‹ D'Ulysse à PanurgeChapitre 6 sur 7 · LE ROI TRIMALCHION. ISI · texte numérisé non relu

LE ROI TRIMALCHION. ISI

lectures publiques, prît un mattre de maintien, un professeur de rhétorique, un secrétaire pour les lettres grecques. Il apprît à saluer noblement, à marcher avec autorité. Il offrit aux poètes, aux fonctionnaires impériaux, aux rhéteurs à la mode, des dîners délicats, accompagnés d'une musique ennuyeuse, mais savante. Il enleva son tambourin à Silvia. 11 se fît expliquer les dialogues de Platon et feignit d'y comprendre de merveilleux secrets. Les beaux esprits venaient, eu certains jours, aux Jardins de Salluste pour y converser au sujet de la vie future, du devoir, de la politique, des armées, de l'Orient et des Gaules, des courtisanes et des chevaux de courses. Un soir Pétrone lut sa Matrone d'Éphèse dans le salon du chevalier. L'ironique histoire divertit Silvia et rendit Trimalchion tout songeur.

c Elle eut raison, dit la brune fille de Naples, Hoi, je pendrais de mes mains trois maris morts plutôt que de perdre un amant bien vivant. >

Bientôt Trimalchion s'essayait à la poésie élégiaquQ. Ses vers, laborieusement corrigés par son pédagogue, furent déclarés plus harmonieux et plus émouvants que ceux de TibuUe. Cependant l'ambitiaux personnage ne négligeait point de fairs à Tigellio une cour asaidue et coûteuse. On

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le promenait en chaise sous les murs de la Maison Dorée, à travers le Forum, sur la Voie Appia, en tous les endroits où Néron pouvait le reconnaitre. Quand l'Emperem* chantait ou jouait do la lyre au théâtre, Trimalchion applaudissait d'une façon ei bruyante, que la populace, perfidement excîtéo par ses anciens compagnons de débauche» murmurait tout bas. Un jour d'orage, au seuil du cirque, il déroula aon manteau de soie vermeille sur les pavés trempés de pluie, afin que César pût gagner sa litière sans mouiller aea sandales.

César marcha sur le manteau, et ne regarda point Trimalchion

Les jours, les mois s'écoulèrent, et le chevalier attendait vainement que l'Empereur daignât aê souvenir de lui. Aucun message ne vint aux Sn" dins de Salluste convier aux bacchanales du Palatin l'homme qui avait osé toucher de son bfttoo la tête sacrée du prince. Découragé, l'aventurier imagina d'Intéresser à sa cause la mère de Néron, espérant que les bonnes grâces d'Agrippine attireraient à sa personne l'attention et les car-

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fesses du maftre. £t, comme la fille de Germanicus s'en allait à Baïa, afin de passer, au bord du golfe charmant, à l'ombre de ses lauriersroses, les semaines brûlantes de l'été, Trimalchion acheta une maison de campagne qui, de l'autre rive, faisait îace à la villa de l'impératrice.

Chaque soir, après le aoucher du soleil, Agrippine montait sur un navire de plaisance et prolongeait fort avant dans la nuit sa promenade lente, rêveuse, jusqu'au promontoire de niisène, jusqu'en vue des rochers de Caprée. Elle se tenait, au seuil de la chambre de poupe, i demi couchée ou accoudée sur des coussins, entourée de ses femmes, taciturne, bercée par la cadence des rames, le regard immobile, parfois douloureux, attaché aux étoiles comme au cbifire mystérieux de sa destinée. Et, chaque soir, une chaloupe aux rames dorées, éclairée par des torches odorantes, toute sonore du chant des flûtes et des lyres, filait sous la proue de la nef impériale et jetait sur le miroir de l'onde les brassées de feuillages et de fleurs. Puis les rames se relevaient, ruisselantes, et l'harmonieuse cha* loupe se rangeait à l'écart et s'arrêtait. Debout près du gouvernail, dévotement incliné, TrimaU ehion contemplait la majesté mélancolicfU* du

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navire voguant vers la haute mer. Alors les rames dorées s'abaissaient et la barque portant la fortune de Trîmalchion s'élançait à la suite d'Âgrippine. Dans l'émeraude sombre du sillage, la lueur empourprée des torches versait une trainée sanglante.

Mais l'attière impératrice, les yeux obstinément attachés au ciel, jamais ne récompensait ni d'un sourire, ni d'un regard, l'ingénieux courtisan qui, pour lui rendre hommage, dépouillait de leurs roses les jardins de Pœstum.

