‹ D'un siecle à l'autreChapitre 100 sur 253 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

ce temps-là. Veuillez me croire, avec la considération la plus ue distinguée, le plus obéissant de vos serviteurs

SARTORIS. D

Voici quelques extraits inédits de la correspondance de deux Genevois très-distingués, Georges-Louis Le Sage et Etienne-Salomon Reybaz.

Le premier, digne élève des mathématiciens et physiciens dont nous avons parlé dans la première partie de ce recueil, — plus célèbre qu’eux-mêmes, — membre, associé ou correspondant des principales académies et sociétés savantes de l’époque, a son article dans tous les dictionnaires historiques et biographiques. Maïs ce que ses anciens biographes n’ont pu faire ressortir suffisamment, c'est que € c’est à lui » ( comme le dit M. le professeur Wartmann dans sa Notice sur les inventions et perfectionnements faits à Genève dans le champ de l’industrie et de la médecine, 1873) & qu’on doit rapporter la gloire d’avoir le premier, en 1774, appliqué l'électricité de frottement à la télégraphie. ! » M. Philippe Plan, dans son intéressante publication sur Reybaz, ajoute : € que les papiers de Le Sage à la Bibliothèque publique de Genève, per-

1 Voici en quels termes Le Sage s’exprimait à ce sujet, dans une lettre à Pierre Prevost, son futur biographe : « On peut concevoir un tuyau souterrain vernissé, dont la cavité soit séparée, de toise en toise, par des cloisons de terre vernissée, ou de verre, percées de vingt-quatre trous pour donner passage à autant de fils d’archal, que ces diaphragmes doivent soutenir et maintenir séparés. À chacune des extrémités de ce tuyau sont vingt-quatre fils s'écartant horizontalement, en se rangeant comme les touches d’un clavecin, et au-dessus de cette rangée de bouts de fils sont distinctement tracées les vingt-quatre lettres de l’alphabet, tandis qu’au-dessous est une table couverte de vingt-quatre feuilles d’or ou autres corps bien attirables et bien visibles. Le correspondant actif, ou celui qui veut se faire entendre, touchera les bouts des fils avec un tube de verre préalablement frotté, selon l’ordre de l'écrit qu'il aura devant les yeux, et le correspondant passif tracera sur un papier des caractères pareils à ceux sur lesquels il aura vu jouer l'attraction, »

mettent, pour cette invention, l'indication d’une date plus ancienne, » Il signale en particulier une première annonce de cette découverte, rédigée par E.-Salomon Reybaz en 1760. Toutefois, comme tant d’autres hommes de génie, Le Sage avait ses singularités, et l’on peut ranger en tête de cette rubrique sa éoguade pour un système de ponctuation de son invention, rehaussé de l'emploi plus qu’abusif de majuscules initiales. L’extrait de lettre, intéressant à d’autres égards, que nous transcrivons plus loin suffira amplement pour donner une idée de cet étrange système, dont il fut seul à se servir, au grand préjudice de ses travaux plus importants. Nous verrons préalablement ce qu’en pensait son correspondant Reybaz.

Ce dernier était déjà connu par sa participation aux affaires de son pays et à celles de la France, comme publiciste et comme diplomate. Mais on ne savait pas, ou plutôt sa propre modestie nous avait fait oublier, qu’il joua un rôle éminent dans ce groupe de Genevois ( Clavière, Et. Dumont et Du Roveray) que, dès 1789, Mirabeau avait groupés autour de lui, et qu'il savait utiliser aussi bien pour la composition de ses discours que pour la rédaction de ses écrits. C’est là un fait que M. Philippe Plan a su prouver avec la dernière évidence dans son importante publication ( Un collaborateur de Mirabeau, documents inédits, précédés d’une Notice. Paris, 1874 ). Il a même su indiquer clairement ceux des discours du grand orateur qu'il faut attribuer presque tout entiers au talent de Reybaz, et ce sont en partie ceux dont Mirabeau lui-même se déclarait le plus satisfait, Ici, toutefois, nous devons insister davantage sur les services éminents que Reybaz rendit à sa patrie comme ministre de la République de Genève à Paris, de 1792 à 1796. C’est en majeure partie à ses généreux efforts et à son éloquence que Grenève fut redevable, et cela dès la

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