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CHAPITRE III

France, et il n’est pas improbable qu’ils demanderont aux Suisses de les rappeler, ou à nous de les renvoyer. — En attendant, l’armée dans les environs de Carouge n’augmente pas ; elle n’est pas de quatre mille hommes, et je ne crois pas qu’il y en ait deux mille dans le pays de Gex.

Les événements confondent toute la prudence humaine ; il faut renoncer à tout pronostic et vivre au jour la journée.

Quoique les événements aient tourné différemment de ce que nous désirions, je crois moins que Genève sera attaquée que je ne le croyois il y a quelques jours. — Je languis bien de me retrouver à Préverenges, et le temps n’est peut-être pas fort éloigné; mais tu sens que dans ce moment je ne puis pas quitter. Les journées sont d’une longueur assommante ; chez soi l’on s’occupe sans trop se ressouvenir de ce que lon a lu ou fait, et dans la société on a les oreiïlles sans cesse rebattues des mêmes propos ; il faut prendre patience bien impatiemment. Si les Autrichiens et les Prussiens abandonnent réellement la France, et se retirent chez eux, le sort de la plus grande partie des émigrés sera d’autant plus affreux qu’ils se sont fait abhorrer en Allemagne, et qu’il est douteux s'ils y seront encore reçus. — Au surplus, ne répands jamais les nouvelles que je t’écris comme des nouvelles sûres; tant de gens sont intéressés ou prennent plaisir à en répandre de fausses, qu’à moins que je ne te marque qu'une chose est parfaitement sûre, tu peux douter de tout le reste, et c’est la meilleure partie. Les dernières lettres arrivées de Paris sont du 6, et nous serons plusieurs jours sans en recevoir de plus fraîches, étant arrivées par un exprès.

Je passai hier la soirée chez Madame T'urrettini, avec ses deux sœurs, Madame Diodati, Madame Favre et une foule d'hommes. Sans les uniformes suisses et genevois qui y étoient

en grand nombre, l’on auroit cru être aux temps brillants de

Genève. — Je n’ai encore vu ni M. Dassier, ni Le Cointe, depuis leur excursion en Suisse. J’espère qu’ils m’en donneront de bonnes nouvelles. »

Extrait d’une longue lettre d’ÆEtienne- Salomon Reybaz au ministre d'Etat Clavière, à Paris, de Londres, 16 octobre 1792.

& Voilà la ville de Genève arrachée à sa tranquillité, à son bonheur; la voila menacée d’un siége; qui sait? de toutes les horreurs de la guerre peut-être, — parce que la peur, ridicule si l’on veut, d’être avignonée par les soldats du Midi, lui a fait requérir quelques petits secours de ses amis! Mon cher Clavière, vous êtes juste, vous êtes bon, généreux ; vous sentirez tout ce qu’il y auroit de révoltant au Gouvernement françois de pousser sa pointe sur une peccadille de cette nature. Si un enfant s’armoit d’un bâton dans la crainte d’un homme menaçant qui vient à lui, celui-ci s’aviliroit-il à l’écraser?.....

Rendez, François patriotes, la liberté attrayante, désirable par l’exemple de son influence sur vos mœurs, votre prospérité et votre bonheur. Ce seul exemple vous fera plus de prosélytes que tous vos discours, vos victoires même; inoculez, je le veux (bien), les insurrections chez vos ennemis, c’est une vengeance légitime. Mais, pour Dieu, laissez vos amis, vos alliés tranquilles ! Ne les forcez pas à être plus libres qu’ils ne veulent, et ne les dites pas esclaves quand ils se croient libres, pour le frivole honneur de les dérober à une oppression Thaonaire ME AECE

Le Conseil recevait assez régulièrement copie de ces missives de Reybaz à Clavière, dans lesquelles «le droit qu’avoit Genève de réclamer le secours des Suisses, sans que la France eût celui de s’y opposer,» était traité avec autant de clarté

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