Par une nuit très douce, une nuit divine, semée d'étoiles, Agrippine parut à l'affranchi plus pâle que de coutume. Elle était vêtue d'une robe couleur de violette, lamée d'or; un long Toile blanc cachait sa chevelure noire. Accoudée au lit de repos, le front anxieusement tourné vers la chambre de poupe, elle semblait prêter l'oreille au bruit de quelque manœuvre inattendue. Trîmalchion crut qu'elle découvrait enfin la présence de son humble ami. 11 fit avancer la chat jupe fleurie, tandis que ses esclaves élevaient par-dessus leurs têtes les torches parfumées. Alors Âgrîppine se redressa, tendit les mains vers l'affranchi, puis retomba sur les coussins, comme abattue par l'épouvante. Le TaiasMu de plaisance brusquement traçait un

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Taete demi-cercle, déployait ses voiles au vent du large et revenait en arrière vers la rive de Baïa. Les rameurs de Trimalchion précipitèrent leurs efforts. Tout à coup éclata un horrible fracas. La chambre de poupe, écrasée par une masse de plomb, s'abfmait. Des clameurs de détresse, la supplication des femmes, des corps jetés à la mer, une lutte effroyable à coups de rames sur le pont du navire, des râles d'agonie, puis un grand silence. Des lumières volaient follement à travers les jardins des villas ; des ombres se heurtaient le long du rivage. Maintenant le vaisseau, changeant encore de route, la proue haute et la poupe à demi-engloutie, courait s'échouer sur la plage sablonneuse, près du temple de la Sibylle. Mais Trimalchion ne quittait pas du regard une femme voilée de blanc qui, silencieusement, nageait, soutenue par un matelot. La chaloupe redoubla de vitesse du cAté de la naufragée.

Âgrippine, solitaire, chancelante, disparut parmi les noirs cyprès de sa villa. Trimalchion bondit sur la rive et pénétra dans les jardins. Il s'égara quelque temps aux allées tortueuses, arrêté par les haies de buis, par les arbres, tes socles des statues. Le parc semblait abandonné. Mais, au fond des ténèbres, une vois grêle d'eu»

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tes DmïssB A PAnudGE.

fant, accompagnés d'un chalumeau de pâtre, chantait sur un ton joyeux des paroles grecques. L'affranchi, à tâtons, rencontrait enfin le palais. Sur lea degrés de marbre, il foulait aux pieds le Toile blanc trempé d'eau. Personne ne veillait au seuil. Il poussa la porte de bronze qui tourna sur ses gonds avec un grondement prolongé. La cour, où fleurissait un parterre de roses, !e portique intérieur, tout blanc de statues, étaient déserts. Mais une vois, une parole terrible retentit tout près du visiteur :

< Au ventre! Frappe au ventre! »

Trimalchion souleva violemment une lourde tenture. La robe impériale, la robe violette lamée d'or, gisait, hâtivement dépouillée, à l'entrée de la chambre, où brûlait une petite lampe d'airain. En travers du lit, la fille de Gennanicus, nue, la face voilée par le désordre de sa chevelure, la poitrine inondée de sang, palpitait, mourante.

Par une porte dérobée, un prétorien se retirait d'un pas tranquille.

Trimalchion s'enfuit du palais. 11 se perdit de nouveau parmi les détours du jardin. Maie, dans te mystère des bosquets, la jeune voix chantait toujours et le chalumeau rustique l'accompagnait encore de sa musique enfantine. L'affranchi mar-

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LB nOI TRIMALGHIOII. IST

cha droit à l'étrange concert, afln d'apercevoir d'innocentes créatures. 11 retrouva tout aussitàt la grande avenue de la villa. Ici venait de passer Àgrippine poursuivie par l'asBassin. Au bord de cette allée, vaguement éclairé par une lanterne de batelier enfouie sous les feuillages, assis, entre deux enfants grecs, sur un chapiteau de marbre, drapé en sa chlamyde athénienne, Néron souriait aux petits musiciens, et, de sa main où luisait l'anneau de l'Empire, marquait la mesure pour une idylle de Théocrite.

Trimalchion, saisi d'effroi, comprit le drame et s'arrêta. Le parricide battit des paupières te! qu'un oiseau de nuit, laissa retomber sa main et d'une voix rauque, saccadée, il dit, en langage de populace :

« Undevadi»?

— D'où je viens? répliqua l'affranchi. Gravissons tous deux l'escalier de ce palais, je guiderai tes pas le long des portiques et tu sauras alors d'où je viens. ^

— Tout à l'heure, après !e chant de l'idylle », répondit Néron.

Et les paroles siciliennes et la plamte amoureuse du chalumeau résonnèrent une fois encore sous la futaie murmurante des lauriers roses.

Tnmalchion s'élança hors de la villa tragique.

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Les torches de sa chaloupe étaient éteintes. Ses Ijres et ses flûtes muettes. Mais les étoiles tremblaient dans l'azur immense et les ondes paresseuses du golfe berçaient lentement les splendeurs du ciel.

