CHAPITRE III
fin de 1792, d'échapper à ce danger d’incorporation à la France qui n’aboutit qu’en 1798.
Les extraits de lettres que nous offrons ci-après, tirés de la Bibliothèque publique de Genève, sont d’une époque plus ancienne.
Etienne-Salomon Reybaz, né en 1737, à Nyon de parents vaudois, devint genevois en 1772; mais il l’était déjà par goût, par ses études à notre Académie, par sa consécration au ministère évangélique dans l'Eglise de Genève en 1765 et par les fonctions de précepteur qu’il avait remplies dans la famille des Labat, barons de Grandcour; J.-A. Tronchin-Labat, qu’il fut appelé à remplacer comme ministre de la République de Genève à Paris, était beau-frère de son ancien élève. Quant à Greorges-Louis Le Sage, c'était un Genevois de la seconde génération, fils d’un père qui portait les mêmes noms et qui n’était guère moins distingué que lui, d’origine noble (Voir la Notice de la vie et des écrits de G.-L. Le Sage de Genève, etc., ete., rédigée d’après ses notes par Pierre Prevost, suivie de sa correspondance avec divers savants et personnes illustres, ete., ete. Genève, 1805). C’était un ami intime de la famille Galiffe, qui a conservé le seul portrait présentable qui soit connu de lui. Le Sage a raconté quelque part que ce fut le syndic J. Galiffe qui le détourna de ces relations avec Voltaire et Ferney que le Gouvernement voyait alors de si mauvais œil.
D’Etienne-Salomon Reybaz à Georges-Louis Le Sage, — de Paris, 31 juillet 1784.
CAR Quant à votre ponctuation, particulièrement, je ne puis m'empêcher de vous répéter que c’est à tort que vous lui donneriés assez d’importance pour y persister, quand elle apporteroit quelque obstacle à la publication ou à la lecture de
vos écrits. Quelque bien calculée qu’elle puisse être, les meilleurs esprits vous diront toujours qu’étant contraire à l'usage, qui est souverain dans ces matières, vous ne pouvez pas d’ailleurs en espérer assez d'avantages pour passer sur ces inconvénients. Vous jugés votre ponctuation plus méthodique que celle ordinaire, à la bonne heure. Eh bien! vos écrits auront cette perfection de moins, de l’absence de laquelle personne sûrement ne pourra même s’apercevoir. M. Beauzée et les autres grammairiens ont beau mettre à la ponctuation la plus grande importance, le faitest que les auteurs de nos jours qui soignent le mieux leur style en mettent trèspeu et qu’ils l’abandonnent sans scrupule aux protes d’imprimerie comme une affaire presque mécanique à laquelle personne ne regarde de bien près. On fait peu d'attention à une ponctuation foible et commune ; il n’y a que les contresens qui choquent les yeux; et, si peu que l’auteur soigne cette partie en suivant l’usage, elle lui rendra le service nécessaire pour l'intelligence du sens et pour la clarté. Quand on pense que c’étoit de la contexture de la phrase en elle-même, et des rapports grammaticaux que les anciens attendoient l’intelligence de leurs écrits sans ponctuation, on trouve les lecteurs modernes bien soulagés dans leur attention par la méthode actuelle. Renverser l’usage pour mieux faire encore, c’est trop peut-être dans un tel sujet. M. le professeur Cousin le pensoit sans doute ainsi, quand il dit au sujet de votre ponctuation: € Mais aussi, un homme de génie comme M. Le Sage, mettre tant d'importance à cette bagatelle !» Mon intention, en revenant sur cette matière, est moins de vous engager à renoncer à votre ponctuation dans les écrits dont vous serés l'éditeur, que dans les mémoires qui sont du ressort des journaux. C’est un obstacle, à mon avis, qui ne vaut pas la peine de vous retarder. J’ajouterai qu'il faut, quand l’âge avance et que le