CHAPITRE III
nera la paix. Notre commandant général a donné sa démission la semaine passée, ce qui a donné lieu, en apparence, aux insurrections de ces jours derniers. Maïs ce n’est qu'en apparence: car les ©. ayant ouï dire que l’Assemblée nationale vouloit qu’on remît les barrières, avoient déjà soulevé le peuple, lequel prit pour prétexte de demander le retour du commandant pour s’attrouper sur la place des Terreaux. Lundi, second jour de l’attroupement, ils s’emparèrent de l’ Hôtel de Ville et pillèrent les fusils d’un corps de garde, après avoir battu à coups de poings ceux qui le gardoient et qui, n’étant que trois ou quatre, ne purent pas se défendre contre six cents. Après cette expédition, ils allèrent à l’arsenal, où il y eut un combat qui finit heureusement par l’adresse d’un soldat; celui-ci ayant remarqué qu’un des révoltés s’apprêtoit à lui tirer un coup de fusil, le tua d’un coup de pistolet, et par là effraya tellement les autres qu’ils se sauvèrent tous, Pendant ce temps-là un petit bataillon de troupes nationales, qui s’étoit rassemblé, se rendit à l'Hôtel de Ville et le balaya en mettant les révoltés en joue. De là il alla, par ordre de la municipalité, qui fit arborer le drapeau rouge, chercher les Suisses, qui depuis le 7 février étoient relégués aux casernes. Ils vinrent au milieu des coups de fusil qu’on leur tiroit de l’autre côté de la Saône. Mais, grâce à leur bonne manœuvre et à la maladresse de leurs ennemis, ils en furent quittes pour deux ou trois blessés et arrivèrent en bon ordre sur la place des Terreaux, dont ils barrèrent les avenues de moitié avecles bourgeois. Depuis ce moment tout est rentré dans l’ordre; on ne souffre plus d’attroupements et l’on a confié aux troupes, toujours de moitié avec la garde nationale, les postes les plus importants, comme l’Arsenal et le Magasin à poudre. Il est arrivé hier, de Vienne, un régiment de dragons avec un certain nombre de volontaires de cette ville, et l’on nous annonce beaucoup d’autres troupes. Je pense que lorsqu'elles seront ici, on
pourra percevoir les octroïis sans faire de mal à personne. Je suis fondée à le croire puisque la seule garde nationale a fait rentrer dans le devoirune populace effrénée, sans perdre un seul homme et sans en tuer plus de deux. On dit qu’il y en a eu cinq ou six de blessés. C’est bien peu, quoique toujours trop. Je vous donne ces détails parce que, connoïissant votre bonté, je pense que vous êtes en peine de nous; mais soyez tranquille, aucun des nôtres ne s’est trouvé aux chaudes. M. Vionnet est à la campagne avec sa femme et Ninette ; mon mari, qui étoit d’une assemblée à l'Hôtel de Ville dans le moment de la crise, est sorti sans accident. Mon frère Jordan sembloit par les circonstances devoir être aux prises avec tout ce monde; mais la Providence l’en a éloigné comme par miracle. M. Arcis, que vous connoissez, s’est distingué. Nous lui
avons en partie l’obligation de la tranquillité. . . . . »
Le 30 juillet de cette année, le Conseil d'Etat avait à s’occuper d’une lettre reçue de Paris du sieur Chariot, huissier et commissaire priseur, rue Platrière. Cet honorable citoyen exposait à nos € Magnifiques, Très-Honorés et Souverains Seigneurs, qu'instruit dès sa jeunesse à rendre aux Grands Hommes qui naissent autant pour le bonheur que pour la Gloire de l'Humanité, le juste tribut de respect et de vénération qui leur est dû, il avait rassemblé les portraits et bustes des plus célèbres, au nombre desquels figurait celui de notre Concitoyen Jean - Jacques Rousseau, Philosophe dont les grands principes en Politique viennent d’être consacrés par les Augustes Représentants de la Nation Française dans leur plus bel Ouvrage, La Constitution; qu’à propos de l’hommage faitrécemment à l’Assemblée Nationale des Bustes des citoyens américains Franklin et Washington, on parut regretter qu’on ne rendit pas la même justice à notre Illustre Concitoyen; qu’à l’instant alors, il avait conçu l’idée de présenter à ladite