Dès l'aurore, Wchsr du chevalier soulevait la poussière sur la route de (tome. Le jour où César rentrait au Palatin, par la Porte Latine, Trimalchîon sortit de la ville, par la Porte Nomentana.

t Mes fermiers de Sabine me volent impudemment, dit-il, tout en prenant congé de Silvia. Je "ais dénombrer, sur la montagne, mes tètes de «loutons et compter, en mes greniers, les gerbes de froment et les mesures de pois chiches. A bientôt! Danse à ta fantaisie, mais garde, si tu le peux, l'honneur de mon foyer! »

Il ne s'arr^ point en Sabine, traversa les Apennins, visita, d'un pas leste, dans la plaine de Milan, ses plantations de maïs et ses ctiamps d'avoine et, s'embarquant à Gènes, alla saluer ses oliviers de Fréjus et d'Arles. Il ae souvint alors d'un ami d'enfance, négligé depuis quarante ans, qui vivait quelque part en Espagne, à Tar-

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ragone, à Sagonte, ou peut-être à Cordoue. Des bords de l'Èbre et du Tage il passa aux rives du Bœtis. De là aux Golonues d'Hercule, le voyage était facile. A Cadix, un navire égyptien mettait à la voile. Trimalchiou s'embarqua pour Alexandrie; il coucha dans le lit de Cléopâtre et se décida sans peine à remonter le Nil. Il toucha aux limites de la puissance romaine, connut des dieux étranges, une humanité mystérieuse. Puis, il entra dans le monde noir, en Ethiopie, panni les mangeurs de serpents, de tortues et d'éléphants, et se lia d'amitié avec de joyeux Macrobiens, âgés d'un siècle et demi. Au retour, il séjourna complaîsamment dans l'île de Philae et se fit initier par les prêtres d'Osîris et d'Isis à des rites empreints de mélancolie. Alors il redescendit nonchalamment le fleuve et monta sur une galère en partance pour la Sicile. Il offrit des sacrifices dans les temples d'Agrigente et soupa magnifiquement aux Carrières de Syracuse. 11 y admira la fameuse oreille de Denys et songea que ce tyran, comparé à Néron, était un fort brave homme. Il possédait aux environs de Palerme des vignes renommées pour leur vin couleur d'ambre. Il surprit ses vignerons en pleine vendange. Puis il gravit le mont Etna, se chauffa au cratère et déclara qu'Empédocle n'était qu'un fou

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frileux. Sans doate, après un temps si long, César ne pensait plus à lui. Il pouvait impunément reparaitre en Italie et regagner ses pénates. Par une nuit pluvieuse d'automne, suivi d'une longue file de mules chargées de curieuses antiquailles et des momies de quelques Pharaons, il franchissait la porte Gapène et chevauchait, avec un vif étonnement, entre l'Aventin et le Gœlius, parmi les décombres d'un immense incendie. Il calcula, chemin faisant, que le feu avait dévoré tout un quartier de Rome dont les boutiques et les bains lui rapportaient jadis une rente fort respectable.

■ J'ai perdu cinquante maisons soupira-t-il, mais j'ai gardé ma tète..., au moïni. jusqu'à ce jour. >

Une demi-heure plus tard, il vénérait, attendri et déjà consolé, les dieux lares de sa maison. Sa surprise fut grande, de retrouver sa femme, qui dormait innocemment.

Au matin, il reçut un billet de Pétrone, qui lui demandait à déjeuner pour le jour suivant.

Le philosophe entra dans les Jardins de Salin ste accompagné par deux jeunes esclaves, presque des enfants, un garçon et une fille, d'une rare beauté l'un et l'autre, à la chevelure blonde, au front candide.

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• Voici, dit-il à sod hôte, mea plua fidèles Bei'vîteurB. Le jeune homme vient des bords de la Loire, la jeuie fille est née, non loin du RhAoe, sar !a montagne fameuse par cette grotte profonde d'où sort une rivière aui ondes plus claires que le cristal. Tous deux furent jetés au marché des esclaves par un tribun des légions qui espérait les vendre à César. J'ai dépensé, pour les racheter de l'ignominie néronienne, une grosse part de ma fortune. Je les ai nommés, pour la grâce dorée de leur chevelure, Flavellus et Flavella. Renvoie tes échansons et tes écujerstranchaats. Nous pourrons converser librement en présence de mes petits Gaulois. Aujourd'hui, tu le sais, Trimalchion, les murs ont des oreilles et, dans l'ombre de chaque citoyen de Rome, marche un délateur.

Le repas, sous les blancs portiques de la villa, fut longtemps un silencieux tôte-à-tête, car Silvia, qui ne pardonnait point à Pétrone d'avoir assagi son époux, venait de partir bruyamment, pour assister aux pantomimes effrontées de la

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Suburra. Flavellus et Flavella remportaient les plats ratïinés auxquels les deux amis touchaient à peine. Ils ne levaient point les coupes d'or où pétillait le vin de Samos, rafraîchi par la neige du Soracte. Pétrone jetait des miettes de pain aux passereaux babillards. La songerie triste de Trimalcfaion allait toujours, malgré lui, à la nuit de Baïa :

Enfin Pétrone parla :

( Trimalchion, songes-tu quelquefois à la mort?

