CHAPITRE III
leur de cette détention; que sur les questions qu’il adressa au sieur Guignard, il lui parut qu’il étoit clairement d’intelligence avec Mottu auquel ilavoit prêté le bonnet rouge, et qu’il yavoit un complot d'autant plus marqué qu’il paroissoit qu’on avoit fabriqué trois de ces bonnets; qu’il a chargé le $ Auditeur Pictet(-de Rochemont) de recevoir la déclaration de Desoches et de Guignard, et a retenu celui-ci aux arrêts. »
(Plus loin:) « On a lu la suite de l'information faite par le S' Auditeur Pictet sur les bonnets rouges marqués d’un G, destinés à être portés en publie et propres à émouvoir le peuple. — Arrêté que le sieur Coulin, impliqué dans cette procédure comme ayant acheté les bonnets et en ayant porté un au sortir du logis du Cog-d’Inde, soit conduit aux prisons et réponde personnellement. »
Comme cela se rapportait à une émeute à la tête de laquelle avait figuré un frère dudit Mottu, le Conseil arrêta de les emprisonner et d'informer contre eux; puis de faire fermer provisoirement le cercle de la Grille «qui pendant toute cette année a été le rendez-vous des Natifs les plus turbatents et comme le foyer de la sédition.» — Puis on sursit à cette mesure, mais en prévenant les membres du cercle qu’ils seraient surveillés de près, rendus responsables de ce qui s’y passerait, et même poursuivis criminellement et leur cercle fermé au premier sujet de plainte dans lequel la Grille serait impliquée (Reg. du Cons., du 15 au 18 novembre 1791).
Il faut observer à ce propos: que le décret de l’Assemblée législative qui libéra les soldats de Châteauvieux, n’est que du 81 décembre de la même année 1791, et que leur fête à Paris n’eut lieu que le 15 avril 1792. D'autre part, la tradition qui rattache les bonnets rouges aux bonnets catalans dont les Marseillais étaient coiffés à leur arrivée à Paris, ne saurait remonter au delà de la mi-février 1792. — Il serait curieux que
l'influence de certains Genevois et de certaines idées émanées
de Genève sur la Révolution française se fût étendue jusqu’à cet insigne de liberté. Quoi qu’il en soit, la mode des bonnets rouges ne reparut à Grenève que vers la fin de 1792.
De Mademoiselle Claire Clermonde (voir p.188) à Mme G..-N,., à Genève, de Mâcon, 9 décembre 1790.
& C’est à Mâcon, ma chère Madame, que l’on a fixé ma triste destinée; c’est à Mâcon que j'attends, que je désire toujours de vos nouvelles. Cette vie errante me désole. Quand je suis revenue à Grenève, c’étoit pour y rester toujours, pour n’en plus jamais sortir. J’ai pris la liberté de vous envoyer quelques petits bonbons de Chambéry; j’osai charger ma femme de chambre de vous donner mon adresse et de vous supplier d’en faire bien vite usage; je vois par votre silence qu’elle s’est bien mal acquittée de ma commission. Faites-moi voir, bien chère Madame et amie, que mon cœur peut encore s'ouvrir à quelque sensation douce; depuis que je me suis encore éloignée de Genève, il me semble qu’il est tout-à-fait mort pour le plaisir. Que faites-vous, que dites-vous? Pensez-vous quelquefois à la pauvre Claire? Vous la plaindriez, j'en suis sûre, si vous saviez combien son existence actuelle est douloureuse et pénible ! Et quand finiront mes tourments ? Quand serai-je près de tout ce qui m'est cher ? On dit qu’un soir nous serons de retour à Grenève, mais je ne crois plus au bonheur. Avec mille choses à vous dire, je suis forcée de m’arracher au plaisir pour courir au devoir. Adieu, Madame et bien chère amie; si vous m’aimez un peu, donnez-moi promptement de vos nouvelles. Elles sont bien nécessaires à celle qui est plus
à vous qu à elle-même.