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DE 1792 À

Révolution de fin 1792. Les nouveaux Corps politiques. Régime des clubs; le grand Club central; les Marseillais; les Tanneurs. Fêtes de Rousseau. Le résident Soulavie; le comte Gorani; le ministre Reybaz et les députés genevois à Paris. Les Montagnards; destruction des gibets, girouettes, armoiries, etc. La fête de l’Escalade en 1793. Manifestations françaises; expédition à Jussy. — Constitution de 1794. Destruction des rôles de bourgeoisie et d'habitation; destitutions; avant-coureurs de la crise révolutionnaire. La Terreur genevoise: arrestations et pillage; premier tribunal révolutionnaire; jugements et exécutions. Rappel de Soulavie. Deuxième tribunal révolutionnaire ; nouvelles exéeutions. Taxe révolutionnaire. — Réaction; nouveaux clubs; troubles. — Réconciliation générale. — Emigrés français et genevois; leur vie dans l'exil, au pays de Vaud (le refuge de Préverenges), à’ Yverdon, Constance, etc. Les services militaires étrangers. Correspondances de Hambourg et de Lon- dres (le testament Thellusson). — La Société pour l'avancement des arts. Rentrée des émigrés genevois. Buonaparte à (renève. Le résident Desportes; le ministre de Genève à Paris, M. Micheli. Invasion de la Suisse par les Français et réunion de Grenève à la République française.

Ce fut donc le 28 décembre 1792, quatre semaines après lo départ des Suisses, que les « Magnifiques et Très-honorés

Seigneurs » de l’ancien régime durent céder définitivement à l'orage qui les assaillait sans relâche depuis le commencement du XVIII siècle, et surtout depuis les événements français de 1789.— Dès la première semaine de décembre, ils avaient consenti, en vue de la tranquillité publique, à partager avec les délégués des cercles la garde des postes militaires; puis à accepter, sous le même prétexte, le concours officieux de quarante commissaires, chargés de préparer les changements de Constitution réclamés par les circonstances, entre autres l’édit d'égalité, qui accordait la citoyenneté à tous les ci-devant natifs, habitants et sujets et qui fut voté le 12 décembre. Il est vrai qu'un autre édit, relatif à la réorganisation du Gouvernement, échoua au Conseil général du 26 décembre; mais dès le surlendemain 28, ensuite d’une dernière concession du syndic de la garde, désireux d'éviter une effusion de sang, tous les postes se trouvèrent aux mains des € citoyens» en bonnets rouges, et les autorités, provisoirement suspendues, étaient remplacées par deux Comités de treize membres chacun, élus par les «députés de la Nation, » c’est-à-dire des Cercles, — l’un dit de Süreté, l’autre d’Administration, qui cumulait à peu près toutes les anciennes fonctions du Conseil d'Etat. ! Quant au pouvoir législatif, il allait dès le 13 janvier être confié à une Assemblée nationale de cent vingt députés. Les membres de ces trois Corps devaient toucher chacun des émoluments de trente écus par mois. Le Conseil général ou Assemblée souveraine, augmenté maintenant de tous les nouveaux ayants droit, et convoqué à raison d’une séance par semaine, ? ne faisait guère que sanctionner les résolutions préparées dans les

1 Ce sont les registres du Comité d'administration qui font suite à ceux de

l'ancien Conseil d'Etat. Dans les occasions importantes les deux comités déli-

béraient ensemble.

2 Les registres accusent quarante-deux réunions de l’Assemblée souveraine

pour l’année 1793!

cercles. Bien que ces modes de faire et ces dénominations

indiquassent suffisamment d’où soufflait le vent qui nous les valait, il faut cependant reconnaître que ces changements s’effectuèrent sans les violences qui, ailleurs, en étaient devenues l’accompagnement obligé.

À dire vrai, il est très-probable que si l’ancien Grouvernement avait voulu une fois encore faire appel à ses défenseurs naturels et y joindre lui-même la fermeté autoritaire qui ne lui avait jamais fait défaut, les premières chances de la lutte lui auraient été favorables. Car la force armée régulière, légion et garnison, lui était restée fidèle, et le parti de l’ordre se trouvait encore fortifié des soldats et officiers genevois revenus du service de France, de la meilleure partie de la bourgeoisie proprement dite, des habitants de la campagne, d'un certain nombre de cercles (de Boisy, de la Treille, de l’'Ecu de Genève, des Coalisés, ete.) qui s'étaient armés pour la défense du pays. D'ailleurs, le tribut d'estime qu’on ne pouvait refuser personnellement aux anciens magistrats, se confondait avec le sentiment national depuis la conduite patriotique qu’ils avaient tenue en face du danger; — tandis que les chefs du parti niveleur étaient notoirement les mêmes énergumènes qui n'avaient cessé de conspirer contre l’indépendance genevoise. 1 Maïs en face d’une révolution aussi générale que celle qui enveloppait de toute part la vieille République protestante, la résistance purement défensive, même victorieuse des autorités légitimes, n'aurait pu que retarder de bien peu, et en l’aggravant, une catastrophe devenue inévitable. Ce qui est certain, c’est que, grâce à la persévérance conciliante des syndies et Conseils à rester à leur poste jusqu’au dernier moment, leur remplacement eut moins l'air d’une révolution que

1 Et qui, pourrions-nous ajouter, avaient jadis si amèrement reproché à

l'aristocratie ces médiations armées prévues par les traités et indispensables au rétablissement de l’ordre.

