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CHAPITRE III

La propagande révolutionnaire des Brissot, Clavière, Jacques Grenus, etc., s'était principalement attaquée à Genève, à la Savoie, au Valais et au pays de Vaud. On sait quels furent ses succès dans ces divers pays.

Notification du Résident de France à Genève, M. de Châteauneuf, au Gouvernement genevois.

« Le résident de France a l'honneur de prévenir officiellement M. le premier syndic et par son organe le Magnifique Conseil, que l'introduction dans les murs de Genève d’un corps de troupes de l'Etat de Berne, au mépris des traités et contre la foy d’une neutralité publiquement et solennellement jurée, n’a pu paroître au Conseil Exécutif Suprême qu’une atteinte aux traités et à la bonne harmonie qui avoit jusqu'ici si heureusement existé entre la ville de Grenève et la France, et l'effet d’une coalition avec les Puissances liguées contre les Libertés des François; que le devoir sacré de conserver cette même Liberté fait une Loi au Conseil Exécutif Suprême de repousser une mesure aussi hostile, par tous les moyens qui sont en son pouvoir, et qu’il déclare, par l’organe du résident de France, les Magistrats fauteurs des divisions qui vont séparer deux Nations jusqu'à présent toujours amies, responsables de tous les événements qui vont suivre.

Le 3 octobre 1792, l'an de la République. »

De Mademoiselle Catherine Rilliet, belle-sœur et commensale du syndic I.-L. Naville, à Mme Galiffe-Naville, à Préverenges, près Morges, — de Céligny, mardi matin, 2 octobre 1792.

& Vous comprenez, chère cousine, que je cours toujours pour apprendre des nouvelles et pour tâcher de voir des gens de ma connoissance. C’est ce qui m’arriva dimanche; étant à

Coppet, je vis M. Galife qui alloit à Genève. Il me gronda de ce que nous avions envoyé son fils à Grenève, par Versoix, en uniforme, Mais ce cher fils avoit écrit sa course sans parler de sa femme de chambre, qui étoit moi. Je l’avois affablé d’un vieux gilet noir et d’une redingotte de son oncle, et j’avois décousu de son chapeau tout ce qui étoit militaire. Aïnsi vous voyez, chère cousine, notre prévoyance. Son travestissement a même fait sensation à Genève.

Je ne sais pas où ma sœur vous à laissée des nouvelles; je les prends à l’heureuse entrée des Suisses, dimanche à onze heures. Notre légion, la garnison et, de place en place, des magistrats, bordoïent la haie depuis le port jusqu’à l'hôtel de ville. Les Suisses n’étoient pas très-bien habillés; mais ils disoient gaiement: € L’habit ne fait pas l’homme!» Votre frère eut des officiers à diner ; il n’en loge pas. Il y a trente soldats dans l'appartement des Salgas (maison Galiffe) et un officier au troisième. Je crois que votre fils loge chez son oncle; hier on le vit en uniforme de légionnaire. . . . .

Naville-Gallatin écrivoit à sa femme : € Notre cousin le syndic a fait une action héroïque, digne d’être placée dans les fastes des anciens chevaliers ! » Quand je la saurai, chère cousine, je vous la dirai. — On ne sait pas combien il y a de troupes à Carouge, enfin dans cette Savoye françoise. On dit que Du Mouriez a été bien battu près de Châlons; un officier du Roi de Prusse écrivoit à Genève: « Ma première lettre sera datée de Paris. » Le désarroi est à son comble à Paris. A cette nouvelle Assemblée Nationale, ils en sont déjà aux injures et aux gros mots. /oland et Servan ont demandé leur démission. On croyoit que c’étoit l’élite des Jacobins; eh bien, on en trouvera de plus coquins. Clavière tient toujours; il n’y a point de monstre pour le remplacer.

Il ne paroît pas qu'on fasse rentrer encore les femmes et les enfants, On a délibéré à l’A. N. si on attaqueroit la Suisse et

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