— Rarement, et je souffre toujours d'y penser. C'est une loi trop cruelle. Les hommes heureux ne devraient point mourir.

— Tu es donc heureux? interrogea Pétrone ».

L'affranchi ne répondit pas. Mais îl sembla

que, pour la première fois, la question se présentait à sa méditation.

(t Écoute, reprit le philosophe. Au sujet de la mort naturelle, maladie ou vieillesse caduque, je n'ai rien à te dire. C'est une loi de nature, en vérité, et nous serions bien fous d'y contredire. Non, mais la mort imprévue, soudaine, sanglante, la mort par ordre du prince, n'y songestu jamais? »

Trimalchion devint p&le et, d'un seul trait, vida sa couoe.

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■ Oui, poursuivait Pétrone, nous tÏvods en des temps mauvais. Les meilleurs, les plus grands d'entre nous doivent tenir sans cesse leur testament scellé sous l'oreiller de leur chevet. Ils se demandent, à chaque aurore, si le soir, ils verront le soleil descendre là-bas, derrière le Janicule, dans la mer. C'est une bien fâcheuse condition pour savourer en paix les joies de ce monde.

— Mais je ne suis ni très bon, ni très grand, interrompit Trimalchion d'un ton presque suppliant.

— Tu te trompes, ami. Tu es très riche. Et puis, tu as trop d'esprit. »

Trimalchion fît un geste de dénégation. Mais le geste était faible.

« Sans doute, l'esprit te coûte très cher, mais tu es si riche! Caton d'Utique aussi n'était point un sot, ni Cicéron, ni moi-même. Permets que je parle de moi comme d'un mort. Je suis prêt et j'attends. Mon choix est arrêté. Un bain parfumé, un bain semé de roses et de verveines. La vie s'y éteint très doucement, avec le sang qui coule des avant-bras. Seulement, il j faut une baignoire de porphyre sombre. La mienne fut taillée en un obélisque venu de la lointaine Egypte. Chaque matin, un esclave de confiance

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veille près de mon lit funèbre. J'y descendrai tranquillement, heureux de m'endormir, à l'beure que César aura décrétée.

— J'ai horreur du sang, dit TriinalchioQ, et particulièrement du mien; maïs, si le sort de Caton ou de Cicéron m'est réservé, conseillemoi, Pétrone, trouve-moi une fin qui ne soit ni douloureuse, ni hideuse et qui donne à la mémoire de mon nom..,. »

Il s'arrêta brusquement. Le sourire moqueur de son ami avait apaisé son orgueil. Maintenant Pétrone, oubliant la présence du glorieux parvenu, se parlait à lui-même, d'une voix lente et solennelle.

< Oui, il faut que les têtes les plus hautes de Rome soient tranchées par le destin. C'est toujours la fable des pavots abattus par le bftton de Tarquin le Superbe. Ceux d'entre nous qui ont lutté pour la liberté, ceux qui ont écrasé la liberté romaine, les tribuns, les grands consuls, les capitaines heureux, les empereurs, tous ont succombé, tous tomberont dans l'avenir, arrachés à la vie par un souffle de tempête. Pour quelques-uns, la mort semble arrangée par un poète tantôt miséricordieux, tantôt terrible, Y eut-il jamais plus magnifique tragédie que la mort de Jutes César, percé par le poignard de

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BrutuB au pied de la statue de Pompée? Et quel drame lamentable égalera jamais par sa trivialité honteuse la mort du vieux Tibère, étouffé par uQ soldat BOUS des couvertures? Ahl Rome!

Rome! tu a'as pas Bucé en vain le lait de la Louve 1 Quel champ de carnage que ton histoire si longue, si héroïque et qui a fait verser des torrents de larmes au genre humain I

Il sa tut pour regarder avec une sorte de tendresse un passereau qui, plus hardi que ses Irères, prenait des miettes entre les doigta du philosophe.

< Les petits oiseaux sont admirables, reprit-il. Celui-ci oserait manger dans la main de Néron I

— César est-il donc si féroce en dehors de sa famille? interrogea timidement le chevalier.

