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CHAPITRE III

pour quand elle se fera; je te prie de te le tenir pour dit. Catherine et moi nous avions brodé un gilet à mon mari, chacune un côté; ce qu’il y eut de drôle, c’est que Sophie, trèsempressée à fêter son oncle, ne s’attendait à rien pour elle.

Le lendemain M°° de Liancourt recut une lettre très-courte de son second fils qui lui disoit : & Nous nous portons tous bien; ne nous répondez pas. » Ce matin sa femme de chambre a reçu une lettre de son oncle, homme d’affaires de la duchesse, ainsi conçue : QDis à la Dame qui avoit donné des commissions à M Mogé, que M° Alexandre a heureusement accouché hier d’une fille. » Voilà toute la lettre qui étoit adressée à M Thibout, à Nyon, poste restante. Juge, ma chère sœur, par les précautions que prend la famille de la Rochefoucaut, de l’état où lon est à Paris; car cette dame Alexandre est la belle-fille de la duchesse; on y est sous le couteau. Les détails qu'on apprend sur la journée du 10 sont toujours plus atroces, et ce qui s’est passé depuis est de la même force. Tous les journalistes non jacobins sont assassinés et l'A. N. à fait un décret pour garder en otage les parents des émigrés.

D’Allemagne on apprend que l'affaire sur Landau a manqué par le bavardage des François. L'armée sous M. Hohenlohe a remonté le Rhin et canonné Fort-Louis.

Le duc de Brunswick a pris le fort Rodemarcher, où s’étoit enfermé M. d’Vens; on ne sait où il est ou s’il est tué. Le duc a pris la petite ville de Sierk et a investi Longwi et Thionville. - Strasbourg a définitivement refusé d’enregistrer les décrets de l’A. N.; Rouen les a enregistrés et l’a écrit à l'A. N,, où l’on a trouvé que la lettre étoit bien froide et bien sèche. On a proposé de mander le Département à la barre. On a raconté que M. de Liancourt, pour avoir un régiment dont il fût sûr avoit empêché celui de Salis-Samade d'aller sur la frontière et ne l’avoit fait aller à Rouen qu'après en avoir fait la revue

et fait prêter le serment civique. Qu'il avoit ordonné qu'on criât &vive le Roi!» qu’un seul soldat cria € vive la Nation!» et que M. de Liancourt l’avoit envoyé en prison.

Il ne faut plus s’attendre à des nouvelles sûres de Paris et des provinces. L'intérêt de l’Assemblée nationale est de n’informer la Nation que suivant ses vues, et ayant rompu toute mesure, elle agit en cela ouvertement, empêche de sortir de Paris, ouvre toutes les lettres et ne fait partir que celles qui ne disent rien.

Nous avons été d’une cruelle inquiétude sur mon frère, qui s’est trouvé heureusement à Rouen deux jours avant le 10. Il nous a écrit du 11 et sa femme du 14 ..... Je suis bien impatiente d’avoir des nouvelles de Galiffe. Je croirois volontiers que les lettres des régiments suisses sont interceptées. Quel parti prendront Leurs Excellences dans cette malheureuse circonstance ? — J’attends pour fermer ma lettre que le postillon soit venu, pour te donner les nouvelles s’il y en avoit.

On dit qu’il est arrivé au Pays de Gex quelques extraits mortuaires des frontières qui ont fait baisser les oreilles. On dit les Beaumont en chemin pour revenir, que les commissaires envoyés à l’armée du Nord ont été arrêtés à Sedan. L’A. N. a rendu un décret contre MM. Zameth, Barnave, Du Port, Du Tertre, Bertrand, ete. Montmédi et Stenay sont pris par les Allemands. Il faut monter 126 marches pour arriver à la chambre du roi, personne ne peut l’approcher sans permission de ses bourreaux. Adieu, chère amie. »

Le 10 août avait été le jour du massacre des gardes suisses à la défense des Tuileries. Le duc Æ.-A.-F. de la Rochefoucauld-Liancourt, Vancien Feuillant, avait dû quitter brusquement son commandement militaire de Rouen dans lequel il avait, mais vainement, offert un refuge au roi. Déjà au printemps de cette même année, sa femme la duchesse de Lian-

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