CHAPITRE III
considéré, sous le rapport de l’acoustique, comme l’une des meilleures salles de spectacle françaises; qu’il a encore obtenu, à cet égard, il n’y a pas si longtemps, les éloges de Duprez et de M°° Damoreau; enfin qu’on venait, même d’assez loin, étudier sa construction; tout cela naturellement avant que le parterre et l’orchestre eussent été prolongés jusqu’au delà des loges d’avant-scène. Il est encore certain qu’au siècle dernier et au commencement du nôtre, le théâtre de Genève était, relativement parlant, infiniment mieux occupé et plus régulièrement fréquenté que cela n’a eu lieu pendant le dernier demi-siècle ; qu’alors la troupe était généralement bien audessus de la moyenne, qu’elle recevait le secours fréquent des premiers acteurs et chanteurs des deux sexes de l’époque, enfin que la société genevoise faisait alors du spectacle un délassement favori. Quant au directeur Saint-(éran, dont il est question dans cette lettre, il avait succédé dans ces fonctions au trop fameux Collot d’Herbois, alors littérateur et comédien ambulant. Mais Saint-Géran était connu depuis longtemps dans nos parages, puisque déjà dans une lettre de 1776 au comte d’Argental, Voltaire le qualifie de troubadour ambulant, protégé par Madame de Saint-Julien, et qui faisait jouer Le Kaïn à Ferney età Châtelaine. Nos auteurs nationaux en parlent comme d’un impresario habile, mais souvent nelle angustie (Graudy-Lefort, Promenades hist.).
De l'abbé Le Duc, fils naturel du roi Louis XV, reconnu et reçu comme tel, entre autres par Mesdames, tantes du roi Louis XVI, — à la même, à Genève, qui l'avait reçu pendant la première émigration de cette année, de Paris, ce 11 octobre
« Madame,
Je saisis un moment de calme pour vous remercier de toutes
les honnêtetés dont vous m'avez comblé. Il est inutile de troubler la paix de votre cœur sensible par le récit des scènes révoltantes qui viennent de se passer sous nos yeux. Vous devez, d’ailleurs, les savoir par les différents papiers que vous recevez et on ne sait que trop tôt les mauvaises nouvelles. Je crains beaucoup que le moment d’un calme apparent soit un feu caché sous la cendre et que l'incendie en soit d’autant plus grand. Tous ceux qui portent mon habit sont menacés d’en être les victimes. On nous insulte, et les personnes qui sont à la tête de ces scènes sanguinaires mettent dans l'esprit de la populace que ce sont les prêtres qui trompent le Roï et accaparent les bleds, et voilà leur haine pour nous. On nous menace d’une troisième révolution, et nous en serons les victimes. C’est le dire de la plus vile populace. Au reste je n’ai rien à craindre, car cette même canaiïlle me prend sous sa protection. Cependant, si je peux prévoir le moment, je prendrai prademment le large.
Que vous êtes heureuse d’habiter un pays où les passions sont douces et dont le Gouvernement sage tient toujours l’œil à ce qu’un peuple, qui est presque partout le même, ne se livre aux impulsions de gens pervers et mal intentionnés.
Je vous prie de faire bien mes remercîments à M. Galiffe et de lui souhaiter toute la tranquillité dont je ne jouis pas. Je vous prie aussi de présenter mes civilités à Mesdemoiselles vos filles et d’être persuadée des sentiments d’attachement et de respect avec lesquels je suis, Madame,
Votre très-humble et très-obéissant serviteur
Labbé LE Duc.»
Cet abbé Le Duc, que nos notes qualifient de propre fils de Louis XV, est évidemment le même que l'abbé Benoît Le Duc, ancien titulaire de l’abbaye de Saint-Martin de Paris, dont M. de Beauchesne, dans sa monographie de Louis XVII, fait