CHAPITRE III
et que tu y trouves non-seulement de la santé, mais encore du plaisir. Je ne vois pas grand inconvénient à ce que tu consultes M. d’Espine, — pourva que tu ne suives pas ses ordonnances, et je crois bien qu’il faut lui donner un louis pour ses honcraires. Il convient que ces Messieurs-là soient contents, surtout si l’on est appelé à retourner aux eaux et à avoir encore besoin de leurs conseils. Je m’attendois que tu m’adresserois quelques-unes de ces aïmables Françoïises qui venoient à Genève, mais je n’en ai aperçu aucune. Au reste, j’aurois eu bien peu de temps de les voir, les dîners et les soirées allant toujours leur train ordinaire. — Je dînai mardi à Champel chez Louis Pictet, avec son beau-père, qui est venu passer quelques jours avec sa famille. L’on me chargea de beaucoup d’amitiés pour toi. Il n’y a aucun inconvénient à rester quelques jours de plus dès que la douche ne te fatigue pas trop, la saison étant d’ailleurs très-favorable pour les eaux. Je n’ai point reçu encore de lettres de Nancy ; l’on sait cependant qu’ils y sont arrivés le 2 de ce mois, qu’il se portoit bien et que l’on y étoit tranquille. Cela sufhroit à des indifférents ; mais je suis très-impatient d’en recevoir moi-même des nouvelles. Le courrier de mercredi ne nous a rien apporté d’intéressant ; d’ailleurs entre MM. Bertrand et Boissier, tu es à la source, et Genève ne fournit pas le plus petit mot. Tu peux dire à M. d’Espine que M. son frère se porte très-bien ; nous devons aller ensemble dîner à Genthod dimanche. Tu recevras tant de lettres par ce courrier que je souhaïte que tu n’en sois pas fatiguée. Adieu, mes obéissances à Mad. Crafts, à Mad. et à MX Ze Fort, mes compliments à M. Bertrand et mes amitiés à l’ami Boissier.
Tout à toi. »
Le conseiller G. entend parler ici de l’arrivée à Nancy du régiment suisse Lullin de Châteauvieux, dans lequel son fils
aîné était lieutenant. On sait que ce régiment fut, en 1790, le premier, à Nancy même, à se révolter contre ses officiers, entraîné qu'il fut à cet acte par deux régiments nationaux en garnison avec lui; qu’il opposa seul néanmoins une vigoureuse, quoique vaine résistance aux troupes envoyées pour les réduire; que les mutins, punis sévèrement par les autorités suisses compétentes, furent graciés en décembre 1791 par l'Assemblée législative ; que leur réhabilitation devint même l’objet d’une sorte de triomphe; que c’est le bonnet infamant dont ils étaient coiffés à leur retour du bagne qui devint (dit-on) le bonnet rouge de la Révolution et, avec la carmagnole, le signe distinctif du citoyen. Il est juste d’ajouter que ce régiment de Châteauvieux, dans lequel Genève avait trois compagnies avouées, redevint immédiatement l’un des plus fidèles des régiments suisses au service de France, qu’il quitta intact après les massacres du 10 août 1792, comme nous le verrons à cette date. — Le baron d’Espine était alors résident de $. M. Sarde à Genève.
De Mademoiselle Sophie Rilliet-Necker, ensuite comtesse de à Portes, la même, chez M. Domenget, à Aix en Savoie, de Genève, (lundi...) août 1789.
& Souky vous joue un bien vilain tour, Madame, car elle permet que ce soit moi qui vous écrive au lieu d’elle. Voudrezvous bien nous accorder un pardon généreux? C’est surtout moi qui en ai besoin, ainsi que de beaucoup d’indulgence, car je vous envoie une lettre qui ne signifiera sûrement rien du tout, au lieu d’une de votre jolie fille. Mon amour-propre souffre quand je pense à la triste comparaison que vous allez faire ; mais je ne veux pas que vous croyiez que je sois la seule
qui ne pense pas à vous, ce seroit bien injuste, et je préfère
CU