‹ D'un siecle à l'autreChapitre 142 sur 253 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

voie et de s'emparer de Genève au moyen de l’armée du Midi (depuis armée des Alpes), sous les ordres du général de Montesquiou. Aussitôt le Conseil s’était placé &sous le serment du plus profond secret, » et avait décidé de demander aux alliés de Berne et de Zurich les secours stipulés par les traités. Comme les possessions bernoïses étaient les premières menacées après Genève, le Conseil proposait aux Cantons suisses d’envoyer dans le Pays de Vaud, sous prétexte de couvrir ses frontières, un corps d'armée qui de là pourrait facilement, le cas échéant, envoyer par le lac à Genève les secours nécessaires à la défense de cette ville. Enfin on tenait à avoir à Genève même, des représentants ou commissaires des deux cantons. Toutes ces négociations furent conduites avec un ï plein succès par le même ancien syndic ARigaud, dont il a été question plus haut. D’autre part, comme notre ministre à Paris était mal placé pour informer officieusement sur ce qui se passait autour de lui, on accepta, à sa recommandation, les services de l’ancien capitaine Dassier, qui jouissait de l’intimité de Clavière. Par son canal, on sut bientôt de la manière la plus positive que les ordres avaient effectivement été donnés pour attaquer la Savoie et s'emparer de Genève.

À l’intérieur, le Gouvernement avait d’emblée pris toutes les mesures en vue d’une résistance à tout prix. Les remparts furent armés, la légion et la garnison augmentées des compagnies genevoises des régiments de Diesbach et de Châteauvieux. Non-seulement cette attitude énergique fut approuvée en Conseil Général, mais dans toutes les classes de la population, chacun voulut s’y associer de sa personne et de sa bourse. Jeunes et vieux qui n'étaient pas déjà incorporés dans les milices prirent le fusil; les dons patriotiques furent considérables; les magistrats, les fonctionnaires, les moindres employés ne se contentèrent pas de faire abandon de leurs traitements; de simples particuliers, même établis à l'étranger, donnaient par

centaines de louis et par milliers d’écus; le clergé, les corps de l'Etat, les Cercles, les Sociétés, même les plus modestes, se cotisèrent largement; les paroisses de la campagne ellesmêmes tinrent à honneur de faire oublier leur conduite de l’année précédente. ! L’enthousiasme grandissait avec le danger. Jamais gouvernement genevois n'avait été plus populaire.

Le 23 septembre, on apprit que les Français avaient forcé les passages de Montmeillan et des Marches, et que déjà la ville se remplissait de Savoyards de tout âge et de tout sexe fuyant devant l'invasion. Les Genevois firent ce qu’ils purent pour soulager les victimes de cette nouvelle émigration, qui dura plusieurs jours et que le Conseil aida à passer en Suisse. Elle durait encore que déjà la banlieue genevoise était investie par l’avant-garde de cette armée française, qui venait de s’emparer de la Savoie presque sans coup férir, les troupes sardes s’étant retirées de l’autre côté des Alpes. Mais le dimanche 30 septembre, à dix heures et demie du matin, un premier convoi de seize cents Suisses avait opéré son débarquement;il devait être suivi d’autres contingents helvétiens.

Cet événement, qui déjà mettait la ville à l’abri d’un coup de main, ne pouvait manquer de nous brouiller ouvertement avec l’Assemblée législative et le Pouvoir exécutif français, à qui les ennemis de Grenève, tels que Brissot et Clavière, ne cessaient de représenter le Gouvernement genevois comme l’allié zélé de tous les ennemis de la France, notamment du. roi de Sardaigne. C’était dans ce sens aussi que le résident de Châteauneuf, dont les nouveaux pouvoirs n’avaient été admis qu'après de longues hésitations, protestait contre l’admission de tout secours étranger dans Genève — qu’il quitta le jour

même de l’entrée des Suisses. Peu de jours après (6 octobre),

! On trouve le rôle de ces dons patriotiques dans Grenus, Frag. biogr. et hist., p. 427 à 480,

te)

Page 1