CHAPITRE IV
Le vainqueur de Valmy, arrivé à Genève le 26 janvier, descendit à la résidence, où une députation, dont faisait partie lillustre /7.-B. de Saussure, vint le complimenter, lui offrir de «l’eau cordiale » et l’inviter à un dîner à l’hôtel de ville avec les autorités constituées. Il s’y rendit de la meilleure grâce du monde, avec l’adjudant général de Saint-Charles, le général Poursaint, quelques autres officiers français et MM. De Lorme et d’Arneville, secrétaires de légation à la résidence. Là, il fit et écouta des discours appropriés à la circonstance et donna aux présidents des deux Comités « le baiser fraternel» promis dans sa lettre. Après quoi, et à sa demande, on lui fit voir les promenades publiques, « la galerie du duc de Rohan, » le Conseil général assemblé à St-Pierre et les principaux cercles patriotiques. La fête se passa d’une manière fort agréable. Malheureusement, elle coïncidait avec l’arrivée des premières nouvelles de l'exécution du roi Louis XVI, événement qui devenait un deuil pour tous les Genevois de l’ancien régime, sentiment dont l’ancien syndic Cayla se fit l’organe en ces termes:
De l’ancien syndic G!. Cayla au président du Comité d’Administration Dentand, à et de Genève, le 26 janvier 1793.
« Quoi, Monsieur! au moment où l’on apprend la mort cruelle d’un monarque infortuné, les administrateurs de la République donnent une fête, tirent le canon et semblent célébrer cette cruelle catastrophe ? Je suis bien éloigné de croire que ce soit là le but de la fête d’aujourd’hui; mais la décence, la prudence, le salut peut-être de la République, n’invitoientils pas les Comités à choisir un autre jour pour donner un dîner au général Kellermann ? Comment cette journée serat-elle représentée chez nos voisins Puisses, en Angleterre et par toute l'Europe, et à quelle affreuse vengeance n’exposez-
vous pas la République si les événements viennent à tourner ? Rappelez-vous, Monsieur, avec quelle prudence l’ancien régime évitoit de compromettre la République. Je vous parle comme un citoyen aimant sa patrie; car ce ne sera pas à cette partie des Grenevois qui pensent comme moi que l’on reprochera cette journée; mais je veux et demande toujours le bien de la République entière, que je trouve étrangement compromis au nom de cette patrie. Je vous conjure de retrancher de cette fête tout ce qui va au delà d’une simple politesse au général, comme les salves d'artillerie. C’est dans ce moment que j'apprends la nouvelle de cette fête, sans cela je vous aurois écrit plus tôt, et le temps m'a empêché de vous développer toute l’amertume qu’elle me cause par les dangers que je crains dans la suite de cet événement.
J'ai l'honneur d’être très-parfaitement, Monsieur, Votre très-humble et très-obéissant serviteur