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CHAPITRE III

vention nationale comme une capitulation ignominieuse pour la France, et due aux machinations de l’aristocratie genevoise. !

La situation des magistrats, raffermie pendant le danger commun, devint donc bientôt pire qu'auparavant. Les portes de la ville, rouvertes au lendemain du traité dit de Carouge, donnaient derechef un libre accès à la propagande qui en avait été exclue, — et cela d'autant mieux que le régime révolutionnaire régnait maintenant sur l’une et l’autre rive. Dès les premiers jours on dut reconnaître, de part et d’autre, l’impossibilité de contenir dans de justes bornes les visites des soldats français dans cette ville qu’ils avaient compté occuper en conquérants. Même sans ce secours étranger, la réaction qui suit toujours les situations tendues, ne pouvait manquer de raviver les anciens ferments de discorde. Les Suisses n'étaient pas encore partis, que déjà l’on voyait reparaître les infractions de territoire, les rixes entre les particuliers et les cercles d’opinions différentes, puis les manifestes « fraternels » des clubs de Paris, les bonnets rouges, les affiches, les chansons révolutionnaires, les prises d’armes, les combats de rue, etc. Contre cette marée montante de l’opinion et du nombre, les sincères mais tardives concessions, telles que, par exemple, l’édit sur légalité civile et politique des personnes, étaient des digues aussi insuffisantes que laugmentation de

1 Nous avons plus haut cherché à réfuter les jugements injustes du colonel de Roverea, sur l'épisode de notre histoire dont il s’agit ici, en montrant les malentendus qui ont pu lui inspirer des opinions aussi erronées. Nous ne voyons pas d’ailleurs que son canton s’en soit mieux tiré en 1798, alors que la Révolution avait certainement beaucoup perdu de l’imprévu et de la force épidémique qu’elle avait encore au plus haut degré à la fin de 1792. Victor de Bonstetten est bien plus près de la vérité quand il s’écrie à propos de ces mêmes événements: « Die Schweiz hätte noch Heldenthaten gethan; aber gegen Revolutionen ist kein Mittel, als thätiger Angriff, Krieg ! » ce qui signifie, en d'autres termes, que la guerre purement défensive, même héroïque, ne suffit pas contre les révolutions (Lettres à Fr. Brun, publiées par Mathison, T,

la garnison, l’appui des amis de l’ordre, l'attitude à la fois prudente et énergique, mais purement défensive des magistrats.

Si donc il faut s'étonner d’une chose, c’est qu’au milieu de tant d'éléments contraires, le Gouvernement patricien ait pu achever cette année si tourmentée, et que sa fin ait été celle d’un mécanisme qui s'arrête par usure ou vétusté, plutôt que par vice de construction ou par la destruction violente de ses principaux rouages. — Quoi qu’il en soit, en quittant forcément des fonctions qui étaient devenues un labeur et un péril de chaque instant, les syndices et Conseils de l’ancien régime remettaient intacte et libre encore, à leurs successeurs, cette République que, pendant près de trois siècles, ils avaient fait fleurir et guidée à travers des écueils sans nombre. Leurs dernières heures furent employées à reconnaître ou à récompenser de leur mieux, selon le cas, le dévouement et les services à la Patrie.

Extrait d’une lettre écrite par le général de Montesquiou à M. de Châteauneuf, résident de France à Genève, de Chambéry, le 26 septembre 1792, l’an IV de la Liberté et le Ier de VEgalité. (Reg. du Cons.)

« Je suis bien sensible, Monsieur, aux choses obligeantes que vous voulez bien me dire à l’occasion de nos succès en Savoye. Une terreur panique a été le fruit d’un premier mouvement hardi, et nous n’avons eu que des fuyards à poursuivre. Huit pièces de canon, beaucoup d’armes, de munitions de guerre, d'effets de campement et tous les magasins des Piémontais sont déjà en notre pouvoir, et le peuple reçoit à bras ouverts ses Libérateurs. On ne pouvait espérer un succès plus complet, plus général; et, ce qui ne peut trop s’ap-

précier, ce succès ne nous a pas coûté un seul homme. »

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