d’un changement convenu d’avance entre les deux partis. Il en … résulta, comme chose toute naturelle, que bon nombre de fonctionnaires de l’ancien régime, tels que les deux secrétaires d'Etat (MM. Puerari et de Rochemont), les membres des tribunaux, etc., furent priés de continuer provisoirement leurs fonctions ; que de part et d’autre on trouva tout naturel de faire entrer bon nombre de patriciens dans les nouveaux Corps politiques ; ! — enfin que le nouveau régime se plut à continuer en bien des choses les errements traditionnels de ses prédécesseurs. Ainsi, les nouvelles autorités se montrèrent à peu près tout aussi zélées que les précédentes à faire respecter la neutralité genevoise, à repousser les avances des agents français, les violations de territoire, à sévir contre les querelles de partis, les provocations, les mauvaises mœurs (au besoin, avec censure ecclésiastique du vénérable Consistoire), les jeux de

l Ainsi, dans l’Assemblée Nationale, les « citoyens» Achard-Trembley, Bordier, Butini, Calandrini, Claparède, de Rochemont, de Saussure, de Végobre, Duby, Dunant, Jurine, Masbou, Mallet, Martin-Sales, Mestrezat, Micheli, Picot, les frères Pictet (Charles et Marc-Auguste), Prevost, Puerari, et parmi les suppléants, Lullin, Mussard-Gallatin, Roux, ete. Le savant physicien Marc-Auguste Pictet, qui d'abord avait refusé son indication, s'était ensuite rendu aux instances de divers membres des Comités, mais «sous la réserve expresse qu'il pourrait se retirer dans un terme bref si des convenances qu'il prévoyait et dont il était le seul juge, l’exigeaient.» (Lettre du 9 février 1793.) Le grand naturaliste Horace-Bénédict de Saussure, par contre, nommé d'emblée au Comité d'administration, mais averti par lettre anonyme qu’il risquait d’être «balayé de la salle du Conseil avec ses collègues Bertrand et Du Mont,» avait déclaré « qu’il continuerait à servir sa patrie de son mieux sans se laisser ébranler par cet avis.» Il fut spécialement chargé de la correspondance, purement officieuse depuis la Révolution, avec les magistrats et Conseils bernois. L'année suivante, il figura même sur la liste en nombre double des citoyens présentés pour le syndicat. D'ailleurs, MM. Pictet et de Saussure continuaient comme ci-devant leur enseignement à l’Académie. Nos historiens n’ont pas assez fait ressortir le dévouement, vraiment patriotique à pareille époque, de ces illustrations genevoises et des autres citoyens de l’aucien régime, à qui certes l’on ne saurait reprocher de s'être drapés dans leur dignité offensée pour bouder les occasions de servir leur pays, même sous les magistrats qui les avaient évincés. D’ailleurs, les révolutionnaires modérés n’en voulaient guère qu'aux survivants du gouvernement aristocratique de 1782.

hasard, la mendicité, les abus de tout genre, 1 voire à faire respecter le service divin et la sanctification du dimanche : toutes les séances des nouveaux corps de l’État, même celles du Conseil Général ou Souverain, étaient, comme ci-devant, ouvertes et fermées par la prière. Les nouvelles autorités ne craignirent même pas d’intercéder vivement auprès de la Convention Nationale de Paris en faveur des Genevois dont les biens, situés sur territoire français, avaient été saisis sous prétexte d’émigration de leurs propriétaires.

Pour tout dire, les nouveaux magistrats ne se montrèrent guère plus sympathiques que leurs devanciers pour le tutoiement républicain, les chants licencieux ou révolutionnaires, les bonnets rouges, les arbres de la liberté, les tableaux et les inscriptions menaçantes qui les décoraient, ete? Ce qui leur faisait défaut, c’était la fermeté paternelle avec laquelle les anciens magistrats avaient su réprimer les égarements de leurs subordonnés «échauttés par le vin et l'esprit de faction;» le radicalisme autoritaire de notre siècle leur aurait mieux réussi. Mais ce qui leur manquait davantage encore, c'était l’appui des Puissances amies de l’ancienne Genève, notamment celui de l'Angleterre et de la Suisse.

En un mot, s’il faut réellement reconnaître, avec les publi-

1 Un de leurs premiers arrêtés de police fut de supprimer l’usage de la Carriole, qui consistait «à promener le jour de l’an les mendiants par la ville dans un tombereau couvert. » (Reg. du Com. d'adm., 31 décembre 1792.) Cette suppression fut maintenue à la fin de l’année suivante en y ajoutant la défense d'aller, aux fêtes de la saison, « voir les pauvres de l'hôpital prendre leur repas. » (1bid., 10 décembre 1793.)

2 On ne voit pas même qu'ils aient eu une grande prédilection pour lesformes égalitaires de la Révolution française ; car ils ne songèrent que vers la fin de novembre 1793, et encore seulementsur lesinstances des clubs révolutionnaires, à supprimer définitivement les particules nobiliaires et «tout autre titre que ceux de citoyen ou citoyenne; » et jusque sous la Terreur de 1794, ils reçurent, sans objection aucune, les qualifications de magnifiques, puissants et de trèsnobles, très-sages, très-honorés et très-pieux seigneurs, que continuaient à leur

donner les très-rares autorités politiques et municipales qui étaient restées en relations officielles avec Genève.

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