CHAPITRE III
un frère de l’abbé de Bourbon, descendant comme lui de Louis XV.» L'auteur raconte l’héroïque tentative de cet ecclésiastique, faite à la Convention nationale, le jour même de l’exécution de Louis XVI, pour épargner aux restes du roi lPoutrage de la sépulture réservée aux criminels, en réclamant le corps au nom de la loi qui accorde cette faveur aux parents du condamné. Il aurait voulu que la réclamation vint d’un prince du sang et s'était à cet effetadressé au seul qui fût alors à Paris, au prince de Conti, mais il n’avait obtenu de celui-ci qu’un acquiescement timide à la démarche qu'il allait tenter lui-même. Dès le matin done de la fatale journée, il sort sous un déguisement et avec un pistolet en poche; apprenant dans la rue qu’il ne peut y rester sans entrer dans les rangs mêmes de la multitude armée, il arrache son fusil à un citoyen qui se rendait à l’appel et arrive avec les autres jusqu’à la hauteur de la Convention. Là, ayant inutilement essayé de pénétrer dans la salle dont tous les abords sont hérissés de canons, il s'attache à un député qui passe et, par la véhémence de ses instances, obtient d’être introduit dans l’un des vestibules, pendant que le député va exposer à l’Assemblée la requête de « Benoît Le Duc demandant, comme parent du roi, que ses restes lui soient remis pour être déposés dans la cathédrale de Sens, à côté de ceux du Grand Dauphin son père.» La pétition mise aux voix est rejetée; mais la curiosité attire quelques députés auprès du requérant, dont l’un le menace même de l'arrêter : &Ne vous en avisez pas, » lui dit l’abbé, € j'ai là un pistolet à deux coups ; si vous dites un mot, le premier coup est pour vous et je délivrerai la terre d’un monstre, le second est pour moi et ainsi j'échapperai au supplice.» Puis, à la faveur de la confusion produite par cette scène, il réussit à s’échapper. L’abbé Le Duc se retira ensuite dans une terre près de Château-Thierry, où il fut arrêté et mis en prison pour avoir osé réclamer le corps de Louis Capet, »
Transféré à Soissons, il fut enlevé par le commissaire du pouvoir exécutif, en décembre 1793, et conduit dans les prisons de Paris où il resta jusqu’à la mort de Robespierre, qui le dé- Bvra de celle qu’il était condamné à subir lui-même le 10 thermidor suivant. [1 sera encore fait mention de l’abbé Le Duc dans ces lettres (Voir aussi Les augustes victimes du Temple, par M°* Gruenard de Méré, t. II, p. 159). Les scènes révoltantes dont il entend parler au début de sa lettre sont celles du 5 et du 6 octobre, alors que la populace alla chercher la famille royale à Versailles pour la ramener à Paris.
De Madame Rilliet, née Necker de Germany, à la même, à Genève, de Germany, mercredi (octobre) 1789.
& Vous êtes bien mignonne d’avoir tenu votre promesse. Je comptois en faire autant; mais quand je sus que C. vous écrivoit, Je la laissai faire toute seule, bien sûre qu’elle vous diroit tout. Ce qu’elle ne vous à pas dit comme je le sens, c’est tout le plaisir que vous me fites dimanche. Si je sais vous le montrer un peu, tant mieux pour moi. Je suis bien aise que votre oncle ait été content de ma réception. Remerciez-le encore de sa complaisance; c’étoit vraiment bien joli à lui.
Encore huit jours et vous serez ici; je ne laisse pas que d’y penser avec assez de plaisir. .
Si les nouvelles que l’on a débitées hier sont vraies, nous en serions bien aises. M. de la Fayette s’est, dit-on, présenté au Roi en lui disant: € Sire, j'ai dans ma poche la preuve incontestable que le duc d'Orléans est l’auteur de la dernière révolution. » Le Roi a fait appeler le duc, qui, ne pouvant nier aucune de ces preuves, a été exilé hors du royaume; il est, diton, parti pour l'Angleterre; M. Mirabeau est parti pour Constantinople; M. Mounier n'ayant pu obtenir un passeport, s’est