CHAPITRE IV
d'autrui, et céderont toujours le pas à l’amour de la patrie et de son indépendance quand même. Aussi l’incorporation de Genève à la grande nation, » sitôt après leur retour de l’exil, fut-elle le coup le plus douloureux que le sort pouvait leur réserver. Il n’est pas étonnant qu’un si grand nombre d’entre eux aient manqué à l’appel lorsque, seize ans plus tard, les événements permirent aux survivants de restaurer l’antique République.
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Du syndic Jsaac-Louis Naville à sa sœur Mme Galiffe-N. à Genève ; de Céligny, vendredi matin ... .. fin décembre 1792.
« Adieu, chère sœur, je te salue, t'embrasse et te remercie. J’eus mercredi six lettres, un exprès et deux citoyens qui vinrent m'avertir, les six lettres par six voies différentes. Je ne pus me résoudre à découcher; je n’aïmoïs pas ces airs de fugue. Je consentis à aller le jeudi à Germany, parce que je crus voir que mes amis de Crenève désiroient que je m'éloignasse, et que je pensois qu’ils estimoient avoir par là plus de facilité à terminer cette infâme tracasserie. Maïs puisqu’au contraire ils préfèrent que je reste, j’en suis enchanté, car je ne m’éloignois qu'avec le plus grand regret. Au reste, je suis bien défendu ici, et tout Coppet vouloit venir à mon secours.
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Du général Kellermann (commandant de l’armée des Alpes, ensuite duc de Valmy) « aux citoyens composant les deux Comités d'Administration et de Sûreté de Genève, > qui lui avaient écrit pour lui notifier la nouvelle officielle de la Révolution genevoise, et lui demander quelques explications au sujet de certains mouvements de ses troupes autour de Genève; — du
quartier général de Chambéry, le 6 janvier 1793, l’an IT de l’Egalité de la République française.
« Citoyens,
Je n’entreprendrai pas de vous dire avec quel plaisir j’apprends de vous-mêmes votre heureuse révolution ; les amis de la liberté le sentent, mais aucun ne peut l’exprimer. — Ilest très-vrai, Citoyens, que je me propose de visiter incessamment les postes qu’occupe l’armée qui m'est confiée, et si mon projet n’avoit pas toujours été d'aller d’abord dans vos environs, le désir de vous donner le baiser fraternel m'en eût fait naître l'envie.
Citoyens, je ne connoïs pas les détours; la République françoise a abjuré le jargon de l’ancienne diplomatie, et le général qu’elle à bien voulu appeler au commandement d’une de ses armées, vous parlera toujours le langage de l’amitié et de la vérité; toujours il s’empressera de vous donner les marques de fraternité les plus convaincantes et les moins équivoques, toujours il aura sous les yeux le décret rendu par la Convention Nationale le 21 novembre dernier. C’est, je crois, vous en dire assez; entrer dans de plus grandes explications seroiït douter en quelque sorte de la confiance bien fondée sans doute que vous mettez dans une Nation trop loyale, trop franche pour manquer à ses promesses, et trop grande et trop fière en même temps pour user de finesse.
Soyez donc parfaitement tranquilles, Citoyens, sur le petit mouvement de troupes que je viens d’ordonner. Le soin d’assurer la liberté des nouveaux frères du Mont-Blanc, que l’horreur du despotisme vient de réunir à la République françoise, donnera lieu peut-être à de plus grands encore. Maïs si les Tyrans ont raison de nous craindre, les amis de la liberté, de la douce égalité, ne peuvent douter de notre amitié cordiale.
Agréez, Citoyens, l'assurance de mes sentiments fraternels.
Le général d'armée des Alpes, KELLERMANN.»