CHAPITRE III
anxieux d’avoir des nouvelles, étaient en premier lieu son propre frère aîné, Necker de Germany et M. Rülliet-Julien, beau-père de Jean-Isaac de Thellusson, comte de Sorey, qui fut plus tard colonel aux gardes suisses, et à la famille duquel M. Necker était en grande partie redevable de sa brillante fortune. Quant aux calomnies de ses ennemis, tout en admettant que les circonstances ont singulièrement contribué à son élévation, nous pensons, comme notre prédécesseur, Gqu'un simple banquier étranger qui inspire une confiance illimitée à un monarque et à toute une grande nation doit nécessairement être un homme extraordinaire, ou que le roi et la nation doivent être d’une niaïiserie inconcevable, ete. ( Not. généal. sur les fam. genev.) » Mais nous croyons aussi que ses détracteurs se sont également fourvoyés en le représentant comme une sorte d’incarnation du type genevois, eten étendant, dans le même esprit de dénigrement, cette assertion à M. Guizot, dont les prétendues analogies avec son devancier d’un demi-siècle, consistent surtout dans ce fait, qu'ils furent l’un et l’autre ministres d'Etat et protestants dans un pays où pareille coïncidence est nécessairement exceptionnelle. Jacques Necker, qui avait quitté Crenève pour Paris dès l’âge de quinze ans, était d’ailleurs un Genevois de première génération seulement, fils d’une mère genevoise ( Gautier-de Gallatin ) et d’un père allemand. Nous pensons qu’on n’a pas assez tenu compte de la part de ce sang germanique dans l'esprit et le caractère, au fond si peu Français, de cet homme d'Etat, dont le rôle politique ne s'explique pour nous que par une discipline méritoire imposée à un tempérament naturellement timide. Quant à M. Guizot, français de naissance, il ne touche à Genève que par le peu de temps qu’il a étudié à l’Académie de cette ville, et il nous semble que sa carrière accuse plus de persévérance naturelle et de parti pris que de contrainte.
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Notons enfin que les temps et les circonstances différaient autant que les souverains servis par les deux ministres d'Etat
protestants.
Ce fut dès le 1% octobre 1790 que le Conseil d'Etat genevois eut à s'occuper de « la coupable association du régiment suisse ZLullin de Châteauvieux à Vinsurrection de la garnison de Nancy » dont nous avons parlé plus haut. Il semble résulter des lettres que le Conseil échangea à ce sujet avec les officiers, entre autres avee MM. Æieu ( du régiment de Diesbach) et le baron de Gallatin, avec le ministre de Genève à Paris ainsi qu'avec le louable Corps Helvétique: « qu’il ne falloit voir dans cette affaire qu’une fatalité bien malheureuse pour un régiment jusqu'à présent si distingué et dont on n’avoit juré la perte que parce qu'il avoit été jusqu'alors exemple de l’armée; que partout ailleurs que dans ce détestable foyer de sédition où ces soldats se sont trouvés, ils seroient demeurés irréprochables ; que les mesures prises pour châtier les coupables et pour contenir les autres régiments suisses sont de sûrs garants qu’un si funeste exemple n'aura pas d’imitateurs. » Mais on insistait expressément sur « l’existence à Paris d’une association qui, sous le nom de Club des Suisses, cherchait, par des démarches publiques et des écrits séditieux, à influer sur les militaires suisses, et même à semer le trouble Jusque dans leur Patrie. » — Quelques semaines plus tard et jusqu’en novembre, le ministre de Genève à Paris, J/.-Armand Tronchin, ne cessait, dans ses lettres, de recommander à la sollicitude du Conseil (qui, à cet effet, s'était mis sous le serment du secret) « les complots du Club helvétique, principal membre d’une association qui menaçoit la Suisse et Genève, tout en cherchant à bouleverser la France (Reg. du Conseil). »
Nous avons eu la curiosité d’examiner de plus près, dans