est le bourreau de mes bêtea. Il invente mille tourments à leur intention. Cet ours est cependant un animal pacifique et courtois. En son temps, il fiit l'astrologue du roi Priam. Sa renommée s'étendait à toute l'Asie. Chaque soir,

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il annonciit à sod maître, pour le lendemain, la fuite honteuse de l'armée grecque. Il s'embarqua sur le même navire que les prêtres de Cybèle. Les deux chacals n'étaient que de maigres pirates errant sur la mer Gimmérienne à la poursuite des pauvres pâoheurs. Télégoue ne laisse point à iea trois victimes préférées une heure de repos. J'ai dû renoncer à le frapper de verges; car le châtiment me le rendait toujours plus rebelle et plus méchant. Et c'est grand dommage; car, moins féroce et plus dooile, cet enfant serait bien aimable. >

La nuit s'avançait. Le vieux loup blanc dormait profoudément. Le grand lion familier bâillait. Les hurlements et les rugissements lointains s'éteignaient peu à peu dans la forât. Gircé fit étendre sous le portique de chaudes toisone d'agneaux noirs pour les étrangers.

< Bonne nuit! dit-elle au fils de Laërte.

Puisse r«8saim des songes fortunés bourdonner, jusqu'à l'aurore, autour de ton chevet I »

Elle se retira, majestueuse, précédés de ses esclaves «t suivie par ses nymphes.

Le roi de Scythie et le grand-prétre phrygien, le roi d'Ithaque et son porcher demeurèrent seuls dans les demi-ténèbres de la cour. Eumée ne tarda pas k s'eudormir, roulé en son manteau.

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LES DERNFËRES ATBNTURBS DU DIVIN ULYSSE. M Ulysse, accoudé près du vieil esclave, songeait. Il songeait au passé et plus tristement encore au lendemain. L'image de Télégone se dressait, énigme redoutable, et marcherait désonnais côte a cAte avec lui sur la route incertaine de sa vie. Combien il estimait à présent le vertueux Télémaque, lea maximes de sagesse et les filiales remontrances du chaste jeune homme 1 A son tour, la terrible enchanteresse lui faisait regretter Pénélope, assise à l'antiqne fojer, le fuseau à la main, voilée et très grave, divinité conjugale dont l'âme austère enfermait peut-étre plus d'indulgence encore que de sévérité. Là-bas, sur son rocher, dans sa maison, l'attendait un port de refuge, terme heureux de ses longues aventures. Là-bas seulement, protégé par les Dieux amis, il pourrait échapper à la vengeance de Circé, aux attentats impies de Télégone, et déjouer les coups de Némésis. Et le vœu qu'il avait formé si souvent jadis, dans l'Ile riante de Caljpso, renaissait au cœur du héros : voir de loin, une fois encore, la fumée bleuâtre monter en tremblant sur les toits de la pauvre Ithaque.

Avant tout, il importait de s'en^ir au plus vite de l'tle scélérate, de reprendre la mer, d'implorer, parmi les ruines d'Ilion, la pitié et le pardon d'Astyanax. II se leva et, douoemeot,

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100 fîïïLYSSE A PANURGE.

sur la pointe des pieds, se dirigea vers la porte du palais. Au dehors, le bûcher de cèdre ne projetait plus que des lueurs mourantes. Mais autour du bûcher se tenaient des esclaves revêtus d'armures d'airain, armés de lances et de glaives. Au seuil même du palais, le long du portique extérieur, des sentinelles veillaient, immobiles, appuyées aux colonnes massives.

L'une d'elles fit un mouvement offensif et croisa Ba lance contre l'ombre du roi.

Ulysse était prisonnier. A pas furtifs, il regagna la couche où sommeillait le bon Eumée. Et résigné, découragé, il attendit.

A minuit, la lune parut aux combles du palais et versa dans la cour une lumière mélancolique. Du côté où les fauves familiers reposaient, le bruit d'une marche prudente et comme étouffée fut entendu. Puis, les deux bêtes enchantées, le lion et le loup, traversèrent la cour, allant eo droite ligne vers nos deux aventuriers.

Chemin faisant, elles s'arrêtèrent, comme pour s'orienter ou se consulter. Mais leur attitude n'était point hostile. Tout à coup, elles prirent une résolution et bondirent sans bruit jusqu'aux pieds d'Ulysse.

c Voilà, pensa le divin fils de Laërte, une visite mystérieuse et fort imprévue. >

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