— Il est féroce parce qu'il a peur. La toutepuissance lui donne le vertige. Il est monté trop haut par-dessus le reste des hommes et la tète lui tourne. Et puis la luxure a fait en son cerveau son œuvre maudite. Enfin, mon pauvre ami, tu recèles un secret effroyable. Ton heure viendra. •

Trimalchion effeuillait d'une main fiévreuse les violettes qui couronnaient sa coupe d'or. Le vague murmure de Rome, apporté par le vent de mer, passait sur tes Jardins de Salluste Pétrone reprit de sa voix harmonieuse :

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« Alors, puisque tu refuses la mort sanglante et volontaire de Caton, l'exécution sanglante de Cicéron, de Silanus, de tant d'autres de nos amis, il nous reste le poison. Nous n'en sommes plus à la ciguë du bon Socrate, qui permettait de longs discours avant de tuer la victime. L'Asie, la vénéneuse Asie a fait l'éducation de Rome. Souvienstoi de Britannicus foudroyé par un breuvage, au milieu d'une fête. L'enfant était déjà mort et la lyre pleurait encore sous les doigts des esclaves. 11 serait peut-être à propos, l'un de ces prochains soirs, de rendre visite à Locuste, dans ses cuisines de l'Aventin. >

Trimaichion tentait visiblement un grand effort de mémoire, afin de retrouver un souvenir confus. Tout à coup, presque joyeux, il s'écria ;

« Et Démosthène ! Parle-moi de Démosthéne 1

— Certes!.. . > répondît Pétrone. Et l'ironie familière de sa parole s'était évanouie. 11 regar^ dait avec une sorte d'admiration cet homme qui aimait si ardemment la vie et recherchait avec une telle candeur le moyen de mourir élégam-' ment.

c Oui, Démosthène a légué au monde l'image d'une mort incomparable. Sur les degrés d'un temple de Neptune, au bord de la mer, au moment où les gens d'Antipater venaient pour

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l'arrêter, il mordit son Btjlet d'ivoire ei tomba. Avec lui, Athènes mourait. Et la rumeur des Sots, l'bjmne éternel de la mer fut le chant de ses funérailles. »

Les deux amis ne se quittèrent qu'à l'approche de la nuit. Pétrone embrassa Trimalcbion et lui dit adieu d'une voix émue. Puis, prenant par la main ses deux jeunes esclaves, Flavellns et Flavella :

' Je te les donne, dit-il. Garde-les pour l'amour de moi. Un malheur soudain peut me frapper. Je ne veux pas que ces pauvres enfants demeurent sans défense dans cette caverne de luxure. Tu les affranchiras en mon nom à l'heure qui te paraîtra bonne. Tu feras bien aussi de les marier, sans attendre trop longtemps. Ils sont purs encore et ils s'aiment. »

Quelques jours plus tard, Pétrone eipiraît s Gumes parmi les verveines et les roses. Trimalcbion, averti par un courrier, sauta sur nn cheval qui tomba mort dans le souterrain de Pausilippe. Le chevalier put suivre, avec les esclaves de son ami, la dépouille du noble épicurien. Il avait jonché de fleurs précieuses le chemin qui menait au bûcher. Il revint à Rome et, de nuit, dans le désert farouche de l'Aventin, il frappait à la porte de Locuste. L'empolsonnense lut vendit,

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pour un moDceau d'or, trois grains verdâtres,

plus petits qu'une lentille.

s Je n'ai point, dit-elle, de médecine plus efficace, ni d'effet plus rapide. Voilà de quoi produire trois vacances de règne dans l'Empire romain. B

Puis l'affranchi commandait à son orfèvre un stjlet d'ivoire dont le manche d'or, piqué de pierreries, formait une boite secrète, fort ingénieuse. )1 y renferma les lentilles de Locuste.

Mais la mort de Pétrone, que pleura Rome entière, eut, dans la conscience de Trimalcbion, un contre-coup extraordinaire. Il aimait ce sage charmant, son maître de morale, qui ne lui avait jamais emprunté de sesterces, comme faisaient chaque jour ses littérateurs à gages et ne l'accablait point de lourdes flatteries, à la façon des courtisans qu'attirait à son logis la bonne odeur de ses marmites. Il ne pardonnerait jamais à Néron d'avoir forcé cet homme à mourir. Quant à lui, il se promettait bien de justifier, à l'occasion, l'espoir de son hôte et de réjouir l'ombre

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amie par la dignité courageuse qu'il montrerait lui-même à l'heure de la suprême nécessité.

Et cette idée singulière, cette périlleuse folie grandit en sa pensée : heurter de front l'Empereur, l'offenser publiquement, commettre par quelque extravagance scandaleuse, aux yeux de Rome et du monde, le crime de lèse-majesté. Le Trimalchion de jadis, qui n'était qu'assoupi, l'aventurier aux fantaisies retentissantes, se réveillait au fond de cette âme.

Mais l'Empereur partait alors pour la Grèce et, durant près d'une année, cbantait au théâtre de Bacchus ou conduisait des chars dans le stade d'Athènes; il recueillait deux milles couronnes à Oljmpie, à Némée, à Delphes, à Corinthe. Il rentrait enliQ dans Rome, le front ceint de lauriers, tenant entre ses bras la cithare d'Apollon Musagète. Et, sans tarder beaucoup, te hasard aidait au projet téméraire de Trîmaichion.

