CHAPITRE IV
n’appartenaient pas à un club révolutionnaire étaient dénoncés comme suspects.
Il en fut de cette révolution comme de toutes les révolutions accomplies dans les mêmes circonstances: la masse flottante, privée de tout centre de ralliement, se porta du côté où elle trouvait sa sécurité momentanée.! Beaucoup de citoyens, au fond bienintentionnés, jugèrent prudent dese donner au moins l’apparence d'appuyer le mouvement; d’autres, moins nombreux et qu’il faut d’ailleurs croire sur parole, s’y jetèrent pour l’enrayer, Les magistrats eux-mêmes appartenaient à ces diverses catégories. Sincèrement armés contre les dangers du dehors, ils ne l’étaient plus contre les excès du principe qui les avait portés au pouvoir. Leurs mesures n’eurent d’autre effet que de constater leur impuissance. Soulavie, qui feignait la surprise, en profita sournoïisement pour les harceler de nouvelles réclamations, en leur apprenant € que dans les temps de conjuration et de révolution une âme calme ne peut agir qu'avec poids et mesure. » L’hôtel de ville avait d'emblée été changé en taverne à l’usage gratuit des nouvelles autorités et de leurs affidés. Les comptes officiels du sautier accusent, du 19 juillet au 3 septembre de cette année, une dépense d’environ vingtdeux mille francs en € consommations » de cette nature. On a évalué à trois cents louis par jour les frais d’agitation et d’intimidation générale.
En cinquante jours, les indemnités allouées aux simples patriotes révolutionnaires dépassèrent six cent mille flor., sans compter les honoraires exceptionnels que les chefs et leurs agents, espions ou autres affidés, s'étaient attribués pour leurs
o'ale-
fonctions révolutionnaires (56,000 f.), — non compris ég
! Le port de la cocarde nationale était obligatoire; mais il se trouva que quantité de gens en portaient qui étaient genevoises d’un côté et françaises de Vautre. Le 18 août 1794, les clubs révolutionnaires exigèrent « que les citoyennes portassent toutes sur la poitrine, à leurs coiffes ou au chapeau, une cocarde genevoise de dix-huit lignes au moins de diamètre ; celle des citoyens en avait trente, »
ment ce qui en vaisselle, numéraire et bijoux s’égara dans les poches des pillards, au lieu d’être versé à la Monnaie.1 Quant aux acolytes de second ordre, ils avaient su s'arranger de façon à vivre entièrement sur les particuliers qu’ils étaient censés garder chez eux, faute de place ailleurs, et dont ils vidaient les caves.
Cependant, dès le matin de la nuit fatale du 18-19, dont les nouvelles arrivaient d’heure en heure au Conseil resté en séance, les Cclubs insurgés » avaient créé un Comité révolutionnaire de sept membres, chargé «d’organiser la Révolution et de veiller à la sûreté des révolutionnaires insurgés. » Il est vrai que ses pouvoirs ne devaient durer que 48 heures ; mais tous les fonctionnaires portant écharpes en étaient exclus.2 Le surlendemain, il était remplacé par un Comité militaire et par un Tribunul révolutionnaire de vingt et un membres, que des témoins oculaires nous ont représentés comme ce qu’on pourrait imaginer de plus hideux en types de férocité prétentieuse et de bestialité débraillée. Installé, avec pipes et bouteilles, dans l’ancienne salle du CO, on lui amena le 28 juillet, au pas de charge et au chant du Ça ira, une vingtaine de prisonniers présumés les plus coupables. Sept d’entre eux furent condamnés à mort, sans parler des contumaces. Quatre
1 On a prétendu que cette portion du pillage était pour le moins aussi considérable que celle qui fut portée au crédit de la Nation. Ce qui est certain, c’est que bon nombre d'objets précieux, provenant de là, ont figuré longtemps chez certaines familles en manière de dépouilles opimes. — Quoi qu’il en soit, cette partie du pillage (argenterie, vaisselle de prix, bijoux et autres objets précieux) fut une perte énorme, non-seulement par leur valeur intrinsèque, mais encore au point de vue de l’art. Car en dépit des anciennes lois somptuaires, qui d’ailleurs frappaient plutôt l’usage que la possession, il y avait peu de villes dont la classe aisée possédât, en objets de ce genre, un ensemble à la fois plus ancien, plus riche et plus varié, grâce à la diversité d’origine des familles. On en peut juger par les quelques bribes qui ont survécu au naufrage, et surtout par les inventaires antérieurs à la Révolution.
? Tous les magistrats et fonctionnaires de 1794 portaient des écharpes aux couleurs nationales, brodées du titre de leur charge,