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CHAPITRE II

vous ennuyer quelques instants au chagrin de penser que vous croyez plus à l’amitié de Souky qu’à la mienne.

Il me semble que vous vous trouvez plus agréablement à Aix que vous ne comptiez. L’on a bien soin de vous ; je les trouve bien heureux ceux qui vous soignent, qui sont auprès de vous ; j’aimerois fort être à leur place ; j'espère bien que vous seriez contente de moi.

Votre fille Souky est tous les jours un peu mieux ; elle a fait deux ou trois promenades en voiture. L'autre jour, nous fûmes sur la route qu’on prend pour aller à Aïx ; nous avions bien envie de faire une petite escapade et de vous aller voir.

Hier nous eûmes vos filles. Elles vinrent partager notre solitude. Nous parlâmes bien de vous, mais il est inutile de vous le dire : c’est si naturel que quatre filles s’entretiennent de leur bonne maman. Vous allez me trouver bien hardie de me donner un titre que je n’ai pas; mais je vous aime assez tendrement pour être votre quatrième fille, et je vous regarde bien comme une seconde maman, car pour l’autre elle va bien avant tout.

À propos, l’on assure que le comte d’ Artois a couché cette nuit chez M. de Castelnau et qu’il est parti le matin pour Turin. Je ne sais si cela est bien vrai ; du moins est-il sûr qu’il est arrivé cette nuit à la Résidence trois chaises de poste, et le matin nous avons vu M. de Castelnau dans une. Je me suis tenue bien longtemps à la fenêtre dans l’espérance que le comte d'Artois passeroïit. J’avois bien envie de le voir, mais malheureusement il n’est point passé.

J'ai vu notre cher Larive l’autre jour dans la rue ; il étoit en conversation avec M. Claparède le ministre. Je le reconnus bien vite, surtout à sa jolie bouche ; je crois qu'il vient de faire le tour des glacières. Il seroit bien mignon de nous jouer encore quelque bonne tragédie ; j’espère, Madame, que vous viendriez bien vite pour le voir; au reste, je crois qu’il va

partir. Il vous faudra bien prier votre ami M. Cramer de l’engager à revenir.

Maman eut l’autre jour une lettre de mon bon papa (grandpère), qui espère bien être ici à la fin du mois, mais je crois qu’il ne faut pas trop nous en flatter ; mon Dieu, qu’il nous fait attendre le bonheur de le voir. Oh! quand il sera ici, nous ne le lâcherons pas si vite.

Mais ne trouvez-vous pas, Madame, que voilà bien assez de verbiage et qu’il faut vous laisser en repos ? Maman et Souky vous embrassent ; celle-ci vous écrira au premier jour pour vous remercier de votre lettre. Adieu, Madame ; j’espère que vous voudrez bien me répondre. Je vous en conjure, faites-moi ce plaisir. Je vous embrasse bien tendrement. »

Le baron de Castelnau, attaché à la maison du comte d’Artois (ensuite Charles X) qui avait émigré après la prise de la Bastille, fut résident de France à Genève, qui n’eut qu’à s’en louer, de 1781 à 1791. — ZLarive fut l’un des successeurs les plus distingués du fameux Le Kaïn. — Le pasteur et professeur David Claparède, allié Gallatin, a laissé divers écrits, dont un recueil d'excellents sermons qu’on pourrait presque qualifier d’élégants. — J.-G. Cramer avait publié une comédie : L'heureux retour.

De Mademoiselle Souky Rilliet- Necker à la même, à Aix-les- Bains, en Savoie, de Genève, août 1789.

& J’aurois bien voulu vous répondre plus tôt, ma bonne maman ; mais, Comme Sophie écrivoit, ma lettre n’auroit été qu’une répétition de la sienne et ne vous auroit point amusée. Pour aujourd’hui, quand même maman vous écrit, je n’ai pu

résister à vous sacrifier à mon plaisir.

Je passai hier la soirée avec votre fille cadette, l’aînée étant

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