On annonça, par les carrefours de Rome, le combat d'un gladiateur isolé contre un tigre de taille colossale. Le lutteur était un esclave numide, un garçon de vingt ans, beau comme une statue, qui, battu de verges pour un léger méfait, avait souffleté son maitre, le plus cher des affranchis de César, Épaphrodite. Néron avait jugé utile d'infliger à la valetaille du Palatin

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une leçon sanglante. Le tigre était un cadeau qu'un petit prince de l'Inde avait envoyé à l'Empereur. Le fils d'Agrippine devait présider à cette boucherie.

L'avant-veîlle du combat, Trimalchion loua, dans l'amphitliéàtro, la loge qui faisait face à celle du prince. On l'orna de draperies de pourpre. Ou y plaça un siège unique, un fauteuil de marbre pentétique, curieusement ciselé, qui provenait, disait-OD, du musée formé naguère en Sicile par Verres.

A midi, le cirque était comble de spectateurs. Les patriciens, les chevaliers, la jeunesse dorée, les grandes courtisanes, les mignons renommés, enfin la populace houleuse, bruyante, se pressaient sur les gradins. Seules, l'arène et les deux loges impériales étaient vides.

Une sonnerie de trompettes imposa le silence. L'Empereur paraissait, suivi de ses dignitaires et de ses favoris. La foule se dressa debout. Mais, en même temps, un rot asiatique entrait dans la loge rivale, accompagné seulement de deux jeunes esclaves. Ce personnage inattendu portait une dalmatique de drap d'or, brodée d'or, des bottines de pourpre, une tiare orientale toute scintillante. C'était Trimalchion. Il s'assit majestueusement. Flavellus et F lave lia, vêtus de

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Manches tuniques, les cheveux âottaots, couronnés de fleurs, s'assirent à ses pieds.

Un souffle de stupeur courut du haut en bas du cirque. Néron arrangeait les plis de ss tunique bordée de pourpre. Puis il releva la tête. TiïmalchioQ se tenait dans l'attitude hiératique d'un dieu du Nil. César prit son émeraude et lorgna son audacieux confrère. Trîœalchion fixait à son œil droit une émeraude toute pareille et regardait tranquillement César. Le peuple ne pensait plus au tigre de l'Inde, au pauvre esclave de Numidie. Dix mille poitrines haletaient dans l'espoir d'une très savoureuse aventure.

L'Empereur, aidé par Tigellin, avait reconnu Trimatchion. 11 semblait, ce jour-là, d'humeur débonnaire. 11 haussa les épaules et sourit. Dix mille spectateurs éclatèrent de rire et battirent des mains.

■ Voici, pensa Trimalchion, une affaire mal engagée. Mais patience. La tragédie n'est pas encore commencée. >

Le jeune Numide pénétrait par une porte basse dans l'arène. 11 était nu. A sa main droite, une courte épée ; à sa gauche, un gantelet aux mailles de bronze.

Le clairon sonna. Par une porte de fer le tigre bondit. Ëbloui par te soleil, il s'arrêta, ch-

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gnant de ses grands yeux jaunes. Puis il ouvrit sa gueule énorme, bâilla tout à son aise, promena sur la foule un regard circulaire, lent, hébété. Il finit par découvrir, sous la loge impériale, l'esclave aux chairs couleur de cuivre. Il se rua, tête basse, contre le misérable.

Le choc fut terrible. Les dents du feuve mordirent sur le gantelet de bronze. D'un coup de griffe il laboura le bras droit du gladiateur dont l'épèe déchirait l'épaule du monstre, '

Le peuple attendait, pour applaudir, que César témoignât de son plaisir. Mais César lorgnait toujours du côté de Trimalchion. A la vérité, ce n'était point le faux roi d'Asie qu'il contemplait d'un œil avide, mais les deux jeunes esclaves à la blonde chevelure, couronnés de fleurs.

« J'ai peut-être eu tort d'amener ici ces deux enfants, se dit le chevalier. »

L'aHreux duel se poursuivait. Le Numide, un bras et une cuisse rouges de sang, gardait une défensive inébranlable. Le tigre, blessé à chacune de ses attaques, reculait en rampant, le ventre contre terre, puis épiait l'ennemi, prêt à s'élancer contre lui à l'improviste. L'esclave, l'épée haute, le gantelet tendu, recevait en rompant de trois pas chacun de ses bonds. La bète hurlait de rage et de nouveau rampait à reculons.

