CHAPITRE lil
temps presse, aller au principal etne plus s’arrêter aux formes.
Cette dernière remarque, Monsieur, en l’étendant sur la forme générale de vos écrits, me paroît de la dernière importance. Je crois que c’est cette forme qui vous empêche de les publier depuis longtemps. Vos amis sont dans l'opinion qu’elle vous en empêchera toujours et que le public ne jouira jamais du fruit de vos méditations. &« M. Le Sage, disent-ils, nous promet quelque chose depuis maintes années: s’exécutera-t-il mieux, aujourd’hui que l’âge, qui rend les difficultés plus sensibles, ôte le courage nécessaire pour les vaincre ? » Je désire bien ardemment que vous démentiés dans peu ce triste pronostic, et que cette année prochaine dans laquelle paroîtra, à ce que vous me dites, le premier ouvrage que vous devez publier, ne soit pas prochaine encore l’année qui vient et les suivantes. S'il ne s’agit d’abord que de publier votre correspondance, voilà des matériaux tout taillés : qu'est-ce qui peut vous retarder si fort de les mettre au jour ? Une fois la publication de vos écrits commencée, j'espère que la suite ira; mais, au nom de Dieu, ne différés plus. Je me croirois coupable envers la philosophie et envers tous ceux qui s'intéressent à ses progrès, si je ne vous excitois pas jusqu’à l’importunité. Vous êtes décidé à faire les frais de l'impression de vos écrits; voilà, ce me semble, qui coupe court à bien des recherches et des négociations.
..... Î y a longtemps que je n'ai vu M. de la Place. Quand il me remit son mémoire sur la Chaleur, il me chargea, si j'écrivois à Grenève, de faire savoir à M. Trembley-Colladon qu’il avoit bien reçu sa lettre où il s’agissoit de l’attraction des sphéroïdes, et que le problème ne pouvoit pas être résolu comme M. Trembley l’imaginoit, la question étant beaucoup plus compliquée. Comme c’est là une vieille commission, je pense que M. Trembley;a été informé par une autre voie.
M. Mallet- Valier 1 a été fort blâmé par les philosophes du jour d’avoir prétendu, dans un de ses derniers Mercures, disculper l’Inquisition de ses attentats contre Galilée, au sujet de sa doctrine sur le mouvement diurne de la Terre. Ces Messieurs imaginent sans doute qu'il faut en agir avec l’Inquisition comme ils en agissent avec leurs ennemis, et que la calomnie est bonne quand elle peut servir à la haine. M. Mallet tient du Père Frisi, et des pièces que cet homme célèbre lui a remises, tout l'historique de cette affaire: d’où il résulte que Galilée et sa doctrine seroient restés fort tranquilles, si luimême n’avoit pas prétendu en faire un dogme théologique et invoquer Ecriture en confirmation de sa doctrine. Si M. Mallet-Valier se montre plus partisan de M. de Buffon aujourd’hui que ci-devant, ne vous en étonnez pas; il approche de plus près l’oracle, et il lui importe sans doute de lui donner quelque grain d’encens. I] fait son métier de journaliste. C’est l’histoire de tous ceux qui écrivent pour vivre: l’argent et puis la vérité. Il y a peu de temps que j’ai parlé avec M. Mallet de M. de Buffon et je lui ai trouvé le fond des mêmes sentiments qu’il professoit autrefois.
J'ai assisté dernièrement à quelques expériences de M. Marat sur la manifestation du fluide igné, au moyen du microscope solaire, et sur l’égale réfrangibilité des rayons lumineux, réduits à trois couleurs, le rouge, le bleu et le jaune, découverte par laquelle il prétend renverser le système de Newton à cet égard. Ce M. Marat n’a-t-l pas sa famille à Genève ? J'ai quelque raison de le croire, quoi qu’il me l'ait dissimulé. C’est, du reste, un petit maître opticien qui a un ton
et des manières très-peu genevoises.
! Le fameux publiciste antirévolutionnaire Mallet-Du Pan, qui prenait ce dernier nom du nom de famille de sa mère. Valier était le nom de sa femme.