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CHAPITRE IV

L'ancien conseiller et trésorier général G., que le tribunal de juillet avait condamné par défaut et sous peine de mort à l'exil perpétuel, ne pouvait pas se montrer sur territoire genevois. Il n’y rentra que bien des années après la révocation des jugements révolutionnaires. Mais contre l’avis de toute sa famille, Madame G:.-N., ne consultant que son dévouement, parut tout à coup à Genève même, au lendemain des dernières exécutions, c’est-à-dire en pleine Terreur, pour traiter directement, avec la Commission révolutionnaire, de la taxe à prélever sur sa fortune, devenue celle de tous les siens depuis les pertes de son mari. Par cette démarche hardie et une franche exposition de sa situation, elle avait compté éviter les confiscations, obtenir des conditions moins onéreuses qu’en traitant à distance par des tiers imposés d’office, et régulariser en tous points la position financière de sa famille, de façon à mettre le peu qui restait à l’abri de tout nouveau recours. Elle y réussit en partie et eut, en outre, la satisfaction, très-rare à cette époque, de payer toutes les dettes de sa maison, grandes et petites, — puis de rendre les mêmes services à plusieurs de ses parents et amis, notamment à son frère l’ex-syndic I.-L. Naville, condamné à mort par contumace. Mais ces opérations prirent beaucoup plus de temps et de peines qu’on n’avait compté et furent mêlées de péripéties qui causèrent les plus cruelles angoisses à tous les siens. Un reçu de la Commission Nationale, signé Cornuaud, président (Vancien chef des Natifs), du 25 octobre 1794, nous montre qu’elle avait réussi alors à régler la taxe de son mari au 25 °} soit à 15,000 livres, dont on devait défalquer la moitié pour elle-même et ses cinq enfants ; mais ce n’était là qu’une entrée en matière; car à la suite de pourparlers qui durèrent plusieurs mois, elle dut livrer encore 70,000 francs à ses taxateurs, et ceux-ci prétendirent lavoir traitée Cavec beaucoup d’égard et de douceur. »

Quelques mots seulement sur les fils de la famille, qui vont à leur tour entrer en scène comme correspondants ou destinataires. L’aîné, Jean-Pierre G., ancien lieutenant au régiment de Châteauvieux, puis capitaine dans la garnison de Grenève, avait quitté cette ville à la révolution de fin 1792 ; c'était alors affaire d'opinion dans la classe à laquelle il appartenait de se jeter dans les services qui avaient le plus de chances d’être aux prises avec la France révolutionnaire, et c’est caractériser l’époque de convenir que la concurrence et le besoin de protection pour entrer à ces services étaient en raison directe de l’imminence des dangers à courir. Les avantages pécuniaires étaient ceux dont on se préoccupait le moins. En conséquence, et par l’intermédiaire du publiciste Mallet-Du Pan, J.-P. G. passa comme officier volontaire au service des Pays-Bas, où il obtint bientôt une compagnie dans les hussards rouges de Timmerman ; il y fut distingué parles princes d'Orange qui le nommèrent leur aide de camp. Cette malheureuse guerre de Hollande terminée, il réussit au bout de quelque temps, par les soins de sir Francis d’Ivernois et de lord Sidney, à entrer avec son grade au service de $. M. Britannique, d’abord dans un régiment de nègres de création nouvelle, qui malheureusement allait être employé à ce long et fastidieux service des colonies auquel tout régiment anglais, sauf les gardes du corps, est périodiquement astreint. De là, grâce à des protections plus puissantes, il passa dans l’un des régiments les plus distingués de l’armée anglaise, le LX, où nous le retrouverons au chapitre suivant sur un théâtre plus rapproché des grands intérêts qui se débattaient alors aux deux extrémités de l’Europe. Nous ferons seulement remarquer que de 1792 à 1798, par le seul fait des circonstances, le jeune officier avait dû changer quatre fois de service, et cinq fois d'arme et de régiment. Son frère très-cadet, Charles-Fran-

çois G., se préparait alors pour sa vocation à l’école militaire

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