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A ce moment Tigellin se pencha vers l'oreille de l'Empereur. Néron laissa retomber son émeraude. Ses jeux hésitants parcoururent le cirqae. Sur les gradins de la populace, rien d'étrange n'apparaissait. Les fils de la Louve voyaient avec délices le sang qui coulait et ne pensaient point à mal. Mais dans les rangs des patriciens il se passait quelque chose d'insolite. Des centurions, de simples légionnaires erraient çà et là, échangeaient quelques mots avec les héritiers des grandes familles séculaires. Néron surprit des éclats de rire vite réprimés, des gestes rapides de menace, des regards ironiques ou provocants dirigés vers sa loge, Épaphrodite reçut un ordre et sortît précipitamment. Néron entendit résonner, sur les dalles des corridors, les piques de sa garde prétorienne. 11 reprît son émeraude, et fixa de nouveau les yeux sur Flavellus et Flavella.

Trimalchion, à demi étouffé par le poids de sa dalmatîque et de sa tiare, souhaitait que le spectacle iinft au plus vite par la mort du tigre. Son entreprise insolente semhiait bien avortée. Cependant, il remarquait à son tour l'agitation des gradins aristocratiques, l'allure louche des soldats. Il se rappela vaguement que, deux joura avant la chute de Caligula, le cirque avait présenté un aspect tout pareil.

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< Pétrone, soDgea-t-îl, s'est peut-être trop hâté de quitter la vie. Moi-même, j'aurais pu faire l'économie de mon poison. Après tout, sou» un César ou sous un autre, la précaution est opportune. »

Un sanglot de Flavella rappela TrimalchioQ à l'atroce réalité. La jeime fîtle cachait son visage entre ses petites mains, afin de ne plus voir le combat. Flavellus, tout Gémissant, murmurait :

■ C'est pour de telles horreurs que tes mères élèvent des fils vigoureux jusque dans les campagnes les plus lointaines de cet empire maudit 1 Maitre, Flavella pleure. Partons, paTtonsI »

La lutte, alors, se montrait affreusement pathétique. L'esclave, affaibli par la perte de son sang, fléchissait. Le tigre, criblé de blessures et comme éclaboussé de pourpre, fouillait de ses ongles le sol de l'arène, battait ses flaucs de la queue et ses ^eux, démesurément grandis, ses yeux d'or clair flamboyaient. Il prit un nouvel élan, sauta par-dessus la tète du Numide courbé et chancelant, et roula au pied de la loge impériale. SoD ^nt sonna contre le mur de marbre.

Néron se souleva à demi et jeta une rote vermeille à la bête.

« Partons ! » répétait douloureusement Flavellus.

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Mais Trimalchion eut une audace Buprême. Il se leva, teDtlit le bras droit vers l'esclave, et, de son pouce, usurpant le droit inviolable du prince, fit le geste de la grâce. Puis, détachant la couronne de roses de Flavella, il la jetait au jeune Numide.

Le peuple, qui voulait jouir d'une agonie humaine, sifQa. Les patriciens et les légionnaires applaudirent. C'était l'aurore d'une révolution.

Le tigre, étourdi par sa chute, se tratoait en râlant vers le gladiateur. Le tumulte devînt effroyable. La populace clamait :

« A mort t à mort I »

Les nobles, les centurions, les chevaliers, les légionnaires criaient :

< Qu'il vive t »

Et, dans cette tempête, Trimalchion, souriant, tenait toujours son bras tendu en signe de miséricorde.

La figure de Néron parut toute blanche. Une fois encore il tourna les yeus du c6té des patriciens et des soldats, comme pour scruter l'âme de Rome. Mais il crut voir se dresser aur l'amphithéâtre le fantôme sanglant de Caligula. Épouvanté, il se levait à son tour et la main de César imposait la grâce.

Le clairon sonna. Les beliuaires, armés de

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fourches et de barres de fer rouge, repoussèrent le tigre pantelant jusqu'à sa tanière. On emporta sur un brancaixl l'esclave de Numidie qui pressait contre son cœur la guirlande parfumée de Plavella.

Alors le cirque sembla s'écrouler sur lui-même. De gradin en gradin, le long des couloirs intérieurs, sur les escaliers, la foule se précipitait, s'effondrait avec un grondement sauvage. Les nobles demeuraient à leurs rangs, attendant que le torrent plébéien fût écoulé et que l'escorte de César se mit en marche pour le Palatin.

< Le drame n'est pas fini et la dernière scène m'inquiète un peu, pensait Trimalchion, tout en allant, suivi des deux adolescents, à sa litière somptueusement dorée.

— César veut te donner audience, sans retard B, dit Ëpaphrodite, qui arrêtait le roi d'Asie par un pan de sa dalmatique.

11 fallait obéir. Néron écarta les rideaux soyeux de sa chaise; le chevalier haussa la main droite à sa tiare et s'inclina.

■ Trimalchion, dit l'Empereur, voici notre seconde entrevue. Elle est encore plus singulière que notre conversation nocturne en Suburra.

— César oublie une rencontre inoubliable, répliqua l'affranchi : la nuit dans les jardins de Gaïal

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Néron frissonna et pâlit.

