CHAPITRE IV
de Colmar, sous le fameux Pfefel: en 1795, il entra trèsjeune encore comme enseigne au service de Prusse, régiment de Holvède, ensuite de Mannstein, où nous le retrouverons au chapitre suivant, lui-même ayant déclaré en partant qu’on n'aurait guère de ses nouvelles avant qu’il fût au moins souslieutenant.
Quant au second des fils G.-N., Jacques- Augustin G. comme il s’agit d’un savant auquel on a bien voulu accorder quelque mérite et dont le nom est en tout cas inséparable de toute étude sérieuse sur l’histoire de notre pays, nous entrerons à son sujet dans quelques détails, d'autant plus nécessaires que son nom paraîtra souvent désormais dans ce recueil. À cette époque de la fin du XVIII siècle, sur laquelle nous nous formons, en matière d'éducation et d’instruction, des idées si fausses, on mettait, à Genève au moins, une importance beaucoup plus grande et l’on réussissait mieux que de nos jours, à joindre à une éducation classique très-avancée la connaissance des principales langues modernes. On pensait généralement que celles-ci ne sauraient s’acquérir convenablement que dans les pays où elles sont parlées, et il était rare que les jeunes gens n’allassent pas passer à l'étranger les années qui séparaient la sortie du collége des études académiques. En conséquence, comme beaucoup d’autres Grenevois et de Suisses romands de la classe aisée, les jeunes G. avaient séjourné dans institut de MM. Æahn, d’Aarau, alors l’un des plus distingués et des plus raffinés de la Suisse allemande, ce qui n’empêchait pas qu’en toute saison (ou peu s’en faut) les élèves n’eussent à faire leurs ablutions et leur toilette &au ruisseau. » À son retour et pendant le séjour de ses parents au pays de Vaud, Jacques-Augustin Gr. fut mis en pension à Crenève chez un régent du collége, M. Duvillard, pour suivre de là les cours académiques préparatoires qui de-
vaient l’acheminer à la diplomatie ou à la magistrature natio-
nale, études qui furent si brusquement interrompues par la Révolution. Des temps exceptionnels du genre de ceux qu’on traversait alors, ont pour effet d’éteindre certains caractères ou de faire épanouir outre mesure certains autres. Le jeune étudiant appartenait à cette dernière catégorie. Nous n’entrerons pas ici dans le récit des folies sentimentales, des querelles bien au-dessus de son âge et des autres bizarreries auxquelles il se laissa entraîner par un caractère naturellement romanesque, fier et impressionnable à l'excès. Il suffira de dire qu'il fallut user de violence, lors de épisode Montesquiou, pour empêcher l’enfant de quinze ans de courir s’enfermer à Genève avec son père et son frère aîné ; et que peu de temps après, ayant été appelé, selon l’usage du pays, avec d’autres jeunes gens, à porter au cimetière de Morges une jeune personne de la société de cette ville (M°° 47 F.), il prit au retour une dose de poison dont l’énormité même prévint toute suite fatale. Forcé ensuite de sacrifier ses goûts et ses rêves d’avenir aux nécessités de sa famille, il était encore de son caractère de se jeter résolûäment dans la carrière qui lui répugnait le plus: en conséquence, il partit en mai 1795 pour Hambourg, où il devait entrer dans la maison Boué-de Chapeaurouge. C’était alors, même par les moyens de transport les plus perfectionnés à l’usage du public, un voyage de plus de vingt jours dans les post-wagen, la plupart ouverts et non suspendus, qui préludaient aux diligences.
Sa connaissance des principales langues modernes et son incroyable facilité de travail lui permirent d’achever en moins d’une année l’onéreux apprentissage qui en prenait ordinairement plusieurs, et cela tout en employant ses loisirs à la continuation de ses études interrompues. Bientôt il put accepter, sur les lieux, les offres avantageuses d’une maison étrangère puissante, qui passait pour avoir des succursales dans plusieurs places maritimes de l'Europe et de l'Amérique. Tout alla