CHAPITRE III
crédit de ses fonds publics, par la faillite de quelques-unes de nos premières maisons de commerce et par les engagements immenses solidairement contractés par un grand nombre de particuliers, dont quelques-uns sont membres des Conseils, et auxquels il est à craindre qu’il soit difficile de satisfaire à leur prochaine échéance, et les suites incalculables qu’une suspension forcée des paiements entraïîneroit pour la République entière, sont un objet qui demande la plus prompte et la plus sérieuse attention du Gouvernement. »
Pour les particuliers, et surtout pour les banques genevoises de Paris, le mal était déjà irrémédiable. Malheureusement, et au moment où Grenève allait être appelée aux plus grands sacrifices, il en résultait également, par contre-coup, une diminution considérable des recettes de l'Etat, dans lesquelles l’impôt prélevé sur les fortunes privées, sous le nom de taxe des gardes, occupait une très-large place. C’est à cet impôt que le syndic N. fait allusion dans cette lettre à son beau-frère Gr, à propos des pertes énormes que celui-ci venait de subir chez ses banquiers de Paris et surtout dans cette malheureuse affaire des billets solidaires, à laquelle il ne s'était prêté que par pure complaisance, sur les vives instances de ses amis qui avaient mis une grande importance à la signature d’un ancien trésorier général de la République; il en résulta une perte d'autant plus réelle pour lui qu’il fut du très-petit nombre de ceux qui refusèrent de profiter des circonstances exceptionnelles de l’époque pour se soustraire à leurs engagements.
Le régiment de Wattewille, dont il s’agit dans cette lettre, n’est autre que cet infortuné régiment suisse d’Ærnst, au service de France, qui, désarmé de guet-apens à Aix en Provence, par les Marseillais, venait de rentrer en Suisse par le Pays de Gex sous la conduite du lieutenant général de Muy. Il en avait été question plusieurs fois au Conseil (Voir aussi Mémoires de Roverea).
Le syndic Pierre- André Rigaud (allié Bertrand ) fat l’un des négociateurs les plus dévoués et les plus habiles que Grenève ait jamais eus. De fait, toute cette année se passa pour lui en courses continuelles, notamment aux diètes suisses, où sa mission d'obtenir que la République de Genève fût comprise dans la neutralité des cantons suisses, fut couronnée d’un plein succès (Grenus, Frag. biogr. et hist., 1792).
De Madame Naville-Rilliet à Madame Galiffe-Naville, sa belle-sœur, à Préverenges, près Morges, — de Céligny, 21 août 1792.
& J’avois compté, ma chère sœur, t’écrire la semaine dernière pour te prier de venir celle-ci avec tes filles coucher une nuit ou deux à Céligny. Nous avions imaginé de fêter mon mari et Sophie à la Saint-Louis, et comme mon mari n’est jamais à Céligny le samedi, nous comptions le fêter le jeudi 23. Nous dîmes d’abord avec mes sœurs et mes nièces: Non, il n’est point de bonne fête quand Madame Galiffe n’en est pas ! » La crainte des nouvelles de France me faisant retarder de t’écrire d’un courrier à l’autre, tout à coup nous sommes écrasés par la catastrophe du 10 (août). Nous avons cru pendant trois jours le fils aîné de la duchesse assassiné. Il à bien fallu renoncer à toute fête et même rester dans l'incertitude, si mon mari pourroit se trouver à Céligny. Il put venir diner avec nous jeudi passé. Nous tinmes un petit conseil à dix heures du matin avec mes sœurs et mes nièces, dont le résultat fut de mettre nos petits cadeaux dans une corbeiïlle garnie de fleurs qu’on mit sur table à la place du surtout, sans inviter personne du village et surtout de chez M°° de Liancourt qui était dans la peine. Nous avions mis sur la corbeille € Vive Louis ! vive Louise ! » résidu d’une grande fête qui se
chantera dans des temps plus heureux. Te voilà donc invitée