CHAPITRE III
Ma femme se joint à sa sœur et à son neveu pour vous faire mille compliments et amitiés, Vous savez avec quelle sincérité je suis en particulier votre dévoué serviteur,
S. REYBAZ.
M. Brissot de Warwille, ami particulier de M. Clavière l'aîné, auteur de plusieurs ouvrages, entre autres du Journal du Lycée de Londres et du Tableau des Indes, a été mis à la Bastille il y a une 15° de jours sans qu’on sache pourquoi. ! »
De Georges-Louis Le Sage à Salomon Reybaz, à Paris, de Genève, 10 août 1784 (avec sa ponctuation).
€... .. M. Marat le père; après avoir été professeur en Sardaigne sa patrie, puis en Espagne ; vint changer de religion à Neufchâte]l ; y prit femme; et en eut un fils; qui est le docteur que vous connoissez: Cette femme mourut; et il épousa une Grenevoise, dont il eut un 2° fils et 8 filles; après quoi il vint se fixer à Grenève: Cette 2° femme, mourut il y a deux ou trois ans; et le veuf lui-même est mort l’année dernière extrêmement pauvre. le fils cadet est proposant depuis longtemps (ayant été reculé par des voyages en France); et il a été le plus exalté, des Natifs représentants. les DS enseignent la Géographie, les ouvrages de mode etc.; et sont trèsexaltées aussi.
En 1780 le docteur publia des Æecherches physiques sur le Feu. Je les lus en 1781: Et j'y remarquai entre autres (note de la page 60), deux objections contre tout fluide gravifique. Comme on m'avoit un peu lié précédemment avec l’auteur et sa famille: Je lui écrivis pour les réfuter, et surtout, pour que (s’il se montroit raisonnable dans sa réponse) je pusse lui pro-
Ÿ Le fameux révolutionnaire et girondin J.-P. Brissot était déjà connu par ses opinions exaltées contre l'inégalité des rangs,
poser la répétition de l’une de ses expériences, avec des précautions pour la rendre décisive. Maïs (sa réponse ayant été absurde); je ne lui proposai pas cette répétition.1
Mes Procrastinations passées (c’est-à-dire mes Promesses, si souvent renouvellées, et si vainement) vous ont rendu trèsdéfiant, sur l’assurance que je vous donnois dans ma dernière lettre, de publier enfin quelque chose l’année prochaine: Et je n’en suis point surpris. Mais, je ne puis cependant pas, épouser moi-même cette Défiance: Parce que je sais; à quoi ont tenu mes Délais passés; et que les mêmes Obstacles ou motifs, ne subsistent plus; surtout je sens; que mon sang-froïd sur le succès de mes écrits a de quoi vous surprendre un peu: De sorte que, je vais remplir le reste de cette page (dans lequel, aussi bien, je n’avois plus rien à vous dire); à vous exposer les sources de ce sang froid.
Comme je ne pourrois point m’acquitter, des fonctions de Professeur, ni de celles d’Académicien siégeant: il est bien sûr que je ne désire pas d’être revêtu de ces emplois: De sorte que; je n’ai pas besoin de ménager les Préjugés ni les Passions, des personnes qui disposent (directement ou indirectement) des Chaires ou des Fauteuils. Tel est aussi l’état de ma Fortune, comparé à mes Besoins: que je ne dois faire aucun effort pour l’augmenter, par des pensions ou par des Prix pécuniaires; et que (par conséquent) rien ne m’oblige, à déguiser mes opinions, pour faire ma cour aux Dispensateurs de ces Récompenses. Telle est même cette fortune: qu’elle
1 Ces renseignements absolument inédits sur le fameux démagogue, viennent compléter ceux de MM. Jeanneret et Bonhôte dans leur Biographie Neuchâteloise. Ils ne connaissent pas le frère proposant, c’est-à-dire candidat en théologie, qui figure cependant dans le Livre du Recteur, p. 266. On sait que la famille Marat est toujours représentée à Genève. Puisqu’elle était, selon Le Sage, d’origine sarde, elle n’a fait peut-être que rétablir la véritable orthographe du nom en le réduisant aux quatre premières lettres, Mara.