‹ D'un siecle à l'autreChapitre 113 sur 253 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De M. Zouis Necker de Germany à la même, à Genève, de Paris, ce 13 mars 1789.

€ Je vous plains beaucoup, ma très-bonne et aimable amie, de ce que Monsieur votre père ne se rétablit point et de ce qu'au contraire vous avez la triste perspective de le perdre. Il est heureux pour lui d’être encore sensible à vos tendres soins, et je ne suis pas surpris que le bonheur que vous répandez sur ses derniers jours vous engage. à lui destiner presque tous vos moments. Cependant ayez soin de votre santé et quand vous avez le cœur gros et limagination un peu noire, allez auprès de ma fille et de ses enfants, et rendez-vous un peu heureuse dans le sein de l'amitié.

Mon frère, comme vous l'aurez peut-être su, a eu une rechute de ses douleurs ; il ne peut pas se dissimuler que sa constitution est affoiblie et que le grand travail ne peut pas lui convenir comme ci-devant. Il a besoin de repos et de soulagement, et il projette toujours d’aller aux eaux de Vichy ou de Plombières aussitôt que la saison le lui permettra. J'espère lui être de quelque utilité et cela m’a dédommagé des sacrifices que j'ai faits en quittant Genève ; ils ont été très-réels, et je suis bien impatient de pouvoir les réparer par un prompt retour, :

’état de Madame de Saussure, qui ne fait aucun progrès vers le bien, me fait beaucoup de peine. Il n’y a que les eaux minérales qui pourront la ranimer ; mais auroit-elle la force de s’y rendre ?

J'espère que Monsieur Galiffe a eu le bon esprit de se consoler de la tournure que prennent les affaires politiques à Grenève, et qu'il n’abandonnera son poste qu’à la dernière extrémité. Il est parfaitement clair qu’on veut changer entièrement la Constitution, et il faudra bien céder au parti le plus

fort comme l’on fait par tout pays. Je ne prévoyois guère tout cela quand j'ai acquis maison et campagne à Genève. Seroitil possible que je dusse m’en repentir ces jours ?

Agréez mes plus tendres hommages puisque vous ne voulez pas € mes respectueux dévouements. »

De Madame Grivel, dame vaudoise (?) établie à Paris, fort liée avec la famille Necker ainsi qu'avec Mme G., qu’elle aussi appelait « maman, > — à la même, à Genève, de Paris, 10 mai 1789.

& Monsieur et Madame de Germany sont encore ici, ce qui nous fait grand plaisir. Ce moment est trop intéressant pour eux pour qu'ils puissent quitter Paris de sitôt, et nous y trouvons bien notre compte. — Vous aurez eu des détails sur l'Assemblée des Etats Généraux, qui a tant occupé tout le monde et qui continue à intéresser beaucoup par les résultats qu'on en attend. Le discours de M. Necker n’a pas encore paru ; on compte l’avoir demain. En attendant, on a bien bavardé dessus; et comme il y a peu de monde qui ait pu l’entendre, tout ce qui s’est dit jusqu’à présent ne sauroit fixer l'opinion soit en bien, soit en mal. Vous avez bien aussi eu vos inquiétudes à Genève, mais elles n’ont pas duré longtemps ; il est vrai que l’arrangement qui les a terminées n’a pas été du goût de tous les citoyens ; mais si la paix peut durer, c’est l'essentiel. Elle nous a procuré beaucoup de Genevois, entre autres la famille Grenus, qui arriva au moment où je les attendois le moins, et sans Monsieur je ne les aurois pas POCOBRUS EE CD

Du conseiller d'Etat B. Galiffe à la même, chez M. Domenget, à Aix en Savoie, de Genève, du 21 août 1789.

«& Je vois avec satisfaction que ton voyage réussit très-bien,

Page 1