‹ D'un siecle à l'autreChapitre 131 sur 253 · CHAPITRE III. DH · texte numérisé non relu

CHAPITRE III. DH

le dossier joint à cette affaire, l'effectif des trois compagnies avouées, de 50 à 60 hommes environ, que Genève possédait au régiment de Châteauvieux, — alors les compagnies Perret, baron de Viney et baron de (Grallatin. Il en résulte que ces compagnies contenaient beaucoup plus de Vaudois, de Savoyards, de Jurassiens, de Suisses d’autres cantons, et d’Al- lemands même, que de Genevois proprement dits; qu’alors une quantité considérable de ces gens-là avaient déserté, ou été congédiés ou renvoyés ; qu'un certain nombre aussi étaient dans les prisons de Nancy ; mais que, sur les quarante soldats, pris sur le régiment entier, qui avaient été condamnés à trente ans de galères, il n’y avait que six Genevois, dont trois seulement appartenaient aux trois compagnies genevoises, et encore des Natifs, dont aucun n’avait plus de 21 ans.

Il en fut question derechef pendant l’été et l'automne de l’année suivante 1791, à propos de la demande en grâce que les Amis de la Constitution de Brest avaient adressée au ministre de la guerre, M. Du Portail, en faveur des quarante Suisses condamnés aux galères de leur ville. Cette requête. ayant dû être portée devant tous les cantons suisses et Etats intéressés dans la capitulation du régiment de Châteauvieux, arriva naturellement aussi au Conseil d'Etat de Genève; les pièces échangées à ce propos nous apprennent: € que la condamnation avait été prononcée par un tribunal militaire composé d'officiers pris dans deux autres régiments suisses, et que le louable Corps helvétique pouvait seul accorder la grâce demandée.» Le Conseil d'Etat genevoisse montrait très-disposé à appuyer cet acte de clémence en faveur de ses ressortissants, qui appartenaient à des familles parfaitement honorables. On sait que la question fut tranchée par un décret du 31 décembre 1791 de l’Assemblée législative, ordonnant la mise en liberté des soldats du régiment de Châteauvieux ; que les Jacobins

imaginèrent de fêter leur retour en leur rendant tous les hon-

neurs dus à d’intrépides martyrs de la liberté ; que l’ancien comédien et impresario du théâtre de Genève, Collot d’Herbois, commença sa carrière politique en se déclarant l’ardent promoteur de cette fête; qu’en conséquence il parut monté sur un char, avec ces soldats, étonnés du culte qu’on leur rendait, et qu’il les conduisit même à une séance de l’Assemblée pour que celle-ci s’associât à l’acte de folie qui exaltait comme un exploit civique un fait de grave insubordination militaire. Tels sont les faits qui, coïncidant à quelques semaines près avec la première apparition des bonnets rouges, ont donné lieu à l’une des opinions les plus accréditées sur l’origine de cette coiffure révolutionnaire, copiée du bonnet que les soldats suisses portaient à leur retour du bagne de Brest. On peut ajouter que cette opinion n’est pas infirmée par la forme donnée à ces bonnets (lourds, grossiers, à gros revers) sur les premiers documents, les sceaux par exemple, où ils figurent.

Mais voici quelques extraits de nos Registres qui précisent davantage encore la question :

(15 novembre 1791, séance de relevée) : « M. le syndic de la Garde a rapporté que Mottu, dit la Liquette, s'étoit promené il y a peu de moments dans les rues, portant un bonnet rouge avec un G en blanc, tels que ceux que portent les galériens en France; qu'il étoit suivi de beaucoup de gens; que l’information lui en avoit été donnée par des citoyens qui étoient extrêmement échauftés de l’audace de cet homme, qui cherchoit clairement à se représenter, ainsi que ceux de son parti, comme étant dans les chaînes. — Qu'il avoit chargé deux des seigneurs Auditeurs de le suivre et, s’ils le trouvoient, de le conduire par devant lui; qu’ils l'ont trouvé avec son bonnet au cercle de La Grille; qu'il avoit interrogé ledit Mottu et l’avoit envoyé aux arrêts, — Que les nommés Guignard et Desoches, pendant que Mottu étoit détenu, vinrent se plaindre avec beaucoup de cha-

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