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CHAPITRE IV

révolutionnaires genevois. étaient dominés par une minorité féroce, appartenant à deux ou trois clubs que l’on considérait comme des succursales de tout ce qu’il y avait alors de plus foncé dans ce genre à Paris. Alarmée et honteuse tout à la fois de l’ascendant, des excès, des dilapidations et des tendances ouvertement françaises de la clique régnante, excitée aussi par les menaces de Berne, la majorité révolutionnaire reprit courage à la nouvelle de la mort de Robespierre et du rappel définitif du résident Soulavie. Le 24 août, on se saisit tout à coup des principaux montagnards, au moment où ils préparaient un nouvel attentat inspiré par le résident. Il ne s’agissait de rien moins que de traduire devant le tribunal de sang toutes les autorités, tant provisoires que constitutionnelles; au lieu de cela, un second tribunal révolutionnaire fut institué, qui envoya à la mort quatre des principaux anarchistes. Ils y furent traînés aux cris de joie de cette même populace qui, naguère associée à leur triomphe, avait dansé des rondes autour des cadavres mutilés de leurs victimes; ils succombèrent avec autant de lâcheté ! que celles-ci avaient montré de fermeté et de courage.

Cependant le parti vainqueur n’en appartenait pas moins à la Révolution, et il le prouva de reste en ajoutant près de quatre cents jugements à ceux de ses devanciers. Il est vrai que, maintenant comme alors, ces rigueurs concernaient en majeure partie des absents; que, par exemple, sur cinquante

1 À l’exception de Jérémie Witel ou Vuitel, ancien libraire neuchâtelois, que Louis XVI avait jadis fait sortir de la Bastille, comme étant né le même jour que lui, et dont le rôle secret n’a pas été éclairci, car on a laissé planer sur lui les mêmes soupçons contre-révolutionnaires que sur son ami Soulavie. Amené devant le peloton fatal, il répondit à une interpellation de l'officier : « Vous allez voir comment un républicain sait mourir. » Ces exécutions furent précédées de celle d’un soldat et clubiste marseïllais qui venait d’insulter le résident et qu’il n’eût tenu qu’à celui-ci de sauver, comme le tribunal l'aurait lui-même désiré. — Au nombre des condamnés à mort par défaut, se trouvait ce même Jacques Gremus, dont il a si souvent été question. Sa principale punition fut peut-être de survivre à la Restauration de 1814.

sentences capitales prononcées par les deux tribunaux, il n’y eut que seize exécutions! que les cent vingt bannissements perpétuels n’atteignirent que par la confiscation des gens dont la plupart avaient quitté Genève avant la crise, et ainsi de suite, malgré les centaines de prisonniers qui continuaient à encombrer les bâtiments publics. Mais on ne tarda pas à trouver un moyen d'atteindre les uns et les autres d’une façon plus profitable encore pour le nouvel ordre de choses.

On s'était aperçu que les «dons patriotiques,» les emprunts plus ou moins forcés, et en dernier lieu les spoliations et le pillage, ne suffiraient jamais pour combler le gouffre alarmant que les exigences et les dilapidations de tout genre creusaient dans les finances publiques, jadis si florissantes. C’est à cet état de choses que le parti révolutionnaire avait compté remédier par un nouvel impôt, dont le sort incertain avait provoqué la dernière crise. Aussi les clubs insurgés s’étaient-ils empressés d’adjoindre au Comité militaire et au Tribunal révolutionnaire une Commission révolutionnaire de onze membres, chargée de la partie fiscale de l’entreprise. L'œuvre de sang achevée, c'était à cette Commission à entrer en scène pour régulariser et développer sur une plus grande échelle les opérations de pillage qui avaient inauguré la nouvelle ère révolutionnaire.

Il en résulta le fameux impôt sur les fortunes, taxées, non pas selon leur montant réel, mais d’après les opinions des individus, distribués arbitrairement à cet effet en trois classes: Aristocrates, ÆEnglués et Patriotes aisés. Les derniers ne

1 On peut s'étonner que les révolutionnaires genevois n’aient pas fait usage de la guillotine, car il en avait été question l’année précédente dès la première réunion du Grand club fraternel ; et pendant plusieurs jours, vers la fin de 1793, on avait montré un de ces instruments en ville et à Plainpalais (Reg. du Comité d'adm., 6 décembre 1793). Mais il entrait dans la politique des assassins d'associer le plus de complices possible à leur œuvre de sang. Les plus coupables ne furent pas ceux qui le répandirent de leurs mains.

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