— Silence! esclave, si tu veux vivre. Aujourd'hui encore, je te pardonne ton nouveau crime. Mais en échange de la lumière du jour donne-moi ces deux enfants. >

Trimalchion s'attendait à la requête. D'une voix terme it répondit :

c Non ! ces deux êtres sont pour moi très chers et sacrés. Le seul ami que j'eusse au monde me les confia la veille de sa mort. Je leur ai promis l'affranchissement au prochain anniversaire de ta naissance auguste. Je suis lié par mon serment. Je ne puis disposer de leur liberté et de leur jeunesse. Je les garde.

— Pour trois jours encore ! cria Néron d'une voix furibonde. Choisis ton genre de mort, mais meurs! Je purgerai l'Empire d'un fou et d'un traître. Va-t-en! Va-t-en! Si, dans trois jours, tu oses encore respirer l'air de Rome, mes bourreaux te cloueront en croix, au bord d'un chemin, comme un larron, un faussaire, un nazaréen.

Quant à ces deux blondins, Ëpaphrodite les prendra sans leur laisser le temps de t'ensevelir et de te pleurer. »

Trimalchion respira. Néron, intimidé par la présence des patriciens hostiles, n'osait point arracher de ses mains Flavellus et Flavella. Eq

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trois jours, il pourrait peut-être les Bauver.

La litière impériale s'éloigna, étroitemeiit enveloppée par les prétoriens. La foule courut à l'affranchi, afin de le massacrer. Mais une multitude de jeunes nobles et de légionnaires, armés de poignards, entoura l'ami de Pétrone. Il fendit, parmi des cris affreux, la meute plébéienne. Ses défenseurs improvisés ne le quittèrent qu'à la porte de sa villa. L'un d'eux, arrière-neveu du grand Pompée, tendit la main au fils d'esclave et lui dit :

« Ne te presse point de mourir. César est très malade. Je veux souper chez toi l'un de ces prochains soirs, s

Trimalchion mit deux jours à régler ses affaires domestiques. La brune Silvia lui dit adieu sans verser une larme. Elle emportait une fortune assez ronde et rêvait d'épouser un mime que certains rôles d'une mythologique impudeur avaient rendu illustre. Trimalchion affranchit, afin d'imiter Pétrone, ses meilleurs esclaves. Il légua ses immenses domaines au peuple romain. Les Jardins de Salluste, ses pierreries,

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ses statues grecques, ses bronzes corinihieus et ses momies pharaoniques devaient pajer son tombeau sur la voie Appia. A la nuit tombante, il se trouva seul dans sa maison vide. Conune il errait tristement à travers son parc, il aperçut, assis sur les degrés d'un petit sanctuaire, Flavellus et Flavella.

Les deux esclaves vinrent à sa rencontre et de leurs fronts lui touchèrent la main.

< Je ne vous ai pas oubliés, mes amis, leur dit-il. Vous êtes libres. Vivez heureux et souvenez-vous de moi. Un homme sûr vous conduira demain au port d'Antium et vous embarquera sur un navire qui fera voile vers les côtes de Provence. La dot de Flavella vous attend chez mon banquier de Marseille. Et voici d'abord la parure nuptiale. »

Il passait au cou de la jeune fille un collier de perles digne d'une reine.

« Nous restons près de toi, répondit le jeune garçon. Où tu iras, nous irons. Si tu meurs, nous mourrons avec toi. »

Trimalchion n'essaya point de résister à l'humble héroïsme des denx enfants. Les trois grains verdàtres de Locuste le rassuraient d'ailleurs pour leur avenir. Le poison impérial les défendrait contre l'infamie du Palatin.

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c Que Flavella, dit-il, garde néanmoins la parure nuptiale. Et, par Jupiter très bon et très grand, berçons-nous encore d'un peu d'espérance! B

Cependant, le troisième jour, il vaquait avec sérénité aux apprêts de sa mort. Et comme, à l'approche de l'heure fatale, le vieil homme se réveillait encore en iui, il se sentit une dernière fois tourmenté par cette passion de renommée fastueuse qui avait été la joie de sa vie. Il souhaita de laisser au monde qu'il allait quitter avec un front tranquille quelques belles paroles, ainsi qu'avaient fait les grandes victimes de la tyrannie. Il manda son maître d'éloquence, le rhéteur Trébonius, afin d'obtenir de lui, au poids de l'or, une maxime funèbre, un cri de malédiction, un adieu ironique, qu'il jetterait à l'Empereur du bord de sa tombe. Mais Trébonius répondit qu'il était retenu dans son lit par la goutte, et qu'eu outre, il n'avait rien à démêler avec un ennemi public de César.

« Eh bien! s'écria le chevalier, je mourrai donc sans parler. C'est un accident familier à la plupart des hommes. Cicéron, à la vue du poignard que le sicaire d'Antoine levait pour le frapper, présenta sa gorge silencieusement. 11 était cependant avocat, le plus grand orateur de

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