CHAPITRE III
Genève; on a renvoyé cela au Comité diplomatique. On a saisi samedi un bonnet de la Liberté qui devoit être placé sur la Treille, en face de celui de Carouge. »
Comme beaucoup d’autres Genevois, MM. Galiffe père et fils étaient accourus à Genève pour prendre les armes, le père, malgré son âge, comme simple fusilier légionnaire, bien qu’il eût été officier supérieur dans la milice et même « général de l'artillerie» genevoise, — le second comme officier suisse; aussi fut-il immédiatement promu au grade de capitaine, pour lequel il avait été désigné au régiment de Châteauvieux. Quant à son passage par Versoix, rien ne pouvait être plus imprudent dans un moment pareil. Les familles genevoises les plus inoffensives qui traversaient cette encoche française, soit dans un sens, soit dans l’autre, y étaient débarrassées de leur vaisselle d’or et d'argent; le syndic I.-L. Naville y fut menacé d’arrestation par la garde nationale de l'endroit, sous prétexte € qu'on ne devait laisser passer que les gens du peuple et non les magistrats genevois. » (Reg. du Cons.) Il est évident qu’un officier du régiment de Châteauvieux, signataire des manifestes royalistes mentionnés plus haut, risquait d’être pendu ou fusillé s’il était reconnu. — Nous ignorons ce qu'était & l’action héroïque » attribuée au syndic [.-L. Naville par sa cousine et sa belle-sœur ; il suffit de feuilleter les registres contemporains pour s'assurer qu'il était en toute occasion, par excellence, le magistrat d'initiative et d’action de. l’époque.
De l’ancien conseiller B. G'aliffe à la même, à Préverenges, de Genève, 10 octobre 1792.
« Les nouvelles que l’on attendoit avec impatience de Paris
ne sont point arrivées telles qu’on les espéroit. Il paroît bien
constaté que les Prussiens se retirent. L'on en ignore les motifs, mais le fait n’en est pas moins fâcheux, et les François non-seulement défendent leur nouvelle République, mais sont encore assez en forces pour porter la guerre dans les pays étrangers. Ils ne se sont pas contentés d'enlever la Savoye au Roi de Sardaigne, ils l'ont encore attaqué du côté du Midi et se sont emparés de Nice, Villefranche et Montalban. Ils sont aussi entrés en Allemagne sous les ordres de M. de Custine et ont pris Spire, où l’on dit qu’ils ont fait prisonniers plusieurs Autrichiens. On les fait aller à Worms, qui a été le chef-lieu des émigrés. Ces nouvelles paroissent malheureusement plus vraies que celles que les Princes faisoient parvenir en Suisse et par lesquelles ils annonçoient les plus grands succès, peutêtre dans le but d’engager les Suisses à épouser leur querelle et à commencer les hostilités contre la France. Il est bien possible que la mauvaise conduite des Princes et d’une partie des émigrés ait ralenti le zèle de leurs protecteurs, auxquels ils avoient annoncé et promis un grand nombre de partisans en France, quidevoient se joindre à eux dès qu’ils paroîtroïent, tandis qu’il paroît qu’ils n’en avoient point. :
Quant à nous, nous voilà privés des ressources que nous espérions des succès des Allemands, et il est très-probable que le Roi de Sardaigne ne fera actuellement aucune tentative pour rentrer en Savoye; mais il paroît aussi que les François n’ont point envie de rompre avec les Suisses, et l’on assure que M. Johannot l'aîné s’est donné beaucoup de mouvement en notre faveur ! (à Paris). Ils persistent à prétendre que notre demande de secours aux Suisses est une insulte faite à la
1 Deux frères Jonannot où Johannod, bourgeois de Genève, étaient depuis peu propriétaires, ou même seigneurs du château et fief d'Echandens, au pays de Vaud. L’un d'eux, appelé ensuite « Jonannot le Conventionnel, » était alors membre de la Convention Nationale. Il faut done le compter, ainsi que Gasc, au nombre des Genevois qui se remuèrent à Paris en faveur de la patrie genevoise. C’est évidemment de lui qu'il s'agit dans cette lettre.